Tome IV. Hîdtîhtie Partie, u
flQO ^ MON aÉJQUIl AUFIIS6 Ifknuh,
expressions fâcheuses avec des significations à lui, et nullement injurieuses ; et puis, par bonheur encore que j'ai déjà pour moi le temps, ce véritable creuset des caractères. Des années se sont écoulées depuis, et l'opinion unanime, j'ose l'espérer, de tous ceux qui ont été à même de me connaître ou de me suivre, me justifierait assez d'une telle ineiilpatioii. Un intrigant ! Moi, qui ai épuisé sur un roc toutes les vanités de ce monde j nidi qui, dans les nues de Longwood, ai vu toutes choses de si haut qu'elles sont demeurées si |)etites à mes yeux ! Moi, auquel qui que ce sent sur la terre ne saurait plus aujourd'hui rien faire dé^rer ; mèi enfin qui, ne me regardant plus comme de >oe monde, ne puis avoir et n'ai en effet d'autre ambition tout au plus, d'autre vœu que celui de Diôgène: qu'on ne me gène pas dans ma part deadleil.
DfiPtJÏS L'ARRIVÉE A OFPEMBACH JU& QtrÀU RETOUR EN FRANCE.
Espace de plu9 de deujc ans.
S^our â Ojffmbach.'^Détails^'-^Arrivée en Eurçpede M^ . ^ MwithohtU'^Fcj/age à Bruxelles. — S(jjqut 4 lA^e^ à ChaufofUaine, à Sohan près Spa, à Anvers, à MaUm.-^ Mort dp Napoléon. — Retour en France, — Conclusion^
Ofvem BACH est une jolie petite ville du GrÂnd- Duché de Darmstadt^ située sur le Mein, à detil lieues de Francfort. Je m'étais établi^ suivant ma coutume, dans une espèce de petit hermitage. Il était sur le bord du fleuve et à deux pas de la ville.
Mes mau^ de tête» sous leurs divers symptômes, ne m'avaient jamais quitté; à Manheim j'avais éprouvé des douleurs très-aigues. Au bout de quelques temps de séjour à Offembach, mon inccHnmodité prit assez subitement un caractère nouveau, insupportable, alarmant. C'est alors que commencèrent un malaise universel, une débilité croissante qui, interdisant l'emploi de toutes les facultés, amenaient le complet dégoût de la vie; alors aussi commencèrent ce frémissement instantané sous mes pas et dans toute ma personne, ces éblouissemens subits que j'eusse pu appeler le clignotement de l'existence. Combien de fois, dans cet état, et sans en rien témoigner, je me suis couché
avec la pensée, j*ai presque dît Tespérance, de ne plus me réveiller. Madame de Las Cases, dans Texcès de son inquiétude, voulut que j"interrompîgse toute espèce d'occupation quelconque, dont au fait j*étais absolument incapable, me supprima înes lettres et écrivit à des parens de TËmpereur, pour les prévenir de ma véritable situation et les engager à tné nommer un successeur dans les soins que je m*étais créés. Déjà depuis long-temps, pat précaution, moi-même je les avais priés de m'ad* joindre une personne dont c'eût été le bonheur, et dont le choix eût été agréable à l'Empereur *. Il était auprès de l'un d'eux ; mais, par un motif ou par un autre, cela ne put se faire, et la nécessité me força d'interrompre, sans que rien fut pourvu pour y suppléer.
J'épuisais vainement tous les secours de la médecine, et si les soins domestiques, les tendres sollicitudes qui m'entouraient de toute part, y eussent pris quelque chose, mon incommodité n'eût plus été qu'un bonheur par la satisfaction de me les voir prodiguer : on aime à s'arrêter sur ce qui fut doux, et je île' i^aurais assurément mieux rendre tout ïe grand intérêt qu'on me portait, et la niiùré dés récompenses que me Valaient les senltmehà que j'avais montrés, les efforts que j'avais teiités, qu'en disant que mon petit hermitage s'est vu
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* I^e Colonel Planât» officier d'ordonnance qui nous avait suivi jusqu'à Plymouth^ et qui^ sur les derniers temps, avait même obtenu l'autorisation de se rendre à Sainte-Hélène.
honoré de la préoence dé trois reines» et je crois, le même jour : deux se trouvaient déchues, il est vrai ; mais elles n'en captivaient pas moins partout^ en «e moment^ par l'élévation de lepr ame, la simplicité de leurs manières, l'éclat de leurs autres qualités, le respect universel, au moins autant qu'4 r^oque de leur {dus haute splendeur.
C'est à Ofifembach que me fut adressée, dans sa marche pour Saint-Hélène, la petite colonie que le Cardinal Fesch y expédiait ; elle se composait d'un aumônier, d'un chirurgien, d'un médecin^ d'un valet*de-chambre, tous du choix du cardinal. A mon arrivée en Europe, je lui avais écrit être sûr que l'envoi d'un prêtre capable aussi d'écrire sous la dictée et d'aider un peu au travail, serait fort agréable à TEmpereur, et j'avais employé son intermédiaire pour y intéresser la conscience dU Saint-Fère, qui, en effet, l'exigea des ministres Anglais, lesquels s'y étaient refusés jusques^là, ou y avaient attaché des conditions inadmissibles. C est aussi d'Offembach que j'expédiai pour Longwood deux charmans portraits : l'un du jeune Napoléon, peint d'après lui dans l'année mênlie et envoyé par le Roi Jérôme ; l'autre était celui de l'Impératrice Joséphine par Sain, dont la Reine Hortense faisait la sacrifice. Il était monté sur une magnifique boîte à thé en cristal. Ce choix de cristal était une précaution délicate de la Reine, qui avait fait aussi exécuter la monture de manière à ce qu'il devint imposi^ible de pouvoir soupçonner
««eftiiict supercherie d'écriture cachée* I^ pi^mier 4e ces deux portraits est parvenu; le valetsJeK cliAmbre de rSknpereur m'a dit depuis que N|Bipo-P léofi, en Tapercevant^ s'en était saisi avec avidité et Pavait baisé. Moi, qui sais comhieo peu r£m-* piereur était démonstratif^ je p\xis juger par là de toute rétendue de sa satis&ction et de sa joie* j^ant au portrait de l'Impératrice Joséphine» il ft'est jamais arrivé à Longwood, bietn que piur un ^opt;raste assez singulier^ on s'y soit trouvé^ par ç^ite de quelque mémoire, avoir acquitté les frais de douane de son entrée en Angleterre.
Vers la fin de Tété, Madame de Las Cases, pi^ ordre des médecins, me traîna aux eaux de Sçhw^-^ baehf où je ftis pour tous un objet de commiiséffa-» tion. J'en fus ramené sans en avoir obtenu auQUll hénéfiee; mais alprs une circonstance ra^îi^as pour un instant, mes forces, et.inç fit; quitter V Allemagne.
Tout à coup j'apprends par les papiers pubUcf^ le retour de M"^* de Montholon en Europe ; elle avait été^ ainsi que moi, repQUssée d'Ao^teir^ el^ détwquée à Ostepde. Je ne pua réa^ter . è^ aller chercher des, détails authentiques dont j'étais privé depuis si loQg-tentps. Je courus vers elle pour lâi rejiçindre, soit qu'on Ivii permit de séjourner daô9 le pa^s, soit qu'on la lÊbrcât» à mon exemple^ dft courir les grands chemins > et danç ce cas[, j^^ poih vais lui être utile j j'avais d& l'expérienqe. . Voyageant avec . mystère, car je me rappelais
191^.]. DS l'ebipêrbur NAPOLBON* f&S
trop bien éous les mauvais traiteméns tëçus jaéÎB dms lès Pays-Bas ; je joignis Modattie la Comtesse de Montholdn à Bruxelles. Nèn-seuleimnt elle pouvait y àetaettreri mais elle y avait été reçue avec des égards tout particuliers, et un journal âe Pendroit ayant annoncé qu'elle serait obligé de poursuivre sa route, uu article semi-officié), avait réfuté cette nouvelle, en s'appuyant surtout de ce que les Pays-Bas étaient la terre de tkospitaUté. Il ne m*eri Êillut pas davantage; la Belgique txie {graissait presque la France; au milieu des Belges je me croyais parmis des compatriotes. J'écrivis ddnc à M** Las Cases notre bonne fortune, poUr qu'elle se hâtât de venir me joindre, et fuyant Bruxelles pour les mêmes motifs qui m'invaient fait sortir de Francfort, je choisis Liège, eu souvenir du tendre accueil que j'y avais reçu lors de mon idfortuné passage 18 mois auparavant, et je fus m'y établir, non sans appréhension de qud^fue ftialenéoiitre nouvelle ; et j'avais tort, car je dois dire avec vérité et reconnaissance, que duraift J)tès de deux ans et demi que j'ai parcouru depuis le pays en toutes directions, sans aucune demandé, aucune sollicitation, pas même d'avertissemeflt . préalable, ce pays jadis si funeste pour moi, ftit toujours en effet depuis la terre de l'hospitalité ; n'ayant jamais «u à m'apercevoir d'aucune agtôrité Quelconque, si ce n'est par la tranquillité, le rëj>os, dont je J€H}issais sous son ombre.
L^influeûce, la malveillance étrangère avaient
806 MON fiflJOUR A^rRèé [Aû^lée
0€88é| c'est dans ce temps qtte mon -fils dématidk tbâouveM et pôur eoii propre comte^ dénètbamer àXongwoocL J*ai la réponse de Lôrd/ Bâtkùrst ^tfaif ^y refusa. Plus tard la Princesse PatiHne, qui venait d^ôbtenir de s'y rendre, m'écrivit pùm me demander si mon fils voudrait Pacconâpag»er ; tna» alors^ hélas ! il n*était plus temps; . «
M l'a^ction) ni les soins de mes amis à Liège, ©il je restai tout l'hiver, ni le site agreste de Chaude-Fontaine où je passai le printemps ; lii rhûspitelité généreuse du digne et bon propriétaire du charmant lieu de JXistlanTille^ qui me força d'accepter pour Tété, à quelque pas de lui» la demeure de Sohan aux portes de Spa et de Verviers ; ni la bienveillance de tous les siens, si nombreux, si bienfaisans, si considérés dans' le pays,, ne purent améliorer mon état ni fixer mon sé^ur ; et pourtant il me serait difficile de rendre dignement la bienveillance extrême, les disposi^ tigm. touchantes, l'esprit sympathique de toute ïk population de ces contrées si prospères, si riches, sil:£omsantes sous le règne impérial, et demeurées si . j^eoonnaîsantes. Combien de fois, dans mes promenades solitaires, les gens de la campagne, Içs artisans se retournant après m'avoir croisé, ne se S!ont41s pas écriés: vivent, ks bon amU et im J^lité! Paroles douces qui remuaient lé cdeur. Combien de -fois, si; nous manquions de quelque^ 1%UQ|^» ou auti^s -objets semblables, n^avons4>ious p^ >étéf.o|^J}gé8, aupràs des gens les^plus'pa^Vf es.
m9fi. I>£ i.';QA|IWtB0ft MAPOJbfiON. 807
^rJl|e^£lir:eaQheiçr $Qus le nom de quelque yômn^ pa?f)^H)u'à nous on ne voulait que les^c&vmer / Que diQ tpait^ d6<^i^ geupe j'aurai» à diter^ et de bien d'i^Htr^e nature éimore ! Mais j*àbrège autant que j^ puis^ j'écris en courant ; aussi bien je n» sens euibarrusé db me, trouver seul en scène; et cependant je ne veux pas laisser de lacune ; ceci doit être de ma part^ une espèce de compte reudu* Je fus passer mon second hiver à Anvers avec des amis sincères que j'aime tendrement et qiiè m'avait crées ma venue à l'expédition de fleSaingue dix ans auparavant ; et au printemps je gagnai Maline sans aucuns motifs ; car je ne pou« viûs rester long-temps dans le même endroit; j'avais le besoin de changer. J'étais le malade qui s'agite et se retourne dans son lit^ cherchant vainement les douceurs du sommeil. Deux fois» pendant nos deux années de la Belgique^ Mj^ Las Cases voulut me conduire dans le midi, et deux fois, au moment de l'exécution, des circon*^ staiicës forcées vinrent nous arrêter. Contretemps, au surplus, qui furent pour nous autant de véritables faveurs de la fortune. Sans le premier, pous jaous serions trouvés engagés à une journée eu dedans de la frontière au moment même d'une catastrophe funeste et sanglante; et sans le second nous seriûns arrivés à Nice précisément au moment de l'explosion constitutionnelle du Piémoi^t; et uuljdoute que dans lés deux cas, etasseis naturel- ]efne9^(yjiç>Ks,n'eM9SÎons.été siiupiis k des* désagrémens au moins passagers.
998 MON SBJOUB AUPRÈ9 lJkM6t,
Cependant se. tint le Congrès de Layba^, )^ je ne pus résister à tenter de nouvelles sdlieilatiras ersjcote^ J'adressai une nouvelle lettre à ehaeun des trois hauts Souverains. Voici celle à TEispereur Alexandre :
^'Sire, — Une nouvelle occasion sc^nnelle se *' présente d'élever jusqu'à V. M* d'humbles et re- '^ spectueux accens j je le saisis de nouveau avec ^/ empressement*
''Je craindrai peu de me rendre importun: mon '^ excuse et mon pardon sont dans la générosité de " votre ame.
^\ Sire» rappeler en ce moment à votre attention '' et à celle de vos hauts alliés, Tduguste captif *^ que vous appelâtes long-temps votre frère et '^ votre ami ; chercher à détourner vos pensées *^ et les leura sur cette victime, dont la cruelle '^ agonie m'est toujours présente, c'est, je lé sius, ^' faire entendra la cloche de la mort au milieu de "la joie et des. festins. Mais en cela. Sire, je '* crois^ aux yeux de V. M. même, remplir un ho- " norable et pieux devoir, dont Taccomplissement " me demeurerait toujours doux, quelque péril- " leux qu'il pût être !..•..
" Sire, réduit à un état d'infirmité et de faiblesse ** qui me permet à peine de lier quelque idéesj je '* vais suivre l'instinct de mon cœur, au défaut des " facultés de ma tête, en me contentant de repro- ** duire littéralement ici à V. M. la note que j'osai " lui adresser à Aix-la-Chapelle ; aussi bien, les
^^ QÎf cwatMces étant demeurés les tnêtnes^^ Tien H ïl^aymt changé depuid à cet égards que pourrai^ ^^ Je £|ijre de mieux que de r^lacef sous les yeux '' de y.; M. le même tableau» les mêmes &its, le» ^* mêmes raisonnemens, leâ mêmes vérités^
^* Seulement» si» en dépit de ce que je semblais " y . affirmer alors» Fillustre victime, comre mon \^ atjtente et cdie de la faculté, respire encore» si '^ elle n*a pas déjà succombé» j*oserai obs^ver à ^^ V. M» que cette prolongation inespérée de sa *^ vie» qui i\*est pour elle que la continuité de son ^ supplice» est peut-être pour V. M* un bienfait du ^^ Ciel que la Providence ménage à votre cœur et ^ à. votre mémoire é Ah ! Sire^ il en est donc
temps encore !!!»... Mais le moment précieux
peut échapper à chaque instant à toute vôtre '^ puissance / ... Et que seraient alors des regrets \^ tardifs^ impuissans» qui ne pourraient apaiser " votre cœur ou restituer à vôtre mémoire un << acte magnanime» généreux» la nature de gloire ^* la pluB douce» la plus morale» la plus recom* '^ mandable à la postérité» la mieux entendue " peut-être, dont vous eussiez pu embdtir votre ** glorieuse vie ? Je veux dire Toubli des injures» ^'le dédain des vengeances» les souvenirs de Tan- '^ cienne amitié» enfin le respect dû à la Majesté " Royale» à un oint du Seigneur ! ! !
"Sire» depuis mon retour en Europe, séparé " de la société des hommes^ en proie à des souf- ^Vfrances désespérées» puisées à Sainte* Hélène
300 MOM SÉJOUR .àUP&BS [Aon^f
^^jBéme, appartenant désormais et 8;ans ?etouif ^' bien plus à Tautre vie qu*à celle-ci^ j*élève ,dana << ma retraite, chaque jour avec ardeur, mes matns ^^ vers le Toot-Puissant, pour qu'il daigne toucher *^ le cœur de V. M. et l'éclairer sur une potion si ^' essentielle de ses intérêts et de sa gloire*
*^ Je suis, etc.* Le Comte de Las Cases,"
Quelles prophéties que plusieurs de ces ligues! Hélas! elles étaient à peine sous les yeux des Monarques, qu'il n'était pjius! • • • Il avfiit cessé de vivre, de souffrir ! ... En ouvrant le Moniteur» j'y trouvai l'annonce fatale ! . . • Bien qu'elle ne pût me surprendre, qu'elle fût depuis long-temps certaine à ma raison, je n*en demeurai pas moins frappé, saisi, comme d'un événement inattendu qui n'eût dû jamais arriver
Le lendemain je reçus une lettre de Londres avee des détails circonstanciés, et les conjectures aux* quelles ces détails pouvaient donner matière; et cette lettre terminait disant : *^ C'est le 5 Mai, vers les six heures du soir, à l'instant même oh le canon annonçait le coucher du soleil, que sa grande anse a quitté la terre ! . . . .
Au bruit de la mort de Napoléon^ on doit le dire, ce ne fut qu'un seul cri, un même sentimenfi dans les rues, dans les boutiques^ sur les places^ publiques j les salons même témoignèrent quelque chose} les cabinets seuls se montrèrent insetisibfes^
* N. B. Une pareille lettre fat adcestée aux attres souverains alliés avec de légers ebasgemens analogues. ?
181^.] i>B l'empereur kapoléon. 8Q1
Que dis -je insensibles? . • . ihaîs après tout c'était hatarel, ils respiraient enfin à leur aise. . . .
'Pendant sa vie, au temps de sa puiâsance^ il avait été assailli de pamphlets et de libelles ; à sa mort on fut inondé tout à coup de productions à sa louange; contraste, du reste, qui repose un peu de tant de bassesse du cœur humain. Ce furent partout et de toutes parts, des compositions en prose et en vers, des peintures, des portraits, des tableaux, des lithographies, et mille petits objets plus ou moins ingénieux, constatant bien plus que ne saurait le faire toute la pompe des rois, la sincérité, rétendue, la vivacité des sentimens qu'il laissait après lui.
' Un curé sur les bords du Rhin, dont le lieu avait reçu quelques biens particuliers de l'Empereur, assembla ses paroissiens, et les fit prier pour leur ancien bienfaiteur.
Dans une grande ville de la Belgique, un grand nombre de citoyens souscrivirent pour un service funèbre solennel ; et s'ils s'en abstinrent, ce fut bien plus comme convenance de leur part que par suite d'aucune interdiction. Alors se vérifièrent ces paroles de Napoléon, que je lui avais souvent entendues répéter : "Avec le tems rien ne sera beau; ^-^oe frappera l'attention comme de me rendre jus- ** tice. ♦ .... Je gagnerai chaque jour dans l'esprit
*J de» peuples Mon nom deviendra l'étoile de
'^ I^ura droits^ il sera l'expression de leurs regretis.'* Et toutes ces circonstances se sont vérifiées en
dO€ MOK SÉJOUR Ai/pnéi [Ahliéè,
tous pays et partout. Sans compter tout ce que j'ignore, sans doute, un paîr de la Grande Bretagne, à peu de temps de là, disait en plein Parle^ ment : ''Que les personnes mêmes qui détestèrent ^* ce grand homme, ont reconnu que depuis dix ♦' siècles il n'avait point paru sur la terre un ca^ ^'ractère plus extraordinaire. L'Europe entière^ ♦^ajoutait-il, a porté le deuil du héros; et ceux qui ** ont contribué à ce grand forfait, sont voués aux *^ mépris des générations présentes aussi bien qu*à " ceux de la postérité *."
Deux professeurs Allemands, soit qu'ils eussent toujours reconnu son vrai caractère, soit quife fussent guéris, par Texperience, de leurs préventions nationales, ont élevé sur leur terrain un monument à sa mémoire, avec quelques inscriptions indiquant qu'avec lui tombe un voile funèbre sur les droit* des peuples et l'élan ascendant de la civilisation.
Nos écrivains ont défendu sa mémoire ; nos poëtes Pont célébrée, et de nos orateurs, dans lai tribune législative, ont proclamé hautement rattachement qu'ils lui avaient porté, ou se sont honorés des distinctions qu'ils en avaient reçues. ' Il ne me restait plus qu'à rentrer dans la patrie. En traversant la frontière à la fin de cette secondé émigration, je ne pus m'empêcher de songer aux circonstances de mon retour, lors de la première, et quelle différence de sentiment les distinguait! Alors il me semblait à chaque pas marcher* au
* Discours de Lord Holland. Pilote du 3 Août 13^2. '