ToME IV. Huitième Parfie. k
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lands, à la suite de longues et fortes préoccupations, j'avais éprouvé, mais à de très-grands intervalles, comme un coup électrique, une véritable étincelle au cerveau, que j'attribuais à la lassitude du travail, ce qui me le faisait interrompre, et c'était là tout ; mais ici, tout*-à-coup se manifesta une douleur continue, accompagnée, si j'étais debout, de légers étourdissemens, et parfois de maux de cœur ; voilà le commencement et l'origine d'un mal qui, depuis plus de cinq ans, a parcouru toutes les parties de ma tête sous des symptômes variés, et avec différentes nuances de douleur, sans me la laisser tout-à-fait libre un seul jour. Durant un temps c'étaient des élancemens violens et fort répétés tantôt au-dessus d'un œil, tantôt au-dessus de l'autre, accompagnés d'un bruissement insupportable dans les oreilles. J'ai été sourd, puis cela sest passé tout-à-faît. A une autre époque, toute conversation, surtout pour peu que j'y misse de la chaleur, amenait aussitôt comme un gonflement dans le voisinage des oreilles, lequel m'embarrassait la mâchoire. J'en ai été parfois à croire qu'il surgissait subitement de gros boutons ou espèces de petites bosses sous mes cheveux. Elles existaient réellement, mais très-momentanément. D'autres fois encore j'avais tous les muscles du cou pris et trèsdouloureux. Cet état, en Allemagne, m'a conduit à une telle débilité, qu'il m'était devenu impossible de m'occuper de quoi que ce fût, d'agir, même dB dicter seulement quelques lignes. Toute.-
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fois j'ai toujours pa supporter «qu'on me fît la lecture sans inconvénient et pendant plusieurs heures de suite.
J'ai vainement épuisé partout les conseils de la faculté ; aucun remède n'a jamais produit de soulagement immédiat, et jusqu'ici je n'en ai pas trouvé de plus efficace que de n'en faire aucun.
Depuis mon retour en France, mon état s'était singulièrement amélioré, et je gagnais chaque jour à laide du repos et de la solitude, bien que pour peu qu'il m'arrivât de causer quelque temps ou de m'arrêtet sur une pensée, ma souffrance revenait plus ou moins forte: c'était aussitôt comme une main de plomb qui me comprimait le milieu de la tête.
Dans mon état d'amélioration, apprenant qu'on se plaignait de nombreuses négligences dans les premiers voluines du Mémorial, j'ai voulu mettre un peu plus de soin à la rédaction des suivans. éT'ai abusé du mieux que j'éprouvais, et je suis retombé dans un état pire, peut-être, qu'antérieurement, au point de m'être vu forcé d'interrottipre plusieurs fois cette dernière livraison, et d'avoir eu souvent la crainte de ne pouvoir la terminer ; mais aujourd'hui c'est plutôt débilité que douleur; le plus léger travail réveille mon incommodité première, et y ajoute une faiblesse extrême et subite en toute ma personne; j'ai grande peine à marcher, j'éprouve une hésitation, un frémissement, dès que je me trouve dd[)outj la terre «emWe me tncaoqiier,
13@ HON siJOUE AUPRÈS [Juki,
je ^çhanc^Ue, j'ai un léger mal de cceur» et je 4oi!s m'appuyer, dans la crainte de tomber^ on a des vertiges à la tête, moi je croirais les avoir aous les pieds. Mais je reviens à mon sujet.
Dans mon état d'incommodité nouvelle et chaque jour croissante, j'écrivis au Gouverneur po^ qn*il me fût permis de revenir à la ville, plus près du secours des médecins; ce fut vainement: Lord
Charles Somerset était devenu insensible pour moi* Dans toute Timpatience et l'horrible tourment que me causait la prolongation de ma captivité, j'avais renouvelé plusieurs fois, depuis mon séjanr à Tygerberg, et en termes violens, peut-êtrje, mes sollicitations auprès du Gouverneur pour qu'il me laissât retourner en Europe. J'ai eu des raisons de croire que je l'avais parfois ébranlé. Soit justice naturelle de sa part, ou toute autre cause, j'ai lieu d'être certain qu'il n'était pas saa^ hésitation .ni sans inquiétude à cet égard. ^^ Etaitril bien.con- " venable en effet, se disait-il, qu'il fût devenu ".geôlier de la façon de Sir Hudson Low^e ? Avait- ** il bien, après-tout, le droit de me priver ainsi de ^V ma liberté?" Mais ses méchans conseillers étai^it là pour le raffermir. " Ne m 'avait-on pa& ,bien " logé, bien nourri, lui disaient-ils ; de quoi ,donc ", avais-je à me plaindre, et comment avais-je re- " connu de si bons traitemens et tant de bienml- " lance ? En affectant de ne jamais sortir, .de ne " me montrer nulle part, pour mieux const^iter ce " qu'il me plaisait^ disaient-ilsy d'appel^ ,m*»Tei»r
-^ |)rÎBoniiattêBt et 'sa tyrâtinie. Quéïle* avaient ** été les expressions de mes lettres toigoUrs si de- *^ placées, si -violentes ?"' car ils en avaient tiré grand parti contre moi, surtout dans une circonstance spéciale t à ^arrî^^ée de Lord Amherst et de rAdmîràl Platnpim, Lord Charles Somerset, d^ns Tîntention, peut-être, de leur créer la facilita de me voir et de me questionner, ou par tout autre motif, m'avait envoyé, par une ordonnance, au fond de mon désert, une invitation pour un bal solennel donné, autant que je puis me le rappeler, à roccasion de la fête du Prince de Galles : Tordre était d'attendre ma réponse. Je la fis sur la carte' d'invitation même, et dans des termes très-durs ; j'étais outré que Lord Charles Somerset semblât soupçonner si peu la situation affreuse dans laquelle il me retenait, et qu'il méjugeât capable d^aller à un bal dans Fétat de deuil où je me trouvais. " En- " fin, concluait victorieusement le perfide entoti- ** rage, si Sa Seigneurie avait fait une faute en me "gardant, il était désormais trop tard pour en re- " venir ; car il avait déjà été fait assez de mal, di- *^ sait-on, pour demeurer toujours blâmable, et Ton ** aurait, en outre, l'air de n'avoir pas su ce qu'on '* voulait faire : ce serait se condamner soi-même ; <* il valait donc bien mieux, tout considéré, laisser ** aller désormais la chance jusqu'au bout *.'*
^ ^ Le hasard a placé plus tard dans mes mains la condamnatt«ti mWiéHeïïe dé Lord Charles Sortierset.' Je pos^dé, par
}94f MON .sijOUH AUPRÈS [Juillet,
Tant de circonstances réunies contre moi avaient concouru ù m'aliéner tout-à-fait Lord Charles Somerset^ et à Taigrir au point de le porter, en cette occasion^ en dépit de son naturel même, jusqu'à Tinhum^nité. A la lettre que je lui adressai pour lui peindre l'état de ma santé et le besoin indispensable d'aller me faire soigner à la vUle, il me ifit répondre froidement, par son aide-de-camp de service, qu'il ne pouvait rien changer à ses résolutions ; mais qu'il donnerait des ordres pour que j'eusse toute assistance médicale. Or, j'étais à huit ou dix lieues de la ville, le médecin ne pouvait se présenter guère qu'une fois la semaine ; il ordonnait des remèdes qu'il eût fallu aller chercher
duplicata, une lettre du sous-secrétaire d'état Goulburn, à Madame de Las Cases, à Paris, sous la date du ^1 Février 1817» portant, ^* qu'il a commission de Lord Bathurst de lui faire << connaitre le départ de son mari, de Sainte-Hélène, pour lé *^ Cap, et que, dans le. cas où il se déciderait à retourner en £u- << rope, il peut y être attendu à peu près pour le mois de Mai ;" et je n^ai quitté le Cap que trois mois plus tard^ vers la fîu d'Août! !! Lord Bathurst n'avait donc pas compté qu'on dût m*y garder. Lord Charles Somerset, en m'y retenant, n'avait donc pas exécuté lei$ ordres de son iininistre ; il n'avait faitqu^'obéir aux suggestions de Sir Hudson Lowe! l! Je n'ai anpune raison assurément de soupçonner que Lord Bathurst ait pu être touché, le moins du monde, de cette irrégularité pourtant si funeste pour moi; mais si j'ai bien deviné Lord Charles, je dois être. sûr qu'il en aura été affligé, et l'aura regrettée. Aussi est-ce dans cette persuasion qu'aujourd'hui je la lui pardonne tlu fond de mon/ cœur.
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à la ville ; ce qui les rendait impraticables. Je perdis patience à la lecture d'une réponse qui me semblait bien plutôt une ironie barbare qu'un moyen de soulagement; et, dans mon indignation^ rn'adressant directement au secrétaire colonial, je lui écrivis : " Que comme c'était par sa direction "que j'avais été transféré chez M. Baker, j'avais '^ l'honneur de le prévenir que, me trouvant dans ** l'absolu besoin du voisinage des médecins^ j*al- " lais, ne supposant pas qu'il pût s'y opposer^ me *^ rendre à la ville, chez le Docteur Leisching, ^^ beau-père de M. Baker, pour m'y faire traiter.'* Il se hâta de me répondre qu'ayant pris les ordres du Gouverneur, S. E. me faisait savoir que ses instructions ne lui permettaient pas de me laisser venir au Cap.
Mais je résolus de n'en tenir aucun compte, et j'écrivis de nouveau au secrétaire colonial : '* Qu'en ^^ dépit de sa lettre, à moins qu'on n'employât la ** force pour m'êmpecher de sortir de Tygerberg^ "j'allafs me mettre en route pour la ville, que " rien n'était plus aisé que de me faire arrêter aux '* portes, et de m'y tenir renfermé plus sévèrement " que je .ne l'étais à Tygerberg ; que j*y aurais " gagné du moins de me trouver à portée des.
"médecins et des remèdes; que je pouvais ne *^ pas attacher un grand prix à la vie peut-être, *^ mais que je pensais qu'il était un certain devoir " de la défendre." Heureusement la perinissiqn de mon départ, arrivant enfin de Londres, se croira
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précisément avec ma démarche ; autrement je ne toia pas comment cela eût fmi. Le Gouverneur me fit savoir cette nouvelle, raccompagnant de Pbffre d'un logement préparé pour moi à la ville. Je le refusai, et me rendis, ainsi que je Tavais annoncé, dans la famille du Docteur Leisching, où je retrouvai tous les soins affectueux, la tendre hospitalité de Tygerberg dans un ménage patriarchal, dont le spectacle et les vertus suffisaient pour faire du bien.
Mais alors commencèrent de nouvelles contrariétés: je devais en être abreuvé jusqu'au bout. Le Gouverneur, en m'apprenant que j'étais libre de partir, m'avait mandé qu'il se présentait deiix occasions, et qu'il attendait que je lui fis connaître mon choix. Je répondis immédiatement que la plus prompte serait poiu: moi la préférable. J'attendais donc avec confiance les derniers avis du Gouverneur et mes passeports. Je gardais le lit. Deux jours se passèrent, Tun des batimens appareilla. Qu'on juge de mes angoisses et de mon supplice, surtout quand il s'éclaircit que le Gouverneur n'avait plus rien à me dire; que c'était désormais à moi à me tirer d'affiiire comme je l'entendrais. Je me récriai violemment sur ce qu'on m'avait fait manquer ainsi le premier départ; mais la chose était sans remède ; et comme il se trouvait en rade un gros bâtiment de transport tamenant.en Angleterre un régiment d'artillerie, je suppliai le Gouverneur de me permettre d*cn
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profiter, à cause surtout des secours médicàni; qu'il pouvait me présenter. II fut répondu qu'il n*y avait plus de place. Vainement représeritai«je que s'il se trouvait deux officiers d artillerie do plus» on ne les laisserait sûrement pas en arrière, et que si on avait deux matelots à embarquer encore, ils trouveraient bien certainement leur place, qu'il ne nous en fallait pas davantage. Tous mes raisonnemens furent inutiles; il me fut objecté que ce bâtiment d'ailleurs touchait à Sainte-Hélène, et que cette circonstance suffisait pour me l'interdire. Il fallut me soumettre à la force, et borner le choix que m'avait si généreusement laissé le Gouverneur au seul bâtiment qui existât en rade. C'était un très-petit brick, véritable coquille, sur laquelle il s'agissait de faire 9000 lieues ; n'importe, je ne balançai pas, je me serais jeté plutôt à la nage que d'attendre im seul instant. Le marché fut aussitôt aveuglément conclu; je ne respirais plus que pour appareiller.
Le capitaine de mon brick me prévint qu'il avait reçu les ordres du Gouverneur de m'interdire toute communication avec la terre, si, dans le cours de sa traversée, il se trouvait dans l'obligation de relâcher, et, arrivé en Angleterre, de ne pas me laisser débarquer sans avoir pris les ordres du gouvernement. J'étais donc encore véritablement prisonnier entre les mains de cet homme, et pourtant on m'obligeait à lui payer la somme qûMl lui plaisait de me demander. O'étàit une' cireon-*
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stance si étrange, me semblait-il, que j'eus le désir de la constater, dans la crainte qn*un tel récit de ma part ne pût laisser quelque doute. Ausâi, m*adressant au Gouverneur pour la dernière fois, en lui demandant nos passeports, je lui faisais observer cette singularité, et je le priais de vouloir bien, par sa réponse, certifier que j'avais pourvu moi-même au paiment de mon passiige à bord du brick, devenu par ses instructions ma nouvelle prison ; mais comme on le juge bien, je ne reçus que mes passeports, et pas un mot de plus.