‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint Hélène (volume 2)Chapitre 5 sur 27 · Tome III. Cinquième Partie, c · texte numérisé non relu

Tome III. Cinquième Partie, c

18 MON SEJOUR AUPRÈS £Juill«t

et de remue-ménage ; que les constructions dont il venait de lui parler demandaient des années pour leur accomplissement, et qu'avant ce temps» bu nous ne vaudrions plus ce que nous coûtons, ou la Providence Taurait délivré de nous» etc. etc.

Sur les belles Italiennes. — Madame Grassim. — Madame V. et Berthier.

17. — UEmpereur ma fait appeler sur les 2 hexures ; il a fait sa toilette et est sorti en calèche. M™® de Montholon était de la partie: c'était sa première sortie depuis ses couches. La cpnversation a roulé, particulièrement sur les Italiennes, leur caractère, leur beauté.

Le jeune général qui fit la conquête de Tltalie, y excita, dès le premier instant, tous les enthousiasmes et toutes les ambitions; .l'Empereur se plaisait à le reconnaître et à le dire. Il n'y avait pas de beauté surtout qui n'aspirât à jui plaire et à le toucher; mais ce fut en vain. Son ame .était, trop forte, disait-il, pour donner dans le piège : sous les fleurs il jugeait du précipice. Sa position était des plus délicates, il commandait de vieux généraux; sa tâche était immense, observait-il; des regards jaloux s'attachaient à tous ses mouvemens; sa circonspection fut extrême. Sa fortune était dans sa sagesse ; il eût pu s'oublier une heure, et combien de ses victoires, dit-il, n'ont pas tenu à davantage !

DE L EMPEREUR Ni^POLEON.

Plusieurs années après, lors de son couronnement à Milan, la célèbre chanteuse Chrassini attira son attention; les circonstances étaient moins austères : il la fit demander, et après le premier moment d'une prompte connaissance, elle se mit à lui rappeler qu'elle avait débuté précisément lors des premiers exploits du général de l'armée d'Italie. "J'étais alors, disait- elle, " dans tout l'éclat de ma beauté et de mon talent. ** Il n'était question que de moi dans les Vierges " du SoleiL Je séduisais tous les yeux, j'enflam- ** mais tous les cœurs. Le jeune général seul *' était demeuré froid, et pourtant lui seul m'oc- •* cupait î Quelle bizarrerie, quelle singularité ! " Quand je pouvais valoir quelque chose, que ** toute l'Italie était à mes pieds, que je la dédaig-

nais héroïquement pour un seul de vos regards, je n*ai pu l'obtenir ; et voilà que vous les laissez " tomber sur moi, aujourd'hui que je n'en vaux " plus la peine, que je ue suis plus digne de « vous !"

La fameuse M"*® V. . * était aussi dans la

foule des Armides. Lasse de perdre son temps, elle se rabattit sur Berthier, qui, dès ce premier instant, ne vécut plus que pour elle. Le général en chef lui donna un jour (à Berthier) un diamant magnifique de plus de 100 mille francs. " Tenez, lui dit-il, gardez cela \ nousjouons souvent gros jeu ; que Cela vous soit,

au besoin, une poire pour la soif." 24 heures

go MON 8£.T0UR AUPRES [Juillet

étaient à peine écoulées que M™ Bonaparte vînt entretenir son mari d'un diamant qui faisait le sujet de son admiration. C'était la poire pour la soif qui avait déjà passé de la main de Berthier

sur la tête de M™« V Celle-ci depuis n'a

cessé de le gouverner dans toutes les circonstances

de sa vie.

L'Empereur, avec le temps, ayant comblé Berthier de richesses et d'honneurs, le pressait souvent de se marier. Berthier résistait toujours;

M"'® V pouvait seule, disait-il, faire son

bonheur. Mais cependant une duchesse de Bavière étant venue à Paris, dans l'espoir de se faire marier par empereur, le fils de M"**

V fit connaissance avec elle. M™ V

crut faire merveille et travailler à la fortune de son fils tout en mariant son amant ; elle décide donc Berthier à épouser cette Princesse de Bavière. Mais il n'est point de sage projet dont ne se rie la fortune! disait l'Empereur; à peine le mariage était-il consommé que le mari de M°*®

V vint à mourir, et laissa sa femme libre.

Ce fut alors pour elle et pour Berthier un vrai désespoir; ils étaient inconsolables. Berthier vint pleurer auprès de l'Empereur qui l'envoya promener. .Quel malheur était le sien, disait-il,

avec un peu plus de constance, M™** V

aurait pu être sa femme ! etc. etc.

1816.] DE l'£MP£R£UR NAPOLEON. SI

Faubourg Saint-Germain. — Aristocratie; Démocratie,-^ L'Empereur eût vqulu épouser une Française.

18. — Sur les 4 heures, l'Empereur m'a fait demander; il se trouvait très-faible, s'était oublié S heures dans un bain fort chaud, et s'était fait une brûlure à la cuisse droite avec le robinet d'eau bouillante. Il y avait lu deux volumes ; il s'est rasé, et n'a pas voulu s'habiller.

A 7 heures et demie, l'Empereur a commandé deux couverts dans son cabinet ; s'est trouvé fort contrarié qu'on eût dérangé ses papiers pour faire usage de la table ; les a fait remettre, et a ordonné qu'on se servît d'une autre petite table.

Nous avons causé long-temps ; il m'a remis sur des sujets qui lui reviennent souvent avec moi, et dans lesquels je dois tâcher de ne pas me répéter, d'autant plus qu'ils ont aussi bien des charmes pour moi. Nous avons beaucoup parlé de nos jeunes années, de notre temps de l'école militaire. De là, il est passé de nouveau aux écoles qu'il avait établies à Saint-Cyr et à Saint-Germain. Enfin, il est revenu sur l'émigration et ce qu'il appelle nos encroûtés. 4l s'était animé, avait pris de la gaîté à la suite de certaines anecdotes que je lui citais du faubourg Saint-Germain, relatives à sa personne; et comme lés plus petits objets s'agrandissent aussitôt dès qu'il les touche, il a dit: "Je vois bien que j'ai mal fait mes arrànge- •* mens avec votre faubourg Saint-Germain. J'ai

MON SBJOUR AUPRES

[Juillet

ce

'' fait trop ou trop peu. J'ai fait assez pour mécon- " tenter le parti opposé, et pas assez pour m*at- *^ tacher tout à fait celui-là. Pour quelques-uns " d'entr'eux qui sont avides d'argent, la foule se " fût contentée de hochet^ et de vent dont j'eusse pu la gorger, sans blesser au fond nos nouveaux principes. Mon cher, j'ai fait trop et pas assez, " et cependant cela m'a fort occupé. Malheureusement j'étais le seul dans mes intentions ; tout ce qui m'entourait les contrariait au lieu de les servir, et pourtant il ne pouvait y avoir que deux grands partis à votre égard : celui d'extir- " per ou celui de fuser. Le premier ne pouvait entrer dans ma pensée; le second n'était pas facile, mais je ne le croyais pas au-dessus de mes forces. Et en effet, bien que nullement secondé, *• contrarié même, j'en étais venu à bout. Si je *' fusse demeuré, la chose se trouvait accomplie. ** Cela semblera prodigieux à celui qui sait juger "du cœur des hommes et de l'état de la société. " Je ne pense pas qu'on ait rien à citer de pareil " dans l'histoire ; qu'on puisse montrer un aussi ** grand résultat obtenu en aussi peu de temps. *' J'en avais mesuré toute l'importance. Je devais *• compléter cette fusion, cimenter cette union à *• tout prix ; avec elle nous eussions été invinci- '* blés. Le contraire nous a perdus, et peut pro^ ** longer long-temps encore les malheurs, l'agonie, • ♦ peutêtre, de cette pauvre France. Je le répète " de nouveau, j'ai fait trop ou trop peu : j aurais dû

ftC

ce

I8l€0 ^^ L*£MPBR£UR NAPOLEON. 9S

** in*attacber rémigration à sa rentrée, Faristocratie '' oûf eût facilement adoré ; aussi bien il m'en fallait " une ; c'est le vrai, le seul soutien d'une monar- "chie; son modérateur, son levier, son point '' résistant : l'état, sans elle, est im vaisseau sans gouvernail, un vrai ballon dans les airs. Or, le bon de l'aristocratie, sa magie est dans son ** ancienneté, dans le temps ; et c'étaient les seules *' choses que je ne pusse pas créer ; mais je man- ^' quai d'intermédiaire. M. de Breteuil s'était " insinué auprès de moi, et m'y portait* M. de

T , au contraire, qui n'y était pas aimé

sans doute, m'en éloignait dé tous ses moyens. ^^ La démocratie raisonnable se borne à ménager " à tous l'égalité pour prétendre et obtenir. La ^•^ vraie marche eût été d'employer les débris de •* l'aristocratie avec les formes et l'intention de la '^ démocratie. Il fallait surtout recueillir les noms ^^ anciens, ceux de notre histoire; c'est le seul *' moyen de vieillir tout aussitôt les institutions " les plus modernes.

^'J'avais là-dessus des idées tout à moi. Si *^ l'Autriche et la Russie eussent fait des difficultés, "j'allais épouser une Française; j'aurais choisi " un des premiers noms de la monarchie ; c'était même là ma première pensée, ma véritable inclination ; mes ministres ne purent m'en empêcher "qu'en implorant la' politique. Si j'eusse eu " autour de moi des Montmorency, des Nesle, des '* Clisson, j'eusse fait épouser leurs filles aux souve-

24 MON SEJOUR AUPRES [Juillet

*^ raîns étrangers en les adoptant. Mon orgueil et "mon plaisir eussent été d'étendre ces belles " tiges françaises, si elles eussent été ou si elles " se fussent données tout à fait à nous. Ds n'ont " pas su me deviner ! Eux et les miens n'ont vu " en moi que des préjugés lorsque j'agissais par les " plus profondes combinaisons. Quoiqu'il en soit, ** les vôtres ont plus perdu en moi qu'ils ne pen-

*' sent ! Ils sont sans esprit, sans connais-

"sance de la véritable gloire.' Par quel mal- " heureux penchant ont-ils préféré d'aller se vau- " trer dans la fange des alliés, au lieu de me suivre ^^ sur la cîrae du Simplon pour y commander le *' respect et l'admiration du reste de l'Europe? •^ Les insensés ! ... Au surplus, a-t-il continué, "j'avais dans mon portefeuille, le temps seul m'a ** manqué, un projet qui m'eût rallié beaucoup de tout ce monde-là, et qui après tout n'eût été que juste. C'est que tout descendant d'ancien " maréchal ou ministre, etc. etc. eût été apte, " dans tous les temps, à se faire déclarer duc, en présentant la dotation requise. Tout fils de général, de gouverneur de province, etc. etc. " eût pu en tout temps se faire reconnaître comte, " et ainsi de suite. Ge qui eût avancé les uns, " maintenu les espérances des autres, excité l'ému- " lation de tous, et n'eût blessé l'orgueil de per- " sonne; grands hochets, tout à fait innocens, *^ du reste, dans ma marche et mes combinaisons. " Les nations vieilles et corrompues ne se goû-

te

ce

vernent pas comme les peuples antiques et vertueux ; pour un aujourd'hui qui sacrifierait tout " au bien public, il eât des milliers et des millions " qui ne connaissent que leurs intérêts, leurs jouis- " sances, leur vanité : or, prétendre régénérer un " peuple en un instant et en poste, serait un acte " de démence. Le génie de l'oiivrier doit être de ** savoir employer les matériaux qu'il a sous la " main, et voilà, mon cher, un des secrets de la re- '• prise de toutes les formes monarchiques ; du *^ retour des titres, des croix, des cordons. Le " secret du législateur doit être de savoir tirer parti " même des travers de ceux qu'il prétend régir. " Et après tout ici, tous ces colifichets présentaient " peu d'inconvéniens, et n'étaient pas sans quel- " ques avantages. Au point de civilisation où " nous demeurons aujourd'hui, ils sont propres à " appeler les respects de la multitude, tout en commandant aussi le respect de soi-même ; ils peuvent satisfaire la vanité du faible, sans efFa- " roucher nullement les têtes fortes, etc. etc." Il était fort tard, et l'Empereur en me congédiant, a dit : " Allons, mon cher, voilà encore une bonne *^ soirée."

N. B. Que de conversations de la sorte j'ai per* dues par le manque de développemens, lors de la première rédaction ! car il n'en était aucune, sur quelque sujet que ce . fût, qui n'étincelât çà et là d'expressions et de traits fort remarquables. En me lisant on jouira peut-être de ce que l'on ren-

te

26 MON 8SJOUR AUPR£3 ^Juillet

contrera ; moi, je ne sens, je ne songe qu'à ce que j'ai perdu! Quand je consignais négligemment quelques lignes dans mon journal, j'avais l'esprit tout plein de l'ensemble qui devait être, selon mon intention, développé à peu de temps de là, et puis j'étais près de la source, laquelle devait couler encore pour moi le lendemain. Aujourd'hui le temps, les tourmens, la douleur, ont tout effacé ; cependant il ne se passe pas de jour qu'il ne revienne à ma mémoire quelques fragmens épars, quelques idées, quelques phrases, quelques mots isolés ; mais où est leur place ? quel sera leur à propos ? Voilà l'objet d'un travail, et quelque l^er, quelque satisfaisant qu'il paraisse, il se trouve encore au-dessus de mes forces : mon état ne l'admet point.

Le feu prend à notre établissement, — Etiquette de Longwood,

19* Le feu a pris, dans la nuit, à la cheminée du salon ; il n'a éclaté qu'au jour. Deux heures plus tôt, l'établissement était consumé.

L'Empereur s'est promené ; nous étions plusieurs autour de lui ; nous avons fait à pied le tour du parc.

Dans la route, la boucle de son soulier est venue à s'échapper, nous nous sommes précipités pour la remettre ; le plus prompt a été le plus heureux. L'Empereur, qui ne Teût pas permis aux Tuileries, s'y est prêté ici avec ime espèce de satisfaction ; il laissait faire, et nous lui savions gré de ne pas

laitfO D£ l'empereur NAPOLEON. 27

nous priv<er d'un acte qui nous honorait à nos propres yeux.

Ceci me conduit à observer que je n'ai point encore parlé de nos manières habituelles auprès de sa personne, et je dois le faire d'autant plus que plusieurs journaux de Londres nous sont revenus, répandant à ce sujet mille contes abstu-des en Europe, et affirmant que l'étiquette impériale était aussi rigoureusement observée à Longwood qu'aux Tuileries.

L'Empereur était pour nous le meilleur et le plu, paternellement familier des hommes. No™, nous étions, vis à vis de lui, les plus attentifs, les plus respectueux des courtisans ; nous cherchions en tout temps à deviner ses désirs ; nous épiions tous ses besoins ; à peine avait*il commencé un geste que nous étions déjà en mouvement.

Aucun de nous n'arrivait dans sa chambre sans avoir été appelé, et si l'on avait quelque chose d'important à lui communiquer, on demandait à être reçu. S'il promenait avec un de nous tête à tête, nul ne venait le joindre sans être demandé. Dans le principe nous demeurions constamment chapeau bas auprès de sa personne, ce qui semblait étrange aux Anglais qui avaient reçu l'ordre supérieur de se couvrir après l'avoir abordé. Ce contraste parut si ridicule à l'Empereur, qu'il nous commanda, une fois pour toutes, de ne pas faire autrement qu'eux. Nul, excepté les deux dames, ne s'asseyait devant lui qu'il ne l'eut ordonné.

28 MON SEJOUR AUPRÈS [[Juillet

Jamais la parole ne lui était adressée sans son interpellation, à moins que la discussion ne fût engagée ; et toujours et dans tous les cas il gouvernait la conversation. Telle était l'étiquette de Longwood, purement, comme on voit, celle de nos souvenirs et de nos sentimens.

Au retour, l'Empereur a reçu et questionné long temps le Master (maître d'équipage) du Newcastle.

L'incendie du salon et un billard qu'on établit, dans la salle à manger, nous a fait dîner dans le cabinet topographique. Le dîner fini, nous avons été obligés de demeurer long-temps à table, faute d'autre pièce où nous pussions nous rendre. La conversation, du reste, a semblé y gagner ; on s'est trouvé plus rapproché, plus établi ; on a causé davantage, plus facilement; la soirée a passé plus vite.

Dépôts de mendicité en France, — Projets de Napoléon sur VlUyrie. — Hôpitaux. — Enfans trouvés. — Prisonniers d'Etat. — Idées de V Empereur,

20. L'Empereur m'a fait appeler dans la matinée; je l'ai trouvé lisant un ouvrage Anglais qui traitait de la taxe des pauvres, de son immensité, de l'innombrable quantité d'individus à la charge de leurs paroisses ; on n'y comptait» que par millions d'hommes et centaines de millions d'argent *•

* Voyea D^ Première Partie, note de la page 403.

1816.;] DE l'empereur NAfOLEON. ^9

L'Empereur craignait d'avoir mal lu, d'avoir fait un contre-sens ; cela ne lui semblait pas possible, disait-il. Il ne comprenait pas par quels vices il pouvait se trouver autant de pauvres dans un pays aussi riche, aussi industrieux, aussi plein de ressources pour le travail que l'Angleterre. Il comprenait encore moins par quelle merveille les propriétaires, surchargés de leurs effroyables taxes ordinaires et extraordinaires, pouvaient subvenir en outre aux besoins de cette multitude. / ** Mais *' nous n'avons rien de comparable chez nous au ** centième, au millième, observait-il? Ne m'avez- '* vous pas dit que je vous avais envoyé en mission •* particulière dans les départemens, au sujet de la ** mendicité ? Voyons, combien avions-nous de ** mendians ? Que coûtaient-ils ? Combien avais- <* je créé de maisons de mendicité ? Que renfer- ** maient-elles de reclus ? Où en était l'extirpa- « tion ?"

A cette foule de questions, je me suis vu forcé de répondre qu'il s'était écoulé déjà bien du temps, que beaucoup d'autres objets avaient frappé depuis mon esprit, qu'il me serait impossible de répondre de mémoire ; mais que j'avais précisément ce rapport dans mon peu de papiers, et qu'à la première fois qu'il daignerait m'appeler, je serais en état de la satisfaire. ^^ Mais allez me le ^* chercher tout de suite, a-t-^il dit ; les choses ne ^^ fructifient que quand elles sont appliquées à " propos, et puis je l'aurai bientôt parcouru, avec

90 MON séjOUR AUPRES [Jwlkt

** le pouce f comme dît ingénieusement Tabbé de «^ Pradt, bien qu'à dire vrai, je n'aime pas trop ** aujourd'hui à m'occuper de pareils objets : ils " me rappellent la moutarde après dîner/'

£n deux minutes ce rapport fut sous ses yeux. Eh bien! me dit l'Empereur, en fort peu de minutes aussi ; car on eût dit réellement qu'il avait à peine feuilleté. Eh bien ! cela ne res- ** semble en effet en rien à l'Angleterre. Toute- " fois notre organisation avait été manquée ; je " l'avais bien soupçonné, et c'est pour cela que je •* vous avais envoyé en mission. Votre rapport ** eût parfaitement répondu à mes vues. Vous ** abordez franchement la chose, en honnête hom- " me, sans craipdre de déplaire au ministre en lui " enlevant une foule de nominations.

'^ Il y a grand nombre de vos détails qui me plaisent. Pourquoi n'êtes- vous pas venu m'en parler vous-même? vous m'auriez satisfait, j^eusse appris à vous juger. — Sire, pour cette " fois cela m'eût été impossible, nous étions déjà " dans la confusion et l'encombrement causés par ** nos malheurs. — Vous y faites une observation •* très -juste ; vous posez une base incontestable ; " c'est que, dans l'état florissant oîi j'avais placé ** l'Empire, il n'y avait nulle part de bras qui pus- ** sent manquer de travail. La paresse, les vices *^ seuls, pouvaient enfanter les mendians.

" Vous pensez que leur extirpation totale était " posjsible ; moi aussi, et j'en étais convaincu.

et

18160 ' ^^ l'£MP£reur napoléon. si

** Votre levée en masse d'une vaste et unique ^' prison par département, tout à la fois appro* *^ priée au repos de la société et au bien-être des *^ reclus ; votre idée d'en faire des monumens pour '^ des siècles, eût attiré mon attention. Cette gu ^^ gantesque enterprise, son utilité, son importance, ** la durée, de ses résultats, tout cela était dans

mon genre.

*' Quant à votre université du peuple, je crains ** bien que ce ne fût une belle chimère de philan- " tropie, du pur abbé de Saint- Kerfe, mon cher ; *^ toutefois, il y a du bon dans la masse de ces '^ idées ; mais il faudrait une autre force de carac- ^* tère, une autre roideur de persévérance que " nous n*en avons généraleiîient pour en faire ** arriver quelque chose à bien.

** Du reste, je vois ici, et j'entends de vous jour- " nellement des idées que je ne vous soupçonnais '^ pas, et ce n'est pas du tout ma faute ; vous étiez *' près de moi, que ne vous communiquiez-vous ; " il ne m'était pas donné de deviner. Ces idées, *' eussiez-vous été ministre, et quelques chiméri- " ques qu'elles m'eussent paru tout d'abord, n'en " eussent pas moins été accueillies, parce qu'il •* n'est pas, à mon avis, d'idéalités qui n'aient un " résidu positif; et que souvent un germe faux, à *^ Taide de régularisation, conduit à up résultat *' vrai. J'eusse mis à vos trousses des commisT *^ sions qui auraient dépecé vos projets ; vous les ^' auriez défendus par votre autorité, et moi, en

24 MON SEJOUR AUPRES [Juillet

*^ rains étrangers en les adoptant. Mon orgueil et "mon plaisir eussent été d'étendre ces belles '^ tiges françaises, si elles eussent été ou si elles " se fussent données tout à fait à nous. Ils n'ont ** pas su me deviner ! Eux et les miens n*ont vu " en moi que des préjugés lorsque j'agissais par les '^ plus profondes combinaisons. Quoiqu'il en soit, ** les vôtres ont plus perdu en moi qu'ils ne pen-

<' sent ! Ils sont sans esprit, sans connais-

"sance de la véiitable gloire.' Par quel mal- " heureux penchant ont-ils préféré d'aller se vau- " trer dans la fange des alliés, au lieu de me suivre ^* sur la cîrae du Simplon pour y commander le "respect et Tadmiration du reste de l'Europe? •^ Les insensés ! ... Au surplus, a-t-il continué, "j'avais dans mon portefeuille, le temps seul m'a ** manqué, un projet qui m'eût rallié beaucoup de tout ce monde-là, et qui après tout n'eût été que juste. C'est que tout descendant d'ancien maréchal ou ministre, etc. etc. eût été apte, dans tous les temps, à se faire déclarer duc, en présentant la dotation requise. Tout fils de général, de gouverneur de province, etc. etc. eût pu en tout temps se faire reconnaître comte, et ainsi de suite. Ge qui eût avancé les uns, " maintenu les espérances des autres, excité l'ému- " lation de tous, et n'eût blessé Forgueil de per- "sonne; grands hochets, tout à fait innocens, " du reste, dans ma marche et mes combinaisons. " Les nations vieilles et corrompues ne se gou-

ce

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vernent pas comme les peuples antiques et vertueux ; pour un aujourd'hui qui sacrifierait tout au bien public, il est des milliers et des millions " qui ne connaissent que leurs intérêts, leurs jouis- " sances, leur vanité : or, prétendre régénérer un " peuple en un instant et en poste, serait un acte " de démence. Le génie de l'ouvrier doit être de " savoir employer les matériaux qu'il a sous la " main, et voilà, mon cher, un des secrets de la re- " prise de toutes les formes monarchiques; du " retour des titres, des croix, des cordons. Le secret du législateur doit être de savoir tirer parti même des travers de ceux qu'il prétend régir. Et après tout ici, tous ces colifichets présentaient " peu d'inconvéniens, et n'étaient pas sans quel- " ques avantages. Au point de civilisation où " nous demeurons aujourd'hui, ils sont propres à " appeler les respects de la multitude, tout en " commandant aussi le respect de soi-même ; ils " peuvent satisfaire la vanité du faible, sans effa- " roucher nullement les têtes fortes, etc. etc." Il était fort tard, et l'Empereur en me congédiant, a dit : " Allons, mon cher, voilà encore une bonne ** soirée."

N. B. Que de conversations de la sorte j'ai perdues par le manque de développemens, lors de la première rédaction ! car il n'en était aucune, sur quelque sujet que ce , fût, qui n'étincelât çà et là d'expressions et de traits fort remarquables. En me lisant on jouira peut-être de ce que l'on ren«

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contrei'a ; moi, je ne sens, je ne songe qu*à ce que j*ai perdu! Quand je consignais négligemment quelques lignes dans mon journal, j'avais l'esprit tout plein de l'ensemble qui devait être, selon mon intention, développé à peu de temps de là, et puis j'étais près de la source, laquelle devait çoider encore pour moi le lendemain. Aujourd'hui le temps, les tourmens, la douleur, ont tout efiacé ; cependant il ne se passe pas de jour qu'il ne revienne à ma mémoire quelques fragmens épars, quelques idées, quelques phrases, quelques mots isolés ; mais où est leur place ? quel sera leur à propos ? Voilà l'objet d'un travail, et quelque l^er, quelque satisfaisant qu'il paraisse, il se trouve encore au-dessus de mes forces : mon état ne l'admet point.

Le Jeu prend à notre établissement. — Etiquette de Longwood,

19. Le feu a pris, dans la nuit, à la cheminée du salon ; il n'a éclaté qu'au jour. Deux heures plus tôt, l'établissement était consumé.

L'Empereiu* s'est promené ; nous étions plusieurs autour de lui ; nous avons fait à pied le tour du parc.

Dans la route, la boucle de son soulier est venue à s'échapper, nous nous sommes précipités pour la remettre ; le plus prompt a été le plus heureux. L'Empereur, qui ne l'eût pas permis aux Tuileries, s'y est prêté ici avec ime espèce de satisfaction ; il laissait faire, et nous lui savions gré de ne pas

lue:} D£ L*EMP£R£UR NAFOLioN. 27

nous priver d*un acte qui nous honorait à nos propres yeux.

Ceci me conduit à observer que je n*ai point encore parlé de nos manières habituelles auprès de sa personne, et je dois le faire d'autant plus que plusieurs journaux de Londres nous sont revenus, répandant à ce sujet mille contes absurdes en Europe, et aflSrmant jque l'étiquette impériale était aussi rigoureusement observée à Longwood qu'aux Tuileries.

L'Empereur était pour nous le meilleur et le plus paternellement familier des hommes. Nous, nous étions, vis à vis de lui, les plus attentifs, les plus respectueux des courtisans ; nous cherchions en tout temps à deviner ses désirs ; nous épiionjB tous ses besoins ; à peine avait*il commencé un geste que nous étions déjà en mouvement.

Aucun de nous n'arrivait dans sa chambre sans avoir été appelé, et si l'on avait quelque chose d'important à lui communiquer, on demandait à être reçu. S'il promenait avec un de nous tête à tête, nul ne venait le joindre sans être demandé. Dans le principe nous demeurions constamment chapeau bas auprès de sa personne, ce qui semblait étrange aux Anglais qui avaient reçu l'ordre supérieur de se couvrir après l'avoir abordé. Ce contraste parut si ridicule à l'Empereur, qu'il nous commanda, une fois pour toutes, de ne pas faire autrement qu'eux. Nul, excepté les deux dames, ne s'asseyait devant lui qu'il ne l'eût ordonné.

28 MON SEJOUR AUPRES [[Juillet

Jamais la parole ne lui était adressée sans son interpellation, à moins que la discussion ne fût engagée ; et toujours et dans tous les cas il gouvernait la conversation. Telle était l'étiquette de Longwood, purement, comme on voit, celle de nos souvenirs et de nos sentimens.

Au retour, l'Empereur a reçu et questionné long temps le Master (maître d'équipage) du Newcastle.

L'incendie du salon et un billard qu'on- établit, dans la salle à manger, nous a fait dîner dans le cabinet topographique. Le dîner fini, nous avons été obligés de demeurer long-temps à table, faute d'autre pièce où nous pussions nous rendre. La conversation, du reste, a semblé y gagner ; on s'est trouvé plus rapproché, plus établi ; on a causé davantage, plus facilement; la soirée a passé plus vite.

Dépôts de mendicité en France. — Projets de Napoléon sur VlHyrie, — Hôpitaux. - — Ertfans trouvés. — Prisonniers d^JEtat. — Idées de F Empereur.

20. L'Empereur m'a fait appeler dans la matinée; je l'ai trouvé lisant un ouvrage Anglais qui traitait de la taxe des pauvres, de son immensité, de l'innombrable quantité d'individus à la charge de leurs paroisses ; on n'y comptait, que par millions d'hommes et centaines de millions d'argent ♦•

* Voyea D^ Première Partie, note de la page 403.

1816.;] DE l'eBIPBREUR NAPOLEON. 29

L'Empereur craignait d'avoir mal lu, d'avoir fait un contre-sens ; cela ne lui semblait pas possible, disait-il. Il ne comprenait pas par quels vices il pouvait se trouver autant de pauvres dans un pays aussi riche, aussi industrieux, aussi plein de ressources pour le travail que l'Angleterre. Il comprenait encore moins par quelle merveille les propriétaires, surchargés de leurs effroyables taxes ordinaires et extraordinaires, pouvaient subvenir en outre aux besoins de cette multitude. /" Mais *' nous n'avons rien de comparable chez nous au ** centième, au millième, observait-il ? Ne m'avez- *^ vous pas dit que je vous avais envoyé en mission

particulière dans les départemens, au sujet de la

mendicité? Voyons, combien avions-nous de ** mendians ? Que coûtaient-ils ? Combien avais- " je créé de maisons de mendicité ? Que renfer- ** maient-elles de reclus ? Où en était l'extirpa- « tion ?"

A cette foule de questions, je me suis vu forcé de répondre qu'il s'était écoulé déjà bien du temps, que beaucoup d'autres objets avaient frappé depuis mon esprit, qu'il me serait impossible de répondre de mémoire ; maïs que j'avais précisément ce rapport dans mon peu de papiers, et qu'à la première fois qu'il daignerait m'appeler, je serais en état de la satisfaire. ^^ Mais allez me le ** chercher tout de suite, a-t-il dit ; les choses ne ^^ fructifient que quand elles sont appliquées à " propos, et puis je l'aurai bientôt parcouru, avec

90 MON. SÉJOUR AUPRÈS [Jinlkt

^' k pouce, comme dit ingénieusement Fabbé de •^ Pradt, bien qu*à dire vrai, je n*aime pas trop <* aujourd'hui à m*occuper de pareils objets : ils ** me rappellent la moutarde après dîner,**

En deux minutes ce rapport fut sous ses yeux. " Eh bien ! me dit TEmpereur, en fort peu de ** minutes aussi ; car on eût dit réellement qu'il ** avait à peine feuilleté. Eh bien ! cela ne res- ^ semble en effet en rien à l'Angleterre. Toute- <* fois notre organisation avait été manquée ; je " l'avais bien soupçonné, et c'est pour cela que je '* vous avais envoyé en mission. Votre rapport «* eût parfaitement répondu à mes vues. Vous '< abordez franchement la chose, en honnête hom- ** me, sans craijidre de déplaire au ministre en lui " enlevant une foule de nominations.

" Il y a grand nombre de vos détails qui me plaisent. Pourquoi n'êtes- vous pas venu m'en parler vous-même? vous m'auriez satisfait, j*eusse appris à vous juger. — Sire, pour cette ** fois cela m'eût été impossible, nous étions déjà ** dans la confusion et l'encombrement causés par " nos malheurs. — Vous y faites une observation très -juste; vous posez une base incontestable; c'est que, dans l'état florissant où j'avais placé l'Empire, il n'y avait nulle part de bras qui pus- ** sent manquer de travail. Là paresse, les vices ** seuls, pouvaient enfanter les mendians.

" Vous pensez que leur extirpation totale était *^ poiisible ; moi aussi, et j'en étais convaincu.

et

lai^O * DE l'£MP£R£UR NABOLéoN. SI

" Votre levée en masse d'une vaste et unique ^' prison par département, tout à la fois appro- " priée au repos de la société et au bien-être des '^ reclus ; votre idée d'en faire des monumens pour *^ des siècles, eût attiré mon attention. Cette gi- ^* gantesque enterprise, son utilité, son importance, ** la durée àe ses résultats, tout cela était dans •* mon genre.

^^ Quant à votre université du peuple, je crains ** bien que ce ne fût une belle chimère de philan- *' tropie, du pur abbé de Saint- Pierre, mon cher ; ** toutefois, il y a du bon dans la masse de ces ** idées ; mais il faudrait une autre force de carac- *• tère, ime autre roideur de persévérance que ^' nous n'en avons généralement pour en faire ** arriver quelque chose à bien.

" Du reste, je vois ici, et j'entends de vous jour- •* nellement des idées que je ne vous soupçonnais ^' pas, et ce n'est pas du tout ma faute ; vous étiez *' près de moi, que ne vous communiquiez-vous ; ** il ne m'était pas donné de deviner. Ces idées, *' eussiez-vous été ministre, et quelques chiméri- *' ques qu'elles m'eussent paru tout d'abord, n'en ** eussent pas moins été accueillies, parce qu'il •* n'est pas, à mon avis, d'idéalités qui n'aient un ** résidu positif; et que souvent un germe faux, à *^ l'aide de régularisation, conduit à un résultat *' vrai. J'eusse mis à vos trousses des commisr ^^ sions qui auraient dépecé vos projets ; vous les ^^ auriez défendus par votre autorité, et moi, en

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^^ connaissance de cause, j'eusse prononcé par " mon propre jugement et ma seule décision.

*• Tels étaient mon faire et mes intentions. J'ai •' donné l'élan à l'industrie ; je l'ai mise en pleine " marche par toute l'Europe ; j'eusse voulu en " faire autant de toutes les facultés intellectuelles ; ** mais on ne m'a pas laissé de loisir ; il me fallait *^ féconder au galop, et malheureusement trop *Vsouvent je ne jetais que sur du sable et dans des V* mains stériles.

*' Qu'elles sont les autres missions que je vous " ai données? — Une en Hollande, une autre en *' lUyrie. — En avez-vous les rapports ? — ^Oui, Sire. " — Allez me les chercher." Mais je n'étais pas encore à la porte, qu'il ma dit : '* Non, revenez, " épargnez-moi plutôt de telles lectures ! . . Au " fait elles sont désormais sans objet." Tout ce que me découvraient là de telles paroles ! !.. *

Au sujet de.PIllyrie l'Empereur a repris : " Ja- " mais, en acquérant l'IUyrie, mon intention n'avait " été de la garder ; jamais il n'entra dans mes " idées de détruire l'Autriche : elle était au con- " traire indispensable à mes plans. Mais Tlllyrie " dans nos mains était une avantgarde au cœur de

* Quelque court que soit ce rapport sur la mendicité, quelque nécessaire qu'il semblât pour Fintelligence des observations de l'Empereur, et bien qu'il ne soit pas sans intérêt pour ceux qui s'occupent d'économie philan tropique, je me suis refusé à l'insérer ici, par égard pour le plus grand nombre ie ceux qui viendraient à me lire.

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1816.] DE L'£MP&R£UR NÂPOI.EÔN. 3S

** rAutriche, propre à la contenir ; une sentinelle ** aux portes de Vienne pour forcer de marcher ** droit ; et puis je voulais y introduire, y en- ** raciner nos doctrines, notre administration^ nos codes : c'était un pas de plus vers la régénération Européenne. Je ne l'avais prise qu'en gage ; je comptais la rendre plus tard contre la Gallicie, lors du relèvement de la Pologne, que j'ai précipitée malgré moi. Au demeurant j'ai eu plus d'un projet sur cette Illyrië ; car j'en changeais souvent, j'avais peu d'idées véritable- *^ ment arrêtées, et cela parce que je ne ni'obsti- ^^ nais pas à maîtriser les circonstances ; mais que ^* je leur obéissais bien plutôt, et qu'elles me for- ^* çaient de changer à chaque instant ; aussi la ** plupart du temps n'avais-je, à bien dire, pas de ** décisions; mais seulement des projets. Toute- ^* fois, après mon mariage surtout, l'idée dominante ^^ avait été d'en faire pour l'Autriche le gage et *^ l'indemnité de la Gallicie, lors du rétablisse- ** ment, à tout prix, de la Pologne en couronne ** séparée, indépendante ; et il m'importait peu sur quelle tête, amie, ennemie, alliée, pourvu que cela fût ; le reste m'était égal. Mon cher, j'ai eu de vastes projets et en grand nombre, tous ** bien assurément dans l'intérêt de la raison et du ** bien-être de l'esp^èce humaine. On me redoutait ** à l'égal de la foudre ; on m'accusait d'avoir une ^* main de fer; mais dès qu'elle eût frappé le but, ** tout se serait radouci et pour tous. Que de

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