DU 16 NOVEMBRE AU 11 OECIÎMBRE
On m'iH^rdU V AngkteTre^-^Difortatiùa à Ostend^-^Per^ skuticm m Belgique, en Pru$$e, etc, ; douces eompmsa* tiom, — A^'^^ à Francfort.
Notrs n*avîons, la veille, jeté Tancre aux Dunes que pour passer la nuit. Au jour nous avons appareillé pour donner dans la Tamise ; notre destination était pour Londres ; aucun accident ne Semblait plus pouvoir me l'interdire désormais, et d^à je calculais Theure de l'arrivée, toutes mes espérances pouvaient enfin se réaliser j je reprenais toute ma confiance; mais combien je me trompaiiir 1
• Arrivé à Gravesend, où stationne un vaisseau spécialement chargé de la police des étrangers, un agetit de ^autorité, à mon seul nom, mé signîtiâ
que je nq.pQUvaiia aller >F^us loûp^ et qi»ef je 49>^ 1^ ^uiyre immédiateai^it avec mes .^ta àttufs^ ^ \\AUen-$hifi (viûsaeaM des étranger»)., J'eus betv 4ne récrjier^ lui faire voir comhien moa<paj$se?poi;t jme n^ettait en cègle» c'était là préciséoieot H pièce de ma condamnation. On m^a appris depuis qve long-temps avant mon arrivée en Angleterre cette mesure avait été ordonnée pour moi dans tous les ports.
Une fois à bord de l' Alien-Ship, on mit le scellé sur mes papiers, et Ton me dit que je devais attendre les derniers ordres du Gouvernement. «Pavais écrit à Lord Bathurst dès Tinstant de noti'e mouillage aux Dunes; je lui écrivis de nouveau en cet instant. Je ne savais pas ce qu'il voulait faire de moi; mais il me paraissait impossible qii*il ne s'eœpiessât pas de me faire paraître devant lui : il ne pouvait m*entrer surtout dans la pettsée qu'il se refusât à cette occasion si favorable d'entendre contradictoirement tout ce qui se serait passé à Sainte-Hélène ; or, pourtant on va voir que c'est i précisément ce qui arriva.
A la réclusion près» on m'avait traité, à TAUei)^ Ship, avec toutes sortes d'attentions. Le capi^ taine qui^ ayant fort peu à faire depuis la paix,i n y paraissait que le jour, me destina son prière lit*
Harassé de ces nouveaux contretemps^ &pu0f af) t de mes maux habituels, et dans l'eiinui de ma nouvelle prison» je m'étais couché de bonne U^we^ lorsque je fus réveillé tout-à«coup d;ins le milieu
MON SBJOtlR AUPRES
[Nor.
de la nuit par une voix glapissante: '* Comte! •^ comte !" s* écriait quelqu'un qui me cherchait par^ tout, et qui, dans son empressement, ne s*étdit même pas donné le temps de prendre de la lupaière, ** c^est le plaisir du Prince-Régent que vous '* quittiez à Pinâtant la Grande-Bretagne." Encore, dans le vague de mon sommeil troublé, il m'échappa de répondre: ^^ Assurément voilà un "bien triste et sot plaisir pour S. A. R.; mais '* vous, Monsieur, qui êtes vous?" Et il m'apprit qu'il était messager d'état ou des ministres. Je lui dis de vouloir bien aller attendre que je me trouvasse prêt j et j'essayai vainement d'achever ma nuit. Au point du jour on me fit descendre avec mon fils dans un bateau ; nous • fumes débarqués avec mystère; on nous emballa dans une chaise de poste, et l'on se dirigea, par la route la plus courte, sur Douvres, où mon conducteur me dit qu'il avait ordre de me déposer^ à mon choix, dans le paquebot de Calais ou d'Ostçnde^ les deux seuls points sur lesquels il me fût permis d'opter.
A Douvres il se trouva, par un motif ou par un autre, que nous ne pûmes appareiller immédiatenaeut, et il me fut dit que ce ne pourrait être même avant deux ou trois jours. On nous enferma dans une auberge, où, sous les efforts apparent de m'étre agréable, notre gardien exécuta sur moi jia plus basse des manœuvres. Si l'oo jse plaint sur l6 continent de mesures ignobles de la part d'agçep» de
18170 ^^ l'empereur NAPOLEON. 155
police, celui auquel nous avions à faire' en cet instant né demeare assurément en arrière dé ceux d^aucuns pays. Comme il m'arrîva de prononcer, par hazard, qu'il était bien fâcheux qu'on eût mis le scellé sur tues papiers, parce qu*autrement j'aurais profité de mon séjour pour écrire quelques lettres, il se récria sur la dureté qu'il y aurait à me priver de cette satisfaction qui était des plus innocentes et des plus justes, disait-il ; et il courut luimên>e briser les scellés, et m^ remit tous mes papiers, m'exhortant à tâcher dall^er un contretemps dont il était fâché d'être l'instrument; Hé bien, tout cela n'était qu'un piège pour se ménager la satisfaction de saisir ce que j'aurais écrit dans la confiance qu'il m'aurait inspirée. Cet homtne, durant les jours que nous fûmes ensemble, n'avait cessé de faire le bon apôtre auprès de nous; tout en nous débitant, il est vrai, cent iînpertinences qui m'avertissaient assez dé toute sa turpitude. ' Il me disait, par exemple, que lui et les siens se faisaient un devoir de ne pas cohnaîti^e d'autre loi que le plaisir du Prince ; il me parlait de ' son maître, Lord Sidmouth, le Ministre de l'Intérieur; dé son maure qui avait précédé Lord Sidmouth, et ainsi de suite; et comme, pour me moquer, je disais que j'avais cru qu'il appartenait au ministère et non au ministre, il me répondait de la meilleure foi du monde que je me trompais, que c'était au ministre qu'il appartenait; car c'était lui qui lui donnait ^es appoihtemens et pouvait les lui reti-
1^ MON 8ÉJOVK AVPkks [Not.
ter» ajoutant d'autres sottises pareiUes/ qui te- Datent bien plus du nègre esclave ài 'la Jams^ue, que d'Un blanc Européen^ citoyen de la Grande- Bretagne ) ce qui, du reste, m'eût été fort égal, m ses nobles principes ne s'étaient pas exercée sur nia personne, ainsi qu'on va le voir.
Au moment précis du départ, lorsque j'allais me mettre en marche, cet homme, jusque-là si complaisant et si obséquieux, me dit, d'un air assez insolent, qu'il avait une petite fôrtnalité à temfik vis^à-vis de moi, et s'emparasit de tous mes efifets» il fit, dans tout mon linge et sur tous mes vêtemens, les redieréhes; les plus minutieuses, se saisissant de tous mes papiers, sans aucune formalité quelconque, se refusant même à toute espèce d'inventaire. Je poussais les hauts cris, je mie' réclamais des magistrats ; j'exigeais que l'on reçiit au moins mes protestations; mais il me lut répondu que dans la situation où je me trouvais, et vu m;a qualité d'étranger, je demeurais en dehors du bénéfice des lois que j*iiAplorais, et il me fallut' partir de la sorte, laissant néanmoins après moi là lettre suivante à Lord Sidmoutb* • *f Milordj— C'est avec le plus vif regret que j^i* ïbonneur d'écrire à Votre Seigneurie, certain que je ne serai plus à temps de receveur sa réponse, qui peut-êtte comblerait mon désir, ' •
M Depïus quatre jours, je me trouva entre les mains de votre message)? qui, à son arrivée, a fait lever Lé sceité qu'on avait apf)08éi8ur m^ papfereii
18170 ^^ t*fiMFEIlBU& HAPOJkAON. IjS^
me disant qu'il les remettait à ma dâaposition. Depuis^ il m'a yu écrire, m'y a encouragé mêmei, et a attendu le moment du départ pour saisir, en votre nom; jusqu'au dernier de mea papiers* C'eM un piége^ Mitord» qu'il n'entre nullement dans mon cœur de faire i^emonter plus haut que Thom* me qui l'a exercé. Ce message n'entendait ^ue l'Anglais, il s'est aidé d'un second, se donnant pour entendre tant soit peu le Français, lequel *a voulu lire mes papiers un à un, et encore les garder tous* Il y aurait eu pour huit jours de lecture, et je ne pensais pas qu'un simple particulier eût un pareil droit sur moi.
/^On m'a tout retenu, lettres, notes, cahiers d'étude de mon fils, titrée de propriété, secitîts domestiques, pièces «officielles de Sir Hudson Lowe et de Lord Charles Somerset, mes agenda journa* liers, et jusqu'à une lettre au Ministre de la Folice^ de France, et UQe autre à ma femme, que dangmon oisiveté ici j'avais déjà dictées pour pouvoirles expédier en abordant àOstende. On m*en a! séparé sans vouloir en faire l'inventaire ni Ie$^ coter : c'était l'ordre de Votre Seigneurie, disait" on. Dans le premier moment d'indignation, j'ai protesté contre une telle violence, et demandé qu'un magistrat pût recevoir ma plainte^. Je ner consignerai pas ici la réponse qui m'a é^ faite»
^ Revenu à moi, ne redoutant rien autaitf'que de voir mon nom mâle à des di^cus^ongi puh* liques^ et réâéchissant qu'il «était impOsMblô quç
158 MON séjOUR AUPRÈS* [No\'.
V. S. eût ordonné une pareille déviation de tontes les jurisprudences du monde, qui ^veulent que Tautorité se mette en garde contre celui qui, dans ua pweil cas, pourrait prétendre qu*on lui a soustrait ou ajouté quelques pièces, je me suis restreint à supplier, de toutes les manières et par tous les argumens possibles, le messager qui ordonnait de mes destinées de vouloir bien retarder mon départ jusqu'à ce que j*eusse pu écrire à V. ^, et qu'il pût lui-même obtenir la confirmation de ses ordres rigoureux. Cet homme, qui avait retardé trois jours sur de légers motifs, s*est montré inflexible dans cette circonstance grave. J'ai eu beau lui représenter que je n'avais nulle objection à laisser voir tous mes papiers aux per* sonnes confidentielles que V. i§, aurait nommées à ce sujet ; mais qu'il était dans les intérêts même de V. S. qu'on observât certaines formes à mon égard ; que dans l'examen des papiers,, ma pré^ sence serait utile, si non absolument nécessaire, pour donner des explications sur bien des choses qu*on ne saurait comprendre sans moi ; mais que cependant il jetait ma personne sur le continent, et envoyait mes papiers à Londres ; qu'il était à craindre qu'il n'y eût quelques méprises, que vingt-qxiatre heures éclairciraient tout. Il ma été répondu froidement que je ne devais pas être inquiet d'un retour du continent s'il était nécessaire, parce que vous en payerez les frais. Dans quelles mains, Milord, V. S. m'a-t-elle placé ! ! î
1817J I>£ I«'£lMF£RfiUR NAPOLBOM. 159
Duls une autre circonstnoce et bien sûrement contre votre in|tention> j*ai été dans l'obligation dlmposer silence à celui qui me gardait, à cause de ses grossières injures sur Tillustre personne que je vénère le plus au monde.
'" Enfin, Milord, depuis que j'ai abordé vos rivages, j'ai été traité comme un malfaiteur, et pourtant quel est mon crime ? La diâërence d'opinions politiques à ce qu'on pourrait croire, et une captivité volontaire à Longwood! Mais ce dernier acte n'est^il pas des plus nobles, des plus généreux^ et tellement honorable, qu'il n'est personne qui, dans le fond du cœur, ne se trouvât fier d'en avoir donné l'exemple. Milord, la douceur de mœurs et, la justice naturelle qu'on donne à V. S., n'ont pu autoriser tout ce qui m'est arrivé, j'en suis sûr. J'ai obtenu et je me suis empressé d'apposer mon cachet sur les papiei^ qui m'ont été enlevés, non pour me prémunir contre V. S., mais, au contraire, pour remédier, dans ses intérêts, aux. défauts de forme qu'auraient pu commettre ses agens.
"Je supplie V. S. de revenir sur ce qui me concerne, et de ne pas prononcer sur meil papiers sans avoir de moi les éclair cissemens qu'elle pourrait désirer ; et qu'elle recevra dans toute sa satisfaction. J'affirme d'avance qu'il n'en est pas un, quelle que soit la di£^rence d'opinion et de senti* nient qu'on y rencontre, qui ne puisse supporter Tinvestigation judiciaire ou les discussions à l'amiable. On ne aaurait.y trouver rien d'intéressant en
160 MO» 88J017A Aura#:8 {Nor.
matière d^état, ni de sftcret en polil^qve» Je o^ai jamais eu aucune chose de ce ^^enrei ft- «i j'en avais, possédé» les occasi<ms ne m'auraient pas ntf^ué^ pour les avoir soustraites depuis lon^ temps.
<^ Ce serait peut-être ici le ca», Milord» de mentionner en même-temps à V. S# les papiers ifpi ip'QUt été retenus à Sainte-Hélène, ainsi que beau* coup d'autres objets dont j'aurai à entretenir V. iSL ou IiiOrd Bathurst ; mais le peu d'instans qui me sont Jaissés, et le désordre d'idées qu'amènent des QÛroonslances aussi subites et aussi imprévues» me le £bnt r^nettre à un autre moment
^* Je vais attendre avec anxiété que Y* S. daigee m'hcmorer d'une réponse > dans quel lieu ? je ne sais ; à Bruxelles, si on me permet d'y demeurer» J'ai l'honneur d^être, etc"
On me jeta dans une paquebot, et je fis voile pour Ostende ^ et ici, puisque je me suis permis parfois de parler de mes soufi&ances phyaiqiies, qu'on me pardonne si, pour donner une plus juste idée des souffrances que j'avais dû éprouver dans ma langue traversée, j'ose £Eiire remarquer q^ mal* gjcéles cent jours que je venais de passet souavoiles» et bîea que le temps ne fût pas précisément muh* v^, je trouvai néanmoins le secret d'être encore malade de la :mer à. bord de mon -paquebot^ ce qui aaauarémest était bien ridicule^ mais n'en était pss m^kins.
; Dès ieJendemaiff, j'atte^^ Osteade^ et dëbar *
m^^ DE LiillPSIlEUIt NAPt)LiON. 161
^yji ïiJHis «que personne ne m'eât rien dit. Je'ctui pôixT éeite fi>i& ^core totttiher un terme de 'mes n^Ux^et %iVoil< recouvré -ma liberté ; mais je me tiWffpaiSft^dé botavèaii; des persecutioris d'une Autre espèce allaient commencer, au contraire, et ce n^estpÉi) tbutefiMs ^tte je n'eusse à me louer beauco|ip det iireiniôrs instans.
* A tnon auberge, et sans que je sache comment on -avait pu me deviner, un agent de rautorité locale vint me dire qu'il avait ordre de me gai<âer en surveillance, et qu'il s'était fait un devoir de venir me demander comment je voulais que cette formalité fût remplie. Depuis long-temps je n*é«tatfS pas fait à des manières si polies ; aussi ce fut nron obi^rvatioQ, ajoutant qu'il me suffisait d'une telle démarche pour m'abandonner, en toute con** fiance, à ce qu'il lui plairait de faire de moi ; et * comme sa politesse avait donné lieu d'alonger entre nous une conversation dont sa curiosité sem-* bl»t avide, il lui arriva bientôt de > me dire qu'il allait me faire une question bien indiscrète, d6>: placée peut-être^ mais qu'il ne résistait pas à savoir s'il ét^t vrai que j'etfâse quitté Napoléon, parce qoè le malheur l'avait aigri au point qu'on ne pou* vait plikB' vivre avec lui; ciur les papiers ministériels Anglais avaient «r^andu cent fables à* mon sujet, toutes plus riditcules les unes que les-autrea« Je lu répandis en souriant: *' Monsieur, si j'avais •5 aucun mal à dire de Napoléon, si j'avais ^ la •• mdiildre plainte à ^rè;deluii cTmyw>qfgie<vàkxs
ToMï IV. Huitième Partie. u
:l6g MON SEiOUR AV9R£S [Nov.
/^ ne me garderiez pa8 en cet instant, ot qpa je <* aérais loin d*être maltraité nulle part." Sur qaoi il se récria à son tour, en se frappant 1q firont que o*était une réponse qu'il eût dû se faire à lui-même, et il n'en devint que plus afieotuQux pour moi. Du reste, ayi^nt appris de mpi que mon intention était de me rendre à BruxellfS, il n'imposa, en me quittant, d'autre condition à mon entière liberté, que de ne pas partir sanif Ten avœr prévenu, m'assurant d'ailleurs q'une décision à .mon égard ne pouvait tarder vingt-quatre hewes; un courrier ayant été* expédié au gouverneur de la province, et son prompt retour devant suffire, probablement, pour me laisser entièrement libre. -
«remployai le retard qui m'était imposé à écripe aux deux ministres de la police de France et des Pays-Bas, relativement à la situation dans laquelle j'allais me trouver désormais.
'< Monsieur le Comte," disais-je à celui de France, ^*je crois bien faire, en abordant sur le <' continent, que d'instruire Y. £. des circonstances << qui me concernent ; j'espère qu'elle approuvera ^* les motifs qui m y déterminent.
I ^1 Depuis un an que j'ai été arraché soudaâi^ ^^«ent de Lbngwpod, je suis promené en captif f5 de rivage en rivage. A mon entrée (kns Jsk Ta* ^> mise^ il m'a été signifié de repartir^ à l'instant M pom: te continent ; ne me laissant d'auibre chiràx ^' que Calais ou Ostende.
" Un .sentiment 4e dâicatesse et 4e pradeftce
latrO ^^ L*EMp£R£tm napoléon. 1d3
'* m*» féît préférer Os tende. De tous les paya, la ^^ France était celui où il était plus naturel de sur- *« veillef mon apparition, j-ai voulu, M. le Comte, ^* épargner ce soin à votre departeipent, et m'éviter <^ à moîi^même les inconvéniens qui auraient pu en *^ âtre la suite. Cette double considération m^ « fort adopter Je parti cruel de mWler volonfcrire- ** ment. Un autre motif s'y est joint encore, e^est ^^ la facilité dont j*espère jouir ici (en dehors de <^ toute idée politique, dans le seul sentiment de " mes afiecHîions privées et personnelles, par la <* voie légale qu^admettent les réglemens d-Ângle- <* terre, et soi^s le couvert môme de ces ministres), *^ de procurer quelque adoucissement et des con- ^ solàtions innocentes aux martyrs de Longwood. <♦ Ces devoirs pieux et sacrés auraient pu être mal ^* interprétés ep France, et donner lieu peut-êére ** à de justes obstacles.
*♦ M, le Comte, j'espèrç qu'un exposé aussi na- *^ turel et aussi franc, détruira à vos yeux les idées ^^ défavorable» qu^auraieRt pu suggérer les drcon* ^^ stances de ma situation ; et c'est par une suite •^ de la même intention que je prends la liberté ** d'inclure ici, sous votre couvert, une lettre ** ouverte pour ma femme, osant réelaraCT vos " bontés pour elle, dans ce qui pourrait dépendre ^^ de votre oiniirtère, pour lui faciliter les moyens ^ de venir partager mon exil volontaire. Dltignez ** agréer, etc." 'Quant: à celui de« Pays-Bas,' je' 'lur écrivais :
ce
164 MON SÉJOUR AUPIIES [Not.
•' Qu*on cherche d*ordînaîre à échapper à la sur- " veillance, que je venais, au contraire, implorer *' la sienné« Je lui répétais, comme dans ta pré- " cédente, ce qui yenait de m'arriver dans la Ta- " mise, et qu'on m'avait jeté sur le continent sans avoir prononcé aucun motif ni argué aucun grief. Je l'informais que je venais d^écrire au ministre de la police dePrance, pour lui faire connaître les motifs qui me portaient à m'exiler volontairement. '* Je lui exposais que je me trouvais fort malade, et ^* que mon fils était dans un état de santé alarmant ; que je venais de faire une traversée de cent jours sur un très-petit bâtiment ; que j'ignorais l'existence de ma femme et de tous les miens, que je *^ ne savais plus où en étaient mes affaires dômes* ^* tiques, et je le suppliais, par toutes ces raisons, •* de me permettre de demeurer quelque jours à " Bruxelles, pour respirer et me reconnaître; pour " fafre venir ma femme, et profiter des secours " de la médecine ; que peut-être aussi durant ce temps, le ministère Anglais, dans la dureté et la précipitation duquel il devait nécessairement y . avoir eu quelque méprise, reviendrait-il à me permettre d'assister en personne, ainsi que je ^^ l'avais demandé, à l'examen des papiers qu'il " m'avait saisis.
*^ Enfin, je finissais par Tassurer que je ne rap- ^^ portais ni viies ni idées politiques, que tout se *' réduisait en moi à de purs sentimens d'a^etiOJi " privée^ de tendre dévouement personnel; que
et it
1817] ^K L*£MF£BfiUR NAFOLipN. iÇS
'^ ces sentimens 'étaient naturels, honorables^ et ^' que l'aveu que je lui en faisais devait être le , ** garant qu'ils he pouvaient inquiéter personne.**
Je dois à la justice et à la reconnaissance de dire que ma lettre au ministre de la police de France, amena, de sa« part, lorsque les occasions s'en présentèrent, tout ce qu'on devait attendre du moins de Thomme de bonne compagnie. Il n'en fut pas de même de celui des Pays-Bas ; je n'eus d'autre réponse de lui que des gendarmes. Des ordres furent expédiés partout pom- me retrouver : on croyait m'avoir perdu ; car, ainsi que me l'avait dit celui chargé de ma surveillance, la permission du Gouverneur, de me laisser mettre en route, n'avait pas tardé à arriver, et j'en avais profité immédiatement, prenant, à cause de mon état de souffrance, les voies commodes, mais obscures et lentes, celle des canots, ce qu'on n'avait pas de* viné : l'on me cherchait bien loin d'Ostende, que j'étais presqu'encore à ses portes. Ma confiance et ma sécurité avaient tout dérouté ; on n'avait ^ pas bien encore mon signalement, on était fort en peine pour me reconnaître, et ce fut moi-m^me qui ne tardai pas à calmer ces inquiétudes en venant me livrer, comme on dit, dans là gueule du loup.
Au bout de trois jours de voyage, arrivant fort tard à Bruxelles, mon premier soin fut d'envoyer à la police donner connaissance de mon arrivée, et' 4emaader la décision qu'aurait portée le ministre à mon sujet, d'après la lettre que je lui avais adres*
166 aioN séjoum Atipnt» £Kcr«
Bée d'Oitende. La réponse généreuse à mon in^ noceiite confiance fîit d'envoyer fàive iwv^etir mon auberge dès l'instant même, et 1 on attendit avec Mlipatience ie point du jour pour me iigsniiier que j'eusse â sortir»' sans le moindre délai, du coyavLSâ» dm Pays-^BttÀ. J'étais très-souffirant, j'avais de la fièvre^ je demandai visiinement qu'cm eût la compassion de m'accorder au moiils un jour. Il fallait assurément qu'il y eût des inconvéniens bien graves à me laisser séjourner dans Bruicelles^ ou qu'on f(kt facilement porté à être barbare envers ilàoî: on ne me donna pus une heure. Je fus placé, entre un cotnmissaire ^ de police et un gendarme, dans une v€Ktul*e^ et jeté sur le grand chemihi Ceux-ci) témoins de mon état^ me prirent en pitié et consentirent à s'arrêter au bout dis queU ques heures pour me procurer un peu de r^os et recevoir quelques pansemens nécessaires; mais sous la condition expresse que je me remettrais en route dè^ le lendemain de bon matin, gousi la garde des surVeillans désignés pour les rem» placer^ ce qui fut fidèleïnent exécuté et répété de ville «di ville^ en dépit des observations et des témoignages réitét-és de tous les médeciils. Yiotime de si cruels traitémens> je crus devoir In'a*dresser à l'ambassadeur de France en Belgique, qui ne manquerait- i^as^ me disds-je, de s'élever avec violence contre un tel état de choses; car^ woRB motif légitime et en Violation dte loi6> U^aiter
ISI?.] DE L*1MPSRBUR VAPOLÉON. lÔ?
de la sorte un Français confié ' à sa proteùtioû) c*était.im' outrage à seit caractère public.
Je ixii donnai donc connaissance des mesures vexatocires et barbares exercées» en cet instant, ÈUÊ ma personne*
Je lui disais ** qu'en abordant à Ostendey j'âvaift '* écrit au tninistre de la police de France les mo^ ^ tifs qui me portaient à demeurer en-dehors ^ que ^* j'avais écrit, en même temps> au mii>;stif6 die la *^ policé des Pays-Bas, pour le supplier de trouver
bmt qufi je séjournasse quelques instans à Bru-
jidlé6> et» qu'arrivé fort tard, libre et dans sur* ^' veillance» dans cette dermère ville^ je m'étais
empressé d'en donner connaissance à 8, £•;
mais que le lendemain j'avais été réveillé subite- '* ment avant le jour^, entouré de quatre personnes ^ de ia police et de deux gendarmes^ et qu'il ^^ n'avait été signifié^ en dépit de mon état très- *^ souffirant, qu'il fallait partir à l'instant ( qu^en ^^ rain j'avais demandé un médecin pour qu'il pût ^* constater mes besoins ( qu'il m'avait été dit ^< qu'on allait i»e l'accorder pour k forme ; mais <' qu'il me faudrait partir^ quelle que Ait son opi- <^ nion ; qu^^i effet j'avais été transporté à Louvain, ^< en malfiâteur et moribond, sous Pescorte d'un '^o0icier de potice et d'un gendarme) qu'enfer*- ^ rivant à la nuit dans cette ville, mon mai wy^iat '^augmenté; couvert de vésfcatoîresv la .fièrrô ^^m'ayant pns^ jkvasa demandé à s^^oumerJo lmk*-\ ** demain ; que le bourguemestre avait eu i'inhu^
«« sdamté de ma. le refuaer, en dépit de deux ou ^* trois déclarations très-fortes des médecins ; qu*-* ayant demandé que le médecin, du moins, pût m'accompagner dans ma voiture, au lieu du V gendarme, qui suivrait à cheval, cela m'avait été <♦ refusé encore ; que tout ce qu'on pouvait me " permettre, m'avait-on dit, était que le médecin *^ m'accompagnât dans une seconde voiture ; ce ^* qui était une ironie sans doute.
J'ajoutais " que j'étais bien sûr qu'un tel traite^ ^^ ment ne pouvait me venir de lui, qui seul pour- *^ tant, dans cette circonstance, aurait le droit d'in* ^^ fluer sur mon sort ; que j'étais trop familier avec *' les.sentimens de notre nation pour supposer un ^^ instant que ses instructions pussent porter la *^ proscription de quelqu'un contre lequel il n'y avait, ni n'avait pu y avoir de loi ni de motifs d'en agir ainsi ; que les mauvais traitemens que ** j'éprouvais ne pouvaient donc me venir que des ** autorités du pays, où je ne devrais pourtant être *^ considéré, en toute justice, que comme simple <* voyageur ; qu'à ce titre je leur demanderais quel ^^ était donc mon crime, et quels étaient leurs '* droits sur ma personne ; et je finissais par dé* poser entre ses mains mes intérêts, dont il était^ par son postç, le protecteur naturel ; et afin de ^* mieux réveiller son attention à mon égard, je *^ lui donnais des nouvelles de M™^ Bertrand, sœur *^ de sa fyûame; nouvelles que j'avais reçues pré^ '^vcisément en quittant Douvres, et je lui offrais., si
et
181^.] DE L*eMMR£Ctt NAPOtÂON. l69
" M"^ de Làtour du Pin avait quelque dit)Be à ^^ faire dire à sa sœur, qui en serait bien heureuse, *^* de m'en charger avec plaisir, armant Tintention •* de lui écrire régulièrement tous les mois, par la ** voie qu*admettaient les régleraens Anglais, sous ** le couvert même des ministres.**
Cette lettre resta sans réponse de la part dé Son Excellence. C'est que ses efforts furent vains sans doute: alors Timpulsion, peut-être même les ordres venaient d'outre mer.
Je continuai de la sorte sans répit, colporté de place en place, de commissaire len commissaire, de gendarme en gendarme, à travers tout le royaume des Pays-Bas ; et quand parfois, dans Texcès de mes souffrances, je demandais quel pouvait être le motif d*un aussi dur traitement, on me répcibdait simplei^ent que tel avait été l'ordre transmis; et au fait personne ne semblait en savoir darvantage. Arrivé sur le territoire ^ Prussien, à Aix-la-Chapelle, les agens des Pays-Bas m*y déposèrent contre un reçu, comme on eût fait d*un ballot, et les Prussiens, à leur tour, de me pousser tout aussi rapidement de poste en poste, de commissaire en commissaire, de gendarme en gendarme ; et quand je leur demandais à eux aussi, pourquoi tout cela, ils me répondaient ingénuement qu*iis n'en savaient rien, mais qu'on m'avait jeté chez eux, et qu'ils me jetaient dehors. Demandaîs-je à demeurer? Ils répondaient poliment qu'ils ne voulaient pas de moi sut leur ter-
170 MOM tajouR Aupau [^«v-
ritotre ; et des amis» car Toh va voir qi» y^n trouvais partout» me soufflaient à ToréiUs d*en rendre grâce au Giél^ de me hâter snrtout de mettre à profit cette bonne fbrtune : des baotÛB Français ayant été» il j avait peu de tetiip% tïitinés sur les bords de la Baltique» et confinés^ dans des forteresses ( alors je déclarai que je voulais aller à Francfort, ce qui pairtit faire plâûsir à mes hôtes les Prussiens, parôe que cela» disaientils, ne les regarderait plus ; ce dont je me réjouis-r sais fort aussi pour mon compte» d'après ce qu'on vtnatt de m'apprendre.
Mais après avoir peint» bien faiblement eatore, tout ce qu'on Venait de m'inflîger de sauvage et de brutal» toutes les peines et les soufirances àont on m'avait accablé» je serais injuste et peu recon* naimant» et je me priverais moi^^méme de la jouis*sance la plus douce, si je taâsus l'espèce de coili« pensation que je recueillais partout à chaque pas^
Mon histoire avait fait grand btuit, elle s'était répandue au loin, elle me devançait, les papiers publics s'en étaient emparéa. Oa ^vatt qui j'avais smvi; qui j'avais voulu soigner $ pdur qui je souârais» et l'on s'efforçait de m'en tenir coinpÊe% La bienveillance» la (sympathie dans toutes leà classés», s'empressaient autour de moi; je me trou*> vais environné de dtémonstrations publii^ues» ou d^oires secrètes ; et alors mè revinrent à l'esprit ces paroles de Napoléon, dont» au isurplu^ j'ai ea mainte ibis depuis occasion tlê me restsôuvenir :
ISirO D£ LBMPBRBUR NAPOLEON. 17i
^ Me» chers amw^ de retour en Europe^ vcois ver^ ^ rén que cTici encore je donne des conromiM.'' Or, en est*il de plus pare^ de plitfi douce que Ven- $îtiie, Taffisetion^ le sympathie de iseux mêiae qui me vous oonnaissent pas ou ne vous ont jamais vu! Quelle main toute puissMte peut dispenser rien dis comparable! Je retrouvais ces sentimens danE les auberge^, sur les grands Ghemitis, partout. Les pbstîUo«28» lés gendarmes^ tout ce qui se trouvait
sur ma rôute^ s'adressait à nnÀ avt^ une espèce d'orgueil et de jt^ie ; l'un me disait : ^^ Moi» je sors d« ^^ la garde impériale ; un &utre i J'étais gendarme ^' fVaiiçais( un autre: J'ai été soldat de Napoléon." Ces ^ouvenirs^ et la bienveillance qui en était la suite^ se montraient dans tous les états, djws tous les rangs. Deux fois, dans la Belgique» on m'offrît de m'enlever^ tout ayant été soigneusement prévu d'avance, me faisait-on dire : c'était précisément la oicme ofire que celle du capitaine Américain au Cap } offre, du reste, qui s'est renouvelée encore {dus tardi de la part de quelques Anglais auxquels j'étais tout à fait inconnu^ et qui avaient résolu de partir de Londres pour venir m'arracher de Francfort, où ils me croyaient plus mal que je n'étais) niais t<>ujours ma réponse était la même. ^' A quoi ^^bon ? Pourquoi gâterais<-je uoa si belle cause 1" iLa soUidttUde^ le tendre intérêt remontaient jusqu'aux agew de ^autorité, mêmei L'un d'eux> fittdgré la aurvietllaBce qu'il exerçait» m'offrît de ^ diadTger de tout papier que j'aurais la confiance de
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lui remettre, et j'en profitai parce que, n'y voyant aucun inconvénient, quelque mauvaise intention d'ailleurs qu'il eût pu me déguiser, et j'adressai, à une personne éminente en Angleterre, une nota en six lignes^ mais fort vive, siu* les traitemens dont les ministres Anglais, depuis un an^ me ren* daient la victime, avec prière d'y donner de la publicité s'il n'y avait pas d'inconvénient. J'y joignais, dans la, même intention, le fragment de la lettre de l'Empereur, dont il m'avait été permis de prendre copie, observant que j'eusse continué d'en jouir en secret, si les contes absurdes et on* trageans répandus dans les journaux ne me faisaient une espèce de devoir de la rendre publique ; le tout, au demeurant, était laissé à sa décision discrétionnelle.
Quelle ne fut pas ma surprise de voir le tout, dès le surlendemain, dans les papiers de la Belgique. J'en fus vivement affligé : il n'était poiiit dans mon caractère de faire tout ce bruit ; j'étais désolé surtout que celui à qui je m'adressais en Angleterre, et qui ne me connaissait pas, reçût ma lettre précisément par la voie de l'impression, ce qui n'était pas non plus dans mes manières. Je ne concevais pas non plus comment la chose avait pu arriver. J'ai^ appris depuis que mon confident, dans l'excès de son zèle, s'était adjoint trois mi quatre personnes du même sentiment, et que^ lues cknsufn petit conciliabule, ils avaient décidé qa'su lieu de perdre le temps à envoyer ces pièces^ e»
le^rO ^K L^BMnRSUR napoléon. 17s
Angleterre, où Ton d'en ferait peut-être aucun usager il valait bien mieux les rendre publiques à Fiûstant et sur les lieux mêmes, où, en effet, elles causèrent la plus grande sensation. En dépit de toute la contrariété que j'en éprouvai alors, elles me furent, par l'événement, du plus grand avantage.
Enfin, je ne finirais pas si je voulais citer les traits touchans dont je fus Tobjet^ les offres de toute espèce, argent, vêtemens, etc. etc.; et il n'est pas jusqu'à des gens du peuple qui ne s'em* pressassent d'apporter leur offi^nde. L'un d'eux, pénétrant par force dans ma chambre, dont il était arraché en arrière par les gendarmes, me criait qu'il n*avait que deux habits, qu'il voyait bien à à ma taille que le second ne pouvait me servir ; qu'il allait le vendre et m'en jetterait l'argent par la fenêtre. Quelles souffrances, quels tourmens ne s'eflbceraient pas devant les sensations causées par de tels actes !
Cependant, à Cologne, on fut obligé de me lais"» ser séjourner 24 heures, tant je me trouvais malade; mais cet accroissement de^souffitmces fut pourtant un bonheur pour moi; j'étais au lit sommeillant, quand tout à coup se précipite dans ma chambre le valet-de-place avec cette joie cpx'on est sûr de causer, et qu'on éprouve soimême en donnant une bonne nouvelle. Il m'an<^ nonce M°*^ de Las Cases. Je n'avais pu savoir encore si elle existait; je pensai avoir mal entendu^ je crus que je rèv^s. Les battans s*puvrent;
174 UmH SÉJOUR AUPRÈS (t)M.
e'était elle. Li^ pauvre malheureuse, dans toute la rigueur de la saison, au travers de la pluie et des neiges, courait depuis long-*tempa après rpoi^ sans pouvoir m*atteindre. Dèq qu^elle avait appris par les papiers publies pion arrivée en Europe et ma déportation à Ostende, elle s'était mise aussi^ tôt en route pour cette dernière ville i ^t ce ne fut qu'à ses portes qu'elle apprit que j'en étais dé)à parti. Elle me suivait depuis, h la piste des per* sécutions et des tourmens qu'on fkisait pesçr sur moi, et dont chacun sur sa route, les passans même, l'entretenaient, ou bien encore qu'elle lisait chaque matin dans les journaux ; entourée d'ailleurs elle-même partout, et de la part dç tous, de cet intérêt, de cette bienveillance, de ces soins,.de cet empressement dont pn a vu que j^avais été Telnet. Depuis longtemps elle avait l'afireyse contrariété de demeurer toujours à peu d'hepres de moi, mais sans jamais pouvoir m'atteindre, ce que nous nQ dûmes qu^au iiéjour accidentel de Cologne.
* .ti.
laijrj OR l'bMFKRBUE NAPOLiON. 17*