‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint Hélène (volume 2)Chapitre 14 sur 27 · Tome IIL Cinquièfke Partie. l · texte numérisé non relu

Tome IIL Cinquièfke Partie. l

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cette multitude fanatisée. Plus tard il disait que, pour son propre compte, si en Egypte il eût pu à ses Français joindre les Mameloucks, il se serait ï'ègardé comme le maître du monde. **Avec ** cette poignée choisie et la canaille, ajoutait*il " en riant, recrutée sur les lieux, pour être dé- "pensée au besoin, je ne connais rien que je " n'eusse renversé. Alger en trembla." . " — Mais si jamais il prenait fantaisie à ton '^ Sultan, disait un jour le Dey d'* Alger au Consul " Français, de venir nous visiter, quelle serait " notre sûreté ? car il a défait les Mameloucks." — f* C'est que les Mameloucks, dans tout l'Orientj " observait l'Empereur, étaient en eflet des objets •* de vénération et de terreur, c'était une milice " regardée jusqu'à nous comme invincible."

L'Empereur, en attendant son dîner au milieu de nous, a ouvert un livre qui se trouvait à côté de lui sur le canapé : c'était la Régence. Il a dit que c'était-là une dès époques lès plus hideuses de nos annales ; il était fâché qu'on l'eût peinte avec la légèreté du temps, et non pas avec la sévérité de l'histoire. On avait jeté dessus lès fleurs du bon ton et le vernis des grâces, au lieu d'en faire une exacte justice. La Régence au vrai, observait-il, avait été le règne de là dépravation du ■cceur, du dévergondage de l'esprit, de l'immoralité la plus profonde eti tout genre; c'était au point qu*il croyait, disait-il, à toutes les horreurs, à' toutes les abominations qu'on reprochait aux

mœurs du Régent, dans le sein de sa propre faniille ; tandis qu'il ne le croyait pas de Louis XV. qui, bien que plongé dstns le plus sale, le plus hideux libertinage, ne lui laissait pourtant pas le droit d'ajouter foi à des choses si révoltantes et si monstrueuses; qt il le justifiait très-bien de certaines imputations qui eussent touché de fort près à la personne d'un de ses anciens aîdes-de-camp, de lui, Napoléon, De là il est revenu à dire que Fépoque du Régent avait été le renversement de toutes les fortunes, la perte de la morale publique. Rien n'avait été sacré, ni dans les mœurs, ni dans les principes. Le Régent s'était personnellement couvert d'infamie. Dans l'affaire des princes légitimés, il avait montré la dernière bassesse, et commis un grand abus d'autorité. Le Roi seul pouvait autoriser un tel jugement, et lui Régent s'était plu à se déshonorer gratuitement dans la personne de sa femme, fille naturelle de Louis XIV. qu'il avait trouvé très-bien néanmoins d'épouser, quand ce Roi régnait, etc. etc*

6. Pour essayer la tente qui venait d'être achevée, on y a dressé la table de service, et nous avons invité à déjeûner avec nous les officiers Anglais qui avaient surveillé le travail.

L'Empereur m'a fait appeler dans sa chambre; il a fait sa toilette, je l'ai accompagné à sa sortie jusqu'au fond du bois, oii nous nous sommes pro-

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menés quelques temps: il discutait des objets

graves , etc. etc.*

L'Empereur est revenu vers la calèche pour la demander, et nous avons recontinué la promenade jusqu'à ce qu'elle nous ait joints. £n finissant le premier tour, on a dit que FAmphitrion était là. L'Empereur Ta fait demander, et nous avons fait deux tours de plus. En revenant, l'Empereur a visité la tente, et a dit quelques mots de satisfaction à l'officier et aux matelots qui la finissaient.

Campagnes d'Italie^ etc. — Epoque de 1815, etc. — Gi«tave II L — Gustave IV. — Bemadotte. — Paul I^.

7- — Après le déjeûner, que l'Empereur a fait sous la tente, il lui a pris fantaisie de revoir quelques chapitres de la Campagne d'Italie ; il a fait venir mon fils, dont le pied était enfin beaucoup mieux et les yeux en meilleur état. Il a donné la dernière main aux chapitres de Pavie et de Livourne. Il s'est ensuite promené vers le fond du bois, ayant commandé que la calèche vînt l'y

* Je dois avoir déjà dit qu*en travaillant mon journal à Longwood, la circonspection et la prudence m'ordonnaient souvent d'exprimer mystérieusement ma pensée. Aujourd'hui, depuis le temps que tout cela a été écrit» l'intervalle qui m'en sépare, les différentes situations où je me suis trouTé^ font qu'il est bien des choses que je ne sais plus m'expliquer à moi-même. Par exemple^ il y avait dans cet endroit des initiales et autres caractères dont je n'ai pu^ en dépit de tous mes efforts, soupçonner^ en quoi que ce f&t, la véritable signification.

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joindre. Chemin faisant TEmpereur disait re* garder les Campagnes d'Italie et d*JÊgypte comme entièrement finies, les croyait en état d'être données au public ; et ce serait» disait-il, sans doute une chose bien agréable aux Français et aux Ita* liens; ^c'était le livre de leur gloire et de leurs droits, etc. Il ne croyait pas néanmoins qu'il dût y mettre son non>, et répétait que les diverses époques de ses Mémoires consacreraient ceux de ses compagnons fidèles, etc.

A l'arrivée de la calèche, la conversation continuant sur le même sujet, on l'a fortement pressé de finir 1815 ; on en a vivement développé l'importance, la gravité, les résultats. '^ Eh bien l ** a-t-il dit en souriant, il faut que je m'y remette •^ tout à fait: cela fait plaisir de se voir encourager; •' mais encore faut-il de la bonne humeur pour ** travailler. L'on ne nous abreuve ici qile de dé- ** goût et de tracasseries ; on semble nous envier ** l'air que nous respirons."

Rentré dans sa chambré, où je l'ai suivi, la con* versation a été des plus intéressantes et fort remarquable. Il a été question de Gustave III. de la Suède, de la Russie, de Gustave IV., de Bernadotte, Paul P% etc. etc.

J'ai raconté qu'à Aix-la-Chapelle, Gustave III. vivait au milieu de nous en simple particulier, sous le nom de Comte de Haga. Il faisait le charme de la société, par la vivacité de son esprit et l'intérêt de ses récits. «Pavais ouï de sa bouche,

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sa fameuse révolution de 177% et j'étais dans la positioB la plus heureuse pour connaître à fond cette époque de Pbistoîre de Suède ; je me trouvais fort de connaissance en même temps avec un Baron de Sprengporten, qui, après avoir été fort zélé pour Gustave^ avait eu le malheur de passer en Russie pour revenir à la tête des étrangers combattre sa patrie. Jl en était résulté qu'il se trouvait par ce fait sous une condamnation à mort en Suède. Or, il était aussi à Aix-la-Chapelle en ce moment, et s'en était banni par courtoisie, disaitil, à Tarriyée de Gustave. Il ne s'était pourtant pas éloigné de plus d'une demi-lieue ; de sorte que tout ce que j'entendais raconter au Roi dans la soirée, m'était, le lendemain à déjeûner, combattu, modifié ou confirmé par le baron. Il avait été fort avant dans la confiance de ce prince ; il me donnait }e plus grand détails, et comme positifs, sur le roman de la naissance de Gustave IV. qu'on a voulu être tout à fait étranger à Gustave III. de sa pleine connaissance et par sa propre volonté. L'Empereur observait que ce imême Spreng^ porteh, avait été précisément l'envoyé dé Paul auprès de lui lors de soa consulat. Et sûr Gustave IV. il a dit que ce Prince s'était annoncé au début pour un héros ; et n'avait fini que comme un fou ; qu'il avait marqué dé bonne heure par des traits fort remarquables. Encore enfant, on l'avait vu, disait^il, insulter Catherine pat le refus de sa pêtite-fille, au moment même où cette grande

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Impératrice, sur so|i trône et au milieu de sisl Cour, n^attendait plus que lui pour la cérénaonié du mariage* ^ '

Plus tard, il n'avait pas moins insulté Alexandre, en refusant^ après la catastrophe d<ç Paul, rentrée de ses États à un des officiera du nouvel Empereur, et répondant aux plaintes officielles qui lui étaient adressées à ce sujet, qu'Alexandre ne devait pas trouver mauvais que lui, Gustave, qui pleurait encore l'assassinat de son père, fermât l'entrée de ses Etats à l'un de ceux que la Voix publique accusait d'avoir immolé le sien (de lui Alexandre). %

^' A mon apparition à la souveraineté, disait '^ l'Empereur, il se déclara mon grand antagoniste; *^ on eût dit qu'il ne voulait rien moins que recom- " mencer le grand Gustave-Adolphe. 11 courut " toute l'Allemagne pour V'^ineuter contre moi. " Lors de la catastrophe du Duc d'Enghien,' il M jura de le venger de sa personne, pt plus tard ** renvoya insolemment l'aigle noir au roi de *< Prusse, p^rce que celqi-ci avait reçu ma légioù " d'honneur, etc. etc.

" Enfin son moment fatal arriva, disait PEmpé- ** reur } une conspiration peu commune l'arracha " du trône, et le déporta hors de ses États. L'una- " nimité contre lui prouve ses torts sans douté. ** Je veux qu'il fut inexcusable, même fou ; toute- << fdis est-il extraordinaire et sans exemple que, ^^ dans cette crise, il ne* se soit pas tiré une sQule

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** épée pour sa défense, soit par afiection, par re- '^ connaissance» par vertu, ou par niaiserie même " si l'on veut ; et vraiment c'est là une cîrcon- ^< stance qui honore peu l'atmosphère des rois."

Ce prince, ballotté, trompé par les Anglais, qui voulaient en faire leur instrument, repoussé par ses proches, parut vouloir renoncer au monde, et comme s*il eût senti son existence flétrie par son mépris des hommes et son dégoût des choses, il fut volontairement se perdre tout à fait dans la foule.

L'Empereur disait qu^après la bataille de Leipsick, Gustave, lui avait fait parvenir qu'il lui en avait voulu long-temps sans doute ; mais que depuis long-temps il (Napoléon) était celui des souverains dont il avait le moins à se plaindre, et que depuis bien long-temps aussi, il n'avait plus pour 'lui qu'admiration et sympathie ; que les malheurs du moment lui permettaient de l'exprimer sans embarras; qu'il s'oflrait pour être son aide*de-camp, et lui demander un asile en France. ^' Je fus ." touché, observait l'Empereur; mais je considérai '^ bientôt que si je l'accueillais, il était de ma dignité de faire des efforts en sa faveur. Or, je ne gouvernais plus le monde ; puis les esprits ^' communs n'auraient pas manqué de voir, dans mon intérêt pour lui, une haine impuissante contre Bemadotte ; enfin, Gustave avait été déchu par le vœu du peuple, et c'était le vœu du peuple qui m'avait élevé; il y eût eu inconsé-

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^^ quence en moi, désbarmonie de principes, à ^' prendre sa cause. Bref, je craignais de corn- ^' pliquer encore les affaires, et fis taire la générosité. Je fis repondre qui j*appréciais ce qu'il m*offi-ait, et que j*y étais sensible ; mais que la ^' politique de la France ne me permittait pas de me livrer à mes sentimens particuliers, qu'elle m*imposait même la douleur de lui refuser pour *^ le moment Tasile qu'il demandait. Que du reste ^' il se tromperait fort s'il me supposait d'autres *^ sentimens qu'une bienveillance extrême et des vœux sincères pour son bonheur, etc. etc.

Quelque temps après l'expulsion de Gustave, disait encore l'Empereur, et la succession au " trône vacante, les Suédois, voulant m'ètré^agré- ^* ables, et s'assurer la protection de la Brance, me demandèrent un Roi. Il fut question un moment du Vice-Roi; mais il eût fallu qu'il changeât de religion ; ce que je trouvais au-dessous de ma dignité et de celle de tous les miens. Puis je ne jugeais pas le résultat politique assez '* grand pour excuser un acte si contraire à nos "mœurs. Toutefois j'attachai trop de prix, peut- *^ être, à voir un Français occuper le trône de

Suède. Dans ma position^ ce fut un sentiment puérile. Le vrai Roi de ma politique, celui des ^' vrais intérêts de la France, c'était lé Roi de " Danemarck, parce que j'eusse alors gouverné *^ la Suède par mon simple contact avec les pro- ^' vînces Danoises. Bernadotte fut élu, et il le

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^ dut à ce qoe sa femme était soeur de odlede mon frère Josepti^ régnant alors dans Madrid*

Bernadotte^ affichant une grande dépendance^ vint me demander mon agrément^ protestant, avec une inquiétude trop visible, qu'il n*accep^ ** terait qu'autant que cela me serait agréable.

^* Moi, monarque élu du peuple, j'avais à répon- ** dre que je ne savais point m'opposer aux élec- ^ tions des autres peuples. C'est ce que je dis à ^* Bernadotte, dont toute l'attitude trahissait l'anx- *^ iété que faisait naître l'attente de ma réponse, '^ ajoutant qu'il n'avait qu'à profiter de la bienveillance dont il était Pobjet ; que je ne voulais avoir été pour rien dans son élection, mais qu'elle avait mon assentiment et mes vœux.

" Toutefois, le dirai-je, j'éprouvais un arrière-in- ** stinct qui me rendait la chose désagréable et ** pénible ; en effet, Bernadette a été le serpent nourri dans notre sein, à peine il nous avait quittés qu'il était dans le système de nos ennemis, et que nous avions à le surveiller et à le *' craindre. Plus tard il a été une des grandes ^^ causes actives de nos malheurs, c'est loi qui a ^^ donné à nos ennemis la clef de notre politique. *^ la tactique de nos arméen ; c'est loi qui leur a " montré les chemins du sol sacré ! Vainement, •' dirait-il pour excuse, qu'en acceptant le trône die <^ la Suéde, il n'a plus dû être que Suédois ; excuse " banale, bonne tout au plus pour la multitude et *' le vulgaire des ambitieux. Pour prendre femme

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XB16.'2 ^^ l.*£MPBRSUR NAPOLHON. lÔS

on ne renonce point à sa mère» encore moin?

est-on tenu à lui percer le sein et à lui déchirer les entrailles. On dit qu'il s'en est repenti phisr tard, c'est-à-dire, quand il n'était plus temps et ^^ que le mal était accompli. Le fait est qu'en se retrouvant au milieu de nous, il s'est aperçu que Topinion en faisait justice $ il s'est senti frappé ^' de mort. Alors ses yeux se sont dessillés } ,car on ne sait pas, dans son aveuglement, à quels rêves n'auront pas pu le porter sa présomption et *' sa vanité, etc. etc." Et comme à la âuite de cela et de beaucoup d'autres choses encore, j'ai osé me permettre de lui faire observer comme ui1 jeu du hasard, bien bizarre, bien extraordinaire^ que le soldat Bemadotte, appelé à une couronne^ où le protestantisme était de rigueur, se trouvait précisément né protestant, et que son iils, destiné par-là à régner sur des Scandinaves, se présentait au milieu d'eux précisément avec le nom national d* Oscar. Mon cher, a repris l'Emperetir : ** Cest que ce hasard tant cité, dont les anciens faisaient un dieu, qui nous étonne chaque jour, nous frappe à chaque instant, ne nous apparaît après *' tout si singulier, si bizarre, si extraordinaire^ ^* que parce que nous ignorons les causes secrètes '^ et tontes naturelles qui Pont amené ; et pour** ^ tant il suffit de cette seule combinaison pour '' créer du menreiUeax^ et en&nter des mystères ; ^ id, par exenqile, quant an prunier article, de ^' s*£lre trouvé né protestant^ n'en âites pas bon-

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neur au hasard : rayez celui-là. Quant au second^ le nom d'Oscar : c'est moi qui fus le parrain ; et quand je le nommai, je radotais d*Ossian: " il se présenta donc tout naturellement. Vous " voyez à présent combien est simple ce qui vous *^ étonnait si fort, etc. etc."

Sur la fin de la conversation, TEmpereur est revenu sur Paul; il a parlé des fureurs que lui causa, dans le temps, la déloyauté du ministère Anglais. On lui avait promis Malte, dès qu'on s'en serait emparé; aussi s'empressa-t-il de s'en faire nommer grand-maître. Malte rendue, ' les ministres Anglais nièrent le lui avoir proràis. On assure qu'à la lecture de ce honteux mensonge, Paul se montra si indigné, qu'en plein conseil, saisissant la dépêche, il la perça de son épée, ordonnant qu'on la renvoyât en cet état, pour toute réponse. ** Si c'est une folie, disait l'Empereur, il faut convenir que c'est celle d'une belle ame ; c'est l'indignation de la vertu, qui jusque-là n'a *^ pu soupçonner une telle bassesse."

Dans le même temps les ministres Anglais, traitant avec nous de l'échangé des prisonniers, refusaient d'y comprendre, sur la même échelle^ les prisonniers Russes faits en Hollande, au propre service, et pour la seule cause des Anglais.

" J'avais deviné, disait l'Empereur, la trempe du ^'^ caractère de Paul. Je saisis l'occasion aux che- *^ veux ; je fis réunir ces Russes; je les habillai, '* et les lui renvoyai pour rien. Dés-lors ce cceur

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*^ généreux fut tout à moi ; et comme je n'avais *^ aucun intérêt opposé à la Russie, que je n aurais ** jamais parlé que justice et procédés, nul doute que je n'eusse disposé désormais du Cabinet de Saint-Pétersbourg. Nos ennemis sentirent le danger, et l'on a voulu que cette bienveillance ^^ de Paul lui ait été funeste : cela pourrait bien ** être ; car il est des cabinets pour qui rien n'est *^ sacré."

N. B. On vient de lire ci-dessus que l'Empereur se plaignait que le Prince de Ponte-Corvo (Bernadotte) était à peine en Suède qu'il avait eu à s'en défier, et à le combattre. Voici une lettre du moment^ tout-à-fait à l'appui de cette assertion, renfermant d'ailleurs un exposé précieux du système continental.

Aux Tuileries, le 8 Août 1811.

"Monsieur le Prince Royal de Suède, votre correspondance particulière m'est parvenue; j'ai apprécié, comme la preuve des sentimens d'amitié que vous me portez^^ et comme une marque de la loyauté de votre caractère, les communicationç que vous me faites. Aucune raison politique ne m'empêche de vous répondre.

"Vous appréciez sans doute les motifs^ de mon décret du 21 Novembre 1806. Il ne prescrit point de lois à l'Eiu'ope; il trace seulement la marche à suivre pour arriver au même but : les traités que j'ai signés font le reste. Le droit de bloicus que s'est arrogé l'Angleterre, nuit autant

X5S MON «ijOUR AUPRÈS [Aoàt

ail commercé de la Suède> est aussi coatraire à rhonneur. de son pavillon et à sa puissance maritime, qu*il nuit au commerce de r£mpire Français et à la dignité de sa puissance. Je dirai même que les prétentions dominatrices de TAngleterre sopt encore plus offensives envers la Suède ; car votre commerce est plus maritime que continental : Jia force réelle du royaume de Suède est autant dans Texistence de sa marine, que dans Texistence de son armée.

- '^ Le développement des forces de la France est tout Continental. J'ai ^ su créer; dans mes états^ lin commerce intérieur qui porte la vie et Targent des extrémités de PËmpire au centre, et du ceBtre aux extrémités, par l'impulsion donnée aux industries agricoles et manufacturières, par la rigoureuse prohibition des produits étrangers. Cet état de chose est tel, que je ne sais pas si le commerce Français aurait beaucoup à gagner par la paix avec TAngleterre.

' *^ Le maintien, l'observance, ou l'adoption du décret de Berlin, est donc, j'ose le dire, plus dans les intérêts, de la Suède et de l'Europe, que dans les intérêts privés de la France.

^' Telles sont les raisons que ma politique ostensible peut proposer à la politique ostensible de l'Angleterre. Les raisons secrètes de TAngleterre, les voici : elle ne veut pas la paix ; elle s'est refusée à toutes les ouvertures que je lui ai fait faire ; la guerre agrandit son commerce et son 4«r*

1816.] I>E OL^BMPEREUR NAPOLBON. 15$

rîtoire ; elle craint des restitutions ; elle ne veut pas consolider le nouveau système par un traité $ , elle ne veut pas que la France soit puissante. Je veux là paix, je la veux entière, parce qu'elle seule peut assuré les nouveaux intérêts, et les étatis créés par la conquête. Je pense que, sur ce point, Votre Altesse Royale, ne doit pas différer de sentimens avec moi.

*^ J'ai beaucotip de vaisseaux ; je n'ai point de marins ; je ne puis lutter avec l'Angleterre pour r.obliger de faire la paix : il n'y a que le système continental qui puisse réussir. Je n'éprouve à cela aucun obstacle de la part de la Russie et de la Prusse : leur commerce n'^ qu'à gagner au régime prohibitif.

" Votre cabinet se compose d'hommes éclairés. Il y a de la dignité et du patriotisme dans la nation Suédoise. L'influence de Votre Altesse Royale dans le gouvernement est généralement approuvée: elle trouvera peu d'obstacles à soustraire ses peuples à une soumission mercantile, envers une nation étrangère. Ne vous laissez pas prendre à des appâts trop flatteurs que vous présenterait l\Anglèterre. L'avenir vous prouvera que quellesque* soient les révolutions que le temps doit produire, les souverains de l'Europe donne^ ront des lois prohibitives, qui lès laisseront maîtres chez eux.

^* L'article IIL du traité: du 24 Février 1802, corrige les stipulations incomplètes du traité de

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Frédériofham. H faut qu il soit ri^ureusement observé pour tout ce qui regarde les Menrées coloniales. Vous me dites que vous ne pouvez vous passer de ces denrées^ et que, par défaut de leur introduction, les revenus de vos douanes diminuent. Je vous donnerai pour vingt millions de denrées coloniales que j*ai à Hambourg ; vous me donnerez pour vingt miUions de fer. Vous n'aurez point d'argent à exporter de la Suède. Cédez ces denrées à des marchands^:, ils payeront des droits d'entrées; vous vous débarrasserez de vos fers: cela m'arrangera. J'ai besoin de fer à Anversj et je ne sais que faire des denrées Anglaises.

^^ Soyez fidèle au traité du S4 Février ; chassez les contrebandiers Anglais de la rade de Gothem-bourg ; chassez-les de vos côtes, où ils trafiquent librement, je vous donne ma parole que, de mon <!Ôté, je garderai scrupuleusement les conditions de ce traité. . Je m'opposerai à ce que vos voisins s'approprient vos possessions continentales. Si vous manquez à vos engagemens, je me croirai dégagé des miens.

<^ Je désire toujours m'entendre amicalement avec V. A. R., je verrai avec plaisir, qu'elle communique cette réponse à S. M. Suédoise^ dont j- ai toujours apprécié les bonnes intentions.

^^ Mon ministre des afiaires étrangères répondra officiellement à la dernière note que le Comte d'Essen à ûiit mettre sous mes yeux.

** Cette lettre n'étant à autre fin, etc. etc.

Napoléon."

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feigne patrimoniale de Napoléon^ etc. — Sa Nourrice, etc. — Son toit paternel. — Larmes de Joséphine durant les échauffourées de Wurmser, aux Environs de Mantoue,

8. Je suis entré chez l'Empereur sur les onze heures ; il faisait sa toilette et passait en revue avec son valet-de-chambre plusieurs échantillons de parfumerie et d'odeur envoyés d'Angleterre; il s'informait de tous, n'en connaissait aucun^ et riait fort de sa crasse ignorance, disait-il. Il a désiré déjeûner sous la tente, et nous y a tous réunis.

Il se plaignait de la mauvaise qualité du vin, et appelait en témoignage son maître - d'hôtel, Cipriani, qui est Corse, pour affirmer qu'ils en avaient de bien meilleur chez eux. A ce sujet il disait avoir eu en patrimoine la première vigne de l'île, grande et considérable : l'Esposata^ c'était son nom; il n'en devait parler, disait-il, qu'avec reconnaissance. C'était grâce à elle qu'il avait, dans sa jeunesse, fait ses voyages de Paris ; c'était elle qui fournissait aux frais de< ses semestres. Nous lui demandions ce qu'elle allait devenir. Il nous a dit en avoir disposé depuis long-temps en faveur de sa nourrice, à laquelle il croyait bien avoir donné dans l'île peut-être ISO mille francs de bien-fonds ; il avait voulu même lui donner, disait-il, sa maison patrimoniale ; mais la trouvant trop au-dessus de l'état de sa nourrice, il l'avait donnée à la famille Romalino, sa plus proche du

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