‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint Hélène (volume 2)Chapitre 17 sur 27 · Tome III. Cinquième Partie. a · texte numérisé non relu

Tome III. Cinquième Partie. a

43 jours» disons-nous, tous les travaux se trouvent accomplis ; ils étaient immenses et merveilleux : en voici un échantillon.

^^ Il y avait à chacun des deux grand bras du Danube, larges, l'un de 230, et l'autre de 140 toises, des ponts sur pilotis où trois voitures pouvaient marcher de front. Au-dessus de ceux-ci, de petits ponts, larges de 8 pieds, pour Tinfanterie ; au-dessous, des ponts de bateaux. Ainsi dès débouchés étaient préparés pour trois colonnes, et le tout était couvert par des estacades qui se rejoignaient sur une île, à 3 cents toises au-dessus des ponts. Le soin fut poussé à un tel point, qu'on éclaira ces ponts par des lanternes de 10 en 10 toises, continuées tout au travers de l'île de Lobau, le long des chausées qu'on y avait pratiquées sur une largeur de 40 pieds. Au moyen de ces lanternes, le chemin demeurait aussi prati- ^ cable de nuit que de jour. De grands écriteaux indiquaient, à chaque embranchement, toutes les directions pour les divers corps de l'armée. Ainsi les plus minutieuses précautions avaient été ajoutées au développement des plus grands moyens, etc.

"Cependant, l'Empereur avait employé l'intervalle des travaux à réorganiser son armée, et à rapprocher de lui ' tous ^es corps dont il pouvait disposer. Le Prince Eugène lui avait amené l'armée d'Italie, au travers de beaux faits d'armes, couronnés par la victoire de Raab. Marmont était arrivé avec son corps du fond de la Dalmatie.

^ " Le plan de Napoléon, des plus vastes, des plus décisifs, embrasse Tensemble de ses armées et les divers pays qu'elles occupent. Toutefois tant 'de coopérations, et à de si grandes distances, n'ont à ses yeux et dans sa pensée, que l'unité de but et d'action. Il va jeter sa grande armée au-delà du Danube et sur la gauche de l'ennemi, pour le séparer de la Hongrie ; il l'attaquera sur le champ de bataille qu'il aura conquis, le battra et l'acculera sur la Bohême, où il se trouvera prévenu, et entouré de toutes parts. Le tout s'accomplira de point en point, ainsi qu'il l'a réglé, jusqu'au moment, où l'ennemi, frappé de sa situation désespérée, implorera un armistice.

" Les ordres furent donc donnés à Masséna de porter ses divisions vers la partie septentrionale de Lobau ; à Oudinot de passer, le V^ Juillet, dans cette île, et de s'y établir ; à Eugène d'être rendu , le 4 à Ebersdorf avec des vivres pour deux jours, et de passer les ponts sans s'arrêter ; à Davoust de ne partir que dans la nuit du 4 au 5, et de filer sur-le-champ dans l'île de Lobau ^ à Bernadotte et à Bessières d'être rendus le 2 à Ebersdorf; à Vandame d^occuper Vienne, le 2 au soir ; à Lefevre d'envoyer Wrede â Vienne pour se réunir à la garde impériale, et de se tenir lui-même à Lintz, pour, dès que la grande armée aurait passé le Danube, entrer eii Bohème par le sud, en même leinpls que Jérôme y entrerait de Dreâde par le «ord, et que Junot, de Bareuth, la: menacerait par

-298 MON SEJOUR AUPRBS

Tôuest. Enfin, il n*est pas jusqu'à Pouiatowsfcy^ auquel Napoléon prescrivait d'emmener ses Polonais sur Olmutz pour contenir r Archiduc Ferdinand, et d'y entraîner les Russes^ si ces alliés douteux avaient la loyauté de nous servir de bonne foi.

^^ Ceat pour les gens du métier surtout que sont intéressans et précieux les ordres donnés en cette occasicxQ; ils sont le programme exact des batailles qi^i suivirent. Jamais on n'avait vu diriger une aussi grande opération à l'avance avec autant de précision, et jamais tout n'avait été prévu avec autalit d'exactitude. Les détails du passage ne sont pas moins admirables.

^^ Le 4 Juillet, à une heure après midi, on reçoit Tordre de traverser le soir même.

" Tout avait été parfaiten^ent préparé ; les passages étaient multipliés ; la direction de chaque corps jalonnée à l'avance ; aussi tout fut exécuté avec, la plus grande promptitude, et dans le plus gtand ordre. Jamais une armée aussi nombreuse n'avait aussi rapidement traversé tant de défilés et formé son ordre de bataille. £n une nuit elte se trouva rangée de l'autre côte du Danube^ quand soit ennemi surpris la croyait encore dans ses cantonnëmeus. Du temps de Turenne et de Condé oti n'eut pas cru la chose possible i du temps» .de viUtfs et de Vendoaoae, oa y eût emploj;^|ilu^urs jours peàt-^tre, sans y parvenir ; enfin^ dutraipfi^ de Frédéric, à peine ce grand capitaine aursût-U

Dfi l.'£MPBR£U3 NAPQLEON. £f9

espéré y réussir avec sa bonne armée. Nos adr versaires, dans la^ plus belle plaine du monde^ passaient des demi-journées à se mettre en ordre de bataille, etc. >

** Napoléon ayant deux ponts à son extrême gauche ; dont le premier sur pilotis, à l'abri de tout accident, devant servir de ligne de communication pour l'armée, voulut avoir un autre pont comme de réserve à son extrême droite ; il se ménageait ainsi, poi^r tous les cas, la possibilité de manœuvrer par les deux extrémités du saillant de la Lobau, le plus près possible des grands bras du Danube. C'est par ce dernier pont que corn* mença la grande opération.

" A 9 heures du soir, vers Tembouchure du bras de Lobau, dans le grand Danube, Oudinot fait embarquer 15 cents voltigeurs dans des bacs et des bateaux préparés par là marine ; ils passent à la rive gauche et s'y établissent. Dès le premier coup de canon d'Oudinot, toutes les batteries de Lobau. font un feu terrible, les unes sur les oo-' vrages ennemis ; les autres sur le terrain qu'il oc« cupe ; le plus grand nombre sur Enzersdorf et%es alentours. On voit perpétuellement en l'air ^ne quantité de bombes et d'obus enflanunés. Masaéna jette de son câté 18 cents hommes sur l'autre rive-} ils passent dans cinq bacs. Le premier 4 de. la p^ne à aborder, les hommes se jettent à I4 nage et 4e tii^tit à terre ; alors le passage continu^ MQB interruptûffu Les postes de Pennemi sont

enlevés ou surpris, et on établit les ponts préparés à l'avance. Celui d'une seule pièce se trouve placé en 8 ou 10 minutes, malgré la baisse des eaux. Le 4® corps commence immédiatement à défiler, le transport continue sur les bacs. On commence des ponts de radeaux et de bateaux siu* l'île Alexandre. Le premier est fini à trois heures, le second à deux ; un quatrième est jeté plus haut ; le cinquième avance rapidement. Cependant la canonnade continuait d'une maniée épouvantable ; Enzersdorf est bientôt la proie des flammes. L'ennemi ne répondait que faiblement en face des ponts; mais il tonnait de tous ses ouvrages sur le terrain de Tancien passage, oà il crpyait que notre armée . débouchait. A .tout ce fracas vint se joindre un orage terrible et une pluie par torrens^ qui produisit un froid extraordinaire. Les travaux n'en sont nullement dérangés. Napoléon est partout, courant à pied d'un pont à l'autre, au milieu des boues et de ces rives glissantes où on culbute à chaque instant. Infanterie^ artillerie, cavalerie, tout défile sans relâche. . A mesure qu'on gagne du terrain sur la rive gauche. Napoléon fait assurer ces premiers progrès. Il a donné à l'avance aux officiers du génie l'ordre de tracer quatre immenses, redans pour couvrir les ponts. Ainsi chaque pas que font les troupes, préparé par le feu terrible qui écrase l'ennemi, est protégé par des ouvrages contre tout accident. L'avant garde ennemie, qui se trouvait dans^ cette

partie^ cède le terrain presque sans combattre, et se retire au-delà d'Enzersdorf, selon l'ordre^qu'elle en à reçu.

." Malgré la multiplicité des ponts, il fallait encore plusieurs heures pour faire défiler une armée aussi nombreuse que la nôtre. Les corps de la 9^ et 3® lignes non encore formées, arrivaient successivement. Ce n'est que vers midi que la première ligne se trouve établie perpendiculairement au Danube, selon l'ordre donné : Masséna à gauche, Oudinot et Bernadotte au centre, Davoust à droite. Ces corps sont par régimens serrés en masse. Ils occupent ainsi un bien petit espace. L'armée d'Italie, la garde, avec le 11* corps vienneiit former la â® ligne, et les réserves de cavalerie la 3*. Le reste de l'armée étant ^arrivé, ou près de l'être. Napoléon porte en avant sa première ligne et s'étend en éventail, etc.* etc."

Ici se trouvent les développemens de cette célèbre bataille de Wagram, tellement remarquable par les mouvemens préparatoires et les grandes manœuvres instantanées qui la rendent une des plus longues qui aient été livrées : ils remplissent tout une semaine. Cette bataille est encore une des plus mémorables des temps modernes, par les forces qui combattirent de part et d'autre, la'réputation des deux généraux opposés, les pertes des deux armées, et son grand résultat, la paix de Vienne. Cet évéhemént fournit à Pauteur les détails lès plus lucides, l^s réflexions les plus ju-

dicieuses. Mais je passerai tout de suite auis premiers résultats de la bataille proprement dite. Elle coûta aux Autrichiens 24 mille morts ou blessés^ et nous laissa 20 mille prisonniers. Toutefois elle fut loin encore de remplir les espéraàaces de Napoléon : Farmée reprocha à un de ses lieute* nans, dont elle s'était déjà plainte à Austerlitz, à léna^ à Than, etc. d'avoir le Ô, attaqué trop tard Wagram ; évacué, le 6, sans combatre, Aderclaa, tête dé notre position, appui des manœuvres de Napoléon» et qui, entre les mains de T Archiduc, devint celui de sa résistance et de ses attaques. Peut-être ce lieutenant de l'Empereur eut-il pu se rejeter sur la mauvaise conduite des troupes étrangères qui lui étaient confiées ; mais loin de là, il se permit même, contre l\]sagè reçu, une proclamation individuelle dans laquelle il les' qualifiait de colonne de granit; ce qui remplit d*étonnement les autres corps, et porta l'Empereur à le renvoyer en fVance.

^' Napoléon, compagnon et juge des hauts faits de ses braves, leur distribua de nombreuses récompenses. Passant en revue Tarmée d'Italie, le lendemain de la bataille, il dit aux soldats : << Vous êtes «^ de braves gens, vous vous êtes tous couverts de ^^ gloire !'' Une proclamation témoigna à l'armée la satisfaction de son Empereur, et s'adressa plus particulièrement au génie, à l'artillerie, et aux pontonniers, qui, par leurs immenses travaux, avaient préparé tous ces miracles.

^* Napoléon fit trois maréchaux sur le champ de

bataille: Oudinot^ Marmotft^ et Macdonald. Il onbrassa ce dernier, délaissé long-temps à cause de dissentimens antérieurs. Le nouveau maréchal, attendri jusqu'aux larmes, s'écria dans Tefilision de son cœur, qu'il lui vouait désormais une fidélité sincère, engagement que Napoléon, du reste, a eu l'occasion ^ de témoigner avoir été rempli/'

L^auteur, après avoir analysé la conduite et les fautei^ de l'Archiduc en cette circonstance, dit: " Pour Napoléon, il s'est conduit, dans cette ba* taille^ d'après les mêmes principes que dans l'en-* semble de la campagne. Il a tenu ses troupes soùs sa main, et a manoeuvré excenfriquement. Attaqué et prévenu, il a laissé l'ennemi démasquer sba mouvement, l'a attaqué lùi-mème à son tour au moment et au point favorable. Rien ne lui à échappé; ni Içs dangers de la gauche et de l'île de Lbbau, en état de se défendre seules où il voit Boudét i ni les dangçrs^ dé la droite, où il renforce Dâvoust, au cas que le Prince Jean arrivât. Cependant il a prouvé de grands contre-temps : si Pattaque du 5 au soir eût été Convenablement faite; elle eût réussi, et ' dès-lors l'armée de P Archiduc, percée par lé centre, était séparée en deux parties qui pouvaient être fortement entamées, et qui, rejetées, l'une sur la Bohême, l'autre sur la Hon^ grie, ne se seraient plus rejointes. On eût évité, dès-lors la grande bataille et toutes le» <:rhances du lendemaiTi. Si 'Aderclâ n*eût pas été abandonné

sans coup férir, le 6 au jour, Farmée Française, qui se trouvait concentrée, aurait culbuté du premier effort le centre dégarni de rennemi, et serait retombée sur sa droite, qui eût été écrasée ou noyée dans le Danube, etc. etc.

*' Cependant T Archiduc se retirait en toute hâte sur la Bohême, et sa retraite, quoique faite avec une grande habileté, allait développer les conséquences de la bataille, bien plus désastreuses encore que la perte de la bataille elle-même. Chaque jour, chaque instant voyait entamer Tarmée ennemie : elle était menacée da périr en détail. La Cour de Vienne sentit toute l'imminence du danger, et se hâta de le prévenir. Le 10, vers le soir, Masséna poursuivant ses avantagés et maître des faubourgs de Znaîm, allait enlever la ville, quand un cri universel se fit. entendre tout le long de la ligne, celui de cessez le Jeu, cessez le feu. Une députation Autrichienne avait atteint Napoléon, pour traiter de la paix, et solliciter un armistice. Ce dernier point devint un grand sujet de dissertation dans toute Tarmée, et sous la tente même de F Empereur. La situation vraiment critique des forces Autrichiennes était visible à tous les yeux, et grand nombre ' pensaient que c'était im devoir que de recueillir inflexiblement le prix de tant d'efforts, que le temps était venu d'en finir une fois pour toutes avec une Cour sans bonne foi, dont les protestations et les sermons n'avaient jamais pour but que de gagner du' temps et de ma-

DE l'empereur napolëox. QSS

chiner de nouvelles attaques. Napoléon ne pensa j)as ainsi, et prenant une plume, signa Tarmistice, disant : ^^ Il y a eu assez de sang versé.'^

" Cet armistice nous livra les deux rives du Danube jusqu'à Raab, et toutes les provinces Allemandes : c'est-à-dire que nos troupes eurent à occuper un tiers dé la monarchie Autrichienne avec plus de 8 millions de population. L'armée ennemie se retira par le nord de la Moravie, au-delà. de Presbourg, dans^le reste de la Hongrie, abandonnant désormais le défense de la, Bohême à ses seules et propres forces; Le commandement en fut retiré à l'Archiduc Charles, qui emporta, quelles qu'eussent été d'ailleurs ses combinaisons militaires, l'intérêt le plus vif des militaires Français, leur admiration même pour la valeur personnelle dont il avait prodigué les preuves. Son malheur, disaiton, ayait été d'avoir eu Napoléon à combattre, et chacun pensait qu'aucun général en Europe n'eût pu même faire aussi bien.

'* Là se termine une campagne de moins de trois mois, qui : pourrait même compter ' une autre espèce de suspension d'armes tacite de 43 jours; et durant ce court intervalle, que de choses! et quels résultats !!!....

" La victoire de Wagram eut sur les esprits et la politique l'influence devenue habituelle. Napoléon avait ouvert la campagne au moment d'une crise vraiment efirayante r la ligué était générale

contre lui, les machinations universelles. La victoire d'£ckmUlh frappa de terreur toutes les malveillances, et contint tous les mouvemens ; le revers d*Essling ranima tons les plans^ et réveilla toutes les espérances. Wagram les confondit de nouveau; chacun s'empressa de reprendre son attitude soumise» et de multiplier ses protestations de dévouement et de bonne amitié.

' *^Le cabinet Anglais, qui n'avait pas su ou voulu aider TAutriche quand elle luttait encore, se hâta, aussitôt qu'il la vit abattue, d'effectuer, avant le retour des troupes Françaises, son expé* dition contre le port d'Anvers, dont la destruction lui tenait si fort à cœur : il la manqua par impéritie. Toutefois cette diversion suflSt encoi-e pour ranimer les secrètes espérances de l'Autriche, •et lui faire traîner les négociations en longueur. C'est dans cet intervalle qu'un événement imprévu fut sur le point de déjouer toutes les combiuai-r sons, et de donner un tout autre cours aux événe* mens de l'Europe : Napoléon fut à l'instant de tomber à Scho^nbrun sous le couteau d'un fana* tique. . Si Pacte eût été consommé, qui peut dire ce qui se serait p^ssé en Europe ! ! ! ^

* J'ai entendu TEmpereur se faire précisément la même question, et y répondre, en parcourant en peu d'instans huit ou dix hypothèses diverses, avec cette fécondité d'idées et cette rapidité d'expressions qui lui étaient si particuKèrps. Si je x^ l'ai pas mentionné en son lieu,, c'est que, ne voyant pas qu'il en

DE. t'BMP£R£UR NAPOLEON. ^8^

" Enfin rexpéditiôn d'Anvers avortée, et Napo* lëbn prenant le ton menaçant^ TAutriche signa^ le 14 Octobre, la paix de Vienne, dont les conditions, vu le véritable état des choses, purent être regardées comme de nouveaux actes de la clémence du vainqueur.

*^ Napoléon épargna donc encore une fois l'Au'triche ; c'est qu'il était loin de vouloir la détruire ; qu'il la jugeait, nécessaire à sa politique, et. qu'il espérait se l'attacher enfin à force de bienfaits. Il s'est, cruellement trompé !!!.... £t toutefois on a pu lire plus haut, quelque part, dans . ce Recueil, qu'il s'accusait, comme d'une véritable faute, de l'avoir laissée trop forte après. Wagram. " Le len- <^ demain de la bataille, j'eusse dû, disait-il, faire *^ connaître, par l'ordre du jour, que je ne traite- ^* rais avec l'Autriche, qu'après la séparation prëa- *^ lable des couronnes d'Autriche, de Hongrie, de " Bohême, placées sur des têtes différentes."

Ici l'auteur, après des réflexions générales sur cette magnifique campagne, récapitule ce que la patrie, en. cette dernière occasion, doit en aussi peu de temps, à l'activité, la persévérance, la force d'amcj l'iinmensité du génie d'un seul

pût ressortir aucun bien, et y jugeant de nombreux inconvéniensy j*ai cru devoir omettre le tout ; seulement il tenmna, disant : << Je n'hésite pas à prononcer que mon assassinat à ^* Schœnbrun eût été moins funeste pour la France que ne Ta ** été mon union avec TAutriche."

MON SJboUR AUPRES

[Août

homme ; il démontre que la gloire, Tindépendance, la splendeur, la félicité de • cette patrie, étaient le premier, Tunique sentiment ^ de cet homme vraiment grand ; et il termine en expliquant ainsi son extrême modération dans son dernier triomphe. " C'est que Napoléon, dit-il, bien *^ au-dessus de ses victoires et des ambitions ordi- *^ naires, s'était imposé la plus belle, la plus grande ^^des missions. Poussé à une haute dictature, d'abord en France, par les factions qui la divisaient et mettaient son existence en péril ; en- " suite sur toute l'Europe, par la constante coalition de ses ennemis, leurs- attaques perpétuelles, le refus obstiné de la paix générale, il avait su *' juger inévitable la régénération moderne; et ^* prétendait à la diriger. . . . Placé au plus haut *^ point des lumières, au-dessus des intérêts comme ^* des passions, il avait pu peser les nécessités du ^^ temps. . . . Chef de la cause des peuples triom- "phans, il voulait en traiter à l'amiable avec les " Rois vaincus," etc. etc.

Dans mon Receuil, Fauteur trouvera plus d'une fois, dans les paroles de Napoléon même, l'occasion d'être fier de l'avoir si bien deviné, et il goûtera surtout la douce satisfaction de cœur de l'avoir admiré, aimé, en pleine connaissance.de cause.

1S16.3 I>B l'empereur NAPOLEON. 2f39

Sur la guerre de Russie. — Fatalités, etc. — M. de Talkyratid, etc. — Corine de M^ de Staël. — M. Necker, etc.

13. — ^L'Empereur m'a emmené de bon matin fort loin dans le bois ; il a causé plus d'une heure sur la situation de la France ; de-là, il est rçvenu sur les gens qui Pavaient trahi, sur les fatalités nombreuses qui l'avaient entraîné; la sécurité perfide causée par son mariage avec l'Autriche ; l'aveuglement des Turcs, qui font la paix précisément quand ils devaient faire la guerre ; celui de Bernadotte, qui obéit à son amour-propre et à ses ressentiraens, plutôt qu'à sa véritable grandeur et à sa stabilité ; une saison rigoureuse outre mesure; jusqu'à la supériorité d'esprit de M. de Narbonne à Vieune, qui, découvrant l'Autriche à nu, la força de se hâter : enfin les succès mêmes de Lutzen et de Bautzen, qui, ramenant le Roi de Saxe à Dresde, le mirent, lui Napoléon, en possession des signatures hostiles de l'Autriche, et ne lui laissèrent plus aucun faux-fuyant. ^^ Quel malheureux " concours pourtant ! disait-il d'un accent tout-à- " fait expressif; et toutefois, continuait-il, le len- ^^ demain de la bataille de Dresde, François avait ^* envoyé déjà quelqu'un pour traiter. 11 fallut " que l'échec de Vandamme arrivât à point nommé " comme pour aider à l'arrêt du destin."

M. de Talleyrand, sur la conduite duquel l'Empereur revenait beaucoup, pour savoir, disait*-il, <iuand il avait commencé véritablement à le trahir,

240 MON SÉJOUR AUPRÈS [AoùV

Tavait poussé fortement à la paix au retour de XeîpsicK. ** Je lui doîs, observait-îl, cette jttetîce : '^^ il blâinà nibn discours au Sénat, mais apjirouva *• fort eelirt au Corps Législatif. H ne cessait de **^'me répéter que je me méprenais sur Pénergie de là nation ; qu'elle ne seconderait pas là mienne, que je m'enverrais abandonné, qu*il iné fallait ** m'accommôder à tous prix. II paraît qà'il était " alors de bonne foi, qu'il ne trahissait" point en- '**core. Talleyrand n'a jamais été pour moi élo- **quént ni persuasif; il roulait beaùëoiip çt long- ** temps autour de la même idée. ' Peut-être aussi

" me connaissant de vieille date, s*ètait-îl ïait une

"^^ manière pouf moi ; du reste, il était sî^droite- ''ment évasif et divaguant, qu'après dés cônversa- "tïôns de plusieurs heures, il s*en allaïf, ayant " ' *^^ écliappé souvent aux éclaircissemteris 'ou aux ' ^* objets que je m'étais promis d'en obtenir, lorsque *Me Tavâis vu arriver, etc. etc." . \ .. '

Quant atilc affaires du moment et au sujet des dérnîers journaux qiiî peignaient la Fràilce en agitation toigours croissante, le résultat a été que, pour toute l'Europe, les chances de Tavenir semblaient indéfinies, multipliées, inépuisables ^' qu'il* existait, ' en cet instant, un fait constant, lequel nous parvenait de tous côtés ; c'est que persbtirie en Eu- * rope ne se croyait dans une attitude stable. Chacun semblait redouter ou pressentir desèvétieraens nouveaux, etc.

L'Empereur m'a retenu à déjeÙne^ avec lui sous la tente ; il a fait ensuite apporter Corihé ae M"*«

iSte.'S ^^ L*ËMPfiR£U1t NAPOLEON. S41

de S(flif, dotit il a lu qudques chapitrai II lie pouvàîf Fachever, dîàait-il. M"^ àe Staël 8*était peinte si bien dan» son héroïne^ qu'elle était, venue à bout de la lui faire prendre en grippe, '^ Je là " vois, di9ait41^ je l'entends, je la sens^ je^ veux la ** fuir, et je jette le livre. Il me restait de. cet ouvrage un meilleur seuvenir que ce que j*éprouve aujourd'hui. Peut-être est-ce parce que ^ dans le temps je le lus avec le pouce, comme dit " fort ingénieusement M. l'Abbé de Pradt,et non sans quelque vérité. Toutefois je persisterai, j'en veux voir la fin ; il me semble toujours iqu'il ** n'était pas sans quelque intérêt. Je ne puis par- " donnei" du reste à M°* de Staël d'avoir ravalé les ** Français dans son roman. C'est assurément, une ** singulière famille que celle de M^ dp Staël ! •* Son père, sa mère, et elle^ tous trois à genoux, en constante adoration les uns des autres, s'enfu* mant d'im encens réciproque, pour .la meilleure édification et mystification du public. M^ de Staël, toutefois, peut se vanter d'avoir surpassé ses nobles parens, lorsqu'elle a osé écrire que ses '* sentîmens pour son père étaient tels, qu'elle ** s'était surprise à se trouver jalouse de sa mère.

« jyjme de Staël était ardente dans ses passions» '* continuaît-il ; elle était furieuse, forcenée jdans *^ ses expressions. Voici ^ce que lisait la police •^ durant sa surveillance. — Je suis loin de vous, *• ëcrivaît-elle à son mari, apparemment. Venez à *^ l'instant, je l'ordonne, je le veux. Je suis à

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