‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint Hélène (volume 2)Chapitre 20 sur 27 · Tome III. Cinquième Partie» s · texte numérisé non relu

Tome III. Cinquième Partie» s

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^8 MON SÉJOUR AUPRES {Août

^^ avait tenu une congrégation de cardinaux pour arrêter le cérémonial. La plus grande partie ^ avait insisté fortement pour que je communiasse ei^ public, soutenant que. l'exemple serait d'un ^^ grand poids sur les peuples, et qu'il fallait que ^ je le donnasse. Le Pape, au contraire, craig- " nànt que je n'accomplisse cet acte que comme *^ un des articles du programme de Monsieur de " Ségur, n'y voyait qu'un sacrilège, et s'y opposa " inflexiblement. ' Napoléon ne croit peut-être pas, disait-il ; un temps viendra sans doute où il croira ; en attendant ne chargeons pas sa con- ^^ science ni la nôtre.*

" Dans sa charité chrétienne, car c'est vérîta- " blement un bon, doux et brave homme, disait " l'Empereur,' il n'a jamais désespéré de mie tenir *' pénitent à son tribunal ; il en a laissé souvent ** échapper l'espoir et la pensée. Nou$ en causions " quelquefois gaiement et de bonne amitié. Vous " y viendrez tôt ou tard, me disait-il avec une in- " nocente douceurj je vous y tiendrai ; ou d'au- " très si ce n'est pas moi, et vous verrez alors ^* quel contentement, quelle satisfaction pour vous- " même, etc. etc. En attendant, mon influence " sur lui était telle, que je lui arrachai, par la seule ^^ force de ma conversation privée, ce fameux con- " cordât de Fontainebleau, dans lequelil a renoncé " à la souveraineté temporelle, acte pour lequel " il a fait voir depuis qu'il redoutait le jugement de " la postérité, ou plutôt la . réprobation de ses suc-

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**cesseurs. Il n*eut pas plutôt signé qu'il s'en re- " pentit. II devait, le lendemain, dîner en public '^ avec moi ; mais dans la nitit il fut ou feignit "d*être malade. Cest qu'immédiatement après ** que je Teus quitté il retomba dans les mains de ** ses conseillers habituels, qui lui firent un épou- •* vantail de* ce qu'il venait d'arrêter* Si nous ** eussions été laissés seuls, j'en eusse fait ce que j'eusse voulu ; j'aurais gouverné alors le monde religieux avec la même facilité que je gouvernais "le monde politique. C'était vraiment un ag- '^neau, tout-à-fait un bon homme, un véritable *• homme de bien que j'estime, que j'aime beaucoup^ et qui, de son côté, me le rend un peu,^ j'en suis sûr. Vous ne le verrez pas trop se plaindre de moi, ni porter surtout aucune accusation directe " et personnelle, non plus que les autres Souve^ " rains. Peut-être des déclamations vagues et •* banales d'ambition et de mauvaise foi, mais rien de positif et de direct ; parce que les homme« d'état savent bien que, l'heure des libelles passée, *' on ne saturait se permettre d'accusation publique» , sans des preuves à l'appui, et ils ji'auraient jien à produire en ce genre : telle sera l'histoire. Il "n'y aura de contraire, au plus, que quelques " mauvais chroniqueurs assez bornés pour avoir " pris des radotages de coterie, ou des intrigues, ^ pour des faits authentiques, ou bien encore les^ *• mémorialistes, qui, trompés par les erreurs du

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'* moment, seront morts avant d'avoir pu se re* " dresser, etc. etc.

'* Quand on connaîtra la vérité de mes que- ^* relies avec le Pape, on s*étonnera de tout ce *' qu'il fit soufirir à ma patience, car on sait que ''je n'étais pas endurant. Lorsqu'il me quitta, '' après mon couronnement, il partit avec le secret ** dépit de n'avoir pas obtenu de moi les récom- " penses qu'il croyait avoir méritées. Mais quel- '* que reconnaissance que je lui eusse portée d'ail* ** leurs, je ne pouvais, après tout, trafiquer des ** intérêts de l'Empire, pour l'acquit de mes pro- '• près sentimens ; et puis j'étais trop fier pour •'sembler avoir acheté ses complaisances. A '' peine eut-il le pied sur le sol Italien, que les "intrigans, les brouillons, les ennemis de la '* France, profitèrent de ses dispositions pour s'en *' saisir, et dès cet instant tout fut hostile de sa ^* part. Ce n'était plus le doux, le paisible Chiara- " monti^ ce digne evêque d'Imola, qui s'était pro- " clamé de si bonne heure digne des lumières de ''son siècle. Sa signature n'était plus apposée ^^ qu*à la suite d'actes tenant bien plus des Gré* " goire et des Boniface, que de lui. Rome dévint ^ le foyer de tous les complots tramés contre nous. " J'essayai vainement^ de le ramener par la raison, " il ne m'était plus possible d'arriver jusqu'à' ses ."sentimens. Les torts devinrent si graves, les "insultes si patentes, qu'il me fallut bien agir à " mon tour. Je me saisis donc de ses forteressies.

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"je m'emparai de quelques provinces, je finis ** même par occuper Rome^ tout en lui déclarant '^ et en observant strictement qu'il demeurait sacré '^ pour moi dans ses attributions spirituelles^ ce qui ^* était loin de faire son compte. Cependant il se '.' présenta une crise^ on crut que la fortune '* n^'abandonnait à Ëssling ; et aussitôt on fut prêt à Rome pour soulever la population de cette grande capitale. L'officier qui y commandait ne crut pouvoir échapper au danger, qu'en se dé- *^ faisant du Pape^ qu'il mit en route pour la ** France. Un tel événement s'était opéré sans " ordres, et même il me contrariait fort. J'expédiai donc sur-le-champ pour qu'on fit demeurer le Pape, ou on le rencontrerait ; et on l'établit à '* Savonne, où on l'entoura de soins et d'égards ; ** car je voulais bien me faire craindre, mais non *Me maltraiter j le soumettre, mais non l'avilir: j'avais bien d'autres vues ! Ce déplacement ne fit qu'accroître le ressentiment et les intrigues. *' Jusque-là, la querelle n'avait été que temporelle ; " les meneurs du Pape, dans l'espoir de relever leurs afiaires, la compliquèrent de tout le mélange du spirituel. Alors il me fallut le combattre aussi sur ce point: j'eus mon conseil de conscience, mes conciles, et j'investis mes Cours impériales de l'appel comme d'abus ; car mes sol- " dats ne pouvaient plus rien à tout ceci j il me fallait bien combattre le Pape avec ses propres armes. A ses érudits, h ses ergoteurs, à ses lé-

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26s MON SÉJOUR AUPEÈS [Août

'^gistes^ à ses scribes; je devais opposer les " miens.

*^ H y eut une trame Anglaise pour l'enlever ** de Savonne : elle me servait, je le fis transporter '* à Fontainebleau ; mais là devait être le terme de ^* ses misères et la régénération de sa splendeur. ''Toutes mes grandes vues s'étaient accomplies sous *' le déguisement et le mystère, j'avais amené les ^' choses au point que le développement en était '* infaillible^ sans nul effort et tout naturel* Aussi, "voit-on le Pape le consacrer dans le fameux cod- '' cordât de Fontainebleau, en dépit même de mes '• revers de Moscow. Qu'eût-ce donc été si je ** fusse revenu victorieux et triomphant ? J'avais '* donc enfin obtenu la séparation tant désirable du '' spirituel d'avec le temporel, qui est si préjudici- " able à Sa. Sainteté, et dont le mélange porte le '' trouble dans la société au nom et par les mains " mêmes de celui qui doit en être le centre d'harmonie ; et, dès-lors, j'allais relever le P^e outre mesure, l'entourer de pompes et d'hommages, je l'eusse amené à ne plus regretter son temporel, '* j'en aurais fait une idole ; il fût demeuré près de moi. Paris fût devenu la capitale du mande chrétien, et j'aurais dirigé le monde religieux ainsi que le monde^ politique. C'était un moyen de plus de resserrer toutes les parties fédératives de l'Empire, et de contenir en paix tout ce qui ^' demeurait en dehors. J'aurais eu mes sessions ^^ religieuses comme mes sessions législatives ; mes

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1916.] DE L*£MP£aEUR NAPOI.éÔK. Stô'

conciles eussent été la représentation de la chrétienté) les Papes n*en eussent été que les présidens ; j'eusse ouvert et clos ses assemUées, approuvé et publié leurs décisions, comme Pavaient ikit Constantin et Charlemagne ; et si cette su-^ prématie avait échappé aux Empereurs, de^t <'()ù'3s avaient fait la faute de lai^er résider loin "d'eux les^ chefs spirituels, qui ont profité de la •* faiblesse des Princes, ou de la crise des événe- ^ mens, pour s'en affranchir, et les soumettre à " leur tour.

" Mais, reprenait PEmpereur, pour en arriver " là, j'avais dâ manœuvrer avec beaucoup d'adresse, " déguiser surtout ma véritable pensée, et donner *^ tout-à-fait le éhange à Popinion ; présenter à la ** pâture publique des petitesses vulgaires, afin de lui mieux dérober l'importance et la projfoïideur du but secret. Aussi était-ce avec une espèce de satisfaction que je me voyais accusé de barbarie envers le Pape, de tyrannie en matière religieuse. Les étrangers surtout me servaient à " mon gré, en remplissant leurs mauvais libellés de " ma mesquiile ambition, qui, selon eu^, aivait eu " besoin de dévorer le misérable patrimoine de '* iSaint Pierre, etc. etc. Mais je savais bien qu'au ^ résultat on me reviendrait au dedans, et qu'au " dehors on ne serait plus à même d'y remédier. « ^ue n'eAt-on pas fait pour le prévenir, si on "Peut deviné à temp^j car quel empire désormais " stir tous les^^pays catholiques, et quelle influence

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'<^8llv ceul mène qui ne le sont pas, à Faide des ^'aembies de cette religion quî'ft'y trouvent ré-

li'EmpereuF diaait que cet affiranchissement «de la cour xie Aorne, cette réunion légale^ la direction irelîgieuse dans la main du Souyeraiii; -serait été long<4;emps et toujours Tobjet de ses méditations et de ses vœux. *^ UAngleteirrey la Russie, ^< les couronnes du Nord une partie de 1? Allemagne la possèdent, disait*il ; Venise, Napks en avaient joui: on ne saurait gouverner sans elle; vautre- ^^ ment une nation est à chaque instant blessée dans son repos, sa dignité, soa ittdépendande; Mais c'était fort difficile, ajoutaitHil ; à obaque tentative j'en voyais le danger; Je pouvais juger qu'ufie fois embarqué, la nation m'eût saban- 'f donné. J'ai plus d'une fois sondé Topiinion, essayé de la provoquer ; mais en vain, et j'aî /pu me convaincre que je n'eusse jamais eu la coopé- " Tation nationale." Et ceci m'a expliqué « une sortie dont j'avais été témoin.

. L'Empereur, à une de ses grandes audiences du Dimanche, la réunion extrêmement nombreuse, apercevant l'archevêque de Tours (de JBarral), lui dit d'une voix très-élevée : " Eh bien ! M. PArche- '^ vôqiue, comment vont nos afiàires avec le Pape ? '* — Sire, la députation de vos Evêques va se ^' mettre en rputepour Savonne. — Ehbien! tâches ^^ de faire entendre raison au Pape, rendé&le sage, '^aliJtrement il n'a qu'à perdre avec nous* ; Dites^

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'^ lui bien qu*il<n!est plus au temps des Gr^gfàBey / et q«e je ne $uis pas un dëbonnaire. H a l'ex* *^eniple de Henri VIII; sans avoir sa tnéchan* '^ oet4 j -ai' plus de force et de puissance que IvL ^^ Qu'Sl sache bi^n que quelque parti que je prenne^ ^^ j'm 6QQ cmiUe Français en armes, même un mih lion qiu^^ddtis tous les cas, marcheront avec wm, pcNur moîà : et comme moi ; les paysans, les ^* oiiviiem ne :C0iinai83ent que moi, ils me portent une ioonfianee aveugle. La partie sage, éclairée de la . dbuise intermédiaire, ceux qui soignent ^^ leurs intérêts et recherchent la tranquillité, me *^ suivtoiit ;• il nôi restera donc plus pour lui que la ** classe bourdonnante qui, au bout de huit jours^ '^ l'aura oublié pour commérer sur de nouveaux ** objets*" iEt comme TArchevêque, fort embarrasséi de fia contenance, voulait balbutier quelques paisoles. t— " Vous êtes en dehors Je tout ceci, •* M. TArchevèque, reprit l'Empereur d'une voix " toute radoucie ; je partage vos doctrines, |'ho- ** nore votre piété, je respecte votre caractère*"

L'Empereur, je le comprends bien aujourd'hui, n'avait jeté, sans doute, tout cela en avant, que pour que nous le fissions fructifier au dehors; mais il se méprenait bien sur nos dispositions, celles du palais, > du moins. Une portion, la moins réfléchie, n'hésitait pas dans ces occasions à le Uâmer tout bonnement et hautement ; Fautre "jpottion^ 'la mieux intentionnée, se donnait bien de gacde d'en divulguer un seul mot, dans la crainte

S66 ' MON SÉJOUR AUPR^ [Août

de luî faire tort dans Topinidn ; car tel était etl général notre ti*avers d'esprit, notre manière singulière de juger, d'interpréter TEmpfereur, bien que, Mtis malveillance, mais seulement par légèreté, par inconséqujence ou par mode, qu*au lieu de chercher à lé rendre populaire, nous sommés peutêtre ceux qui lui avons fait le plus de mal. Je me souviens très-bien que, précisément pouf ce fameux Concordat de Fontainebleau, le matin qu'il parut inopinément dans le Moniteur, on se disait confidentiellement dans les salon? de Saint-Cloud, que rien n'était moins vrai que cette pièce, qu'elle était fausse et controuvée ; d'autres disaient à l'oreille, que le fond en était vrai, sans doute ; mais qu'il avait été arraché au Pape, par la frayeur que lui avaient causée la colère de l'Empereur et sa violencé. Si bien que je ne serais pas étonné que cet heureux épisode, si dramatique, de Napoléon à Fontainebleau, traînant le père desjidèles par se^ cheveux èiancs, ne fût pas sorti précisément dé l'imagination du prosateur poétique ; mais qu'il Teût en effet recueilli de la bouche des courtisans, des serviteurs mêmes de l'Ëmpererur ; et pourtant voilà comme on écrit l'histoire !

Conversation vive avec le Gouverneur ; en tieH avec

VAmiraL

18. — Le temps, toute la nuit et le jour, a été des plus affreux. Sur les trois heures, l'Empereur est sorti, profitant éHxxn éctairci ; il est entr^ chez moi.

iSl^] D£ LJËMPfiREUa NAPOLEON. Wf

nous sommes passés chez ]e Général Gôutgaadj ^^ était maliide, et derlà chez madame de MbnCholaci^ qui a suivi dans le jardin* L'Empereur était d'une extrême gaîté, la conversation s'^n ressentait ; il a entrepris d'amener Madatue de Montholon à faire sa confession générale, insistant silrtout sur le point de départ. ^^ Alloi^^ disait-il> parlez sans '^ crainte^ que le voisin ici ne vous gêne pas> ne <^ voyez en lui que le confesseur, nous n'en saurona rien le quart d'heure d'après," etc. etc.

£t vraiment, je crois qu'il allait persuader^ quand malheureusement le Gt>uverneur est venu interrompre de si heureuses dispositions ; il a paruy et l'Empereur a gagné brusquement le fond du bois^ poiu: ne pas le recevoir. Monsieur de Montholon nous a rejoints peu d'instans après, pour faire connaître à l'Empereur que le Gouverneur et l'Amiral demandaient instamment l'honneur de lui parler : il a cru à quelque communication de leur part } il est revenu dans le jardin, où il les a reçus.

Nous sommes demeurés en arrière avec les offî* ciers du Gouverneur. Bientôt la conversation a été vive de la; part de l'Empereur, qui se promenant entre le Gouverneur et l'Amiral^ n'adressait guère la parole qu'à celui-ci, même en parlant de l'autre. ' Nous demeurions à une assez grande distance pour ne rien entendre distinctement ; mais j'ai su plus tard qu'il lui a r^été de nouveau, et avec plus de

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force et chaleur peut-être, tout ce qu'il lui avait d^ dit dans les conversations précédentes.

Sur les bonnes interprétations que PAmiral, qui jouait le rôle de médiateur, s'efforçait de donner aux intentions du Gouverneur, l'Empereur a dit i ^* Les fautes de M. Lowe viennent de ses habitudes *^ dans la vie. Il n*a jamais commandé que des , ** déserteurs étrangers, des Piémontais, des Corses^ <<de Siciliens, et tous renégats traîtres à leur ** patrie; la lie, récùme de l'Europe. S'il eût <^ commandé des hommes^ des Anglais» s'il l'était ** lui-même, il aurait des ^ards pour ceux qu'on "doit honorer." Dans un autre moment TEmpereur a dit qu'il était un courage moral aussi nécessaire que le courage du champ de. bataille ; que M. Lowe ne l'avait pas ici vis-à-vis de nous, en ne rêvant que notre évasion, plutôt que d'employer pofur l'empêcher les seuls moyens vrais, sages^ raisonnables, froids. L'Empereur lui a d^t aussi que du reste son corps était entre les mains de^ mé-> chans; mais que son ame demeurait aussi .^ère^ aussi indépendante qu*à la tète de 400 mille hommes ou sur le trône, quand il faisait des Rois.

A l'article des réductions de nos dépenses et de l'argent qu'on demandait â l'Empereur, il. a répondu : ** Tous ces détails me «ont trop pénibles, "Us sont ignobles. Vous me mettriez sur ^les ^' charbons ardens de Montézuma ou de.Gu^ti^ ^^môzin, que vous ne tireriez pas de moi l'pr que ' '•'je n'ai pas. D'ailleurs qui vous demandp quel-

I8r60 ^^ L'£MP£ftEC}R MAPOLBOK. Of^

**que chose? Qui vous prie de me noumrP ** Quand vous discontinuerez vos provisâons^ si ^j*ai faim, ces braves soldats que%voilà, en mon- ^' trant de la main le camp du 53^, prendront pitié ^* de moi ; j^irai m*asseoir à la table de leurs gré- *^ nadiers^ et ils ne repousseront pas, j'en suis sur, ** le premier, le plus vieux soldat de TEurope/' L'Empereur ayant reproché au Gouverneur d'avoir gardé quelques ouvrages qui lui étaient adressés, il a répondu que c'était parce que l'adresse portait la qualification (T Empereur. ^^ Et qui vaufi a " donné le droit, a répliqué vivement rEmpéreur, '* de rtie disputer ce titre ? Dans peu d'années " votre' Lord Castlereagh, votre Lord Bathurst et ** tous les autres, vous qui me parlez^ vous serez ** ensevelis dans la poussière de l'oubli^ oi| $i .on *^ connut vos noms^ ce sera par les indignités que " vous aurez exercées contre moi ; tandis que ^M'Empereur Napoléon demeurera toujoiurs sans "doute le sujet, l'ornement de l'histoire et l'étoile ** dés peuples civilisés. Vos libelles ne peuvent " rien contre moi ; vous y avez dépensé des mil* ^ lions, qu'ont-îls produit ? La vérité perce les ^' nuages, elle brille comme le soleil ; comme lui " eilé est impérissable r*

^'L*Empereur convenait, dans cette conversation, avoir fort maltraité et souvent Sir Hudson Lowe ; et' il lui rendait la justice d*avouer encore que Sir «* Hudson Lowe ne lui avait jamais précisément manqué ; il s'était contenté de marmoter souvent^

970 MON SJSJOUR AUPRES [Août

«ntre ses dents, deâ (Choses qu^il n'avait pas laissé entendre. Une fois il a dit qu'il avait demandé son rappel, et l'Empereur lui a répondu que c'était la parole la plus agréable qu'il pût lui faire entendre* Il a dit encore ; que nous flétrissions son caractère en Europe ; mais que cela lui était égal, etc. etc. Le seul manquement peut-être du Gouverneur, disait TEmpereur, et qui serait léger auprès de tout ce qu'il avait reçu, avait été de se * retirer brusquement, quand l'Amiral ne s^éloignait qu'avec lenteur et avec de nombreuses salutations» L'Amiral était précisément là, me disait gaiement l'Empereur, le Marquis de Gallo lors de *^ ma rupture de Passeriano," etc. etc. Allusion à un des chapitres de la campagne d'Italie qu'il m'avait dicté.

Au surplus, l'Empereur disait qu'après tout, il se reprochait cette scène. " Je ne dois plus rece- " voir cet officier : il fait que je m'emporte ; c'est ^* audessous de ma dignité ; il m'échappe, vis-à-vis " de lui, des paroles qui eussent été impardonnables ^ aux Tuileries ; si elles peuvent avoir une excuse ** ici, c'est de me trouver entre ses mains et sous ** son pouvoir."

Après le dîner, l'Empereur a fait lire une lettre en réponse au Gouverneur, qui avait envoyé officiellement le traité du S Août, par lequel les souverains alliés stipulaient l'emprisonnement de Napoléon. Sîr Hudçon Lowe demandait, par la même occasion, à introduire les commissaires

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étrangers à Longwood. L'Empereur avaît dicté cette lettre, dans la journée, à Monsieur de Montholon ; il a voulu que chacun de nous proposât ses objections et donnât son avis. Elle nous a semblé un chef-d'œuvre de dignité, de force et de logique» On la trouvera plus bas lors de son envoi, ou bien encore aux pièces officielles.

Retour sur la conversation avec le Gouverneur, etc. — ^ff^et des libelles sur Napoléon. — Traite de Fontainebleau, — Oworage du Général S n.

19. — Le temps a continué d'être aussi affreux que nous l'eussions jamais vu. Depuis 3 ou 4 jours, c'est un de nos véritables ouragans d'équinoxe en Europe. L'Empereur la bravé pour entrer sur les 10 heures chez moi : en sortant il c'est accroché la jambe à un clou près de la portj son bas a été déchiré jusqu'à mi-jambe; heureusement la peau n'a été qu'effleurée. Il s'est vu forcé dç rentrer pour changer. " Vous me devez unq '^ paire de bas, me disait-il pendant le temps quQ " son valet de chambre lui en mettait une .autre ; un honnête hcnnme ne présente point de pareils dangers dans ses appartemens. Vous êtes logé *^ trop en marin : il est vrai que, ce n'est pas tout h ^* fait votre faute. Je me croyais indifférent sui: *^ ce point ; mais morbleu vous me surpassez.—- " Sire, disais-je^ mon mérite n'est pas grand, on ne. *' me laisse pas de choix. Je suis vraiment un

27% MON SiboUR AUPRKS [Août

*^ cochon dans sa fange, je dois Tavouer ; maia, '^ comme dit Votre Majesté, ce n'est pas tout à " fait ma faute."

Nous avons gagné le jardin à la fiiveur d'un éclairci. UEmpereur revenait sur la conversation qu'il avait eue la veille» dans ce même endroit, avec le Gouverneur, et en présence de l'Amiral, se reprochait de nouveau la violence de ses expressions. ^' Il eût été plus digne de moi, *^ disait-il, plus-beau, plus grand, d'exprimer toutes ** ces choses de sang froid ; elles n'en eussent eu " d'ailleurs que plus de force." H lui revenait surtout une qualification qu'il avait laissé échapper contre M. Lowe (scribe (T état-major) , qui avait dû lé choquer, d'autant plus qu'elle rendait une vérité, et l'on sait qu'elle offense toujours. *^ Je " l'ai bien éprouvé moi-même à 111e d'Elbe, coiitî- " nuait l'Empereur. Quand je me suis mis à par- << courir les libelles les plus inf&mes, ils né me •^faisaient rien, mais rien du tout. Quand on " m'apprenait, ou que je lisais, que j'avais étranglé^ ^* empoisonné, violé, que j'avais fait massacrer mes *^ malades, que ma voiture avait roulé sur mes •* blessés, j'en riais de pitié. Combien de fois n'ai- ** je pas dit alors à Madame : Accourez, ma mère, ^* voici le sauvage, Chomme tigre, le dévoreur du *^ genre humain; venez admirer le fruit de vos en- ^ trailles. Mais sitôt qu'on approchait un peu de *^ la vérité, il n'en était plus de même, je sentais le <« besoin de me défendre^ j^accumulais les raisons

lH\ê.2 DE l/£MPERCUR NAPOLEON. 273

*^ pour me justifier, et encore n*était^ce jamais sans ^' qu*ii sestât' quelques traces d'une peine- seorète. " Mon cher, voilà Thomme !'* i

Delàl'Ettipereur est revenu sur sa protestation 0(mtre le* traité du 2 Août, qui nous avait étéJue hier «après dîner. J'ai osé lui demander si» mettant en avant la reconnaissance de son titre d'£m« pereur par les Anglais, lors de leurs négociations à Paris et à Chàtillon, il n'avait pas oublié de mentionner celle qu'ils avaient dû &.ire au traité de Fontainebleau» et qui me paraissait omise. ^' C'est ^^ à dessein, a-t-il dit vivement ; je ne veux point ^^ de ce traité, je le renie ; je suis loin de m'en ** vanter^ j'en rougis plutôt. On l'a discuté pour '^ moi; N...., qui me Tapporta, me trahissait. '^ Cette ^oque appartient à mon histoire, mais à ^^ mon hii^tôire en grand. Si j'eusse voulu traiter *^ alors sensément, j'aurais obtenu le royaume " d'Italie, la Toscane ou la Corse, etc* etc. tout ce que j'aurais voulu. Ma décision fut une faute de mon caractère, une boutade de ma part, un ^' véritable excès de tempérament. Je pris du *' dégoût et du mépris pour tout ce qui m'entou* " rait ; j'en pris pour la fortune, que je me plus " à braver. Je jetai les yeux sur uti coin de terre ** oit 'je pusse être mal, et profiter des fautes que •' 1\hi ferait. Je me décidai pour l'île d'Elbe. " Cet acte fut celui d'une arae de rocher. Mon ** cher, je suis d'un caractère bien singulier, sans *^ doute, maïs bn ne serait point extraordinaire, si

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