‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint HélèneChapitre 8 sur 43 · EXPOSE DE NOS GRIEFS A J.ONGWOQJ · texte numérisé non relu

EXPOSE DE NOS GRIEFS A J.ONGWOQJ

- '' M. le Gouverneur,— * Dans les diflérentfes l'encontres qu'ont amenées entre nous les circonstawces de ma diétention personnelle, il s'esta échangé^ et) passant, quelques réflexions sur Longwood>* q^^i me scmt revenues 'plusieurs fois à l%prit^ ^ Yxim

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avez répété souvent que nous y étions dans ierreur^ et que nous nota efforcions d^y demeurer* J'ai eu beau vous répondre que c*^étaît précisément l'observation que nous faisions nous*mémes chaque jour vis-à-vis de vous, vous y êtes revenu toujours avec Pair de la plus intime persuasion» Une autre fois vous m*avez dit que nous eussions dû vous adresser nos griefs; que vous les eussiez envoyés à vos ministres, et eussiez livré volontiers vous« même à la publication ce qui vous eût été perscm* nel. Je vous ai observé que mes lettres, qui vous passaient par les mains, remplissaient assez bien cette intention ; que celle au Prince Lucien même, qut^ dans cet instant, faisait Tobjet de ma réclusion, vous avait été destinée de la sorte, et que vous me les aviez néanmoins interdites. Mais c^était à cause des réflexions^ m'avez-vous dit. Noi^ peines étant principalement morales, ne doiventelles pas entraîner, de nécessité, principaledient des réflexions ?

^^ Ces objets et plusieurs autres de même nature« pour être bien compris, eussent demandé plus de développement; ils eussent exigé entre nous une conversation régulière et tranquille. Or, vous n'y donniez pas lieu, et je ne le cherchais pas^ Toutefois, il m'en est resté, ainsi que par d'autres circonstances accessoires, que vous^ ne vous dofutiez pas de votre position avec Longwood, ou que vous ne compreniez pas et ne soupÇ#imiez même pas une partie de vos torts envers d^us ; ce

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qtii, fs^LtkS les détruire à mes yeux, en ferait disp»raître du moins la portion la plus odieuse: la mauvaise intention.

•* J'ai imaginé dès-lord de consacrer Toisivetë de ma réclusion à vous les faire connaître. Ma situation et le moment sont des plus favorables : j*éerirai dans le calme et sans passion ^ je n^aurai pas le iîel que j'aurais eu sans doute à Longwood avant de vous voir ici ; de plus ceci ne sera que mon opinion personnelle ; mes rapports seront purement particulier^ : ils seront dictés par Tamour de la vérité, et, le dirai-je (voyez si je puis être juste), par une espèce d'intérêt à présent pour vous-même; car la contrainte peu agréable que vous exercez sur moi en ce moment ne m'empêche pas de dia^ cerner les égards dont vous l'avez entourée- Surtout lisez avec calme. Monsieur ; songez que ceci sont nos griefs^ ce que j'appelle vos torts vrais ou apparens, et que je les écris ici en toute franchise, comme dans mon Journal, et comme si vous ne de^ vîez pas les lire.

'^ S'il m'arrive de me tromper dans quelques détails, je vous prie d'observer que vous m'avez privé de tous mes papiers ; que je suis loin des pièces officielles, que je n'écris que de mémoire, et que je suis prêt à rétracter toute erreur matérielle que vous me feriez apercevoir.

Je vais prendre les choses dès leur origine.

En un clin-d'oeil, un grand souverain, au faite de là puissance, trahi par la fortune et les hommes,

A4f r ' MON SÉJOUB AUPRBS [Jdâv.

àVait pardti un trône, sa liberté, et se trouvait jeté sur un roc affreux au milieu de TOcean ; et tous ees événemens s'étaient accumulés avec tant de rapidtté^'que tout s'était accottiplî, mais que rien n'avait été déterminé. Nous attendions.dono à Sainte^ H^^lène avec anxiété la fixation de nos destinées ; mais nous l'attendions du moins avec la consolation de Texcès du malheur ; bien sûrs, nous sem^ blait-il, qu'il était impossible que notre situation a'empirât.

** L'Europe, disions-nous, a les yeux sur notre rocher ; les peuples vont juger de la conduite des roisi Sans doute que les égards, les soins vont être prodigués, du moins, en expiation de ce qu'ils appellent la nécessité de la politique. La législature, l'opinion publique en Angleterre l'ont fait entendre ainsi, et les ministres Anglais, dépo^i^ tairés et responsables de la gloire de leur naticm^ ne' sauraient ici substituer des haines personnelles»^ s'ils en avaient, à la moralité, aux sentimens publics.

' " Un homme arrive pour commander ici (on vt)US désignait. Monsieur), qui tient un rang disr tingué dans l'armée: son mérite personnel a fait,* dit-ori, sa fortune : il a pasfeé sa vie en missions cBplomatiques, aux quartiers-généraux dés Roîs du continent î dès-lors il a dû se familiariser, auw prés d'eux, avec le nom, le rang, la puissance^ lesf titres* de l'Emperedr Napoléon» Il çonnaitcar^sefi ' ra)5potts publics el éecrets avec ces80uveraii»s,/qui^

lui donnèrent ioiDg-temps le titre de frère^ et ont été ses amis» ses dliés, ou demeurent ses pr of^es^^

'^ Il saura qu'à Châtillon il n*a tenu qu'à Napo^ léon de ré^er en France, du consentement même de l'Angleterre ; que, plus tard, il n'eût encore tenu qu'à lui de se réserver d'autres contrées. ' '

" Cet homme; disions-nous, du sein du nuage diplomatique, aura pris des idées justes deâ per^ sonnes et des choses : il se rit sans doute lui^ même, à présent que le fruit en est recujeilli> de. ces amas de- calomnies et de libelles que la crainte et la politique avaient créés pour le vulgaire: après de telles circonstances, il n'accepterait pas uae mission qui ne serait pas en harmonie avec elles, et dont le résultat ne serait pas d'améliorer notre condition présente. Sa venue seule est donc d'un augure, suffisamment favorable pour la nature de. ses instructions vis-à-vis de nous. Ne niavez-vous pas dit qu'il était à Champ- Aubert et à Montmi^ mt/P nous disait un jour l'Empereur; nous omrions donc échangé des boulets ensemble? (Test toujours à mes yeux une belle relation.^* Telles étaient les dispositions dans lesquelles était attendu Sir Hudson Lowe.

" Vous arrivez. Monsieur, et votre première vi-j site à Longwood est à une heure indue, ^ une heure où TEmpereur n'avait jamais reçu/. $ans qu'un de vos aides-de<-camp soit venu lui demapdçi: . Pi»»tontqm pouvait lui être agréa^c^; (fompijijté. que vous n'eussiesj certainement p^s i^égji^éervi^^r; ,

46 MON SÉJOUR AUPRÈS [JanV«

vis de vos ministres, ou même vis-à-vis d*un de vos simples supérieurs en Angleterre ou sur le continent: et pourtant à qui vous addrëssiezvous ?. • .Vous ne fûtes pas reçu. Ce premier paè n*était pas heureux, il faut en convenir. Mais telles étaient nos préventions en votre faveur, que BOUS notts plûmes à imaginer que, fraîchement débarqué dans Tîle, on abusait malignement de cette circonstance pour vous faire débuter par une injure. Peu de jours après, faisant le tour de rétablissement» vous vantiez à quelqu'un de nous la beauté de ce lieu, qui ne peut être pour rioùs qu'un séjour de désolation. On vous observa qU'il n'y avilit point d*ombre, et que c'était une grande privation pour l'Empereur. On plantera des arbres^ répondites-vous ; mot affreux qui nous pénétra jusqu'au fond du cœur, mais dont je veux bien croire à présent que vous ne soupçonnâtes pas toute la barbarie.

" Vous apportâtes avec vous Tobligation, peur nous, de faire des déclarations comme quoi notre séjour à Sainte- Hjélène était volontaire, et que cous nous soumettions de plein gré à toutes les restrictions qu'on pourrait nous imposer. II fut alor« sourdement répandu autour de nous, je ne sais par qui, ni dans quel motif, que nous allions signer là notre exil pour la vie. Cependant vouii dûtes voir du reste avec quelle alacrité tous, depuis le premier officier jusqu'au dernier dômes* tique, ^'empressèrent d'y satisfaire. Vous revîntes

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quelques jpurs après 9,vec la signature dea domes-r tiques; vpus.aiviez besoin, dÂsidz-vous, de )es raaaeml:))eF> de leur parler, et vous demandiez Tagré* 9)en$ de TËiiipereur* Je vous répondia que vous 9^ii^z la force^ qu'il était en votre pouvoir d*agir } mais qu'il vous était inutile de faire une prévenance qi|i ne serait qu'un outrsige de plus : nous étions d^iUS Fhabitude de regardée l'entourage de Tf^mpereur comme un sanctuaire sacré, ^ vos Qiinis^ très avaient accordé IS domestiques, qu'on ne, leur demandait pas, c'était là^ sans doutes la maiaon privée qu'on avait prétendu lui faire. £;tait-il sé^nt de venir s'y mêler, mettre pour ainsi di^^ le 4oigt entre l'Empereur et son valet de chambre? L^ grande mission du gouverneur de S^^-Hél^ne pouvait-elle avoir d'autres règles que dé veiller sur l'enceinte extérieure de Longwood^ et de respecter scrupuleusjçment l'asile, les mœurs du dedan»? Devait- il pénétrer dans un intérieur de famille? C(^pendant vous vîtes ces domestiques, pqur vérifier leur détermination, sans songer à tout ce que cette mçsure solennelle avait d'éminemment injurieux pour .nous. Si vos lois demandaient cette garantie, vous aviez tant de moyens indirects de vous procurer la certitude que vous cherchiez !

** Nous ne vîmes donc là que le projet arrêté de nous charger d^humiliations et d'outrages* Nous nous dîmes qu'on ne nous avait envoyé d' Angles terre qu'un geôlier: ; nos cœurs se resserrèrent, nos espérances s'évanpuirent, et la brèche fut

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décidée. De votre côté» bient6t vom ti« n^us montrâtes plus qu'une ûgme hostile' et 'simitre; lun» n'écbaiigeftines que des pamies peu âgréttMsâfl '' Vous répétiez, nous disait*on» et vMB 4ibûâ dites à nous-mêmes que nous nous^ abulriôns étrangement sur notre situation. ^' Que prétend* '^ il par-lày nous disions-nous ? Comment pour« ^^ rions-nous nous abuser ? Nous étions aux Tui-^ ^* leries» noi?»y donnioiis des ordres ; nous sommés ** sur un roc, et nous portons des chaînés* Vôir^ '^ parler ainsi, est-ce s'abuser ? Serait-ce l^aisa^ce *^ de nos manières dont il s*étonneralt ? Notii " voudrait-il obséquieux ? Nous trouverait-îl de " la fierté r Et pourquoi ne nous serait-elle pas •* naturelle ? Qu'y aurait-il de plus simple qu'elle *' s'accrût dans l'adversité ? Ne serait-ce pas bien *^ plutôt lui qui s^abuserait et méconnaîtrait sa " situation ? Ignorerait-il que c'est au pouvoir ♦* que sied la condescendance ; qu'elle le relève et *^ l'honore ? Ne verrait-il pas qu'ici sa gloire n*est ^*>pas de nous soumettre, mais bien plutôt de nous " satisfaire ; qu'il va se priver d'une belle page ^ dans l'histoire ? Que, s'il était permis de mon- " trer de l'humeur, ce ne devait être qu'à nous, ** victimes ulcérées ? Se croirait-il au milieu d'objets, de circonstances ordinaires? L'Empereur NapcJéon n'est déchu que de son trône : un ** revers le lui a ravi ; la fortune l'y eût fixé : i! " n*a perdu que des biens ; tous ses caractères au- '* gustes lui demeurent. Il n'en est pas moins

5frl'41u>d*iiiifgraiid p«wq>l^»?ooDaaoré parla rti^ion^ ,^^^sanoÉk>iSlé>|Mtt>la lâctdre» reçonim p«r tooa In ^ iMafnminêîi Hjéecj^ créé ! Ses aotsoM damtiarent l^dbsiiMrveîUéSy Ma monumens couvrant la ierre^ ^^19011. lK>m]:eflipltt le monde ; ses institutions, ses ^Vidéea drecneillies^ imitées, brillent {^rmi ses» eii^ ^< MAPtS ( ià .n'd, perdu que son trône ; tout le reste t^ lui demeure, et commande les respects des ihom^- ^Vflsesl Le Gouverneur se trompé, nouis ne nous ''alyusoBa.pas;*' >

: ** Il nous revenait aussi que vous nous portiez |i9il^d'égard8> parce que, disiez-vous, nous ne vous en témoignions pas àsses; et vous faisiez . peser vîfitoitieusement sur nous votre grand avantage ^m^ cette sorte de lutte, bien que nous ij^orash wm et de quel manque d'égards vous pouviez voufi. plaindre, et à qudis égards vous vouliez pfé^

tendre

, .*^ Les choses en étaient là quand il vous arriva une .passagère de distinction. Vous FaocueiUtte» àPjiantaUonrilouse^ et, pour lui . être agréable ;et satisfaire sa curi<)isité, sans doute, vous écrivîtes à lA>ugw0od po4;u: inviter le Grénéral Bonaparte à veqir rencontuer votre hôte à. dîner. Mais y. pc^ sâte^-yojw bien? Crûtes, vous bien l'açcc^tâtic» pQS3^)^?: Bt dans quel embarn^ne voiia^eûtnelle pas mis?, ^Ëusaiez-^voui^adresséàvptré coavifve'le t^tteidçi g4n^r^lé qui, par les circoiistances^ lui est? df^yejpfi. une insAflte? Qà Vmwhf^yém f^aoé ? Ç(W^i^e9t, J>V!Psiezc^y<>|is ti^aité ? ^ Ig^néral de*

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