‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint HélèneChapitre 21 sur 43 · Tome IV. Huitième Partie, h · texte numérisé non relu

Tome IV. Huitième Partie, h

liQ MON SBJOUE AUP&Ë6 . [Nor.

àent^ élevant leurs têtes hideiuns au-dessus, de notre poupe, d'où elles semblaient plonger sdir na^Sr.poiar contempler leur pveie qui leur.:échappait toujours, mais non sans qu'elles noua enlevassent par-ci par4a les bois de nos parties supérieures. Dans C6t>état, le péril était des plusiinuninens-: on $e parlait peu, on se cotusidérait en si^ lence: en se laissait courir le temps. Il estcer* tain qu'il suffisait d'un faux coup de gouvernaili de la plus petite inattention, de la plus légère n^î^ gence pour nous engloutir à jamais. Si nous eussions été atteints par une de ces redoubtables vi^ues de derrière, elle eût tout entraîné sous son poids ; c'est même ce que nous avions à redauter davant£^e. Nous fûmes menacés plus d'une fois d'être enfoncés dans notre retraite ; le choc des vagues frappait sur nous avec la véritable .détona^ tion du canon. Nous les voyions avec effroi faire des progrès sur nous ; et une grande partie de la nuit terrible qui suivit, fut employée à nous retrancher et à nous renforcer contre elles.

Mon ffls, qui ne pouvait ni se coucher. ni dormir, montait souvent aux nouvelles, et revenait ensuite près de moi, qtd demeurais gisant sur :mon hamac» Dans Ifi longueur de cette nuitxîruelle, ne sachant qiue faire pour nous distraij^e de notre situation, et afin de tromper le temps, %'i\ était possible, jfesfay*a^^ lUn moœient de dicter à mon fUs : c'était, un morcoa^ - 4'M^ire ancienne > mais btentd£ xmt yfig]ue> 4êns. un des .enfonceme»s {3b.rtîeW vint

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iaond€r mcm hamac et le papier de mon ftts. Nou9 nous crûmes à notre dernière heure : il me saisit la main» disant, avec ass^z de gaité.: '' Du moins, ^* nous BOUS enfoiicerons en bonne compagnie ; «f nous descendrons avQC nos Grecs et nos Ro- •f moins/' Il est sûr, p^ur le dire en passant, que j^ pus voir.nucni fils supporter ces crises, vraiment efirayantes, de manière 4 en être plus que satisfait. Il les considérait avec oalnie, les suivait avec curiosité et en parlait librement ; et ôe que peuvent sfulement quelques mois de plus sur notre machine ! ce que peut pQurtant la force des muscles sur la nature des sensations ! C'est dans cette

8ftuation4à même, et dans tout le sangfroid dont il me donnait la preuve, qu'il me disait que, dans ia route à Sainte-Hélène, à bord du Nortbumberland, pas plus d'un ou deux ans auparavant, il avait passé. plusieurs nuits blanches dans son lit, et fort malheureux par la seule crainte d'être submergé durant son somnieiL Si faible alors qu'il n'y avait même pas l'apparence du danger ! si intrëjpide ai:^oiird'hui quand la mort pouvait être regardée comrne certaine!... Il arriva même que son attitude en cette occasion fut importune à notre capitaine, qui, un moment, la traita de scandale. Ce capitaine, que nous avions cru être un loup de mer, et qui, à Pessâi, ne se trouva rien moins que cela, qui, dans l'excès du péril, avait tout abandonné à son second, et dans son' décou*ragement demeurait étendu sur son lit, révaiH

1^ MOH SÀrOUR 4UPR&S . [Noi.

sans doute à ses péchési à ses voleries sur nous peut^tre^ car on connaît la dévotion, les sçru-pides des matelots en péril $ cet homme, di8^e> ntfouv» ^s forces pour faire une soèae à mon iils, sur ce qu'il s'était permis, disait^il, une expression gaûUàrde, et osait fredonner un air en cet instant ; oe qui, disait-il, et dans la situation terrible oii nous nous trouvions, était fait pour offenser Dieu; que 8€«i inexpérience et sa jeunesse seules pou«> vaîent iui avoir caché le danger où. nous étions depuis huit jours de finir à toute minute, et en ceci il disait vrai*

Au demeurant, tout ce qu'on vient de lire ne devait pas être encore la limite de nos dangers ni le terme de nos craintes. La tempête durait touv jours et semblait croître encore ; enfin, le Samedi 8, vers le matin, l'homme qui^ tenait le gouveniail, à titre de plus adroit, de plus intrépide dans l'équi* page, déclara qu'il ne s'en chargeait plus. Les étourdissemens le gagnaient, disait*il^ et il cnûg- Bak que qœlque faute de sa part ne devînt funeste ài tous. Alors, il fallut avoir recom^s à la dernière ressource, : celle de mettre à la cape^ c'ent^àixe de faire venir le vaisseau en travers dn vent, ma* now^re des plus délicates dans la situation déses* pérée où noqs nous trouviovis, parco qu'on couvait rikquo d'être englouti en Texécutant. Toutefois la Drovid^nçe* encore fut de nouveau pour nous : 90US y* pairvînmesB avee le plus rare bonheur i et un cricfervent'dereconnaissande et de joie de tout

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réquipa^e nous Fapprit ett basà Nous nous esifmâmed des plus heureux, bien que d'être englouti désoitnais par le travers, au lieu de Tétre âupara^ vant par le derrière fôt la principale diflSfrettce. Pourtant il est vrai de dire qu'à peine nous fûmes dans cette nouveUe attitude, que le vaisseau se trouva, par rapport à ce qui venait de cesser, ceninme s'il fût arrivé au port. Pour moi, j'avais vu prendre h regret la détermination de changer de route, car nous interrompions par là notre course Vers le dénoûment de nos maux; mais à peine me fus*je trouvé un peu plus à mon aîM, qae'rien daiss le monde n'eût pu m'amener à reprendre la situation que nous venions de qiatter. Cest que, dans Tétat désespéré où nous noiib trouvions depuis tant d'heures, on finit par prendre son parti ; mais que, dès que la* confiance revient, on répugne extrêmement à se résigner de nouveau.

Ce terrible coup de vent durait depuis tnMs jours r notre semaiine se complétait. Je compbkis beaucoup sur le dimanche qui allait commeneei^, îiansealement^à cause du cbatigefiient de Itme, mais aui^i à cause de la bienveillance toute particulière dont ce jour avait été constamment potic nous depuis notre départ $ et nos espérances ne ftirent point déçues ; car, dans la nuit du Samedi, le temps devint supportable, et au jour nous pûmes nous mettre en route. Il est sâr ^u?, par tm concours sifigulie^ les dimamthes, dâpisît le

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Cap^ avaient toujours étë marquans et heureux : c*était un dimanche que nous avions passé le tropique du midi et gagné les vents alizés ; c'était un dimanche que nous avions vu Sainte-Hélène; un autre dimanche que nous avions atteint l'Ascension; un dimanche que nous avions coupé la Ligne ; un dimanche que nous avions franchi le second tropique ; un dimanche que nous avions gagné la hauteur de Gibraltar, premier point de la grande patrie Européenne ; enfin, c'était un dimanche que nous étions arrivés à celle de Bayonne ou de Bordeaux, commencement de notre chère France ; et c'était un dimanche encore où^ en cet instant, nous finissions cette terrible semaine à la hauteur de Brest. Nous pouvions en toute justice compter désormais sur quelques beatix jonrs^ nous disions-nous ; il nous semblait avoir assez chèrement payé notre tribut ; nous espérions avoir épuisé la fureur des vents; la sonde nous rapportait du fond Européen ; nous ne rêvions plus qu'au beau reste du voyage. Vain calcul ! notre heureux dimanche écoulé, arrive un cinquième coup de vent. Cependant nous commencions à être engagés à l'entrée de la Manche, bien que sans avoir eu pourtant encore connaissance de terre, ce qui faisait que notre véritable position nous était inconnue. La prudence commandait de reprendre le large : heureusement cela ne fut pas long; et remettant en route, nous arrivâmes enfiti à la vue duxap Lézard ; mais il était dit que

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nous ne pouvions avoir 24 heures heureuses* Un épais bfoijûllard succède presque aussitôt, et un sixième coup de vent «e déclare sous les apparences les plus sinistres. Il venait du Sud et nous mettait en penlition. Nous nous trouvions engagés dosormais et sans abri ; d'un côté nous donnions sur le cap Lézard, Tautre nous conduisait sur les îles Scilly, extrêmement dangereuses ; la mer était des plus grosses^ nous n'avions pas xxtïe connaissance précise des lieux $ la nuit venait, et elle était de 14 heures. Que de sujets d'inquiétude ! quelle perplexité pour l'imagination et le calcul ! La tristesse était grande, et le dé.couragement complet, quand un violent orage de pluie accompagné de tonnerre^ bien qu'au milieu de Novembre et par un grand froid, vient enfin comme nous désensorceler; le vent saute tout-à-coup du bon côté,* et pour cette fois termine tous nos embarras, en nous conduisant dans, la rade des Dunes, où nous jetons l'ancre. Heureux, cent fois heureux d'avoir échappé à de si terribles et si nombreux dangers ! Plus tard, en Allemagne, lisant les papiers Anglais^ nous y trouvions chaque jour l'annonce des plus grands malheurs arrivés précisément à la même époque et dans les mêmes parages. Un vaisseau avait sombré, l'autre avait été englouti, un autre avait été vu flottant sur le côté sans mâts et sans créature vivante^ un autre avait péri, cocp» et biens^ à l'arrivdige. . La saison était citée comme des ^plw af-

;dt MON SBJOUft AVPkâs [No«^.

ffeXàé^f l»Bct\àeM étaient sans nombre, et il ftudritit y avoir été expodé comme nous pour dé* viner les impressions sympathiques que nouB câu^ wi«Dt de pareils récits^ et les vives actions de grâce à la Providence, que chaque fois ils révetllaieni «n irous !

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