L'Empereur est sorti de bonne heure
Avant neuf heures il m'a fait appeler ; il était dans rintention de monter à cheval, et d'essayer de pouvoir tirer quelques perdrix que nous apercevons toutes les fois que nous sommes en voiture, qui se laissent toujours approcher tant que* nous sommes sans armes, mais jamais autrement. L'Empereur s'est mis à marcher pour tâcher de se poster à propos ; mais on n'a pu retrouver les perdrix ; il s'est fatigué promptement, et a pris le parti de monter à cheval, observant que tout ceci n'était point précisément les chasses de Rambouillet ni de Fontainebleau. Au retour nous avons déjeûné sous la tente ; l'Empereur a fait asseoir à table le petit Tristan, qu'il a vu traverser la prairie, et s'en est fort amusé pendant tout le repas. '^
Après le déjeûner, l'Empereur a fait relire, et a clos le chapitre de Rivoli. Nous en étions aux trois quarts, quand l'annonce du Gouverneur nous a fait quitter précipitamment la tente, et prendre refuge chacun dans notre tanière. L'Empereur
£46 MON SÉJOUB AUPRÈS [Août
a voulu beaucoup oaoins qu'un autre se laisser relancer ; ses conversations avec le Gouverneur, lui sont par trop pénibles. et désagréables. '^ Je " n'en veux plus avoii^, dit-il. Il m'échappe des V choses dures qui compromettent mon caractère et ^' ma dignité : il ne doit sortir de ma bouche que ^^ des choses flatteuses." Il se trouvait fatigué de sa course du matin ; il s'est mis au bain.
Sur les cinq heures il a fait un tour en calèche, le temps était délicieux.
Le Gouverneur avait vivement désiré voir l'Empereur : il avait, disait-il, à lui parler d'affairés. On soupçonne que c'était pour lui dire qu'il n'avait plus d'argent, qu'il avait tout épuissé et ne savait plus comment faire ; ce qui eût été fort indifférent à TËmpereur, qui n'eût pas man^ que de le prier de nouveau de le laisser tranquille.
Avant le dîner, PEmpereur jouait aux échecs dans le salon; il avait pris du punch. Je suis at'rivé tard, en entrant il m'a dit de prendre ma part du punch ; mais on a fait observer qu'il n^y avait plus de verres. " Oh que si, à-t-il dit en " me i^onnant le sien, et il boira j'en suis sûr . • ." Puis il a ajouté : " C'est à l'Anglaise n'est-ce pas ? ' ** Chez nous on ne boit guère qu'après sa inaî^ " tresse.''
Pendant le dîner on a ùàt l'observation que c'était la veille du 15 Août; FEmpereur a dit alors : " Demain en Europe, bien des santés se- ^ ront portées à Sainte-Hélène. Il est bien quel-
^1^3 ^£ l'empereur NAPOLEON. 347
*^ quea sentijHens, quelques vœux qui traverseront '* rOcéan." Il en avait déjà eu la pensée ca matin durant la course- à cheval, et m'avait dit les o^me» choses*
. Après le dîoer, Cinna : Corneille nous semble divin.
Fête de P Empereur.
15. — Aujourd'hui, 15 d*Août, c'était la fête de l'Empereur ; nous avions projeté de nous présenter tous chez lui vers les onze heures : il nous a déjoués en paraissant gaiement à nos portes dès neuf heures. Il faisait fort doux ; il a gagné l.e jardin ; chacun s'y est successivement réuni : le Grand-M'arechal, sa femme, ses enfans sont arrivés j l'Empereur a déjeûné, entouré de tous ses fidèles, sous la grande et belle tente, qui est une véritable et heureuse acquisition. La température était belle, lui-même >était gai et fort causant ; il a semblé jouir quelques instans de nos sentimeps et de nos vœux ; il a voulu, nous a-t-il dit, passer toute la journée entouré de noiis tous ; ' ce qui a eu lieu, causant, travaillant^ et proniçnànt à pied QU en voiture.
JEcole Polytechnique supprimée, etc. — Indécence des journaux Aillais, etc. — Machine à glace.
16. — Mon fils et moi nous nou^ sommes rendus de très-bonne heure sous la tente auprès de l'Empereur, qui a travaillé divers chapitres de la cam-
S48 MON SEJOUR AUPRES [Août
pagne d'Italie jusqu'à deux heures^ qu'il s'est retiré sur l'annonce du Gouverneur ; marmottant : "Le misérable m'envie je crois l'air que je respire!"
Pendant le déjeûner il avait demandé le journal des Débats, qui contenait la nouvelle organisation des académies ; il voulait voir les membres qu'on avait chassés de Tlnstitut. Cela a conduit à revenir sur la suppression de l'école Polytechnique, que l'on disait inutile et dangereuse. Le journal Anglais que nous avions 'reçu ne jugeait pas ainsi ; il disait que cette suppression seule valait aux ennemis de la France plus qu'une grande victoire ; que rien ne pouvait prouver davantage les véritables intentions pacifiques et l'extrême modération de la d3aiastie qui venait gouverner la France, etc. etc. : il disait encore beaucoup d'autres choses.
Quelqu'un observait à ce sujet que les papiers Anglais devenaient, pour le gouvernement Français, malveillans jusqu'à la grossièreté et à l'indécence
Lord ou Lady Holland avait, par une galanterie toute particulière, adressé à Longwood, pour l'usage de l'Empereur, une machine d'invention nouvelle, propre à créer de la glace : elle nous est arrivée aujourd'hui par l'entremise de l'Amiral Malcolm. L'Empereur, en resortant vers les quatre heures, en a voulu voir l'expérience ; l'Amiral s'y trouvait ; elle a été des plus imparfaites.
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L'Empereur au bout de quelque temps a pris le parti de la promenade, et a emmené TAmiral, avec lequel la conversation a roulé sur une foule d'objets, et, de la part de l'Empereur, sur le ton le plus afi^ble et le plus amical.
Idées religieuses de 'Napoléon. — Evéque de Nantes (de Voisin.) — Le Pape. — Libertés de F Eglise Gallicane, — Anecdotes. — ! Concordat de Fontainebleau.
17. — L'Empereur a déjeûné sous la tente ; durant ïe repas, deux de ces Messieurs racontaient à l'Empereur les excès dont ils avaient été témoins à l'armée, et qui lui étaient demeurés inconnus. Les violations multipliées de ses ordres, les violens abus d'autorité, d'autres grands torts encore, etc. etc. L'Empereur écoutait; quelques détails étaient si forts, qu'il ne pouvait les croire, disaitil. "Allons, Messieurs, a-t-il repris, vous faites " ici des libelles,"
Le vent était très-violent ; il y avait tempête ; il pleuvait de temps à autre. L'humidité a forcé l'Empereur de rentrer.
Après le dîner on a lu Zaïre, et les belles scènes d'Œdipe, parmi lesquelles l'Empereur distinguait surtout celle de la reconnaissance, qu'il a dit être la plus belle, la plus complète du théâtre.
En parlant de prêtres et de religion, la conversation a conduit l'Empereur a dire : " L'homme ^* lancé dans la vie se demande : D'où viens-je ? ** Qui suîs-je ? Où vais-je ? Ce sont autant de
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£50 MON a^jQua At'Pii£8 X^h^
*' que6tion& mystérieuses qui nous précipitent vers ^^ la religion. Nous courons au-devant d'elle, wi* *^ tre penchant naturel hqxib y porte ; mais arrive ^^ l'instruction qui nous artête : Titstruction et ^M'histoire, voilà les grands ennemis de la vraie ^* religion, défigurée par les imperfections des <f hommes. Pourquoi, se dit-on^ celle de Pari^ n*est-elle pas celle de Londres, ni de Berlin ? Pourquoi celle de Pétersbourg diAFère-t-elle de celle de Constantinople ? Celle-ci> de celle de la Perse, du Gange et de la Chine ? Pour* quoi celle des temps anciens n'est-elle pas celle ^^ d*aujourd'hui ? Alors la raison se replie dçu* " loureusement, elle : s'écrie Religions ! religions ! ^* Q enfans des hommes l ..,. On croit bien à '^ Dieu, parce que tout le proclame autour de *^ nous^ et que les plus grands esprits y ont cru ) non seulement Bossuet^ dont c*était le métier j mais encore ^Newton, Leibnitz^ qui n*y avaient que faire. Mais on ne sait que penser de la *' doctrine qu'on nous enseigne, et nous nous H^ trouvons la montre qui va sans connaittre 900 horloger. ... Et voye2( un peu la gaucherie, de ^^ ceux qui nous forment; ils devraient éloigner de nous Tidée du paganisme et de Tidolatri^ parce que leur absurdité provoque nos preititers ** raisonnemens^ et nous prépare h résister à la ^^ croyance passive ; et pourtant ils nous âèyefit <^ au milieu des Grecs et des Romains, avec leurs ^^ myriades de divinités. Telle à été, pour mon
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MlCli DE l'empereur NAPCfLÉON. ^V
^ compte et à la lettre, la marché de mon esprit. " J'ai eu besoin de croire ; j'ai crii, mais ma croy- ^^ ahee s'est trouvée hcFurtée, incertaine, dès que ** j'ai su, dès que j'ai raisonné ; et cela! m'est arrivé *^ d'aussi bonne heure qu'à 13 ans. Peut-être '^ croirai-je de nouveau aveuglément, Dieu lé <* veuille ! je n'y résiste assurément pas, et je ne ^^ demande pas mieux ; je conçois que ce doit être
un grand et vrai bonheur.
Toutefois, dans les grandes tempêtes, dans les
suggestions accidentelles de l'immoralité même, ^* l'absence de cette foi religieuse;^ je l'affirme, ne ^< m'a jamais influencé en aucune manière, et je '^ n'ai jamais douté de Dieu ; car si ma raison n*eût ^* pas suffi pour le comprendre, mon intérieur ne ^ l'adoptait pas moins. Mes nerfs étaient en S3rm. " pathie avec se sentiment.
^^ Lorsque je saisis le timon des affaires, j'avais ** déjà des idées arrêtées sur tous les grands élé» ^* mens qui cohésion nent la société ; j'avais pesé *« toute Timportance de la religion ; j*étaig pérf ^ Buadé, et j'avais résolu de la rétablir. Mais on ^^ croirait difficilement les résistances que j^eqs à ^^ vaincre pour ramener le catholicisme. On m'^eût ^< suivi bien plus volontiers sii j*euss6 arboré la ^^ bannière protestante ; c'est au point qu'au Con* ** seil d^État, oii j'eus grande peine à faire adopter <^ le concordat, plusieurs ne se rendirent qu'en ^* complottant d'y échapper, Eh bien ! se disaic^nt*. ^« ils l'un à l'autre, faisons^noua protestans, et cela
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25S MON SEJOUR AUPRES [Ao6t
ne nous regardera pas. Il est sûr qu'au désordre auquel je succédais, que sur les ruines où je me trouvais placé ; je pouvais choisir entre le catholicisme et le protestantisme ; et il est vrai ^de dire encore que les dispositions du mpment poussaient toutes à celui-ci ; mais outre que je *^ tenais réellement à ma religion natale, j'avais les plus hauts motifs pour me décider. En proclamant le protestantisme qu'enssé-je obtenu ? J'aurais créé en France deux grands partis à peu près égaux, lorsque je voulais qu'il n'y en eût plus du tout ; j'aurais ramené la fureur des querelles de religion, lorsque les lumières du siècle et ma volonté avaient pour but de les faire disparaître tout à fait. Ces deux partis en se dé- *' cbirant eussent annihilé la France, et l'eussent *' rendue l'esclave de l'Europe, lorsque j'avais '^ l'ambition de l'en rendre la maîtresse. Avec le '^ catholicisme j'arrivais bien plus sûrement à tous " mes grands résultats j dans l'intérieur, chez nous^ '* le grand nombre absorbait le petit, et je me pro- " mettais de traiter celui-ci avec une telle égalité^ *• qu'il n'y aurait bientôt plus de motif à connaître " là difiërence. Au dehors, le catholicisme me ** conseirvait le Pape ; et avec mon influence çt *^ nos forces en Italie, je ne désespérais pas tôt ou tard, par un moyen ou par un autre, de finir par avoir à moi la direction de ce Pape ; et dès-lors quelle influence! Quel levier d'opinion sur le reste du monde ! etc. etc." et il a terminé di-
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1S10.] DE I.*BMP£lt£UR NAPOLEON. 253
sant: ^'François I^ était placé véritablement '^ pour adopter le protestantisme à sa naissance, et '' s'en déclarer le chef en Europe. Charles Quint^ '^ son rival, prit vivement le parti de Rome, c'est *^ qu'il croyait voir là pour lui un moyen de plus ^^ d'obtenir l'asservissement de l'Europe. Cela seul ne suffisait-il pas pour indiquer à François P' la nécessité de se charger de son indépen- '^ dance ; ùiais il laissa le plus pour courir après le ^' moins. U s'attacha à poursuivre ses mauvais " procès d'Italie ; et, dans l'intention de faire sa <^ cour au Pape, il se mit à brûler des réformés " dans I^aris.
*' Si François I^ eût embrassé le Luthéranisme ** si favorable à la suprématie royale, il eût épargné ^' à la France les terribles convulsions religieuses amenées plus tard par les Calvinistes, dont l'atteinte, toute républicaine, fut sur le point de '^ renverser le trône, et de dissoudre notre belle monarchie. Malheureusement François I^ ne comprit rien de tout cela, car il ne saurait donner ses scrupules pour excuse, lui qui s'allia avec les '* Turcs, et les amena au milieu de nous. Tout bonnement c'est qu'il n'y voyait pas si loin. Bêtise du temps! intelligence féodale ! François I^, après . tout, n'était qu'un héros de tournois, un beau de salon, un de ces grands hommes pygmées.
*' L'évêque de Nantes (De Voisins)^ disait encore l'Empereur, me rendait réellement catho-
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394 MON SBJOUK auprbs CA<At
^^lîque par la sagesse de ses laisoDoemens, son ^^ excellente morale» et sa tolérance éclairée. Marie- ^ Louise, doût-il était le confesseur, le consulta ^^ un jour sur Tobligation de faire maigre les Yen- ^* dredis. — A quelle table mangez vous» lui dit ^ révêque ? — A celle de TËmpereur. — ^Y com^ ^< mande^Tious ?^— Non.— Vous n'y pouvez donc ^ rien j. le £Biait-il lui-même ?— H est à croire que ^^ ncm.— Soumettez-vous alors, et ne provoquez ^ pas un sujet de scandale. Votre premi^ devoir ^^ est de lui obéir, et de le faire respecter ; vous ne manquerez pas d'autres moyens de vous amender et de vous priver aux yeux de Dieu.
*^ Ce fut la même chose encore pour une com- *^ munion publique . que quelques-uns mirent en ^^ tête à Marie-Louise *poùr le joiu- de Pâques. Elle '^ ne le voulut pourtant pas sans avoir pris Tavis '< de sm\ sagQ.Gi)n;£e$s^ur, qui l'en dissuada par les ^' mêmes raisonnemens. Quelle dijQ^rence, disait ** l'Empereur, si elle eût été travaillée par un fanatique! quelles querelles, quelle désunion n*eûtii pas pu amener entre nous ! Quel mal n'eût-il pis pu faire dans tes circonstances oik je me " trouvais 1 . . '
^^ L'évêque de Nantes, nous faisait observer " TEmpereur, avait vécu avec Diderot, autn^lleu ** des incrédules, et y avait toujours été convena- " bleme&t ; aussi avait-il réponse à tout : il avait ^* surtout le bon cspr't d'abandminer tout fce qui «^ n'était pas soutênable, de fjure rétrograder la " reUgion de tout ce qu'il n'eût pu défendre. — Un
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ISIGO I^ L'sXPfiBBUR NAPOLBpN. ItSS
*^ animal qui se meut^ combine, et pense, nVt-il ** pas une ame, lui disait-on ? — Pourquoi pas, ré- " pondait-il. — Mais où va^t-elle ? Car elle n'est pas ^^ à l'égale de la nôtre,— Que vous importe ; elle demeure peut-être dans les limbes. Il se retirait donc dans les derniers retranchemens, dans ^^ la forteresse même, et là se ménageait bonjours ainsi un excellent terrain. Aussi argumentait-il bien mieux que le Pape,* et souvent il le désolait. ^^ C'était, parmi xios évéques, le plus ferme appui ^* des libertés Gallicanes. Cétatt mon oracle, mon « flambeau ; il avait ma confiance aveugle sur les matières religieuses. Car, dans mes querelles avec le Pape, j'avais pour premier soin, bien qu'en ayent dit les intrigans et les brouillons à ^^ soutane, de ne pas toucher au dogme ; si bien que dès que ce bon et vénérable évêque de Nantes me disait, prenez garde, vous voilà en face du dogme, sans m'amuser à disserter avec ^' lui, sans chercher même à le comp^-endre, je ^^ déviais aussitôt de ma route, pour y revenir par ^^ d'autres voies ; et comme il n'avait pas moti ^' secretj combien il aura été étonné de mes cir- ^^ cuits ! Que j'aurai dû lui paraître bigarre, ob- ^* stiné, capricieux, inconséquent! C'est qni^ j'avais ^^ un but, et qu'il ne le connaissait pas.
*' Les Papes ne pouvaient nous pardonner nos *^ libertés de l'église Gallicane : les quatre fameuses *^ propositions de Bossuet surtout excitaient leur ^' ressentiment ^ c'était, selon eux, un véritable
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856 MON sijOUR AUPRÈS [Aoèft
manifeste de guerre, aussi uous considéraient-ils hors du giron au moins autant que les protestans. Ils nous trouvaient aussi coupables^ peutr^re plus, et s'ils ne nous avaient pas accablés ^e ^' foudres ostensibles, c'est qu'ils avaient cnûnt les conséquences : notre séparation. L'exemple de l'Angleterre était là. Os n'avaient donc pas voulu se couper le bras droit de leur^pvop^ *^ main, mais ils ne cessaient de veiller pour^une ^^ occasion favorable ; ils l'attendaient du temps. ** Nul doute qu'ils vont la croire arrivée aij^our* '' d'hui. Toutefois les lumières du sièdeeties mœurs du temps les repousseront encore.
Quelque temps avant mon couronnement, di- *^ sait l'Empereur, le Pape voulut me yoir, et tint *' à se rendre lui-même chez moi. Il avait fait ** bien des concessions. Il était venu, à Fana me ^< couronner, il consentait à ne pas me poser ^la couronne, il me dispensait de communier en public avant la cérémonie, il avait dono^ selon ^^ lui, bien des récompenses à attendre en netour ; " aussi avait-il rêvé d'abord la Romagne^ les l<%a* ^' tions, et il commençait à soupçonner qu'il fau- ^^ drait renoncer à tout cela. Il se rabattît alors ^^ sur une bien petite grâce, disait-il, seulement^à voir signer un titre ancien^ un chiffon bien usé qu'il tenait de Louis XIV. — ^Faites moi ce.plaistr, " disait-il ; au fond, cela ne signifie rien^ — ^Volon- *^ tiers Très-Saint-Père, et la chose est faites si -eUe ^^ est faisable." Or^ c'était une déclaration > dans
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I8fc^;3 DE L EMPEREUR NAPOLEOM. 257
laquelle Louis XIV, sur la fin de ses jours, séduit par M°* de Maintenon, ou gagné par ses confessearsi' désapprouvait les fameux articles de 1682, bases des libertés de l'église Gallîcahe. UEmpereur répondit malignement qu'il n'avait, pour son compte, aucune objection personnelle; mats qu^il faillît toutefois, pour la règle, qu'il en parlât avec les évoques ; sur quoi te Pape se tuait de répéter que cela< n'était nullement nécessaire, que cela né méritait pas tant de bruit. " Je ne montrerai ** jamais cette signature, disait-il, pas plus qu'on *^ n'a toontré celle de Louis XIV. — Mais, si cela ** ne signifie rien, disait Napoléon, à quoi bon ma " signature ? et, si cela peut signifier quelque ** chose, il faut bien que décemment je consulte ** mes acteurs."
Toutefois, pour ne pas refiiser sans cesse, l'Empereur voulut paraître n'en être pas éloigné. ' Alors l'évêque de Nantes et les vrais évêques Français accoururent aussitôt. " Ils étaient furieux, et me *^ gardaient, disait l'Empereur, comme ils eussent
gardé Louis XIV.au lit de mort, pour l'empêcher
de < se (faire protestant. Les Sulpiciens furent •* appelés ; c'étaient des jésuites au petit pied, ** ceax-la cherchaient qu'elle était ma pensée, ils *^ ne demandaient qu'à faire ce que j'aurais voulu."
L'Empereur a terminé disant : ** Le Papç mV ^^ avèût dispensé de la communion publique, et c'est ^* sur cette détermination de sa part, que je juge ** de la sincérité de sa croyance religieuse. ' Il