‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint HélèneChapitre 28 sur 43 · AIX-LA-CHAPELLE · texte numérisé non relu

AIX-LA-CHAPELLE

" Sires, — Une mère affligée au-dessus de toute expression^ a espéré depuis long-temps que la réunion de vos MM. II. et RR. lui rendrait le bonheur.

** Il n*est pas possible que la captivité prolongée dé TËmpereur Napoléon, ne prête point Toccasion de vous en entretenir $ cl, . que votre grandeur d'ame, votre puissance, les souvenirs des événemôns passés, ne portent vos MM. II. et RR. à vous inté* resser pour la délivrance d*un prince qui a eu tant de part; à leur intérêt, et même à leur amitié.

" Laisserîez-vous périr dans un exil de tourmens, un souverain, qui, confiant dans la magnanimité de son ennemi, se jeta dans ses bras ? Mon fils aurait pu demander un asile à TEmpereur, son beau-père 3 il aurait pu s*abandonner au grand carac*^ tère de l'Empereur Alexandre, dont il fut jadis Tami 5 il aurait pu se réfugier chez S. M. Prussienne, qui, sans doute se voyant' implorée, ne se sersdt rappelé que son ancienne aUiance 3 l'Angleterre peut-elle le punir dé la confiance qu'il lui a témoigna ? •

'* L'Empereur Napoléon n'est plus à redouter 3 il est infirme. F6t-il plein dé santé, eût-il les moyens que la Providence lui mil jadis dans les mains, il abhorre la guerre civile.

U.*Jm

'^- Cette lettre-a été-iuiseà la poste à Vienne; on ignore si «lie estrjaaMris fm-vemiec il est probable ^e non*.

1018.} DE l'empereur N'Àï^LB(»N. 983^^

'^'SlréSj jârfiiifa mèo*^ «t la m de mon Als, aùest\ piua dhèrei. que ma propre vie. Pardonnez ^ma douleur la liberté quo«J6v ppénd» d'adressée 'à vm MM. II. et ER. cetle lettre. .

^ Ne rendes po^nt inutile la démarche d'une mèrâ i)ùi jiéckmfL contre la loiflgiie cruauté exercée sur son fik. > *f'AtCL nom dé' celui qui est bon .par essenee^et dont tos^M. ll:^t RR; sont Timage, intéressez* vous à £aire cesser ke tour* Rieris de mon fils $ intéressez- vous à sa liberté ? Je la dsmatide. à Dieu^ je la deiRftafKle <à vous qui êtes ses lieutenans sur la terre, " I^ raison d*£tat a ses liitiites, et la postérité, qui immortalise tout, adore par-dessus toute la générosité des vainqueurs.

'* Je suis^ etCt Madame-Msk»/*

N. B. Cette lettre est restée sans réponse.

D'autrQS démarches furent faites en faveur de Napoléon par des personnes de sa famille ; mais elles ne m'ont pas été connues d'une manière assez authentique pour pouvoir les mentionner ici.

NOTE ADRESSÉE AUX SOUVERAINS ALLIES, EN CON- GRES A AIX-LA-CHAPELLE (OctobrC 1818).

. ,V.Sire«j — La majesté royale n'a point de juges suj! la terre. T^teCoisi, |)ui«que les souverains eux-mêmes, la dépouillant de am^ attribut le plus sacré, Tout soumise à leur tribunal, je viens aiKeçunç respectueuse confiance leur parler en faveur d*un mo- 1)9114^6 .long-temps reconnu par eux tous, ai^ourd*hui déchu par Q^Xy captif ea leiu* nom,.. et donnant en ce moment à Tunivers l^lb^^pie de la .plu5.gra^de, de l^ plus terrible vicissitude qui fut jamais.. Et qui pourrait s*eu dii-e à rabri» si J*on viole i*lnvio-r

; " fldëh^s^ j^gmXé, s^péiieux ^ rinfortune, il n'attend quo de la mort seule la fia.de ses tourioeps j ,q»ais moi, arraché Inopioément du toc fatal où. je rentouraîs de mes 8oiD8 pieux» 4^ veux fiOfiOEe lui oonsacrer.Mi loin liesijisaltes.-d'vmeirierd^^^tlaBte^ et chercher à adoucir des imaiix que je ne^prâ f^k^ ftaurt^gf^. >

30^ ^ MON SKIOUR ACMà» [Abirfe/

<". Cette valamm storée» que j'ose «ntreprtndre en cet tiiB^nt> j« me te donne «ol^tnèiDe } p la pake dai» «i«fi teadie àé^ muenant à «apeiiKmAe» dans la chalear de ntos-aièetioiis privées pour cekii qui fol mon loattre.

'' EtnuBger ici à toute politique, je n'aimd d'airtre impuleicm» je ne prendnd d*aiitre guide que cette morale sainte et sacrée quiençinliie les rois et les peuples. EHe sera ma force, mes droits, mon excuse.

** Napoléon, sur son roc, est en proie aux toormens, aux privations de toute nature ; aux mauvais traitemens des iMnanaes et aux calamités du climat . C'est un fait notoire à tous aujourd'hui, suffisamment prouvé par les decumens authentiques sortb du lieu çième, et dont j'ose placer ici quelques-uns sous les yeux des hauts souverains.

^ Or« si le droit de la guerre, si le droit des nations ont dû ètm méconnus pour le repos du monde, a^i^on dit, t'humanilé du moins ne saurait aussi avoir perdu tous ses droits.

" Depuis trois ans la paix a partout succédé à la guerre : les passions se sont calmées ; les nations, ks individus se sont réconciliés > les gouvememens, les partis ont désarmé} le droit commun a partout repris son empire -, un homme seul n*a point participé à ces hienfaits. Il demeure seul encore en dehors des loto humaines : jeté sur un roc stérile, livré à un climat dévorant, voué aux angoisses d'une mort lente, qu'abreuvent chaque jour la haine et les outngesi quel terme fixe-t^cm à un aussi étrange supplice } S'il est condamné à vivre, eet état d'exesption n'estil pas trop cruel ? Ne l'est-il pas encore inen davantage, sil était condamné à mourir ? Et quels ont été ses crimes? Qe& l'a entendu ? Ott est le tribunal ? sa sentence, ses juges, leurs droits? Oira-t-on qu'il n'y a d'autres garanties eontre M, d'autres sûl^çtés que la prison, les chaînes, la mort 1 Dlm-tyon qu'on ne peut s'en fier h ses actes, )^ ses promessca, à ses serm^is } Citecart^on le retour de l'tle d'Elbe ? Mais il y était souverafai. On avait.. signé des engagemens avec luit les o-t^^on tenes^ Cette fois, en abandonnant le continent, il a abdiqué toute souveraineté,. U a déelaré sa carrière peiîllque terminée; c'est done^

IBMj DB i.*ia«PmtBUR> NAPeiéON. ^9^

m Umi. ViÊ^ ék9tM'rAoÊÊ8. M an loène^ cbuns té' cas cÀ la moKt ««ttl» peuriAît «womîr la haine et' les enâûlè^, pùutqttoi ahrM ne l^mmr p» émméejrandhement (œ ioilt «es* prdpres pà^ rqles) ime wwt prompte, sans ^re plus jwete, sernU plus humaine eimi^ms oéksm, eUe deviendrait vn IdenfaU. Voilà ce qa'il a dit iMiriaètnei écrit» répété; qui etendt démentir ^me telle asseitton?

'^ Ma quels assez putssans motôfe perpétuei-ait-on pour justifier une aussi intolérable situation ?

^' A^tron voulu pumr ses envafaiss^nens passés ? Mais les peu)^ ont épuisé leur ressentiment dans la Victoire ; ils gardent le silenoe.

" Âurait«on voulu user de représailles? mais Napoléon s'est tioi^é maitïe chez les autres ; en a-t-il agi ainsi ? Qu'on se reporte à Austerlitz^ au bivouac de Moravie, à Vienne^ à Tilsit, aux conférences de Dresde • bien plus, qu*on le prenne dans ce dont riustoire aura le plus de peine à le défendre : Charles IV. captif dans ses mains, put à son gré, et toujours en Roi, occuper ou Compiègney ou Marseille, ou Rome ; et Ferdinand se vit à Vafettfai eonstamment entouré de tous les soins, de tous les respects qu'il pouvait piétendre. Un prince, qui lui disputait le tiètte, tombe dans ses mains. Quel usage Napoléon fit-il de la victoire ^ La liberté immédiate du piîsonnier atteste sa magnaninûté» et l'histoire la consacrera à côté des indignes traitemens' dont on l'accable.

*' Aurait-on cru devoir renouveler pour lui l'ostracisme des Anciens ? Mais les Anciens» en repoussant d'au milieu d'eux les tàlens qu'ils croyaient redoutables, n'immolaient point leur vic-r time 9 ils ne la transportrâent pas dans un autre univers^ ne la fixaient pas sur un affireux rocher, ne l'entraînaient pas sous un cUmat brûlant $ en un mot ne chargeaient pas la nature d'un crime qu'on semblerait ici n'oser pas exécuter soi-même.

<* £ftfin, craindrait*on que ce nom ne fît encore trop au milieu denoB»? Mais qu'on prenne garde de manquer le grand but. Toigours la persécution intéresse les peuples ; tougours elle remue lesmasoes constamment généreuses $ et si l'on veut fcmrnir des par|idans> ne suffil^il pas de fisire des martyrs ? De quelle néces-

i294 MPN aiuiaUR AUFREiS [Année;

s\X^ sont Hi^ iïmis^ï eX((|a(MF4»iaîre<W!<l'AUMt teaQgwiœesureB^ Pourquoi violer 9În»i à la foi» le code do» xmtiom^ le eode^ciat souverains, le code.dç9|iartiAu|ier8.? ; ; ..: . ..i,

'* Panni les nations civilisées, la fur^siir s*«(|ia«5e devam.iui!«(h> nemi désarmé, et parmi les sauvages même il demeure sacré, surtout s*il s*est confié à la' bonne foi«

'' Pourquoi donc continuerait-on de lutter péniblement encore contre ce que réclament Thumanité, la justice, la i^l^iôn, la mo- ]!ale,.la politique, toutes les lois de la civilisation } Pourquoi ne pas s'abandonner plutôt à ce que comn^aqde la géjD^rosiité^'ce; qu'exigent la dignité, la gloire, les vrais intérêts ? Osons Je dire ici: Les rarçs exemples des rois dévoués aux (tournions et à la moit sont toujours flétris par l'histoire, et elle ne doit les rappeler qu'avec horreur aux peuples; aux rois qu'avecsaisisse*ment !!!....

*' Depuis que j'ai été enlevé de Sainte-Hélène, j'ignore personnellement les altérations qu'aurait pu éprouver le traitenient infligé h, Napoléon ; mats avant mon départ, il était intolârabJe sous le rapport de sa dignité personnelle et de son. existence mo* raie et physique; y aurait-on porté des modifications^ k>ngw temps réclamées en vain par ses serviteurs ? Encore n*aurait<-oa pas pu changer l'influence mortifère du climat, ni toute Tborreur de cet afireux séjour ? Ces circonstances sont telles, qu'elles suffisent seules pour empoisonner toutes le» sources de la vie. Il n'est point en Europe de cachot qui ne soit ppéO^ble,, et pas un être humain, quelque force de , corps, q^uelque force d'ame qu'on lui supposât, qui pût, en de telles circonstances, résister long-temps aux terribles eflets d'une aussi perindeufieprbon.

Aussi la victime est-elle d^k atteinte d'un mal qui doit la conduire inÊdlliblement sôus peu à la mort, X^ facujlté , i^'hé^te point à le prononcer, et moi, dans les angoisses de. mon aoie, j'ose venir l'exposer devant les augustes çouveraûiis,.^ laissant à leur humanité, à leur propre cœur, à leur haute ^a^sç à y pourvoir*

'' Certes, on ne saurait m'accuser, moi, d'un manque de respect, de dévouement à la souveraineté. . Ces témoign;^^ . de

XSlATi DE L'BMrPBUKUtt' NAPOLÉON. ÛS5

itoa. vie«BeffOQil^ en ««^ inbinemila ga(i*antiedé'm hardJéssé ati^ ]«rèB «de» hauCi «rnivepaû»''; comiHe le sentitneat de leur dig-^ nité, de leurs intérêts» de leur gloire, demeurera ceHe dé mes e&pénmoeu et de mes^ vokux. Le Comte de Las Cases."

LETTRE A S, M. l'eMPEREUR d'aUTRICHE, (Renfermant la note ci-dessus), à lui-même.

" Sire, — J*ai osé, le 10 Février dernier, déposer aux pieds de V. M. la sollicitude et les vœux d*un serviteur fidèle en faveur de son maître.

" jQfue V. M. daigne pardonner à ma constance, pût-elle lui devenir importune ! J*ose ici placer sous ses yeux une note nouvelle en feveur de celui qui fut son frère, et dont elle fit son fils. Je prends la liberté d'accompagner cette note de quelques documens authentiques.

" Sire, mon espérance et tneâ excuses sont dans les qualités privées, les vertus profondes de V. M. L'Europe se plaît à reconnaître, à proclamer en vous le plus droit, le plus moral, le plus humain, le plus reFigieux des hommes; et pourtant c'est en votre nom qu*on torture, qu*on fait mourir celui à qui vous unîtes votre fille chérie, celui que votre choix et la religion ont rendu votre fils.

"Ah ! Sire, ft^énnssez qu'on ne rapporte à vos yeux sa tunique ensanglantée !.. .Et s'il était arrivé ce jour de la justice éternelle, où le juge suprême des hommes et des rois, faisant entendre ses jugemens terribles, demanderait : " Qu'as- tu feit de ton fils i Qu'est-îl devenu ? Pourquoi séparas-tu Tépoux de Tépouse ? Comment osas-tu désunir ce qui avait été conjoint et béni en mon nom ? Je puis bien accorder la victoire à qui il me plaît ; mais nul ne saurait en abuser contre mes saintes Ids^ sans encourir ma colère. : . .

*' Sire, je m'ariête : en aurais je trop dît ? (Que V. M. pardonne : ce sont les sentimens désordonnés, les cris perçans que m^rrache le meurtre de mon maître, exécuté à mes yeux. Sire, c*est à vos genoux et tout "hors de moi que j'en appelle à votre

296 umt êisauRAv^uàs m [ilno^;

in t t roe wi on ; c'eut oontfe rhomioUe q«*jevoi]ftîiui9qiie.' Ahî ne soyez pas insensibie.

M Je suis, etc. * Le Gomlii ikr. Lis GASbs.**

A LORD CASTLEREAGH^ En lui addressant la note aux Souverains Alliés.

'* Milord> <— J'ai 1 honneur d'adresser à V. S. copie d*unc not^ que j*ai pris la liberté d'adresser aux Souverains Alliés.

*' J'ai cru devoir vous la transmettre» Milord, à cause du re« spect profond que je porte à Tauguste personne que vous repré» sentez» et de Testime que m'inspirent les talens peisonneb de V. S.

'^ Quelles que soient vos opinions» Milord, sur cette note, peutêtre même vos oppositions» V. S. a trop de générosité d'ame pour condamner tout-à-fait et sans féservc; j'en suis sûr» ces constans e£Rirts d*un serviteur fidèle» qui a voué aux adoucissemens et a la consolation de celui qui fut son souverain jusqu'au dernier soupir de son existence.

" Milord» combien V. S. a influé sur cette grande destinée 1 Combien elle peut y influer encore ! Que ne puis-je faire arriver ma voix jusqu'à vous ! Dans les angoisses et les longueurs de mes solitudes» j'ai parcouru souvent le cercle des grands motife qui avaient pu dicter vos terribles et cruelles déterminations. -Je n*ai pu trouver que l'intérêt de votre patrie» la loi rigoureuse de la nécessité» la conviction du caractère et des dispositions de celui sur lequel vous frappiez j enfin la gloire et la responsabilité de votre administration. Mais» Milord» V. S. a-t-elle bien pu recueillir Ip complet ensemble de tous les élémens contradictoires ? A-t-elle bien pu épuiser toutes les sources d^in^miations et dç lumières ? Que ne m'a-t-il, été possible jd*approçh^r V. S. ? Ou que le délabrement de ma santé et de mes facultés ne me permet-il de lui exposer dignement tout ce que j'ai dans le cœur et dans là pensée! Vous en demeureriez frappé peut-

* Une pareilte lettre fut adressés à r£ai|iereiir AtexçmdiiB et au Roi de Prusse^ avec des changemens analogues.

ldi&.3 1>E t'SMPBRBVA HAPOtéON. âS7

être, Miionk ^^ peot-âtie Men des. objets cftptivemtoit tociis étoDoemeat et vos plus graves méditatious.

f' J^BÂ ràonoeur, eta Le Comte de Lias Cases."

L'époque du congrès arrivée^ je me rendis à Francfort, où, par l'effet du hasard, j'arrivai le jour même de l'entrée de l'Empereur Alexandre. C'était une occasion bien propice sans doute pour solliciter la faveur de lui être présenté, et son affabilité reconnue, la facilité avec laquelle il se laisse approcher^ peut-être aussi la circonstance particulière qui me concernait, devaient me faire espérer de Pobtenir facilement ; aussi m'y excîta-t-oh ardemment de tout côté : c'était le moyen le plus BUT d'accomplir mon objet, disait chacun, et Ton m'imputa à tort de ne vouloir pas le tenter ; mais j'avais longuement pesé, à part moi, le pour et le contre d'une telle démarche, et j'étais loin de partager l'opinion commune sur la probabilité de son résultat; et à quoi pourrait me conduire cette haute faveur^ m'étais-je demandé ; pouvais-je prétendre remuer, par mon éloquence, le coeur du souverain ? Et si mes paroles eussent pu le toucher ÇQCDO^e homme, la décision finale ne devaiteiUe pas éoi^Der du concours de plusieurs autres ? Et puis, dans ces momens si courts et si embar- ' irassés, étaîs-je bien sûr de parler avec autant de suite et de régularité que j'écfrirais ? Etait-il convenable qwe je liii remisse çn temps inoppojctu;», ~&t Çj orom e j'eusse pu le iaire d'une pétition -i>rdi- ^ naire, des pièces authentiquecr' que je netdesftinais qu'aux souvefaîn» réunis ? Et si J'Ettipereur Alex.

338 MON SÉJOUR AUPRES [Année,

andre venait, comme- U n'était que trop probable, à s'exprimer, devant moi, sur Napoléon d*iine manière que je n'eusse pu m'empêchér de contrèdirë) ne pouvait-il pas arriver que j'eusse irrité, aigri celui que je prétendais adoucir ? Cette dernière considération surtout m'avait déterminé, d'autant plus qu'à côté de ces nombreux inconvéniens il ne se présentait à moi qu\m seul avantage, et qu'il m'était tout personnel: l'insigne faveur d'approcher le premier des monarques, de converser avec celui duquel Napoléon avait dit sur son roc : *' Si je meurs ici, voilà mon héritier en Europe."

Au surplus, ce souverain me savait dans la ville ; on m'apprit qu'il Pavait mentionné dans une de ses réunions, et j'avais la presque certitude qu'on devait lui avoir parlé de moi, et cela par suite d'une circonstance assez particulière pour trouver place ici. Ma chambre dans l'hôtel où î'étais descendu, se trouvait toucher précisément celle d'un de ses généraux qui avait sa haute confiance et Thabi- . tjLide de tous ses instans. La secondé ou la troisième soirée après mon arrivée, le maître de l'auberge entre chez moi pour me dire que ce général est prêt à me recevoir, et qu'il se fera un plaisir de m'accôrder l'entretien que je lui ai demandé. Dans mon étonnement, ma réponse fiit d^abord qu'on allât dire qu'il y avait eiTeur; puis, réfléchissant tout-à-coup que c'était peut-être une circonstance heureiiie ménagée par le Ciel, je courus après l'homme qui exécutait déjà sa com-

1818.1 DE iffiMPJEREVR NAPOX-éON, 389

ipiaçion, et dela.pprte j>xpliqu;ai moi-même qu'il y d'Yiiit , .m^j)rise^ sans doute, puisque je n'avais pa^ eu rhonneur de demander . une pareille faveur» Sur quoi le général courant à, moi comme pour me retenir, et renvoyant ses aides-de-camp, il me dit avec grâce et politesse que, méprise ou autre* ment, il allait se trouver heureux de cette occasion de faire connaissance et de causer avec mo^, et nous eûmes en effet une conversation fort longue et toutiç, comme on peut le croire, sur Sainte- Hélène. >

Je n'étais venu à Francfort que pour faire dé^ poser authentiquement toutes mes pièces à chacune des légations respectives. Cette opération, finie je retournai prompteraent à Manheim toujours pour échapper au mouvement et aux. intrigues., de Francfort, où plusieurs ne manquèrent pas de m'offrir, auprès du congrès, des services . qu'ils diraient pouvoir être très importans, me proposant d'y être des agens très-chauds de mon affaire, ce qu'il m'eût. fallu, comme de raison, payer trèscher, et l'on a vu que j'avais à peine de quoi pourvoir aux premiers besoins de celui pour les intérêts chanqeux duquel on me demandait de grosses sommes ; mais pendant la durée du congrès et en attendant quelque décision favorable des souverains,; il devait me parvenir jusque dans ma solitude de Manheim. des preuves nouvelles de la niéchanceté de Sir Hudson Lo.we et > des m^nvais traitemensqu'^L continuait d'exercer . sur ses vietimes ; je fus dételré à Manheim par un malhcu-

SU) M0N ûiaovh kiypwiii ■•■'' ^t^,

Stenx maître canonnier d*iin vaisseau de la eonl'pagwe des Indes» et il me parvint un git)s paquet du Général Bertrand. ^ >

On trouve assez au long, dans M. O^Méark, liiistoire de oe maître canonnier^ et toutes les vexations qu^il éprouva de la part du Gouverneur et de ses confidens» pour avoir été porteur d^un buste du jeune Napoléon, dont il espérait tirer quelque bénéfice en en faisant hoitimage à Longwood. Ce tiiiste que Ton avait voulu d'abord faire jeter à la mer, puis essayé d*en déguiser Texistence en Teinlevant^ sous le prétexte d'en faire présent mênie à Napoléon, fut enfin, par la force de la voix et de rindignation publique, envoyé en effet à Longwood, et le Comte Bertrand fit passer au canonnier, tant pour la valeur du buste, que pour Findemniser des vexations et des pertes qu'il lui avait causées, une des lettres de change que je lui avais laissées en partant, de la valeur de 500 louis \ le Comte Bertrand, en la lui adressant, le priait de vouloir bien lui en accuser réception, mais ce pauvre homme, loin d'avoir pu accuser une telle réception, n'avait même pas eu connaissance de la lettre du Comte Bertrand. H avait dû continuer sa route vers Tlnde après le don de son buste, avec la seule annonce verbale de Sir Hudson Lowe, <^ Que les gens de Longwood lui avaient destiné ** quelque gratification, et qu'on lui en donnerait ^'connaissance avec le temps." Au rétour dfe rinde il fut interdit au malheureux, tout le temps

dont on lui avait parlé conc^n^at 9f s intjér^ts fip trauv^r^t ^ Londres à TAmiraptér ,AiTiy4 en 44igl0lterr<^p,4ç$ recherches lui pracurèraut lea ej9bt la lettre de çli^qge de 3Q0 lonia; c-était la pro^ mihre conoaiâaance qu'il en avait^ mata plui 4e 1^. oipU a*^ta|f;nit écpulés, les personnes aur jftti el^é était tirée n'avaient plus les fonds néae$aaire& et il lui fallut quitter Londres avec la pei;siMiîf3;p et la douleur d'avoir perdu et son buste et soa argent; c'était un habitant de la Dalmatie, retournant dans son pays par la voie de Trieste ; il traversait tristement TAUemagne, lorsque, par jlp plus grand des hasards, il apprit ^ Francfort qu'il trouverait à Manheim le signataire de sa lettre de chaigej il m'axriva, etsa joie fut vive et ses malér dictions contre Sir Hudson abondantes, en recevant un argent qui lui composait d^soi^nais une petite fortune^, di?.ait-ij, ef ferait le bonheur dç ^|i vie.

Quant au gros, paquet que je reçus au.ssi veiis cjd même temps, du Grand-Maréchal, il se composait d'une Ipngue lettre de lui, écrite par ordre dç TEmpeireur^ e^ de diverses pièces authentiquas v^enuis^ en d^ors de M voie irégulièr^e. Mais, à mon gpac^ étonneraent, le même jour oii il me parvenait, jeu lisais le contenu dans les papiers Belges, tiré et retraduit des journaux Anglai^. DeviujSjUt.les inteuUpu.? djç I^oqgjyooçî,. j.e fie mtpji ,çnapjreps^ 99»

* ToMX ly. Huitième Partie. m

Me * MON sé^Oim AUl^fiS [Année,

moins d'en envoyer officiellement copie à Lord Liverpool, ainsi qu'on va le voir: j'insère ici toutes ces pièces, parce que la lettre du Comte Bertrand, reprenant, avec quelques détails» les mauvais traitemens éprouvés par l'Empereur depuis l'inatant où je l'avais quitté, procure au lecteur dix-huit mois de plus de l'historique de Lohgwood ; et puis quelques-unes des pièces portent des apostilles de la main même de Napoléon, et sont trop remarquables pour être passées sous silence.

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