‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint HélèneChapitre 27 sur 43 · ToME IV. HuUihne Partie. o · texte numérisé non relu

ToME IV. HuUihne Partie. o

194 MON séjOUtt AUPRES ' [Année,

TMt consacré Vusage ; il ne me restait qu'à me déchirer le cœur : partir.

*^ Voilà, Milord ; je crois, toute là partie de mon afiàire relative à Sainte-Hélène : elle se trouve prouvée et développée dans ma correspondance avec Sir Hudson îx>we, dont vous avez saisi, dans la Tamise, et tenez en ce moment entre vos mains toutes 4es pièces soigneusement arrangées et mises en ordre par moimême.

'* Milord, arrivé au cap de Bonne-£spérance, je me crus bien mieux placé pour jouir de la protection de vos lois. Sorti de rtle fatale, sur laquelle Fimportance du sujet pouvait servir de prétexte/ peut -être, à certaines irrégularités, je me voyais à cinq cents lieues plus loin, dans une colonie tranquille, sous le plein exercice de votre belle législation si justement vantée. Quel fut mon étonnement ! Ce que Sir Hudson Lowe n*avaic pas osé faire à Sainte-Hélène, me retenir captif. Lord Charles Somerset le trouva très-focile au Cap ; j*eus beau lui faire les mêmes demandes, les mêmes raisonnemens, offrir les mêmes concessions qu'à Sir Hudson Lowe pour êti-e envoyé auprès de vous en Europe; tout fut inutile, il me retint 3 et ce fut Tacte de son caprice et de sa volonté ; car Sir Hudson Lowe n'était point son chef, il ne pouvait lui donner des ordres. Lord Charles Somerset était chef suprême : il jouissait, pour son compte^ d'un pouvoir discrétionnaire 3 il pouvait et devait être une espèce de juge sommaire dans mon atfaire : il Tcfiisa constamment de m'entendre, repoussa tout éclaircissement, et malgré mes vives et instantes représentations, se contenta de fiEÙre froidement demander, à trois mille lieues, à mes juges naturels, s'il ferait bien de m'envoyer à eux ; et par là, il ^(écuta dès cet instant sur moi la plus affreuse sentence qu'aucun tribunal eût jamais pu m'infliger: un bannissement et une captivité de sept à, huit mois, à trois mille lieues de ma famille, de mes intérêts, de mon pays, de mes proches, de toutes mes affections.

<' Milord, d'après la sainteté de vos lois, et selon les principes classiques qcie vous ont légués vos pèreat. Lord Charles Somereet a'cat rendu coupahle enyera moi du plus grand des crimes ; d'un

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crime égal, aux yeux de bien de» gens, et aux nfiens, par les touN mens que j'ai éprouvés, supérieur à l*hoœicide même. Jevom le dénonce» et j'en demande justice, li n*est point d'Anglais à qui ses beaux privilèges sont chers» qui ne joigne ici sa voix à la mienne, et n*ait une juste idée du supplice que j!ai enduré, Cest en vain qu'on se replierait sur ce que le Cap n'est qu'une colonie sous un pouvoir militaire, et avec des lois encore en partie Hollandaises. Milord, partout ok arrive le nom Britannique» doivent régner la justice et la protection des lois Anglaises 5 ce qui serait un crime sur la Tamise, ne saurait demeurer une chose simple sur un point de l'Afrique où flotte le pavillon d'Angleterre.

*^ Je n'étais point un prisonnier de guerre, je n*ai pu être qu'un > prisonnier judiciaire; me tenir huit mois séparé de mes juges, est un déni de justice qui ferait frémir parmi vous } me punir sans jugement, sans sentence, est une tyrannie qui revente votre ]%islation. Et que demandais-je à Lord Charles Somerset ? La liberté? Non; mais de vous être envoyé captif» et pour subir un jugement s*il y avait lieu. Il s'est fait da^s ma personne un jeu de ce que la raison estime de plus sacré, de ce que le cœur a de plus doux, de ce que l'homme a de plus cher. Et quçls pouvaient être ses motife, quelles seraient ses excuses ? il me les a constamment et obstinément refusés. Et ici, Milord, je demande qu'il soit bien entendu que l'indignation et la douleur ne m'emporttent pas au point de ne pas distinguer en Lord Charles Somerset les égards privés dont il a cherché à adoucir ma paptivité, d'avec l'horreur de l'acte puUic par lequel mf a condamné ; bien qu'il soit vrai que, sur la fin de mon séjour» la cfasdeur de mes expressions^ l'importuntté de mes réclamations sans doute. Font aigri au point de me retenir, en dépit de mes instances et d'incommodités graves, dans la campagne, hors de ht portée journalière des médecins et des remèdesvde la ville.

<* Enfin, . Milord, après sept mois de «captivité, et vos oirdras sans doute arrivés, il m'a été signifié qu'il ne me restait plus qu'à me pourvoir d'un b&timent qui pût me conduire <en Angleterre. J'ai vainement sollicité une occasion qui pût ooniNeftif à

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]a détresse de ma santé et de celle de mon fils. Les v^aseaux convenables m*ont été refusés par un motif ou par un awtre $ je me suis vu réduit, dans le choix qui m*était laissé, au seul bâtiment qui se trouvait en partance, et indiqué d*ailleurs par S. E, le Gouverneur lui-même. J'ai dû m*y embarquer capitff et pourtant à mes frais, ce qui, pour le dire en passant, semble peu conciliable ; c'était un brick de deux cent trente tonneaux et de douze hommes d*équipage, sur lequel, privé de médecin, soumis à tous le^ inconvéniens, à toutes les privations, à tous les maux d*un aussi petit bâtiment, il nous a &llu endurer une traversée de près de cent jours.

" Voilà, Milord, toute la partie de mon affaire qui concerne le cap de Bonne-Espérance, et dont la preuve et le développement se trouvent dans ma correspondance avec Lord Charles Somerset, saisie par vos ordres dans la Tamise, et en or moment même en votre possession.

*^ En atteignant vos rivages, Milord, je croyais toucher enfin aux termes de mes maux. J avais eu Thonneur d'adresser, en arrivant au Cap, une lettre à S. A. le Prince- Régent, pour me placer sous sa protection royale ; je vous en avais écrit une en même temps pour le même sujet. Je ne doutais pas que je ne dusse h ces lettres Tordre de mon retour. Di^à je me frisais un bonheur qui adoucissait mes chagrins, de retrouver les amis que j*ai à Londres, d*y reprendre mes intérêts domestiques, depuis plus de trois ans négligés ou détruits. Quel a été mon étonnement ! En cnti^nt dans la Tamise, je me suis vu aussitôt transféré à récart, mis au secret, mes papiers ont été scellés. I^u d'heures après, un de vos messagers est venu se saisir de moi au milieu de la nuit, m*a signifié ma déportation sur le continent, et m*a conduit à Douvres pour la mettre en exéeution. S'étant présenté trois jours de retard, son zèle a su mettre ce temps à profit; il a remis mes papiers à ma disposition, m'a fait donner tout ce qu'il me fallait pour écrire, m'y a encouragé de son mieux, et a attendu le dernier instant du départ pour saisir, après la fouille la plus minutieuse, jusqu'à la demiète K^e

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d^écriture. C'est une aorte de piège, Milord, que je n'ai garde d'attribuer autrement qu'à la bassesse de celui qui Ta pratiqué.

** Une circonstance de même nature s'était présentée à Saiute- Ittlène. Sir Hudson Lowe» après m'avoir gardé dnq semaines au secret, où il m'avait permis tous les moyens d^écnre, voulut, à mon départj fouiller de nouveau mes papiers ; mais il me suffit alc»9 de lui donner à entendre l'étrange couleur que prendrait la Êidlité qui m'avait été offerte de consigner sur le papier des idées qu'autrement j'aurais gardées en moi-même. Sir Hudsoo Lowe y renonça à l'instant : c*est une justice que je dois rendre à ce gouverneur.

** Ce qu'il y a de plus étrange ici, Milord, et qu'on aiua de la peine à citnre, c'est que votre messager, bien que j'en aie fait, a emballé tous mes papiers, et m'en a sé|)aré, sans vouloir en tracer d'inventaire, ni observer aucune des formalités que requièrent toutes les jurisprudences du monde. Persuadé que cette déviation du premier des principes provenait de Tignorance du subalterne, et non des ordres du ministre, j'ai cherché à y remédier dans vos intérêts, Milprd, en obtenant et m*empres8ant d*y apposei* mon sceau, afin de vous mettre à même de régulariser à temps les &utes de votre agent. Je désire que votre seigneurie apprécie cette mesure; elle a été calculée, ainsi que vous le prouvera la nature de mes |iapiers, uniquement pour vous donner une nuance de mon caractère et une preuve de ma mcxléi'ation. J'ai eu l'honneur de récrire, à l'instant niême,.àLord Sidmouth, et de lui Cure observer en même temps combien ma présence demeurait nécessaire à Texamen de mes papiers qui, pai* une seule parole de moi, deviennent fort simples, tandis que mon i^Mencé peut les laisser inexplicables. Lord. Sidmouth ne m'a honoré d'aucune réponse.

'' Miiord, votre agent, du reste, sortant de la décence et de la générosité qui caractérisent si bien les particuliers de votie nation, a accompagné sa mission de plus d'amertume qu'il ne 'se0Ût Êunle de Timagioer. Après m'avoir choqué une première foâs par ses^ grossières injures sur la personne que je vénère le plus dans le monde, il a épuisé sur moi toutes les vilenies de la

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languie, et cela» parce que je ne me prêtais pas k converser avec lui. Il avait reçu de vous Tordre de me garder ^ maïs a«t*il pu croire que vous eussiez voulu étendre votre pouvoir jusqu'à me contraindre de faire société a^'ec lui } Cet homme avait uib second» sur lequel ne s'étendent point mes plaintes ; bien qu'il ait partagé les mêmes torts, j'ai su néanmoins lui distinguer parfois certaine retenue, et puis il a été excité» aiguillonné par le premier.

'' Milord» votre messager» en me signifiant l'ordre de ma déportation au milieu de la nuit» ne m'a laissé de choix que Calais ou Qstende* A peine à moi-même» il a fallu me décider «ur-lechamp. Peu d'heures après, rendu à la réflexion^ j'ai demandé s'il ne me serait pas permis d'aller en Amérique» ou sur quelqu'autre point du continent. Il m'a répondu que non; que d'ailleurs, d'après mon choix, il avait déjà écrit au gouvernement ; j*ai insisté» mai» il m'a déclaré être sûr que tous mes efforts seraient inutiles. Son assertion pourrait-elle être vfaie, Milord } je ne saurais le croire ; toutefois ma destinée a été arrêtée en conséquence.

<'0n a montré à mes yeux, et l'on a refusé à mes mains l'ordre de S. A. R. le Prince- Régent de sortir à l'instant de la Grande-Bretagne. Ce refus est* il une forme ? était-ce une précaution ? Cet acte royal entraînerait- il une responsabilité, ou a-t-on craint que je ne m'en fisse un titre d'honneur ? £t» en effet» en pourrait -il être autrement, ai n'arguant aucun grief, il ne semble punir qu'un des plus rares dévouemens, celui d\in serviteur s'immolant avec son maître qu'avait abandonné ht fortune ?

" Milord, dans le choix rétréci que m'a h&t parvenir votre seigneurie, j'ai donné la préférence à Ostende sur Calais» par de simples motife de délicatesse puisés dans ma tendre vénération pour la patrie j il m'en aurait trop coûté qu'on eût pu dire que mes compatriotes m'auraient persécuté pour un acte de vertu ; et peut-être de leur part c'eût-il été au moins excusable ; de la votre» Milord, ma déportation d'Angleterre n'a été qu un Vrai caprice, une dureté sans excuse.

1817.] I>£ l'9MF£R£UR NAPOI^iON. 1,99

'* Quoiqu'il en «oit, me voila sur le continent y j*y ai jété jeté de votre &iC et contre mon gré ^ et, Milord, qu'il me soit permis de m*arrèter un instsint. Je connais toutes les circonstances de ma vie» et fortunément il n*est pas de coin en Europe oil je ne paisse porter on cœur tranquille, un front serein, un pas assuré. Mais vous, Milord, qui n*avez ni le loisir, ni le vouloir,* isi les facilités de rechercher mon obscure carrière ) si p^ hasard les dissentions poHtiques durant lesquelles les actes pour« suivis ne sont pas toi^gours des crimes, eussent mis ma personne en danger $ si j'y eusse succombé, on m'eût dit une victime; oiais voyis, Milord, qui m'auriez livré, quel nom. n'eût pas été le vdtre ? ne vous exposiezwvous pas à ce qu'on pût dire : '* Tandis que les lois Anglaises s'enorgueillissent d'avoir aboli la tr^te des nègres aux îles d'Amérique, les ministres Anglais trafiquent de la chair blanche sur le continent de l'Europe ! ! !" ^' Milord, par suite de Timpulsion que votre seigneurie a imprimée à mes destinées, j'ai été saisi, et conduit à travers le royaume des Pays Bas, en mal&iteur et sans pitié, bien que moribond. J'en ai jeté les hauts cris. Oserais-je a ce si^jet, Milord, vous transcrire des vérités peu agréables ? Mais pourquoi pas ? c'est le drcHt de tous vos compatriotes de faire entendre la vérité sans crainte à un ministre d'Angleterre ; à plus forte raison ce doit être celui d'un étranger qui a de si justes niutifs de plainte et de douleur. £h bien ! quand je me suis récrié sur un si rév<rftant abus à mon %ard, on m'a demandé de quel point du globe je venais, d'où pouvait naître mon étonnement r Les uns m'ont dit : ^* Notre Roi est bo^, ne vous en prenez pas lui ; il n'est que l'instrument dont on vous frappe 3 la main tyrannique vient de plus loin." D'autres ont dit : ''Le peuple Anglais a depuis long- temps des comptoirs auj^ Indes pour son '' trafic f les ministres Anglais en établissent aujourd'hui sur le ** continent pour leur despotisme. Quand leur autorité finit en " Angleterre, ils la pcoloi^ent sur le continent. C'est chez nous '' qu'ils ont placé leurs instnimens de torture et leurs exécu- "teurs. Vous n'échapperez ni à leur inquisition ni k ses supplices." Et alors les diatribes, les imprécations de pleuvoir

200 MON «élOUR AUPHJ» [Ann6p,

sur l'Angleterre et les Afigliîs. . Sans doute, Biîkjnl, les gens sages, instruits et sans passion, sont loin de s*y tromper, et savent à qui s'en prendre exclusivement; ils distinguent fort bien l'excellence des lois d'avec leur violation et les abus du pouvoir; ils savent que les vrais Anglais combattent et détea». tent toute espèce de tyrannie chez eux et an loin; qu'ils. sont dans leur île les défenseurs les plus ardens» les gardiens les plus zélés des grandes et belles vérités qui, sur notre continent, sont l'objet de nos espéiances et de nos vœux» Mais le gros du vulgaire n'y regarde pas de si près; il trouve plus court de 8*cd prendre à une nation en masse et de la maudire tout entière,

*' Mais enfin, Milord, après tout, quel est mon crime ? quel peut être le motif d'une si cruelle persécution ? J'ose vous le demander ; et les pays où elle s'est prolongée, par votre impulsion vous le demandent avec moi. Partout les autoiités qui ont agi 9ur ma personne m'ont évité avec soin; elles eussent été embarrassées de mes droits et n'eussent pu motiver leurs actes } elles en ignorent elles-mêmes la source et la cause. Depiûs le Cap de Bonne-£spérance jusqu'au lieu où je me trouve,^ si je de* mande quel jugement, quelle sentence^ quelle charge existe con* tre moi, on ne me répond que par un ordre. Si je sollicite un motif, je n'obtiens que le silence.

*' Milord, j'ai eu l'honneur de vous l'écrire du Cap, et j'ose vous le répéter ici: quelle objection raisonnable s'opposait aux vœux que je formais de demeurer sur votre sol et auprès de vous } Craignait-on que- je ne parlasse, n'écrivisse sur des sioûets politiques ? Mab quel inconvient pouvait-il y avoir pour votre lie } Craignait-on que je ne fiàse entendre des plaintes importunes ^ur votre administration ? Mais est-il un point sur le continent où l'on interdise mes cris, et où je ne trouve les esprits disposés à m'entendre ? Votre voisinage, Milord, votre seul territoiz^ n'était-il pas celui où vous aviez'sur moi le plus d'action et d'autorité ? Si je me rendab coupable n'avez-vous pas vos lois générales ? Si je me rendais désagréable, n'avez-vous pas vos km particulières, et surtout le bill des étrangers ? Enfin, plus qiie tout cela, vous aviez ppur garantie de ma reserve et de ma mode-

1917] ^B b'ftttllËllrâR KAPOLÉON. @0]

ration^ mon déshr de demeurer aupr^ de vous -, ce désir étsdt ex- Uètne, Mîlotid, et je vais vous en dire h, cause. Mon séjour en Angleterre accomplissait les vœux, le destin, du resté de ma vie, celui de me consacrer à jamais (en dedans de vos réglemens, et par les voies 1^;ales que vous avez admises), à procurer des adoucllssemens et des consolations à celui que je pleure. Je vous suppose assez d'élévation, Milord, ainsi qu'à vos collègues, pour ne remplir, en cette circonstance, qu'un devoir politique, et de^ Boeurer étranger à toute aiiimosité personnelle. Quand vous avez pourvu à la sûreté du captif, vous ne sauriez lui envier des indulgences qui ne vous seront poiiit à charge ; vous les faciliterez plutôt. Or, j'implore de vous cet emploi religieux ; mon cœur a besoin de le remplir, je le ferai avec loyauté. Je vous en eusse convaincu, Milord, si j'avais pu parvenir jusqu'à vous, et je n'en désespère point encore; je sollicite de nouveau et toujours.... ** Pavais compté aussi, Milord, je l'avoue, comme une chance de mon admission auprès de vous, le désir de Votre Seigneurie de saisir cette occasion sin^lière de vous affermir dans la connaissance de la vérité ; je pensais que votre poste et votre caractère vous en Ifeisaient une loi. En prononçant sur les plaintes de Sflûnte^Hélènè, ^quelles lumières contradictoires n'eussent pas éclairé vos noble fonctions de jury ? J'eussse répondu à toutes vos questions avec candeur, sans passion 5 je vous eusse convaincu sans bruit, si vous en aviez eu le désir, de toutes les erreurs dans lesquelles la multiplicité et l'importance de vos afikires vous laissent sur ce qui nous concerne. JTai lu dans trois papiers diffiSrens (les Timei, New^Times, et London-ChronicleJ votre réponse à Lord Holland sur sa motion relative à Sainte-Hélène, et je pub vous assurer que presque chaque ligne est une irrégularité.

*^ A IMeu ne plaise, Bfilord, que je ne vous croie dans la bonne foi ! Mais vos bureaux vous ont mal instruit. Votre Seigneurie a affirmé qu'aucun des parens de l'Empereur Napoléon, excepté son frère Joseph, ne lui avait écrit. Or, je lui ai remis moimême* trois ou quatre lettres venues de vous par le canal de Sir Htldson Lowe ; savoir : de Madamé-Mère, Madame la Princesse Borghèse et son frère Lucien. Le fait est peu important en luimême, Milord, mais cette inexactitude matérielle doit exciter vos

SOS MON SÉJOUR AUPRSS [Amiéf}

doutes sur d*autre« poiate» et doaner du poids à mea assertioiis sur le reste. Ce qui me concerne» par exemple, est teUen^ent défiguré que, quelque pr^ugé que j*aie lieu d'entretenir contre S«r Hudson Lowe, je n'hésite pas ^ penser qu'il se récriera, sans doute lui-même contre l'irrégularité de l'exposition. Du reste» Milord» dans la chaleur des partis et de toute opposition, il se forme inévitablement deux vért/^. La mienne w saurait être précisément la vôtre. Jje public le sait; aussi c'est sur les pièces officielles qu'il aurait aimé à établir la sienne. Vous avez cru devoir les refuser, Milord^ n*aurez vous pas fixé son opinion ?

** Milord, je me résume après de si longs détails :

" lo Je demande justice et redressement de l'abus d'autorité^ de l'acte arbitraire et tyrannique par lequel Lord Charles Somerset m'a privé si long*temps de ma liberté^ en violation des Ids positives de son pays.

. '' 9p Je demande justice et redressement des formes irréguiières avec lesquelles on a saisi tous mes pafners dans la Tamise. On m'en a séparé sans vouloir, en dépit de toutes mes instances^ en dresser d'inventaire.

" S° Je demande justice et redressement de ce qu'au m^ris de tous les principes, j'ai été livré captif sur le continent» et par suite, de l'impulsion ou des instructions données, contraint de traverser la Belgique et les pays acyacens en malfiuteur.

*' 40 Je demande la visite et la restitution prompte des papiers qui m'ont été sabis dans la Tamise, La plupart avaient été respectés par Sir Hudson Lowe» et d'autres me deviennent absolument nécessaires dans l'usage journalier de me^ drconatances domestiques ; Us contiennent tous mes titres de propriétés et de fortune ; sans eux> je deipeure privé de tout.

'* 6^ Je demande la restitution de mes papiero de Sainte»Uélène, dont l'inventaire, reconnu et signé par Sir Hudson Lowe, se trouve parmi les papiers saisis sur la Tamise. Mes papiers de Sainte-Hélène se réduisent à peu près à un seul manuscrit, renfermant l'espace de dix-huit mois, oh, jour pour jour^ se trouvent inscrits, encpre en désordre et sans être mèt4», les conversations, les paroles, les gestes peut-être, de celui qui lo^^temps guida les destinées de r£urope.

1§17-1 ^^ L'£MP£RBUR NArOlisON* fiOS

'' Ce manuscrit^ sacré par sa natura et son objets étak îoconnu à tous et devait le demeurer ; j*en ai laissé prendre connaissance à Sir Hudéon Lowe suffisamment pour le convaincre de son inoflensive nature en politique. En arrivant au Cap, j*ai eu t^hohnear d'écrire au Prince-R^nt» par le canal des ministres» iaitsi bSen q«*k eux-mêmes, pour mettre ces matériaux prédetn sous leur protection spéciale $ je le leur demandais au ncMn de la justice, au nom de Thistoire. Ils sont^ aux yeux de toutes les lois, ma propriété sacrée, celle de mes en&ns, celle de Tavenir.

*f &* Enfin, et sur toutes choses, je demande là restitution de la lettre que 1* Empereur Nâ|M>léon m*a tait Fhonneur de m*a« dreeser dans ma prison, au secret, dans Tile de Sainte-Hélène. Une lettre étrangère à la politique, lue par le gouverneiu- de Sainte-Hélène, lue par les ministres même, s'ils l'ont voulu, ne saurait, dans aucun code du monde, quelque sévères d'ailleurs qu'en pussent être les expressions confidentielles, être enlevée à celui dont elle est devenue la propriété. Cet objet précieux et sacré esit le récompense de ma vie» le titre de mes enflMis» le monument de ma famille.

'* Milord, ami naturel et réfléchi de toute convenance et de toute modération j c'est à vous que j'adresse d'abord l'énumération de mes griefe. C'est a vous seul à qui j'en demande sans

bruit * le redressement. Si votre seigneurie croyait ne devoft* pas y répondre, c'est à vos tribunaux de justice alors auxquels je me trouverais dans l'obligation d'adresser mes pMntes; apr^ eux» viendrait encore le tribunal de Topinion publique, et ensuite, par«deaius tout encore, ce tribunal suprême d'en haut qui, planant également sur la victime et les tyrannies, accomplit dans Téternité le triomphe infaillible de tous les droits, et le cbfttiment final de toutes les injustices.

«< J'ai l'hfl^neur d'Mre, etc."

* Cette lettre nVt été rendue publique qu*au bout d'un an, et encore a-t^on vu plUs haut on lira plus loin le motif qui en à amené la puUlelté.

MOK SBJOUir'AtrM:ËS [Année,

Enfin^ c'est vers ce même temps qite parât aussi ma pétition au parlement d'Angleterre ; je l'avais fait passer des déserts de Tygerberg à Londres pour qu'on en fît l'usage convenable : soit qu'elle ne fût pas parvenue, soit qu'on trouvât des incon* véniens à la produire, il n'en avait pas été dit un mot ; mon retour réveilla cette circonstance. Un membre des communes, frappé de la sensation que sa publicité venait de causer, s'offrit de la présenter lui-même, et il me fut envoyé à cet effet d'Angleterre un papier auquel j'apposai ma signature, formalité qui ne se trouva pas suffisante ; ce qui joint à dautres considérations peut-être, «mpêcha qu'elle ne fût mise sous les yeux de la chambre. Je la retranscris ici ; elle tient de trop près à mon sujet pour qu'on ne me le pardonne pas ; et puis ce papier, et d'autres qu'on trouve dans ce volume, ont été mutilés, défigurés, retraduits en Français d'un texte étranger ; j'ai intérêt i les rétablir dans leur intégrité ; et puis encore, si l'on ne les trouvait pas ici, ils passeraient pour apocryphes } ce que je veux éviter.

PÉTITION AU PARLEMENT d'aNGLETERRE. .

'* Un simple individu, un &ible étranger» ose élever sa voix au milieu dé vous, représentans du peuple d'Angleterre ; mais il vous Invoque au nom de l'humanité, de la justice, an nmn de votre gloire. Parlérait-il en vain ? pourrait-il n*ètre pa»} écouté ?

*f Jeté hors de Salnte-^Hélène, enlevé d'aupi^ un plus grand monument des vicis^tudes bumaunes^qui Ait jaitiàiê/je me tndloe vers vous pour vous peindre sa situation, ses souffrances.

18170 ^^ L^EMPfiUBUR NAP0l6oN. 20ff

'' Armehé soudainement d'auprès de lui, et «ans qu'il ait été possible de le prévoir -, privé de toute communication, mes paroles, mes idées ne seront que de moi; elles n'auront d'autre source que mon cœur. Péut*ètre Tame altière de celui qui en est Fofcget s*irriter&-l-eile de la démarche que j'entreprends en m moment, pensant qu'ici bas il ne doit, il ne peut appeler de ses griefs qu*à Dieu seul. Peut-être me demandera-t-il qui ma commis les soins et le bien-être de sa vie ? N'importe. Mon amour pour lui aura causé ma faiblesse ; je me sens déjà trop loin de son héroïque influence ; n^on cœur ne peut plus renfenner les maux dont ii a été le témoin, ils s'ouvrent un passage, ils mWraohoBt des cris.

'' Vous avez banni dans les déserts de l'Océan celui dont la magnanime confiance venait, librement et par choix, vivre au milieu de vous, sous la protection de vos lois qu'il avait cru toutes puissantes. Sans doute vous ne cherchâtes dans votre détermi-* nation que ce qui vous semblait utile ; vous ne prétendîtes pas être justes. Autrement on vous demanderait : jQui l'avait misea votre pouvoir? qui vous avait donné le droit de le juger? sur quoi Favez-vous condamné ? qui avee-vous entendu dans sa défense ? mais vous avez porté une loi elle existe, je

la respecte. Je ne suis point qualifié pour discuter le principe. Je contiendrai tout murmure, mon protêt ne sortira pas de mon cœur* Vous n'entendrez ici que les maux dcmt on accompagne vos décisions, et sans doute contre vos intentions.

*' Représentans de la Grande-Bretagne, vous avez dit n^ vou-* ' loir que vous assurer de la personne de TËmpereur Napoléon et garantir sa détention. Cet objet rempli, vous avez entendu qu'on prodiguât tout ce qui pourrait adoucir, all^r ce que vous avez pensé l'œuvre, l'obligation de la politique : tels ont été l'esprit, la lettre de vos lois, les exinnessions de vos débats,^ les vœux, de votre nation, les sentimens de son honneur, £h bien ! il n'est parvenu à l'illustre captif, sur son afteux rocher, que- la partie sévère de vos inteaations» Heureux toutefois encore si elles n'avaient pas été outre-passées ! Mws les nuage» ^«ou-

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nmoent son Ue sont moins épais» moins sombres^ que ks peines morales et physiques qu'on amoncelle sur sa tète.

'' Sous le prétexte vain d'apivéhenslans purement imaginaires, chaque jour on a vu de nouvelles re^iictions. Son aaie fière a dévoré chaque jour de nouveaux outrages f tout exercice hâ est devenu impossible ; toutes visites, toutes conversations se sont trouvées à peu près interdites. Ainsi les privations de toute espèce, les contrariétés de toute nature, se joignent» pour lui à rinsahibrité mortelle d*un climat tout à la fois humide et brd^ lant, à la iade monotonie d*im ciel sans couleurs ni saisons. On resserre à chaque instant d'une manière efirayante le ccrde'de sa vie ! 11 est réduit à garder sa chambre ; on va lui donner kmort l

** Avez-vous donc voulu toutes ces choses ? non. sans doute $ et quels œotife pourraient les justifier ? La crainte d*une éva* sion ? IVIais qu'on réunisse des militaires, des marins, des juges capables ; que Ton consulte leurs lumières : qu'on slnstvuite de leurs opinions ; et qu'on cesse de livrer un tel objet à Tarbîtraire d'un seul homme, qui, pouvant prendre ses terreurs pour g«iide, ne s'occupera chaque jour qu'à combattre jusqu'aux fantômes que pourra lui créer son imagination frappée, sans songer qa'il ne peut détruire tontes les chances et parvenir à la dernière qu'en donnant la mort. A Longwood, on tient toute évasion pour impossible, on n'y songe pas. Certes, chacun y voudrait accomplir l'entreprise au prix de sa vie : la mort paraîtrait douce pour un si glorieux résultat. Mais comment tromper des officiers en constante surveillance ? échapper à des soldats bordant le rivage } descendre des rocs à pic ; se jeter pour ainsi dire à la nage dans le vaste Océan ; franchir une première ligne de bateaux^ une seconde de vaisseaux de gueirre, lorsqu'on est dominé de tous les sommets, qu'on peut être envkonné, suivi de signaux à chaque instant, et dans toutes les directicms } £t sur quelles embarcations se hasarderait-on } il n'en existe point à portée du rivage. Snr quel bâtiment cherohefait*4>n un refuge? il n'en est de près ni de loin -, toutes voiles étrangèresj celles 4c votH

18173 ^^ L'£MP£REUa NAFOLBON. 9Xff

uaiioo même» dtvîemic&t.la proie de vos craiseiirs, si eflei 8*àp* procbent, sans d'urgens motift, de l*ile maudite.

''«Avee de telles précaudoDS et de telles circonstances file endëie n'est-elle donc pas une prison suffisamment sûre ? deyrait* il être nécessaire d*y encerder sans cesse des prisons dans des prisons ? et si, ce qui est impossible, tant de difficultés pouvaient être vaincues, Timmensité des raersy la presque totalité des terres, ne demeurent-elles pas encore une nouvelle prison ?

" Or, qui pourrait porter des hommes dans leur bon sens à rêver d*au8si ridicules efforts ? qui pourrait induire dans Longwood, à des pensées si follement d^spérées? Aussi l'Empereur Napoléon en est toiyours aux mêmes projets, aux mêmes désirs qu*il exprima lorsqull vint avec confiance, librement et de bonne fou eu milieu de vous : '* Une retraite et du repos sous " la protection de vos lois positives ou de celles de l'Amérique.** Voilà ce qu'il voulait, voilà ce quHl veut encore, ce qu*il demande toujours.

'' 8i donc Tlle de Sainte-Hélène par sa nature n'est pas déjà une prison suffisante ; si elle n'a pas l'avantage de&ireconcoarii^ la sûreté avec l'indulgence, alors on a trompé votre choix et vos intentions. A quoi bon nous envoyer mourir nûséraitenent dans un climat qui n*est pas le nôtre ? à quoi bon toutes vos danses additionnelles ? à quoi bon votre nombreuse garnison et son grand état-major ? à quoi bon votre établissement de mer ? a quoi bon les gênes qu'on impose au commerce de cette île malheureuse ? Il était tant de points dans vos dominations Européennes oH vous pouvses noHS garder sans frais, et où nous nous serions estimés moins malheureux ! Si cette ile, au contraire, par sa nature et à l'aide des précautions exprimées ci-dessus présentait en elle-même tout ee que la sagesse, la prudence humaine peuvent croiie nécessaires, alors toutes additions aggravantes ne s«raient-eUes pas autant de vexations inutiles, d'actes tyranniqœs et barbare exécutés eontre votre intention } Car vous n'ainez pu vouloir qu'on torturât Napoléon, qu'on le fit mourir à coups d*épingle ; et pourtant il n'est que trop vnd qu'il périt par de» blessures iaeessantes de chaque jour, de chaque heure, de chaque minute.

M8 MOK SBIOUft AOM.ks [AHàM,

. ** Si vous n'wiKez vovlu 'voir tn- hii. qtt*iili iiiA|^ prnoaolc»» et non Tobjet de rottracisme des Rob, Rei lul-niêiiie > tî «omè n'avez piéteDda lui donner (|u*UBe imion ordidaîre» «t nlm Hn choîiâr on lieu où Ton put adoueîr rirrégularité de mm esS i il on n*aToululeooBÇerqu*à uDgeoUeretnea à on eUtonr d'un giade émulent^ qai> par ses habitudes des affiûfes et dn mmide^ sût allier ce qu'il doit à la sûreté du captif avec le respect et -les ^;anis qu'il comniande ; si on n*a vonki suivre queia-imine et- la vengeance et toutes les pessions étroites,. vcdgaires; si on n'a voulu enfin que confier au climat la niort de riikistre enseml, cbarger la nature d'un acte qu'on n'oaait pas eafiéeutcr aee-aènie ; si on a voulu tout cda^ je m'arrête ; je n'ai plus, rien à dira, je n*ai d^à que trop dit.

" Mais si, dans le sens de votre bill mèmey vous avez voaln entourer votre acte politique, comme vous l'avez Mt en tièt» de toutes ks intentions d'une nation grande, noble, honoraUe^ je puis continuer; car vous aurez voulu tout le bien que peut permettre la circonstance, vous aurez, interdit tout, le nuà que ne commanderait pas la nécessité. Vous n'avez pas voulu qu'on privât le prisonnier de tout exercice, en lui imposant inutilement des conditions ou des formes qui eussent fiât de celte jcmissance un tourment.

** Vous n'avez pas voulu qu*on lui prescrivit la nature de aca paroles, la longueur de ses phrases ; vous n'avez pas. voulu qu'on restieignit son enceinte primitive, sous prétexte qu'il ne foioait |«s un usage journalier de son étendue ; vous n'avez pas vouki qu'on le forçât de se réduire à sa chambre» pour ne pas se trouver au milieu des retxtochemens et des pallissades dont on entoure ridiculement son jardin, etc.

" Or toutes ces choses existent -, elles se sont succédées chaque jour, bien qu'elles soient jugées inutiles, et que beaucoup de yns compatriotes les condamnent et en gémissent.

*« Vous n^avez pas vouki, qu'an grand détriipeat de sa santé ^ descs aises, il fûit condamnéà une mauvaiae» petite, incommode demeure, tandis que l'autorité en aurait de grandes et.de.helke à la vide et à la campagne qui eussent été beauoo|ip plus coufr

)wlMi)W< lilwki.eMveaabks, et euweftt Miivé TmiToi «hi Oumasi §tim$i ou fMiwr parler bien pkiscorreclesienC, de riouaaiae quantité da madrienk Imitd fMNirrisaaDt aujourd'hui» sans emploi^ aur te rivagia» parce qu'on a trouvé qu'il faudrait de sept à huit tmpour aoeompUr la hfriwse projetée. Vous n'avez pas voulu qu'en 4éptt .dea sommes que tous y consacrez, les nécessités de la vie, loulea Isa aubaistances fournies joumdlement à Longwood fussent du4erjaâer rebut, lonqu'il en existerait pour d'autns de meil<« ieura qualité ; vous n'avez pas voulu qu'cm poussât l'outrage, visà-vis de ^poléon, jusque vouloir le forcer de discuter les petits détails de sa dépense ; qu'on le sommât de fournir mo surplus qu*iine possédait paa; ou qu'à défaut, on le menaçât de réductions impossibles 3 qu*on le forçât de s'écrier dans «on indignation s '^De le Jaôsser tranquille, qu'il ne demandait rienj que f' quand il aurait &im, il irait s'asseoir au milieu de ces braves <f dont il. apercevait les tentes au loin, lesquels ne repousseraient *^ pas le plus vieux soldat de TEurope." Vous n'avez pas- voulu que Napoléon se trouvât contraint par là de âdre vendre son. argenterie pièce à pièce, afin de subvenir à ce qui loi manque chaque mcHS, et <|^'il se trouvât réduit à accepter ce que des s^cviteurs &« dèles étaient assez heureux pour pouvoir déposer à^es pieds» ■ '' O Anglais ! est-ce ainsi qu'on peut traiter en votre nom cdiut qui a gouverné r£urope, disposé de tant de couronnes, eréé tant de rois ? Ne cra%nez-vous pas le cri de l'histoire ? et si jamais eHe venait à graver : *' Ils l'ont trompé pour s'en saisir, et puis ^* ont marehuidé son existence.*' Souffiirez*voii8 que l'on corn-* pi*oiiiette à ce point vos sentimens, votre caraetère, votre honneur ? Est-ce donc là votre bill, vos intentions i^ Et quel rapport de si inconvenables mesures ont-elles avec la sûreté ? ' '' Vous n'avez pas voulu que l'autorité se fit une étude puérile et barbare dans ses pardes> ses r^lemens et ses actes, de rappeler sans cesse ce qu'il eût été délicat de fie mmitionnar jamaii, en nous répétant chaque jour que nous nous abusons étrangement sur ôaotre position $ en interdisant sévèrement tout respect inusité y en puniseant- même, nous ar-t-on dit, oelui en qui l'habitude l'aurait laissé éebapper f en festveignetiat ks jour- Tome. IV. Huitihne Partie. . p

âtOil MON.I^^aUR AUBR£S [Année»

naQx.qpii nous parviennent, à ceux qui ppunraient nous être les plus désagréables; ep nous procurant volontiers, les libelles,. el sauatrayant ou retenant» au contrat9e> les quvrages bienreillans y eo&û, en nous imposant la forme .littérale de la- décbratjion' p^r, laquelle nous achetions Tesclavage et le bonheur de soigner uvi, objet révéré, en nous contaignant d*y admettre .de9 dénpmina** tions contraires à nos habitudes et à nos lois> se servant ainsi de Bos propres mains pour dégrader l'objet auguste que nous en*» tourions ; et toutefois» nous avons dû le faire parce que» ^ur no» tse refus. universel; nous avons été menace d'être arrachés tiaié à notre doux emploi^ jetés aussitôt sur un bàtiqaent et déportés au cap de Bo;ane-£spérance. De quel intérêt ces.noesur^ crueUc^fi et tjfranniquea peuvent-elles être à la sûreté ?

V On croira avec peine que Napoléon, s*inf6rmant 8*il pouvait écrire au Prince-Régent» l'autorité ait répondu qu'on ne laissent passer sa lettre qu'au cas qu'elle fût ouverte, ou qu'on l'ouvrirait fiûttr en prendre connaissance. Procédé que réprouve la raison; également isgurieux aux deui: augustes personnes*

^^ Sainte«^Uélène avait . été choisie pour nous, avmt-il été dit* afin que qous puissions y jpuir d'une certaine liberté et de queU que indulgence. Mais nous ne pouvons parler à personne y il nous est interdit d'écrire à qui que ce soit $ nous sonimes restreints, dans nos plus petits détails domestiques. Des fossés, des xetranchemens entourent nos demeures 5 ime autorité sans oon^ trôle nous gouverne.. . £t l'on avait choisi Sainte-Hélène pour nous procurer quelque indulgence ! Mais quelle prison en AngleteiTe eût ctonc pu $tre pire pour noua ? Certes, il n'enestaucune aujourd'hui qui «e nous semblât un bien&it. Nous nous trouverions en tçrre chrétienne 5 nous respirerions l^r Européen. Une autorité supérieure, contiadictoire, nous mettrait à Tabri 4les ressentimens personnels, de l'irritation du nuunent, ou mÊfue du défaut de jugement.

. '' 11 a été insinua ou inteixiit même aux qflkifirs de.votmjdgr tion de se pi^éseuter devant celui dont îl^ surveillent la ga^ ; , il a été dâfendu aux Aillais même, quels que soient Je jang et la confiance qu'ils pos^fed^t, de jD^ous apiHwher et de s'entotpnflt

1SÏ8.3 t)E i^^j^Mi^ÉRirt/ft Wapol^on. afii

sKvèc nt}vtÉ, sans des f(ft*maiitéâ qai équivalent à ui^e intertlictldn/ danâ la ôraîtite que nous ne leur dépeîgnbsîons leâ mauvais^ traîremenâ dont on nous aôcable. Précaution inutile à la sûreté» mais -qui prouve Tenvieuse attention qu'on met k nous empêcher de ikire' parvenir fa vérité. On nous a feit un crime de nos ef* fbrts St ce sujet, domme si de vous la ftiîre parvenir, surtout ^uand elfe intére3se votre honneur, votre caractère, n'était paB Wen tpéHter de vous.

'* Certes; vous n*aveK pas voulu qu*on portât là tyrannie sur ifôs pensées et nos sentitnens au point de noua insinuer ou de nous dire que, si nous continuions à nous exprimer librement dans nos lettres à nos parens, à nos amîs, nous serions arrachés d*aupiès de Napoléon et déportés de i*ÎIe. (^roonstance qui si précisément amené ma déportation, en me portant à £ûre passer dandestlnement les lettres même que j'avais d*ab6rd destinées pour le Gouverneur et que je lui aurais envoyées, sans son in-' quiétante insinuation; insinuation gratuitement tyrannique, puisque ces lettres étaient envoyées ouvertes aux ministres, ac* compagnées au besoin des notes de l'autorité locale /qu'elles pouvaient être retenues par les ministres, si elles étaient inconvenables, ou livrées tnême aux lois, si elles étaient criminelles ; et que, dans touà les cas, elles devaient avoir à leurs yeux le înérite d*être un moyen de plus d*ôbtenlr la vérité.

** Certes, vous n'avez pas voulu que ceux qui avaient obtentt la fkveur de demeurer aupt^ de Napoléon, se trouvasseht ' en dedans des lois pour leui^ sévérité, et lussent jetés en dehors pôùi^ leurs bienfaits. Cest pourtant ce qui nous a été positivement signifié. Vous n'avez pas voulu qu'on saisît mes papiers lés plus secrets et les plus sacrés, et que, bien que je les eusse feit parcourir sommafrémetît pour en laisser connaître la nature, on m'en séparât, on me refusât d'y apposer mon sceau. Vous n'avez pas voulu qu'on se fît sur ma personne un jeu barbare de èe qu'il y* a de plus saint et de plus sacré parmi vous ; qu'au mépris de mes constantes réclamations d*être rendu à la liberté, ou Hvré aux tribunaux ; qu*en dépit de mes offres réitérées de me soumettre volontairement d'avance à toutes les précautions,

1^19 AlOK' séjOUR AUPRES ' [A[nnde,

même arbitraires» qift'on voudrait mlmposer en Angleterre^ on me retint captif à Sainte-Mélène ; on m'envoyât de cette Ile «it . Cap de Bonne-Espérance, pour me &ire revenir^ avec le temps, du Cap vers Sainte-Hélène : me promenant ainsi prisonnier sur la vaste étendue des mers, dans de frôlea bàtimens, au grand détriment de la santé de mon fils^ dont la vie était en danger» an péril de la mienne qu'on a affligée d*infirâiités qui doivesit m*accompagner au tombeau> si toutefois elles ne m*y précipitent, avant le temps.

. '* Vous n'avez pas voulu qu'arrivé au Cap raqtorité m*y retint arbitrairement sans discussions» sans examen» sans informations, et .m*y fit lécher dans les angoisses de la douleur^ de Tattonte et du désespoir» sooa !e prétexte ridicule d'envoyer è deuK mifie Ueues demander à mes juges naturels» aux ministres auxquels je sullicitab si vivement d'être livré» si l'on ferait bien de m'envoy«r à <$ux i et exécutant d^à sur moi» par ce seul fait» une. sentence mille fois plus terrible que ne saurait être celle de tous les juge», savoir: de me priver durant plusieurs mois de ma liberté» de lae retenir tout ce temps captif aux extrémités de la terre» séparé de ma fimûile» de mes amis» de mes intérêts» de tous mça sentiment, consumant péniblement dans le désert le peu de jours .qui qie restent. Certes» sous l'empire des lois positives» on ne saurait se jouer tyranniquement ainsi de la liberté» de la vie» du boqbeur des individus.

'* O Anglais ! si de tels actes demeundent impunis» vos belles lois ne seraient plus qu'un vain nom. Vous porteriez la terreur aux extrémités de la terre», et il ne serait plus ni liberté ni justice au BÙlieu de vous.

*' TbI^ sont les griefe que j'avais k vous faire connattie et qui sont développés avec d'autres encore dans une lettre ci-jotnte * qu'en quittant ^Sainte-Hélène j'ai remise k l'autorilé» dans l'es* poir qu'elle pourrait lui £iire feûre un retour sur eHe>même.

' * Les griefs de Longwood» adressés à Sir Hudsm Lowev qu'on a va pluahaut. :

.ms.) i DE L-£M^£RBUR WimhÛOff. «18

Boaiiooiip de ces griefii eussent tnéritë peut-être que nourne •YOttlassionfl pas les appercevoir ', «oulefois, je me sub &ie la vioknce^e.vous les espoeer. 11 n*en est ps» de st petits qui ft'tBléresseat votre honneur.

' "«« Et quelle» peovient êtte les causes de pareilles mesures ^d*eè •peuvenl tenir ces graduelles attaques, ces aggravation» contiiMie& ? comment les aura-t-*on jtistiiîées ? nous rignorona.

<^Ge tt'est pas, du reste, qu'à Sainte-Hélène l'antmité conteste

le péril de la santé du captif, Timminent dangcv de laviez la

prdnble et prompte issue d*un tel état de choses. ^ Mbôb, Cest

** loi qui raura voulu, se contente-t-on d*obset*ver ftoideiaent;, éé

'*^ s(»ra sa faute." Mais y prend-on bien garde > Confesseur que

' Napoléon cherche la mort, n'est-ce pas confesser qu'on lui^ rend

'la vie intolérable } '< D'ailleurs, continue^t-on, pourquoi se re- ** fitser à prendre rexeroice nécessaire; parce qu'un offider doit

' ** Taecompi^ner ? qu*a donc cette formalité de si heurtant, de 'si " pénible ? pourquoi s'obstiner h, en fiaire une si grande affidre!" Mais* qui peut se crdire le droit de juger des sensations de l'illustré victime ! Napoléon se prive et se tait 5 que veut-on de phis ? Do reste, <m l'a répété cent fois, ce n'est ni la couleur de ràabtf, ni la dtfiérence de nation qui crée la répugnance, mais lanature de la dibse' en elle-m^e^ et ses eflfets inévitables. Si dans un

' pai^l exercice le bénéfice du corps demeurait de beaucoup audessous des soufirances de l'esprit, cet exercice aeratti^il' on avantage?

* *^ Mais," insinue-t-on encore (car il n'est pas une même écheSe pour tous les esprits et tous les sentimens), '* pourquoi dos ** ^rds si recherchés, des attentions, des soins si eaitraorâî- ^'naires? après tout, c'est on captif de distinction peut^^tre,

' **^ mais qu'est il donc de plus ? quels semient ses tltved V" "Ce qu'il est ? quels sont sed titres ? je vais le raconter : '^^apoléon est la première, la plus étonnante destinée' de " l'histoire. C'est rhommé de la renommée, celui des prodiges, " le héros des siècles. Son nom est dans toutes les bouches, ses actea agitent toutes les imagmations^ s» carf ièfèdeBieure sans paralfèle. Quand César médita de gouverner sa pateieb Céaai*

<*)«nânl déjà :1e pnettkrfW ia atissIiiiQe, 8» yiehtMa^ limiid ^\ Alttandre catniprU dft MbjiigliQr TAsk^ AlâzapdmétaîiiiMtC ■'fik d'un roi qui avait préparé ses succès; loaU ' Ntq^ipKoii, <''8*élaiiçaitt de la foule pour gouverner le monde» se pcéseâte ^^Biid>'8ans autre^^ auxiliaire que son génie: aes premters poedans ''la carrii^rQ sont autant de raerveîUe» : il se courra auMilât de " JannaR»innMirtelsi et règne dès cet inst^t sur tous les esprits : ff îdale)de«wssoldatS) dont il a porté la gloire jusqu'aux niies^ '^ e^Mrir de ia patrie qui dons ses aDgoisse|i< pressent di^à quHl 'Vsera.aon libérateur \ et cette attente n'est point tri>n^)ée« A. sa <^ vdIx expirante» Napcdéon interrompant ses mystérieuses desti- ''-* née^ aecourt des lives du Nil s il traverse les meni> <au risque ''de «ft liberté et de sa réputation; il abor4e seid aiix' plages ^ françaises. On tressaille dis le revcnr \ des acc^am^^ipns, TaU :^Mégre8se publique, le triomphe le transportent daoa la iri^M- ^* tale^ À sa vue^ les factioos se courbent, les- partis se confon** *' dent j il gouverne, et la révolution est enchaînée !

''Le seul poids de rofânion, la seule influence d'un hpmme '^ ont tout fût. Il n*a pas été besoin de çontbattre ; pfia une

goutte de sang n*a coulé ; et ce ne s^:a pas le seyj^ fois qu*un

tel prodige signalera sa vie.

'' A sa voix, les principes désorgmiisatewrs s'évanopiisisent^ les f^ pfaâea se.&mient, les souillures s'efiaçent La création semble, *h encore une &î$, sortir du chaos.

Toutes les folies révolutionnaires disparaissent^ les seules

grandes et belles vérités demeurent^ Napoléon ne connaît

auoun parti; aucun préjugé n*entache sna adnii^^ration. f^ ToNttea les opinions, toutes les sectes, tous les taleps^se groupent ^atttQ«vdeJui: un nouvel ordne de choses comjP^x^e^

La naitiieii'reqMre et le bénit ; les peuples Tadmii^ent? les rois

le leepeotent, et Ton est hc^ireux. Ton va sTioiiarer d^ z^ouveau «^ d'être erançaâs.

; MtBîonfeôt on l'éfeva sur le trooe ^ il devint Empereur. Cha^- "enn connaît le.reste. On sait de quel lustre, de quelle puis* ^' sance il ihcoftoraii sa. couronne» Souverain par le choix des <' peuples, consacré par le chef de la religion, sanctionné par la

/«(fliaia ée la vkt^fare^ i{ud ehrfdeidyiiMtiB raasembts^jauâMitfltfft .«' IkrtB ftuitt' {MiiieàQSi aussi nobicSj aussi «(«m ^ J9<>'^a r<- /' tSierpfaé! .'• •• • - ■ • ' • \i r .- •»•

. j^< Xèm le^^mi^naiins se >sdtft. aUtétf à liit par M i^wj^ioù ies '^MtlMtb ^Xous tbs peuples Totit recoimu^ A»glaia^ si seuls^voi^ V^ftuUftflScaptkm, «ette acceptiom n'a temi i|ii*)b^«atr0 p^lîtiçie'; f' 4til0A*a^té q[<i*useaffid|ie defonnei bicn-plusi vonsètes plRéoeé- ^aitiit ^ua qui auret vu daoa Napoléon les titres les pkts saorsés, ^ tes plus IncontestaUes. Les autms puîssaitcctaaarotit pit obéir 4' peat^tt«41a aécessité^ Vous, vous n'aurea fait que tousTeil* -'^dfe â tde pitiMsipes, & voire conviction, li la vérité j oar teUes ^* Bddt 1*06 doctrines, que Napoléon, quatre fois l*ilu d'un grand ^* peuple) adù nécGBsairetoenti malgré vos dénégations publiquetf, ^'"se .trouver souverain dansr le fond de vos cosura. Descendez ''^idans ves coifsGiânce8!...Or^ Napoléon n'a perdu que sdft ^^^ thftiie I uA Mfvers Feu a arraché, le soceès Yy eût fixé pour ja- *' n^ais* . Il a vu marcher contre lui onzfe cent n^lle' hoasmes } ^^Umfs géâénmk, leurs souveraine ont proclamé partout qu'ils *^ n'en voulaient qu'à sa seule personne* (Quelle destinée !.« . . ^<^<H a «uocoiBbé, maïs il n*a perdu ^ue le pouv4)ir; touasas-M* *^ ractëres augiistas lui demeurent et oomœandenél kss nsspftcts ** des hommes. Mille souvenirs de gloire le couroananl. tour <« Jours; rinfoKune le rend sacréi et dans cet état- de dbos^si le '< véritable homme de coeur n hésite pas à le consiAÉr^ ec^aunlfe *' phis vénérable siir son ro«her, qu-à la tète de ùxcûêi isiHe " hommes, impdsatit des kns" ♦ . i. . ,

' Voilà quels so«t ses titres. , ♦ . • ,.

■''"** Vainement les (esprits bomés ou les coNfrsr de siaaavaîselbi ^voudraient k eho^ger, comme de Coutume, d*4tre>la reauAS ttSàùr tlivetle tous Icfs maux,. de tous les ipo^btes éqiût «oua-aveacr été Ib8 témoias où lea victimes» Le tempade» MbeU^s-iest passée ia vérité doit avoir son tour. Déjà les nuages^du mensonge s'édaîr* éiteentdevaiit le soleil 4e raveair.. Vn «easpa viendra' tpi*on lui riendra pldné justice $ car les passions 'meurent avec toKSontam*

pocaiBS s naais les actes vivent avec la pos4érilé<fiit n'a point éb

bornes. Alors ^m Arft qœ les grandes $ct\ôm, ks gnaid bi^ns fateM de lui; ^ue les maux -furent ceux du temps et de laiktaSIlé.

" Qai ne commence à voir aujourd'hui que^ malgré sa toutepuissance^ il n*eut jamais le choix de sa destinée ni 4e aes moyens ? que, constamment armé pour sa propre défense, il ne recula sa destruction que par des prodiges toujoum renaissnatf ) que dans cette lutte terrible on lui rendait ob%atoive de teal soumettre, s*i1 voulait survivre et sauver la grande cause natiODSik». Qui parmi vous, Anglais, songe à mer surtout celle dernière vérité ? N'a-t-on pas-mainte fob, parmi vous, proclamé la^nerrt viagh^; etvos alfîés secrets n*avaient-tls pas dans le fMid du cœur ce que votre position vous permettait de dire tout hanr? Ne vous vantez«-vous pas encore en cet instant que %'ous reusÉies combattu tant qu'il eût subsisté > Ainsi, toutes les fois qu'il voua a proposé la paix, soit qife ses ofifres fussent sincères, sont qu'elles ne le fussent pas, cela vous importait peu t votre décision était srrrfttée. Q^iel parti, àës-lors lui restait-il donc, et quel reproche pourraitK>n hasarder contre lui, dont on ne fàt é^h coopnbie soi-même ? Et qui aujourd'hui prétendrait encore mettre en avant le reproche banal de son ambition ? qu'a«t>elle donc en dé si neuf, de sd extraordinaire, et surtout de si exclusif dans sa personne ?

^'Etoufiidt-elle en lui le sentiment, quand il disait à llllustre Vtaxj que d&ormaîs les lois, les mœurs, le sang faisaient tellement de l'Europe une même ikmille, qu'il ne pouvalt^ plus y avoir de guerre que ce ne fût une guerre civile ?

*' Etait-elle irrésistible, quand, nous peignant tous ses inutfles efibrts pour empêcher la rupture du traité d'Amiens, il conchiait que TAn^eterre, malgré tous les avantages d'avyourd'hui, gagne^ ratt pourtant encore k s'y être tenue ; que toute rEurcqie y eût gagné; que lui Seul peut-être, son nom et sa gloire y ebssenf perdu. -

'^'Etait-e^bien avide et commune cette ambition^ quand» à Chfttniony il prêSétAii la chance de perdre un trône; à la certitude de le posséder an prix de la-glirire et de Tindépendance nalidnale.

^ Ëtait-dle incapable d'altération^ 4]uand on lui a entendu

laJia] D£ L*£lCFEaBUR ilAPOXJÉûN. 3t7

du»:- '^ Je revenak 4e l'île d'Etbe un tout autre bomirie. .On ** fltej'a pa»cru jpossiblej et rcnaea tort. Je ne lus pas toi ** ebosea de mauvaise grâce m à demi. J'eusse été iloiit à fait ** le lAonarque de la constitutian et de la paix,?'* . *^ £tait<<éUe îasaUable, quand, apr^ la victoire dca&t il se-x^ gardait eomme oertaia à Waterloe^ sa première paraleaux. iraîneus alkôt être à l'instant même l'offre du traité de Fsris9,«t une unlcMS sincère et solide qui, confondant les intérêts des.deuK peuples, eût assuré l'empire des mers à l'Angleterre, et fiasse Je eontinent au repos ?

** Etait-eUe aveugle et sans motife, quand, apièa son désastrej passant e» revue les conséquences politiques qu'il avait tac^t pffémes, et fiémissant des probabilités de l'avenir» il s'écriait.: <' 11 n'est pas jusqu'aux Anglais même qui auront peut-^tra à *^ pleurer un jour d'avcnr vaincu à Waterloo/*

<f St qui pourrait donc songer désormais à revenir avec avantage sur cette ambition ? Ce ne saiu*aient être les peuples, toi4t ÎK^afçt» quils sont de la conduite de ceux qui l'ont renversé- Seraîent^«e les souverains ? Mais ceux qui ne parlaient que cte justice avant le combat, quel usage ont-ils fait de la victoire ;? Qu'on cesse donc de répéter d*oi8euses all^tions. £11^ purent être un excellent prétexte ; elles seraient de pitoyables jus^ficatioDS. Qa*on se contente d*avoir vaincu !

'' Mais je m*emporte. Oil m*entrainent la force de la vérité, la chsdeur du sentiment, l'élan du cœur ! Je reviens ^ mon olyet*

*^ Représentans de la Grande-Bretagne, prenez cet éts^ de oheees en considération nouvelle. Lajustice, Thumanité, votre honneur, votre gloire vous le demandent. Sainte-Hélène est in^ sui^XHtable ; son s^ur équivaut à une mort certaine et préméditée j vous, ne voudrez pas vous en rendre respoasables aux yeux des siècles. Napoléon fut vingt ans votre terrible ennemi; il vous souviendra d'Annibal et de l'infamie Romaine. . • . vous ne voudrez pas souiller d'une pareille tache les belles ps^ges de lotre histoire présente, Sauvez à. votre administration l'odieuse, XhcfKr rible inculpation d'avoir trafiqué du saog du pris^nl^. J^t'lûstoire en fournit plusieurs exemples, tous nous font h(irreur« £t

quel plof friuQrfoiraelèfe«MMi«Mac»ât>)iaiié«arvé^ car itesÉ«iaëil»le piéittro^^piaiid'Napcriitoiiiie MMiphifly qttuut IMB ^oQRâ èroiro le forfaU tkooiofili, %lein Na|^oléoft' d^Hettdra rhomme des pèa|des; alots il ne sera plus que la viotû&e^ le tBÊÊJfUyb des^ rdis. Aîosl lé rwkàsn \m uMeht inétîtaUb ûe la ftfrce^des choses et da sentiiiiettC de» li0iBines. teive» nos anniAei mbdernés «d'un tbl scaadak el de ées'<)aD|;eiteuses omn^ qtiénce».

«^ Sftutez la rùfwUté de ses pN^ns aveiJ^gliBaiens. Sauver ks intérêts les plus sacrés des grand monarques au* nom desquels B*ex<cate la victlmeu Sauvez la majesté royak daàs -le «i^refiiier de ses attribuKs^ le plus sainlde ses caractètèSi soa m^hUàiUié. Si les r^ eux-mêmes pointent la main sor^Jts léptéKaiwis ^ Dieu sttt* lu terre, quel fireiâi quel rei})ect pitétendtaieat^ils t^ poser aux attentats des peuples ? Il n*eét point îoi basdft pros» petite k Y$htï du tecops ou de la fortune. Le cerde des vidssitodies enveloppé tous les trènee. Cette oâute est la cause de tous les rem présens et à T«Dir& Un oîi&t-du Seigneur, d^gpndé, aviH, torturé^ immolé^ ne. peut» ne doit être, qu'un oli^t d'indignation; d'horreur pour rhbtoire^ de fivœissekneDt pour les 'rôisv;...

«^ Rappelez Nàjpc^éon au inilieo<ie;voa8 ; kdsiez^le venit tyou^ ver le repos sousla protecdoa de vbs lois; qu^tiles jouissent' 4e «on Insigne 'hommage. Ne les privez pas de leur pkrsbeau tri- <>mphe. El qtii pourrait Vous anètor ? .

'< Sèr^t-ce votre premi^e décision } mais en la rappellant, vous montreriez à tous k» yeux que vous ne f<ktes akifs guidés que parla force des circonstances^ hi loi de la nécessité.

<^ Sterait-ee votre repos intérieur ? mais là pensée en serait in^ «ënsée> le doute uâe injure» un outrée à vos institutions, à vès inœûrs^ à toute votre populataon.*

' <^ Serait-ce la sûreté de TEurope 1 mus les vérités de eireon* stàhce n*ont qu'un temps, et ce n'est qu^u vulgàtre qu'il appartient de ^ perpétuer, de les mettre'en avant, long^temps afvès qu*tAes n-existent plui^ Napèléoii, dans sa tôote^puissahce, ITouvaH être refih)i de l'Ëtiropc ; néduit^à sa seltk peTBonae» il

M peut 4)to9 «1 $toer que» VéMi^AOBieaili hi nnÊdillKioli. £t de bftfNie fei» qm peiutiilt^l gvtÎQiird'hui» mètae avec da fîMivoir» oMr< iA^i^té 4fi h RttMie, eftlle de TAutridie^ de la P^ism^ là

î''£il&Oj «eMi«iit<*ce se» arrière»penaée9 • qu*on pounrak redouter B . meis Nfip«iKon ii*eii a d*atttre8 aujourd'hui que eeUe du sal^oa* .A «es pne^rc» Ji'eux, dtos «a propre bouehej sa frodi« l^use carrière a déjà toute la distance des siècles. Il ne se ffoU plus de eo iBonde* ses destiaées aoAt Womplies. Pour «ne lOMt/d'ane Idle i^Ievi^îon* le poavbirii*ade prix que pour eonéiiiiie à la oéléfarité, à la gknm. Oi^ quel m<Mrtel en açenmula daitatage sur sa tète > La «nesu» n'en semble-trelle pas audessus de rimagination des homtties ? ses revers même n'en ouU ils ç9à été pour lui des sources abondantes ? £xiste-t-il*rien de compamUa au retour de l'île d*£Ibe ? et plus tard^ quelle apothéose que les n^rets d'un gtande peuple ? Un grapd nombre parmi vous onllmveoié nos provinces» pénétré dans nos foyers ^ vdua connaiaieg nos seerets» nossentimens. Si la patrie lui éuib moîns. chère que la gloire» qu*aurait-il à désirer après ce qu'il a laissé en arrière ? Son âge avancé> sa santé perdue, le d^oùt des vicissitudes» peut-être celui des bommesi la satiété surtout des grands-objets qu'on fioursuit ici^bas, ne lui laissent plua rien de neuf aujourd'hui^: de désirable qu'un asyle tranqi^Oi un heureux et doux repos. Il vous les demande» Anglais» et vous les lui devez» vous ks devez à l'héroïque magnaolmilé avec laquelle il vous donna la préférence siur tQus ses autres en* nemis. Sachez* osez, veuillez être justes. Rappelez4e».et vous auret consacré la seule gloire qui semble manquer à votre cpn* dition présente. lies admirateurs^ les vrais amis de vos libertés et de vos loie l'attendent de vous -, ils le réclament» Voua avez mis en défaut ceux qui se plaident à vanter tous les biens qui découlent de votre belle constitution. '* Oîi est donc» disent ces 'S adversaires, avec une irpnie triomphante, cette générosité» cette << élévation de sentimens» cette inflexibilité de principes» cette ** moralité publique» cette force d'opinion que vous nous disiez "chez ce peuple libre être en quelque sorte supérieure à la

9$0 MOK.aéjOUR AUPRES [^oaéâr

^' souvei^piiièté niÊmo? (A «ont les fruits tant vantés de ce sol ** classique des institutions libérales ? Tout ce pompeux écha^ ** faudagC;, ces peintures imaginaires ont donc disparu devant ks ** dangers qu'avait fiait courir un seul homm^ ou bien encosie, ** de^nt la haine et la vengeance qu*il a UJssées après lui. Et ** qu'aurait fiait de plus ce pouvoir absidu qise nous défendons et ** que vous décriez tant ! il eut faXt moins peut>ètre> mais bien ** sûrement il n'eût pas pu faire davantage. Il se fût montré ** sensible, sans doute, "li la noble et magnanime confiance de son ** ennemi^ ou s'il se fût décidé, parce que la chose lui eût été *' utiles il eftt mis du moins plus d'énergie, de franchise^ d'éliéva-

tion .dans son injustiice ; il ne se fût pas abaissé^ pour pallier

son tort aux yeux des peuples, à y associer gratuitement ses << voisins. Il eût évité surtout de se laisser envelopper dans ce ** dileihnie accablant : ou, quand vous avez conclu votre inique ** ti^té d'ostracisme, la victime n'était pas encore en votre pou- " voir, et vous avez eu la lâcheté de lui tendre la main pour ** vous en saisir } ou vous la teniez dépi, et vous avez saccififé

votre gloire, l'honneur de votre pays, la sainteté, la majesté de

vos lois, à des sollicitations étrangères." Anglais, pour pouvoir répondre, vos amis sont obligés de se " retourner vers vous ; ils attendent.

^Pcmr moi, ma%ré une funeste expérience de deux années, telle est encore ma confiance en vos principes, que je compte toujours sur votre justice \ et j'ai osé parler devant vous, ne consultant que mon cœur, persuadé que ce serait du milieu de vos rangs même que je verrais s'élever la défense et les tatens dignes de cette grande et belle cause. Quoique vous décidiez au reste, mes destituées à moi sont arrêtées.

^* Oîi que demeure la victime, je veux aller porter à ses pieds le peu de jours qui me restent encore * \ et dans ce tribut de

* Toute sollicitation à cet égard a été vaine auprès du ministère Anglais. Cette demande, plusieurs fois répétée, est demeurée sans fdpônse, ou n'a produit qu'un refus, ainsi qu^on le Verra spéctalcment dans une des lettrés de ce Recueil.

1818.} DE L'fiMPÏJRKUR NAPOLEON. 281

sentimeiis^ je croirai n^avoir rien fait que pour moi. Quand je le siiivîs d*abord9 j'obéissais plutôt à Thonneurj je suivais Ja gloire. Mais aujourd*)iui, je pleure, loin de lui, toutes les qualité} du cœiir qui attachent Thomme à l'homme. Combien de Yos compatriotes l'ont approché ! ils vous diraient tous la mèm^ chose. Qu'on les consulte. Anglais ! .est-ce donc là l'homme • dont 'on vous avait fait la peinture ? est-ce bien avec connaissance de cause que vous avez prononcé sur son sort >

/* Le Comte de Las Cases."

Cependant ma sollicitude ne s'était pas bornée aux lettrés adressées aux souverains et rapportée» plus haut, mes soins s^étaient portés avec ardeur sur tous Içs points et tous les objets que j'avais pu imaginer. Dès que j'avais été rendu à la liberté, je m'étais vu entouré deà bannis Français qui se trouvaient à Francfort, et qui, partageant mes sen^ timens, me montrèrent l'intérêt le plus tendre. Tous^ sans en excepter ceux mème^ qui n'avaient à disposer que du denier de la veuve^ m'ofirirant ce qu'ils possédaient, non-seulement pour les be-* soins personnels qu'ils me supposaient, mais encore pour l'objet pieux qui m'occupait tout entier. J'eus aussi le l^onheur de trouver dans la même ville la Comtesse de Survillers, dont l'extrême bonté n'est qu'une des vertus. Enfin , des négocians distingués de Francfort, sur lé seul bruit de mes aventures, et par pure sympathie, me firent les offres les plus généreuses, et il n'est pas jusqu'à des membres de la diplomatie, en si grand nombre dans cette ville^ qui ne me fissent parvenir indi^ rectement . de» preuves, de lûeuyciilkAcis« . . Tout

cet enàéfnble me mît à iriême de Savoir atlsêitôfr <rô Se trouvaient tous Ie$ membres de la famille de l'Empereur, et me procura les menons les plus efficaces d'entrer promptement en relation avec chacun d^eux, pour pburvoir, sans délai, auic be^i^^f de celui au soulagement duquel J*irvâis résolu, leur apprenais-je, de consacrer tous mes efforts, tou^ mes momens, toute mon existence.

D*uii autre côte; je m'étais imposé là règle d*é* crire régulièrement une fois par mois, à joiiur fwb^ au Grand^Maréchal, afin d'obtenir les indicàtimi» nécessaires pour pouvoir me rendre le plu& «ttile possible } et j^envoyais cette lettre ouverte au Sous-Secrétaire d'État de& Colonies avec lequel j'avais, par ce moyen, ouvert une correspondance que je jugeais la plus sûre et la plus propre.à r^fnpUr mon objet Je le suppliai et il me promit d'envoyer régulièrement à Longwood les journaux^ biochures^ ouvrages nouveaux et autres objets de consommation journalière que je lui indiquais, ou dcoit je le priais de vouloir bien faire luinniêmelQ désignation contre Tacquittement que j'en &iws à son ordre.

Tous les parens , de l'Empereur ^ sa mère> seâ frères, ses sœurs, et je n'étais particulièrement connu d'aucun d'eux> le Prince Lucien excepté^ me répondirent aussitôt avec les expressions le» plus vives, les plus touchantes ; c'était la première nouvelle authentique ou à. peu près qu'ils seeet vaient de Tillustre victime^ mandaient-ils, et ils

étaîeiit: heureux de tr<»ifer enfin un intermédiaire à Taide duquel il^imasent lui faire parvenir leur: respect» leur déypueinent et leurs vœux ; ild ne demaodàiiènt qu?à savoir ^ce qu^ils avaient à faire. Une réèribution annuelle de 150,000 fr. fut immédiate-* ment résolue et organisée:; c^était la somme que je jugeais indispensable au nécessaire <fle Longsrood. Ils s^en partagèrent la ehai^, et déjà je tenais en^ tretles mtaios la cote part de plusieurs d'entre eux, quand* j'eus la satisfaction de pouvoir la leur reur voyer, en les prévenant de réserver pour d'autres moohens, leurs bonnes intentions, dont, à moinsi de cas imprévus, je n'aurais pas besoin de deux à^ trois ans. C'est qu'il s'était trouvé un dépôt de' quelques centaines de mille francs aj^ai^enant à' r&npereu]:, et je m'estimais heureux de pouvoir donner, dvaussi bonne heure, aux membres de la» famille, une preuve de la régularité, de la réservô et de la réflexion avec laquelle j'opérais y mal* heureusement je me pressai trop ; car l'argent qaî avait été promis, et devait être fourni par moi, fiit, soit par ded méprises, des embarras de banque où la négligence des agens, plus d'une année à se réaliser, ce qui me causa beaucoup de chagrina et d^embarras ; car les. treize lettres de change que j'avais laissées au Grand-Maréchal en partant avaient été promptement dépensées, et il avait continué dé tir^r de nouvelles traites sur mon banquier 4)u sur d^autres à Londres, qui laissèrent protester ces lettveS' de change,- l'uli parce qu'il

9Êê * Ù01ftiéjWn»À^»%kB ^-^ [AiUil^

n'avait plus de fonds àaioii d*lMM;feè*pftrde>iq(|]SlEi n'en avaient reçu de peïsonnev Ce <] ai amenai* 4leii. frais ^normes, compronlettaii Longwood,%t^£9iilb4i« le sujet des goi|;e8 chaudes des pa{Hiei« ^(Mi^létiète Anglais. - / . .

Dès que je fus instruit de ce inalheuretix^cêllt»^^ temps, j*écrivfs à Londres que je me Tendais^ unt fois pour toutes, personnellement garant de toutei^ les traites qui arriveraient de Longwood^ et qu^^élies seraient remboursées à ordre à Francfort, et j^y pourvoyais du mieux que je pouvais avec Pargento de Madame Mère, le seul que j'eusse ttnu en té^ serve, et celui de quelques amis, quand le mîMI propre était épuisé; car mes quatre mille lôui» m'étaient rentrés, et d'une manière assez sirigur Hère pour que je le mentionne. Quelqu'un, trèfrdélîcatement. situé d'ailleurs, et qui se trouvait? avoir de l'argent à l'Empereur, bien qu'il ne m^ connut pas, soupçonnant que je pouvais avoir quelques besoins, me fit tenir directement cent mille francs, sans aucun titre de ma part. Cétaift le seul moyen qu'il eût imaginé, sans doUte^ d^âe^ corder la prudence avec sa délicatesse* De sorté^ que je me suis trouvé remboursé sans avoir jantoiD produit de créance ni donné de reçu^ et que je -ne sache pas qu'il s'en trouve de traces dans aucun compte.

Six mois s'étaient déjà écoulés, la belle saison était venue, et mes soufi&ances, que les côlitra-* riétés et les peines d'esprit avaierit 4ùtt empîré|

MUi9j PB i/BlffSa«UR MAFOIJON. $11^

tàé;%reitit*!QràQiumrle$ eaux de Bade : amis éLaisr je'bÎM libre de m'y rendre? Nous vivioBS dan» «li «Mips si ftiogidier qa b^ fmait partout en cet iiistaiiÉ» un tel jeu des droits et de la destinée d'un Français que chacun, autour de moi, t^outait fort devina liberté et nuH-même je n*étais pas sans qoelqu^inquietude» tant j'étais habitué avoir violer toute juâtice à mon égard. On a vu que je n'avais trout^é d'asile à Francfort, que par la protection spéciale de l'ambassade Autrichienne, j'avais de^ mandé un r^uge en Autriche, conditionnellement. il jçst v|ai i mais en m'accordant cette faveur, on pouvait avoir eu l'idée de s'en prévaloir comme d^une espèce de droit sur ma personne. Quoiqu'il en soit, je tenais tellement à constater ma droiture et à me moqtrer reconnaissant des pro. cédés bienveillans de M. le baron de Wessemberg que je devais aller lui donner connaissance de mon départ, tout en lui demandant s'il me considérait eomme sou3 sa surveillance, mais il dissipa d'un mot mes scrupules et mes craintes en me répondanti avec ia loyauté, la grâce qui le caractérisent, qii*pn avait prét^idu me donneir Thospitalité et non m'imposer une prison.

Je me rendis donc à Bade où j'eus Thonneur d'être reçu par le Grand Duc et la Grande Duchesse, presqu'avec mystère il est vrai, mais av€sc tout l'accueil et tous les sentimens que je dçvais att^dre d'ejQifans adoptifs de Napoléon. Il y avait d'autant flw de. mérite en eux à le témoigner^

ToM»IV. Huitùme Partie. «

qu'il y avait dans leur entourage, çt leur haute confiance d'état^ certains ennemis acharnés, de la cw9e que j'ayais suivie, qui regardaient comme un^. espèce de scandale politique ce vif intérêt, cette, grande bienveillance du couple çouvefaîn A çaon égards Ce n'est pas, au surplus, que j'en mésusasse j car, dans ces réuniojis d'eaux toujo,yrs si bruyaptes, et cette année particulièrement r^^ marquabl^s, je m'étais retiré tout à fait à Técart, vivant dans une solitude profonde, ne paraissant J£^mais et me dérobant scrupuleusement à une curiosité naturelle à ces lieux de dissipation et d'oisiveté.

Cette réserve de ma part, cette circonspection, me valurent, du reste, l'honneur d'entrevues au7 gustes, où je pus jouir de l'inestimable satisfaction d'apprécier toute l'étendue du dévouement et de la tendresse portés à celui, auquel je m'étais consacré. Xi'une de ces entrevues surtout, par la nature du rendez-vous, celle du lieu, des formes etc., composerait un véritable épisode de Roman.

Toutefois je n'en dirai rien par plusieurs considérations ; aussi bien je suis forcé d'être bref, et je dois glisser rapidement où sauter à pieds joints sur une foule, de circonstances, non seulement par 1^ peine-:que j'ai à dicter, mais aussi pour ne pas épuiser 1^ patience.des lecteurs.

. En. quittant l'e^îciellent Grand-Duc, je lui dcr lu^Adai A demeurer dans ses états, et fus me fixer à Maaheûn, J'avais choisi cet endroit parçequ'en

1818.] DE l'empereur NAPOLEON. Ôj^

me conservant, comme à Francfort, Tavantage de toutes mes correspondances ; il ne me présentait pas les inconvétiiens de cette dernière ville dans laquelle j*en avais beaucoup, dont plusieurs d'une nature fort délicate, et je cherchais à leur échapper. Je ne sortais presque jamais et n'abusais guère plus de ma liberté que du temps du commissaire Prussien ; mais je m'étais créé l'obligation de rece* voir tout le monde. ' Je ne me dissimulais pas qu'il se présenterait sans doute des mal intentionnés déguisés : mais je savais aussi qu'il était tant de gens de toutes classes et venant parfois de si loin uniquement conduits par le sentiment ! . • . .Or, je ne me serais pas pardonné, pour échapper à un perfide, de courir le risque de navrer peut-être un cœur de bonne foi, qui, dans ses regrets et sa douleur, croyait pouvoir trouver près de moi quelques mots de jouissance et de consolation ; mais, par suite de ma facilité, on s'imaginerait difficilement tout ce que j'eus à entendre, les questions qui me furent faites, les idées que l'on me suggéra, les insinuations de tout genre, etc.; l'un me proposait de se charger de mes commissions les plus secrètes, les plus chanceuses, les plus lointaines ; un autre m'offrait d'être mon intermédiaire avec des personnages marquans et très-chauds ; un autre voulait se rendre déguisé à Parme, me garantissant de remettre à l'impératrice Marie Louise en personne tous mes paquets. Que sais-je ? je n'en finirais pas. Enfin, j'ai reçu plu-

â$8 MON silOÛa AUPRÈS [Anné<s

sieurs fois^ et de gens de diverses ccmtrées, la pro« position d'aller tenter Tévasion de Napoléon. Les uns étaient conduits par Tenthousiasme ; d'autres spéculaient^ d'autres encore tendaient des pièges dans doute; la provocation est devenue si efirontée, ^ si Commune de nos jours ! Heureusement que toute ma garantie à moi était de n'avoir rien à eacher. Je ne possédais aucun secret, je n'avais donc que des désirs ou des vœu^ à exprimer en réponse et dans la position avouée où je m'étais placé, les rapports qu'on en aurait été faire, n'eus* sent assurément s^pris rien de bien neuf; aussi ne m'en est-il jamais arrivé le moindre désagré^ ment ; toutefois, en adoptant Manheim, qui est à l'écart, et où je vivais dans un isolément absolu, ne Voyant personne, j'obviais tout d'un coup à la plupart de ces inconvéniens dont j'étais assailli ; au contraire, dans une ville de passsTge comme -Francfort, le rendez-vous naturel des agioteurs de tout genre, des intrigans de toute espèce, et de plus je constatais, aux yeux intéressés à^ m'ob* server, combien je voulais demeurer étranger à tout indigne moyen.

Le congrès d'Aix-la-Chapelle approchait, et jlavais fondé sur cette auguste réunion de grandes espérances ; toutes les âmes généreuses les partageaient ; on ne pouvait pas s'imaginer que des souverains ne se montrassent pas sensibles au tourment de Napoléon que chacun d'eux avait si long-temps traité d'ami, de frère et de fils, surtout

quand ils aument un récit authentique et fidèle de soQ supplice. Je m'étais donné tous les spins pour qu'ils se trouvassent entourés;^ assaillis de sollicitations et de lumières. J'avais écrit à Marie-Louise; j'étais ëhargé de faire présenter aux souverains une lettre de Madame Mère, tous les autres parens. devaient agir de leur côté^ et j'avais moi-même smgneusement réuni, pour chacun des souverains, tous les documens authentiques existans, et tracé une note relative, incluse dans une lettre adressée à eux-mêmes. Il n'est pas jusqu'à Lord Castlereagh auquel je crusse devoir la communiq^er à son titre de représentant le Roi d'Angleterre. Voici toutes ces pièces. Qu'on me pardonne au surplus si on y retrouve souvent des répétitions et parfois jufl|^ qu'aux mêmes phrases, c'est qu'au fait elles ne concernent toutes qu'un seul et même objet, que cet objet se trouve réduit à sa plus simple exprès* sion, que le cercle est fort rétréci, et qu'il ne reste qu'à tourner sur soi-même. .

A l'impératrice MARIE-LOUISE.

** Madame, — Revenu des lieux où l'on fait périr votre époux» que de maux j'aurais à vous peindre ! ! ! Msûs vous êtes sa femme, la mère de son fils, quelle3 paroles pourraient parler plus haut que ce qui doit se retracer naturellement à votre cttùr ! ! i

' f' Je pense devoir faire connaître à V. M. que je vais profiter de la~ réunion des souverains alliés pour porter à leurs pieds, d*une voix dé&illsmte, les supplications d'un adoucissement au sort afireux, aux peines cruelles qu'on fait peser en leur ncnh, et qui ne peuvent être dignement senties que par uft serviteur

980 MON fiéjOUK Al^JPiUS [Année,'

dériMié coooineiiioij ou par un a^mg sms^i |irocbe comme.est le vôtre* .

*' Mais, Madame, quels pourraient être mes tiires auprès ^es droits de V. M. estimés saints> sacrés, tout-puissan$> tenus en vénération par toute la terre.

'< Veuilles les Êûve valoir^ Madame, et la postérités rhieiM>ire, qui consacrent aussi des couronnes, vous ceindront d'un dladèine aussi impérissable que la sainte morale qui subjugue les boDimes^ , et les douces vertus qui remplissent une ame de délices *»

*' Je suis» etc. le Comte db Las-Cases.*'

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