Tome IV. Huitihne Partie. f
66 MON séjOUk AUPRES [JàRir.
k mort ? Quelle effrayante responsabilité ! ... « Si je voulais. m*y arrêter, Monsieur, peut-être "VOttiif eonvaincrais-je quels tendres soins, quelle anxieuse sollicitude (du moins durant le temps de votm administration) devrait vous inspirer la crainte des derniers momens de ce grand homme.
"Je. viens de passer succinctement en revue les principales circonstances dont j'ai étéle.témoiii à Lcmgwood. A présent, laissez-moi vous de* mander à mon tour^ Monsieur, quels peuvent avoir été ies causes, les motifs de ces rapides et sévères aiggravations, de cette situation journellement et si cruellement empirée ? La haute et importante portion de votre ministère, celle de veiller à la demeure de TEmpereur Napoléon, dans l'île de Sainte-Hélène, n'est elle pas la même que lors de son arrivée dans cette île, lors de la vôtre ? D'où viennent de si durs, de si barbares cbangemens ? Le danger s'est-il accru ? les chances se sont*elles multipliées ? avez-vous découvert qudques com*plots ? quelque correspondance s'était-elle établie? avez-vous saisi quelques fils? pouvez-vous indiquer qudques faits, préciser quelques soupçons ? Non ; et si vous ne prétendez par là que combattre toutes les chanœs possibles et à prévoir, où vousjairêterez*- Vious î car la mort seule peut les embrasser ftoutes. Mais, il . est notoire, et vous en conviendrez sahs doute, que depuis votre arrivée dans l'île, le premier^ le.fiei&l aote^uekoxtqu^ est celui pour lequd je me trawœ ici en ce moment entarc vos m^ins. Voifô aveiî
wir.D
DE l/fiMPfiRfiUR NAPOLBON.
pu croire ;d'.abord que vous alliez découvrir- dé grandes choses; Vous a\^ez vu avec quelle ikcitité/ quri caime> j'ai couru au^devaut de vos idées ; je me 8ul$ prjêté à vous ouvrir, à discrétion, mes papiers les plus secrets, ceux qui contenaient, jour par jour, mes pensées et mes actions. Vous avez pu vous y convaincre de mon assertion émise plus haut, -que cette circonstance actuelle est la pr&« mière, la seule de ce genre ; et vous savez à pré* sent que cette, circonstance n'est rien^ mais absô? lument rien. Il est donc vrai, ou du moins nous avons dû nous en pénétrer, et tout homme impartial le pensera avec nous, que Taigreùr, l'irritation, les sentimens personnels, ont conduit toutes vos mesiu'es, beaucoup plus que la nécessité du devoir public. Personne moins que moi n'est disposé à préjuger le mal; mais je sais que Thomme, dans ses déterminations, échappe rarement à des impulsions secrètes, qui se dérobent à lui*mêm^ en se cachant dans les replis du cœur. Descendez dans le vôtre, sondez, analysez, vous voua étonnerez peutrêlre. Nous ne voyons jamais, dans nos relations,: que le mauvais côté des choses, dttesvoufr sans. cesse; vous êtes plus impartial, plus franc, plus; juste dans vos rapports, assurez-^ vous. Rarement ion estbcm juge dans sa propre cause. Monsieur) cette impartialité, cette exactitude, èàt piéeisémeUt ce dont nous doutons le plus. ; Vous aV^j$> à cet égard, un grand- avantage sur nous ^ ç^^lssuf ' nQ$i pièoes' ^e voua fatteé iros ohaetvn^
68 Mmi wovH AUPftÂs [Jâmf.
tiôns et vos répliques ^ mais nous ^ . • • où tout let Titres? Quel ne devrait pas âtre l'embarras tïè eéux qui auraient à pron<Micer entre nous» quand nous nous produisons ainsi a(u grand jour^ et que TOUS» vous demeures dans le mystère? Qod moyen nous reste alors de nous défendre de vos erreurs? Cette réflexion ne peut manquer de frappet un jour vos ministres^ s^ils veulent être justesé Le peu que nous connaissons de vOs idées est souvent captieux et trompeur. Ce sont des tournures parfaitement justes en principe, inadmissibles^ nulles dans rapplication. Ainsi, par esemplô^ vous m'avez dit ici qu'à la garantie de la personne de TËmpereur près, et aux communications avec lui, sans votre autorisation, vous étiez prêt à adopter tout ce qui poiu-fait améliorer notre situatioïi* Quoi de plus raisonnable, me suis-je écrié? Mais dès que nous sommes entrés dans les détails^ voué eussiez été tenté d'aller encore plus loiti que Vous n'êtes déjà, etc. etc.
• ^ A présent venons à ce qui me concerne persotineUemetot. J'étais celui qui attirait surtout votre attention^ et sur lequel se dirigeait paiticuliète-' ment totre malveiiknce% Je le méritais c ie plus tranqmtte peut*étre par caractère^ je me suismoti-^ tré le plqs susceptible par la circonstance ; j'ai été le plils ardent : j'étais fier> plein de ma situa*" tioni; j'osais re]R|>rimer en toute liberté» Vous deves tcnit ce que j'ai fait» écriti à €e sentiment 4 rien à la méchanceté s elle m'est étrangère^ Ainisi
j^:péiS99ifl^ j'jexprknaîs daiig ine0 lettres tout oa gae J6 Toyais, tout ce que j-^rouvais, et «vtM d'î^tant moms de scrupule pow ce qui vous p(»b» oeitmît^ Motiëémr, que je voue renvoyais à votur luème, iSi j'euBse écrit dans le mystère, peu tr être fturaîB-je été plus retenu. Ces lettres voiis ont éé" fin, mmaé contre moi ; vous avez fini par me 4es interdire» eu menaçaot de me retirer d'aupi^s de rSipipereuf^ si je continuais.
^^ Vous m'avez vu demander en Europe des objets nécessaires à ma personnet Y^o^^ êtes vei^n me dire qu'il en existait envoyés d^Angleter^ct, 4ont je . pouvais faire usage. J'étais r^du que vous xfte. me trouveriez individuellement jamais sur la note de vos dépenses, ni sur la liste d*mir cune demande. Je vous refusai, alléguant qu'il n'était pas dans mes habitiules d*accepter riea, i^t qud je possédais cjuelque ehose. Je vouli^ «miserver «es sentimens libres, ne point les gêner par la reconnaissance. Vous me fîtes dire, à quelques jours de là, que vous vous ptaindrîez à vos ministres de ce que je r^e&sais avec méprù ce qu'ils m'oâraiea]^.
^^ Vous vous plaigniez de mes conversattoos lavec oeux qui passaient c je détruisais à leurs yeux les cidoQHti^ absurdes, les contes ridicules qi/on aivait eaartassés sujt le ]^vs grand des caractères s je leur apprenak des traits «qui leur étaieiH inconnus, et dont ils 4eine[umiei)t frappés. Vous me raproehies de propisger avec aède ce qui nous cemeerdait, de manière à le faire pénétrer en Europe : je me croyais
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celui qu'on ^^rge à Técait dans un champ, etqw^ au déÙLUt de secours, prend à témoin les ois^iiiK de passage; était-ce d'ailleurs manquer à votre pays, violer vos lois, que de leur faire parvenir la vérité? C'était les servir, au contraire, bien mériter d'elles* Vos efforts contre nous à cet égard, vos excessives et sévères précautions contre vos propres compatriotes mêmes, ne poupaieiit, dirons-nous, qu'accroître et justifier notre intime persuasion que, vous confiant . dans la distante situation pour légitimer vos actes atinirairesi, aux ^eux du Gouvernement, vous n'aviez plus d autre jcrainte que de les savoir connus du public* Autre*meiit, pourquoi nous tenir au secret ? Pourquoi gêner et les visites et la vue et la conversation de vos compatriotes, s'il n'y avait rien à leur cacher? .Ëtaitr.ce crainte que nous leur fissions de dusses peintures ? Mais il fallait au contraire, les laisser yoir par eux-mêmes ; et les faits détrompant leurs yeux, ils. fussent partis en plaignant notre malheur de nous exagérer ainsi nos peines.
Lorsqu'il fut question d'ôter quelqu'im d'au* près de l'Empereur, vous déclarâtes que votre . ch<>ix tomberait sur moi, si vous ne croyiez que je Ijui fusse utile ; en un mot, vos insinuations^, vos ^yi^ftissçm^s contre moi, se répétaient en toute occ^pâmi. Je m'en importais peu, j'en: dois/oon- .yenir : arrivé à un certain degré, le martyre ne ^c^IçMile pl^s sqs touripçins ou s'y complaît peut^êtce, : !?t , à^^nist loçigntemps j'avais atteint ce * point j - la
1B17J DE l'SMBBEEVR KAPObâON. f%
ïÈfemre * iétsât comblée au physiqixe coimne au ft>otal ! y étaia littéralement à peine à l'abri des in^ jurei» de Tair dans ma demeure: s'il pleuvait j'étais inondé, s'il disait du soleil j'étais étouâë. Mon fils et moi n'avions pour chambre à coucher que l'espace de deux très*petits lits ; nous étions l'un sur l'autre : j'eusse été bien mieux à Né'wgate-! . « • iSans le motif sacré qui tenait mon ame en force, tnoil corps- eût infailliblement succombé il y a longMîemps. Vous ne pouviez, vous né dévie»
îgQorér cet état* Si j^ me suis obstiné à ne vous rien adresser à ce sujet, je faisais ce qui était digne; c'était à vous à y remédier de vous-même : Il doit veiller sur. moi pour le bien aussi bien que pour le mal, me disais-je; Le vrai, c'est qu'on semblait nous considérer comme ces objets de réprobation, pour qui tout est encore trop bon. Et pourtant, à Dieu ne plaise que j'ose appeler l'attention sur un objet' augustey si merveilleusement recouvré par l'élan de tout un peuple, et qui n'en a été arraché de nouveau que par les efforts aveugles des nations^ et l'ostracisme inquiet des Rois; je ne veux parler que de ceux qui l'entourent. Qu'avaiton à me reprocher à moi qui, victime de deux grandes révdutions, et toujours au rebours de mesintéfêtsT &i perdu mon patrimoine en soutien d'un Monarque qu'on avait abattu, et satsrîfié ma iéamille,; ma fortune, donné ma liberté potir sôigiier iiii\'Manarque qu'on avait élevé? Et ce vénérable :Grand*i]|^aréchal^ le modèle dû dêvoueiherit et de
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'* Vinrent les restrictions nouyelIet| accompagnant nos nouvelles déclarations* Vousyrétré* cissiez de beaucoup notre première enceinte) vous enleviez Tancienne . promenade que TEmpefeur faisait jadis à cheval ; vous motiviez cette restric* tion sur ce qu'il ne la faisait plus ; vous ajoutiez, avec beaucoup de formes, que s*il lui prenait jamais envie de la refaire, sur son désir les postes seraient rétablis pour le temps de cette promenade. Nous nous répétâmes aussitôt : Voilà encore frapper d'une main et se blanchir de l'autre; maltraiter méchamment ici, et se tenir habilement, au loin, en mesiure vis-à-vis des ministres et de Topinion.
Car il n'était pas faisable de replacer les postée pour cette promenade de fantaisie ; et vous nous connaissiez trop bien pour craindre qu'on vous le demandât jamais. Le reste des restrictions contenait des choses plus ou moins désagréables pour
chacun de nous, qui en prîmes où eh laissâmes ce que nous voulûmes. Mais ce qu'on aurait de la peine à imaginer, et que peu voudront croire, c'est que vous y disiez que si PEmpereur, dans ses promenades, venait à rencontrer quelqu'un, il ne devait pas lui parler au-delà de ce que prescrit la politesse ordinaire. Quelles restrictions ! Quelles formes! A qui les adressiez-vous ? . . • . Quels furent nos sèntimens ? Ce ne fut pas de l'indignation, depuis long-temps elle était épuisée. Il ne nous res* tait plus désormais, pour les nouvelles insultes qu'une espèce d'ébahissement stupide. Maia si ces restrictions gagnaient l'Europe, si elles y deve-