‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint Hélène (volume 2)Chapitre 22 sur 27 · Tome IIL Cinquième Partie. u · texte numérisé non relu

Tome IIL Cinquième Partie. u

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gouvernement, Tont décidé à préférer la protection de ses lois à celle de son beau*père ou de " son ancien ami. L'Empereur Napoléon a toujours été le maître de faire assurer ce qui lui était personnel par un traité diplomatique, soit ^^ en se remettant à la tête de Tarmée de la Loire, ^* soit en se mettant à la tête de l'armée de la ** Gironde, que commandait le Général Clausel ; '' mais ne cherchant désormais que la retraite et " la protection des lois d'une nation libre, soit ^^ Anglaise, soit Américaine, toutes stipulations lui ont paru inutiles. Il a cru le peuple Anglais ^lus lié par sa démarche franche, noble et pleine de conGance, qu'il ne l'eût pu être par les traités '' les plus solennels. Il s'est trompé ; mais cette *^ erreur fera à jamais rougir les vrais Bretons, et <* dans la génération actuelle^ comme dans les gé- ^' nérations futures, elle sera une preuve de la " déloyauté de l'administration Anglaise. — Des ** commissaires Autrichien et Russe sont arrivés à ^* Ste-Hélène ; si leur mission a pour but de rem- " plir une partie des devoirs que les Empereurs ** d'Autriche et de Russie ont contractés par le •* traité du 2 Août, et de veiller à ce que les agens ^^ Anglais, dans une petite colonie, au milieu de <^ rOcéan, ne manquent pas aux égards dus à un Prince lié avec eux par les liens de parenté, et par tant d'autres rapports, on reconnaît dans cette démarche des marques du caractère de ces ** deux Souverains. Mais vous avez, Monsieur^

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"assuré que ces cammissaires n'avaient m le " droit, ni le pouvoir d'avoir aucune opinion sur ^* tout ce qui peut se passer sur ce rocher.

Le ministère Anglais a fait transporter ITEmpereur Napoléon à Ste-Hélène, a 2 mille lieues de l'Europe. Ce rocher, situé sous le Tro- " pique, à 500 lieues de tout continent, est soumis ** à la chaleur dévorante de cette latitude ; il est couvert de nuages et de brouillards les, 3 quarts de l'année ; c'est à la fois le pays le plus sec et le plus humide du monde. Ce climat est le plus contraire à la santé de l'Empereur. C'est la haine qui a présidé au choix de ce séjour, " comme aux instructions données par le ministère Anglais aux officiers commandant dans ce pays: on leur a ordonné d'appeler l'Empereur Napoléon, général, voulant l'obliger à reconnaître qu'il n'a jamais régné en France, ce qui **l'a décidé à ne pas prendre un nom d'incognito, ^* comme il y était résolu en sortant de France. " Premier magistrat à vie de la République, sous " le titre de Premier ,Consul, il a conclu les préli- ** minaires de Londres, et le traité d'Amiens avec ** le Roi de la Grande-Bretagne. Il a reçu pour ^* ambassadeurs. Lord Cornwallis, Monsieur Merry, " Lord Whitworth, qui ont séjourné en cette qua- *• lité à sa Cour* D a accrédité auprès du Roi d'Angleterre, le Comt^e Otto et le Général Andréossi, qui ont résidé comme ambassadeurs à la ** Cour de Windson Lorsqu'après un échange

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^' de lettres entre les ministères des afikires étran- ^' gères des deux monarchies, Lord Lauderdale ''vint à Paris muni des pleins pouvoirs du* Roi " d'Angleterre, il traita avec les plénîpotetitialres ** munis des. pleins pouvoirs de l'Empereur Napo- " léon, et séjourna plusieurs mois à la Cour des "Tuileries. Lrorsque, depuis, à Châtillon; Lord '' Castlereagh signa Tultimatum que les puissances '• alliées présentèrent aux plénipotentiaires^ de " l'Empereur Napoléon, il reconnut par-Kt la qua- '' trième dynastie. Cet ultimatum était plus avatt- *' tageux que le traité de Paris ; mais on exigeait " que la France renonçât à la Belgique et à la rive " gauche du Rhin, ce qui était contraire aux pro- " positions de Francfort, et aux proclamations des ** puissances alliées ; ce qui était Contraire au ser- *' ment par lequel, à son sacre, l'Empereur allait *'juré l'intégrité de l'Empire. L'Empereur pen- " sait alors que ces limites naturelles étaient né- *' cessaires à la garantie de la France, commue à " l'équilibre de l'Europe ; il pensait que la nation ^^ Française, dans les circonstances où elle se trou- " vait, devait plutôt courir toutes les chances de " la guerre, que de s'en départir. La France eût " obtenu cette intégrité, et avec elle comervfr «où " honneur, ^ la Urahison n'était Venue au ïtëcdars •* des alliés. Le traité du 2 Août, le bill duptatlement Britannique appellent l'Empefêur Napoléon — Bonaparte, et ne lui donnent que le tit^fe ** de Général. — Le titre de Général Bonaparte

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aUSk] PS I.'filffP£RJ(UR NAPOLioN. 995

** e»t sans doute i émioeninient glorieux, TËmpe- *' tour ]e portait à Lodi, à Castiglione^ à Rivoli, '^ à Arcole» à Léoben, aux Pyramides, à Aboukir; ** mais depuis I7 ans il a porté celui de Premier '^ Consul et d*£mpereur ; ce serait convenir qu*il '^ a'a été. ni premier magistrat de la République; " ni ^souverain de la quatrième dynastie. — Ceux *' qui pensent que les nations sont des troupeaux *'qui, de droit divin, appartiennent à quelques ** familles, ne sont ni du siècle, ni même dans 'Vir'esprit de la législature Anglaise, qui changea ** plusieurs fois Tordre de sa dynastie, parce que '^les grands changemens survenus dans les opi- ** nions, auxquels n'avaient pas participé les *Vprinces régnans^ les avaient rendus, ennemis du bonheur et de la grande majorité de cette nation. Car les rois ne sont que des magistral ^* héréditaires, qui n'existent que pour le bonheur ^^ des nations, et non les nations pour la satisfac- *^ tioa des rois. C'est le même esprit de haine '* qui a ordonné que TËmpereur Napoléon ne pût ** écrire, ni recevoir aucune lettre^ sans qu'elle ^< soit ouverte et lue par les ministres Anglais et «' les officiers de Ste-Héiène. On lui a, par-là, ^^ interdît la possibilité de recevoir des nouvelles ^*àe sa mère, de sa femme, de son fils, de ses <^ Gihçes ; et lorsque voulant se soustraire aux in- ^^ .coBvéniens de voir ses lettres lues par des offi- ♦* cier» subalternes, il a voulu envoyer des lettres ^^ cachetées au Prince Régent, on a répondu qu'on

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**ne pouvait se charger que de laisser passer des '^ lettres ouvertes ; que telles étaient les instruc- ** tions du ministère. Cette mesure n'a pas besoin ^^ de réflexions, elle donnera d'étranges idées de ^^ l'esprit de l'administration qui Ta dictée; elle se- *• rait désavouée à Alger même ! — Des lettres sont ^^ arrivées pour des officiers-généraux de la suite de " l'Empereur ; elles étaient décachetées et vous ^^ furent remises, vous ne les avez pas communi- *^ quées, parce qu'elles n'étaient pas passées par le ^^ canal du ministère Anglais : il fallut leur faire *^ refaire 4 mille lieues, et ces officiers eurent la *^ douleur de savoir qu'il existait sur ce rocher des ** nouvelles de leurs femmes, de leurs mères, de leurs enfans, et qu'ils ne pouvaient les connaître que dans f) mois !!!... Le cceur se soulève ! On n'a pas pu obtenir d'être abonné au Morning- " Chronicle, au Morning-Post, à quelques jour- ^^ naux Français ; de temps à autre on fait passer ** à LongwQod quelques numéros dépareillés du '* Times, — Sur la demande faite à bord du Nor- ^^ thumberland, on a envoyé quelques livres; mai^s " tous ceux relatifs aux affaires des^ dernières " années, ont été soigneusement écartés. Depuis ** on a voulu correspondre avec un libraire de " Londres, pour avoir directement les livres dont ** on pouvait avoir besoin, et ceux relatifs aux *^ événemens du jour, on l'a empêché. Un auteur " Anglais ayant fait un voyage en France et l'ay- ^^ ant^ imprimé à Londres, prit la peine de nous

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" l'envoyer pour l'ofirir a TEmpereur ; mais vous ** n'avez pas cru pouvoir de lui repiettre, parce '^ qu'il ne vous était pas parvenu par la filière de *' votre gouvernement. On dit aussi que d'autres •* livres envoyés par leurs auteurs, n'ont pu être " remis, parce qu'il y avait sur l'inscription de ^* quelques uns : à TEhipereur Napoléon, et sur " d'autres : à Napoléon-le-Grand. Le ministère '^ Anglais n'est autorisé à ordonner aucune de ces ^' vexations. La loi, quoique inique, considère ** PEmpereur Napoléon comme prisonnier de *^ guerre ; or, jamais on n*a défendu aux prison- ** niers de guerre de s*abonner aux journaux; de ^ recevoir les livres qui s'impriment: une telle *^ défense n'est faite que dans les cachots de l'in- *^ quisition.

'* L'île de Ste*Hélène a 10 lieues de tour ; elle *^ est inabordable de toutes parts, des bricks enve- ** loppent la côte, des postes placés sur le rivage ** peuvent se voir de l'un à l'autre, et rendent im- ** praticable la communication avec la mer. Il n'y '* a qu'un seul petit.bourg, James Tow^n, où mouil- •• lent et d'où s'expédient les bâtimens. Pour em- ** pêcher un individu de s'en aller de l'île, il suffît ** d'exercer la côte par terre et par mer. En in- ** terdisant l'intérieur de l'île, on ne peut donc " avoir qu'un but, celui de priver d'une prome- ^' nade de 8 ou 10 milles qu'il serait possible de ^^ faire à cheval, et dont, après la consultation des

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90^ MON SÉJOUR AUPIISS C^oM

^hommes de l'art, la privation abrège les jours de TEoipereur.

On a établi l'Empereur dans la position de Longwood, exposée à tous les vents: terrain *^ stérile, inhabité, sans eau, n'étant susceptible ** d'aucune culture. Il y a une enceinte d'environ <^ 1200 toises incultes. A 11 ou ISOO toises, sur '^ un mamelon, on a établi un camp ; on vient d'en '* placer un autre à peu près à la même distance^ dans une direction opposée, de sorte qu'au milieu de la chaleur du Tropique, de quelques côtés qu'on regarde, on ne voit que des camps. ** L'Amiral Malcolm ayant compris l'utilité dont, dans cette position, une tente serait pour l'Empereur, en a fait établir une, par ses matelots, à ^^ se pas de la maison : c'est le seul endroit où Tonr "puisse trouver de l'ombre. Toutefois PEmpe- *• reur n'a lieu que d'être satisfait de l'esprit qui •> anime les officiers et soldats du brave 58^% ^^ comme il Pavait été de l'équipage du Northum- " berland. La maison de Longwood a été con- " struite pour servir de grange à la ferme de la *' compagnie ; depuis, le sous-gouvemear de Itle y '' a fait établir quelques chambres ; elle lui servait ^' de maison de campagne ; mais elle n'était en rien *^ convenable pour une habitation. Depuis un an ** qu'on y est, on y a toujours travaillé, et FEmpe- *^ reur a constamment eu l'incommodité et l'insa- "lubrité d'habiter une maison en construction.

18ie.3 1>K l.£lilPfiRBUR NAPOLJKON.

^^La chambre dans laquelle il couehe est trop petite pour contenir un lit d'une dimensien ordinaire ; mais toute bâti^e à Longwood prolonge- **raît rincotmnodité des ouvriers. Cependant» ^' dans c^te misérable île, il çxiste de belles posr- ^^tiofls offrant de beaux arbres^ des jardins et ^ d'as9ez belles maisons, entre autres Plantation-' ^^ Hoase ; mais des instructions positives du mi- '^ nistère vous interdisent de donner cette maison^ ** ce qui eût épargné beaucoup de dépenses em- <<ployées à bâtir à Longwood des cahutes cou- •* vertes de papier goudronné, et qui déjà sont hors *'dc service. — Vous avez interdit toutes corres- ^^ pondances entre nous et les habitans de Illej; ^ vous avez mis de fait la maison de Longwood au ^' secret ; vous avez même entravé les communica- ^* tions avec les officiers de la garnison. — On sem- •^ ble s'être étudié à nous priver du peu de res- ^* sources qu'ofire ce misérable pays, et nous y '^4ommes comme nous le serions sur le rocher de ** r Ascension* Depuis 4 mois que vous êtes à Ste" *^ Hélène» vous avez, Monsieur, empiré la position ♦^ de FEmpereur. Le Comte Bertrand vous a ** observé que vous violiez même la loi de votre ^^ législature, que vous fouliez aux pieds les droits Vdes officiers-généraux prisonniers de guerre; *' vous avez répondu que vous ne connaissiez que ^* la lettre de vos instructions, qu'elles éksàexït pires ^'•enoore que nous paraissait votre conduite.

998 MON SÉJOUR AUPRM [Août

'^ J'ai rhonnear, etc. etc. Signé, le Comte de

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