‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint HélèneChapitre 24 sur 43 · Tome IV. Huitième Partie. n · texte numérisé non relu

Tome IV. Huitième Partie. n

178 MON séjOUR AUPRES [Année,

assuré qu'elle avait, dès Tinstant, requis près du aénat de k ville libre et souveraine, mon extradition dans les vingt-quatre heures^ Heureusement rofficier Prussien qui était dans Tobligation de me Suivre, et que cette continuation de voyage n'arrangeait pas, faisait intervenir sa légation pour qu'on me retint. On se débattait donc à mon sujets et j'étais résolu d'abord d'attendre paisible* ment à qui demeurerait l'embarras de ma per^ sonne. Mais, d'après de sages conseils, je m'adressai à l'ambassadeur d'Autriche (Baron de Wessemberg), pour lui faire connaître que je m'étais adressé à son souverain pour implorer un asile dans ses états, et que je serais heureux qu'on voiilût bien me laisser attendre sa décision ici. Il me suffit de ce peu de mots auprès d'un homme généreux et loyal, pour que mes nouvelles contrariétés trouvassent aussitôt . leur terme. Il intervint immédiatement, me déclara provisoirement sdus la protection de son souverain, et requit le statu quo à mon egard^ jusqu'aux premières nouvelles de sa cour.

Alors tout se calma, alors s'éteignit enfin la vague Britannique qui amoncelée de si loin, frappail depuis long-temps sur mon existence. Le sénat de la ville libre me souffrit; l'officier Prussien prit congé. Aux bourrades succédèrent les politesses ; le Prince d'Hardenberg, auquel je m'étais plaint de mon arrestation dans les provinces Rhénanes, me répondit s'en être fôché lui-même. Il

1817.] DÇ t'iMPBRBUE «APOLEON, 17Ô

me vînt de Vienne, avec bienveillance, Tasile demandé. Je fns fibre, j'acquis même la perspective de voir désormais ma tranquillité respectée ; car la réponse de M. le Duc de Richelieu, ministre des afikires étrangères, à qtii notre ambassadeur à Fraticfort s*était adressé à mon sujet, iut, me dit^ on, qu'on n'avait qu'à me laisser en repos.

M. le Duc de Richelieu, dans son indépendance, n'avait fait qu'obéir, sans doute, à sa générosité naturelle, tandis qu'il est à croire que celle de M» l'ambassadeur à Francfort, jadis ministre diplomatique de Napoléon auprès du Roi Jérôme, se trouva gênée par le besoin de donner des gages, ce qui était très-bien assurément; seulement j'avais le droit de trouver malheureux qu'en cette occasion ce fût à mes dépens.

Mes premiers soins, dès que je pus disposer de mes actions, furent tout au grand motif qui m'avait fait quitter Sainte-Hélène, et m'avait ramené en Europe. Bien que je me visse repoussé de Londres, où j'avais établi mes plus grandes espérances, je n'en pris pas avec moins d'ardeur la Voie qui me restait encore.

J'écrivis d'abord à Marie-Louise, comme mon premier devoir, et lui adressai, ma lettre ouverte et sous le couvert même de M. le Prince de Metternîch, ministre directeur de l'Autriche ; puis je m'adressai aux trois grands souverains alliés. Voici mes lettres :

180 MON SÉJOUR AUPRES [Anh^c,

LETTRE A MARIE-LOUISE, ECRITE DU CAP DE BONNE- ESPERANCE ET EXPEDIEE d'eUROPE.

. ^* Madame, — A peine hors de Sainte-Hélène, je crois de mon devoir de déposer avec eodpressement aux pieds de Y. M. des nouvelles de votre auguste époux. J*ai été subitement arraché d'auprès de lui, sans aucun indice préalable, et comme frappé de mort subite à ses côtés, sans quMi ait pu le prévoir : si bien que je ne suis pas asez heureux pour me trouver chargé d'aucune commission ou transmission spéciale à V. M. Cest dans ses conversations et son habitude de chaque jour, durant dix-huit mois, que je dois prendre ce que j'ose faire parvenir à V. M.

" Dans l'oubli des affaires du monde, l'Empereur Napoléon se reposait le plus souvent dans les souvenirs et les affections de sa famille. Il souffrait de n'avoir jamais reçu, bien qu'il l'eût officiellement demandé à ceux qui le gardent, des nouvelles de ce qui lui était le plus cher. V. M. trouvera ce chagrin vivement exprimé, de la propre main deson^poux, dans la lettre qu'il m'a fait l'honneur de m'écrire après qu'on m'eut séparé de lui. J'oserai prendre la liberté d'en placer une copie sous les yçux de

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* Voyez la lettre de TEmpereur Napoléon au Comte Las Casea^ Septième Partie.

18170 ^^ l'emperbur napoléon. 181

^' La santé de TEmpereur, à mon départ, était fort attaquée ; il était trés-mal sous tous les rapports, éprouvant beaucoup de nécessités et privé de toutes jouissances. Heureusement son moral triomphait de tout ; son ame impassible demeurait calme et sereine.

** Je l'ai vu contraint de faire vendre chaque mois une portion de son argenterie pour fournir aux besoins journaliers, et il a été réduit à accepter la petite somme dont uq serviteur fidèle, en le quittant, était assez heureux de pouvoir disposer en Angleterre.

^^ Madame, dans toute Témotion des sentimens de mon ame, j'ose, en serviteur pieux, prendre la liberté ^e déposer aux pieds de V. M., et dans l'espoir d&lui être agréable, un sacrifice qui m'est cher,, des cheveux de votre auguste époux, que je me trouvais posséder depuis long-temps. J'ose y joindre encore un tracé de Longwood, * fait par mon ûh pour sa mère. Les regards de V. M.

aimeront sans doute à parcourir en détail ce désert lointain.

^^ Madame, en arrivant en Europe, mon premier soin serait de courir aux pieds de V. M. si un devoir religieux ne me faisait demeurer en Angleterre^ pour y consacrer tous les instans du reste de ma vie à tâcher de faire parvenir, par les voies légales qu'admettent les réglemens Anglais^ quel*

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* Voyez ce tracée Tome I.

IW MON SÉlOtm. AUFRisS , : lAtKOée,

ques cowobtiont sur f offieux rocher qai retient à jumak toute l'ardeur de mes soins* I^es ministres Britafmiques ne pourront me refuser ce religieux emploi ; je ie solliciterai avec chaleur, et le reiiplirai avec loyauté.

^^ Je/ suis, etc. Le Comte de Las Cases* ^^ P. S. Madame, à mon arrivée en Europe,' repoussé d'Angleterre, saisi sur le continent, et retenu très-malade à Francfort, j'obtiens daos cet instant un asile dans les États de votre auguste père. Je profite du premier moment de ma. liberté, pour addresser à V. M. des lignes qui furent tracées pour elle aux extrémités de l'Afrique, à trois mille lieues de distance. Je supplie V. M. de daigner les recevoir avec bienveillance, et c^a me consolera d'une partie de mes peines/*

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