LETTRE DU COMTE DE LAS CASES A LORD BATHURST
" Milord»— Si je supportais sans rien dire les actes arbitraires et tyranniques^ Tinfraction des lois^ le mépris des formes^ la violation des principes dont je suis la victime depuis plus d'un an que je me trouve ei>tre les mains de vos agens^ mon silence pourrait être pris pour un acquiescement tacite qui me reodndt coupable envers moi-même, envers vous, envers la société tout entière ; envers moi qui ai de grands rcdressemens à prétendre ; envers vous qui les ignorez peut-être, et vous empresseriez de les accorder; envers la société entière, dans Hntérêt de laquelle
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DE L^SMraRBUH KAPOlAoN.
toMt hOBiflle ëe bien ddt se montrer hitittitubte sur ki écsoti dtt pQUvoirj pour Thonneur des lois et la sécurité de ceux qui vien* nent après luL
*^ Mfloitf> si j^ai tftnt tardé li vous adresser mes griefs, n^eii accusez que vous-itième^ la persécution que j*ai renco^kttée sur vos riviiges, et cefie dont vous avez donné rimpulsion dans les pajs voisins. Il semblerait en ellèt qu'on a inventé pour moi un supplice nouveau : la dëpoitation sur les grands chemins. Je me suis vu colporté de ville en ville comme un malfiûteur> et, bien que moribond, sans qu'on pût m'en donner aucun motifs qu'on voulût m'accorder aucun repos. Comment vous écrire ?
'' Si j^adresse id personnellement à Votre Seî^eurie tout ce qui me concerne^ c'est que c'est dans votre département et «n votre tmm qu^nt commencé les actes dont j'ai à me plaindre { que c'est dans vot» département et en votre nom qu'ils ont con^ tinué, et que si, depuis, d'autres mains ont pesé sur moi, c^est Votre Seigneurie qui m'a placé sous leurs coups, ce sont ses sug-
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gestions qui ont dicté le traitement quej'aî reçu.
'' Milord, je suis un des quatre auxquels vos ordres rédftisirent» à Plymouth, le grand nombre de ceux qui redierchaient le bonheur et la gloire de suivre Tillustre victime de la ierrible hospUth lue du Bellérophon ; je remplissais de mon mieux à Longwood ma religieuse et sainte occupation 3 j*y dévouais toutes les f^ cultes de moq cmur et de mon ame aux adoudssemens de la ca{K tivité la plus dure qui fut jamais, quand je m'en suis vu soudstkMh ment enlevé par le Gouverneur de Sainte Hélène. Il était dans ses droits peut-èti'C : j'avais enfreint ses réglemens : je n'étais coupable, après tout, que d'avoir usé du droit de tout captif, celui de déjouer sans scrupule la surveillance de son geôlier ^ car il n'avait été rien laissé entre nous à la délicatesse, à la confiance, à l'honneur. Je ne me suis point plaint de l'acte exercé envers moi. Je n'ai soufièrt que dans ce qui a pu heurter gratuitement celui duquel on me séparait ; c'est presque à ses côtés, presque sous ses yeux qu'on m'a saisi ; ce qui lui a fait écrire, ainsi que vous l'aurez lu, qu'en me voyant de sa fenêtre, entraîné dans la plaine, au milieu de nombreux panaches flottans et de chevaux qui caracolaient autour de moi, il avait eu l'idée des sau.
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ii0gf»J» la mer 4» -gvdi i^)« icbui leur - jw f4t«9«» ^wMfiat' ai^r tour. d« la victine qu'ils vont dévorer,
" Milordi il a pu m'ètre permis de croire que la ca^seda x» qui m*wi,arnvé, ks pièces secrètes confiées à mon donp^miy^ sur sa propire st^oitation^ n'étaient que le résultat d'uopiégeqtà m*w rait été tendu. Le Gouverneur lui-même est demeuré d!aocord aarec nioi> que les apparences pouvaient justifier ma .pensée j mais il m'a donné sa parole d'honneur qu'il y était étranger, et je Tai oru. Ces pièces secrètes, du reste, étaient destinées^ dans le principe, à passer précisément par ses mains : elles lui eussent été adressées, si, peu de temps auparavant} il ne m'avait fait dire que la continuation de mon style le porterait à m'élpigner de celui auquel je me dévouais. Cela est si vrai, et les pièces étaient si peu in^iortantes en elles-mêmes, qu'il n'en a jamais été question depuis ; elles sont demeurées tout à fait étrangères à l'événement qu'elles avaient fait naître *.
: Milord, ma captivité à Sainte-Hélène n'était que volontaire: vous aviez prononcé dans vos r^lemens qu'elle oessemt à mon gré i j'ai donc signifié à Sir Hudson Lowe, dès que je me suis trouvé séparé de Ix>ngwood, qu'a compter de cet instant je me retirais de sa dépendance personnelle, et que je me replaçais sous la protection des lois civiles et générales ; que si j'avais commis quelque faute, je demandais qu'il m'envoyât à mes juges ; que a'il croyait que mes papiers, que je lui avais donnée le temps de liarcourir assez pour les comprendre, nécessitaient d'être mis sous les yeUK des ministres, je demandais qu'ils vous fussent en-^ voyés, MilorJ, et moi avec eux ; et afin de lui rendre cette déter-
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* A moins que ce ne soit ce à quoi un ministre a voulu faire allusion dans le parlement d'Angleterre, le 14 Mai 181S.
Cherchant à justifier les persécutions exercées sur le Comte de Las Cases, il a dit qu'on lavait surpris à établir une correspondance en Europe par Tintermédiaire de l'Angleterre. Mais le noble Lord n'a fait que l'affirmer de vive voix, et a refusé de produire les documens officiels qui en auraient établi la preuve. Chacun pourra fixer son opinion d'après cette dernière circonstance.
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miliattoh )ifûa*fteile; jfb lui ^poMis Tétat affreux du ma aaaté» le danger imminent de celle de mon fils, qui réclamaient de noua eAvojfer leos deux à la source des premiers secours de Tatt; î^jôulais en Oi^re que j^acquies^s d'avance^ Ttdo&tairement el de babfie foi» à toutes les restrictions, même ill^;ales, que Vpire âdgaeurie, au besoin^ jugerait à propos de m'imposer à mon ar> rivée en Angleterre. Sir Hudson Lowe ne crut pas pouvoir prendre ee parti ; et après de longues hésitations, et m*avoir teau csfptif au secret dans Tile pendant cinq ou six semaines, il finit par me déporter au cap de Bonne-Espérance, selon la lettre de sea instructions : mesure qu*il eût pu et etkt dû sana doute exéçu* ter en peu de jours. ^ Ce Gouverneur a retenu en même tempe tous ceux de mes papiers qu*il a jugés convenables, sans me permettre d*y apposer mon sceau, ou ne me le permettant qu V vec la restricCîoa dérisoire de mon consentement exprès à ce qu*il put le briser en mon absence, s'il le jugeait à propos> ce cpii était me l'interdire»
** A la fiiveur de pareilles subtilités. Sir Hudson Lowe poiur* rait dire aussi, peut^tre, qu'il n'a tenu qu'à moi de revenir à Longwoodj il est très-vrai que, pressé par mes argumens et par la délicatesse de sa position vis-k-vis de moi, il m'a oArtd!y retourner, parce que cela le tirait d'embarras. Mais en même temps qu'il me Toffinait, il me le rendait impossiUe. ".Vous ** m'fa^ee aoiùlié, flétri, lui disais-je, en m'enlevant sous. les yebx " même de Napoléon: je ne pourrais plus être désormais pour '* lui en ol^ de consolation; mais bien plutôt d'iigiirieiux et '5 pénibles souvenirs 5 je ne saurais reparaître à Longvrood que ^' sur son désir exprès." J'ai demandé d'écrire, j'ai même écrit pour connaiti*e ce désir; mais Sir Hudson Lowe a prétendu dicter lui-même ou limiter mes expressions ; j'ai dû m'y refuser. Sa situation entre captifs au secret qu'il faisait agir séparément à son gré, était aussi par trop avantageuse. D'ailleurs, si je retour* nais. Sir Hudson Lovi^e ne consentait pas davantage à me rendre mes papiers. Le lendemain il pouvait ienouvekr sur moi ou sur nies malheureux compagnons se6 injurieux actes d'autorité; j'avais la douleur d'en avoir ouvert la porte ; mon retour en au-