‹ Journal de la vie privée et des conversations de l'Empereur Napoléon à Saint HélèneChapitre 9 sur 43 · Tome IV. ' HuitHme Partie · texte numérisé non relu

Tome IV. ' HuitHme Partie

Sfy MON silOUR AUPRÈS [Jiin«.

division» en géBéral en chef? Monatear^ chaque cémbônaison» chaqae parole» est un outrage. Et à ijpà les adf essiezrvous ? A Tame la plus fière, peutfitrCf qui soit dans l'univers* Je dois vous le dire, en lisant ce billet, je pâlis de surprise et d'indignation» Lui, calme, impassible» me le fit rendre au GrancUMaréclial, qui demanda quelle réponse?

Aucune» se contenta-t-il de dire froidement* Mais, grand Dieu! que devait*il se passer dans son cœur [ Que n'éprouvâmes-nous pas nqus-onémes ! Que n'eusaieZ'Vous pas éprouvé ! Vous le regretterez en lisant ceci, et ne le refe]:iez pas sans doute.

^* Fresque aussitôt commencèrent lea grie& in-» dividuels* Uu étranger étant venu nous vc»r à Longwood, car alors nous n'étions point encore S0U4 la machine pneumatique où l'on doit in&illiblement expirer bientôt dans cette horrible de<* meure, cet homme, qui allait en Angleterre, et devait, disait-il, repasser ici sous cinq à six mois, me persécuta pour me rendre quelque service à Londres* On manque ici de toute ressource quelconque, vous le savez. Je h|i donnai une montre, ne. pouvant la faire raccommoder à Saint&-Hélèfite, et lui fis remettre, par mon valet de chambre, un^ vieux soulier pour modèle. Si je descends id^ Monsdeur, à d'aussi bas détails» les circonstances^ me l'imposent et me justifient* Quelques jotura après, cet homme me renvoya ces objets» en s*ex» cusant, pai^ja lei;tre la plus polie* Le Gouverneur»

disait-il, Itd avait défendtî de se cfa»ger de cei dbjêts, à moins qu'ils ne passassent par ses maint»^ et 4ue je ne lui adressasse directement ma der friande. U réitéra plusieurs fois son av^s, pareè qû*il n*etit jamais de réponse de moi, et je tfsiYàiê garde: je tilie fosse désormais passé de montré toute ma vie, et j'aurais plutôt marché pieds iiusu» Xâvais senti Tinjure, et je la dévorais en silence i qu'y à-lf-il de mieux à faire^ quand on ne peut se là faîf e réparer ? D'ailleurs, poirvais-je bien envoyéf mon vieux sotilier à un général^ à an Gouverneur? Ce ft'eût été qu'exécuter à la rigueur, il est vrai, la lettre de ses reglemens ; mais ne devais*je pa» me respecter moi-même ? J'en conclus donc que' c'était ufte intention d'injure directe et personnelle. Ne Feussiez-vous pas cru vous-même ; je tous le démande ? " Autrement, me disais-je, ^ Sir Hudsôn Lowe m'eût fait l'honneur d'entrer ^ chez moi, quand il vient ici ; il m'eût dit qu'il ^ avait su par hasard que j'avais irrégulièrement remis à quelqu'un des objets pour l'Europe i qu'il s'était empressé, pour m'être agréable, de ** légitimer leur passage ; qu'il m'indiquait, pour **ravenir, la voie régulière, et que je lui ferais " plaisir de la suivre." Quelles qu'eussent été mes? dispositions antérieures, j'eusse été sensible à* Utï tel procédé ; j'en eusse été touché, il m'eût dtf Aïoîns fort embarrassé, et je ne crois pias que Sit* Hudsoti Lowe eût eii jamais à se plaindre de moî sûr cet objet. Mais il devait en être autrement;

S^ MON sirouR i^upRfis {J^r,

Du reste, comme je suis ennemi des tFacasseiie» et des querelles, que ceci m*était personnel» j'en fis long-temps mystère: une circonstance accidentelle le fit connaître, et ne contribua pas peu à accroître nos peines et nos chagrins à Longwood. ' ^* Un de nous avait pris un domestique depuis quelques jours, vous le rencontrâtes à la porte de la maison, vous Tarrêtâtes vous-même près d*un seuil que jusque-là nous avions dû croire saeté. Heureusement PEmpereur se promenait au loin; car cela eût pu s'exécuter sous ses yeux.

. "^ Il a flétri le court espace où je me promène,** dit-il, en parlant de vous, lorsqu'il sut la chose: •* Il ignore peut-être nos mœurs ; il ne sait pas que tout l'or des Amériques^ des monceaux de dia*^ mans ne sauraient compenser de telles injures t'* Vous avez assuré plus tard que vous ignoriez que cet homme fût à l'un de nous. Je le crois ; maïs cette ignorance, votre précipitation, l'acte luimême, qui n'en demeure pas moins, n'attestent-il» pas assez le manque d'égards qui dut nous blesser si vivement ?

*f La Comtesse Bertrand écrit un billet à ta ville ; vous vous en emparez et le lui renvoyez, en l'aceusant d'infraction^ et nous rappelant, à ce sujets qu'à l'avenir, et comme cela s'était toujours prùiU que, disiez-Vous, nous devions nous abstenir de communiquer par écrit avec qui 4i*e ce fût cbms l'île, autrement que par votre intermédiaire, et en vous envoyant nos billets ouverts. Nos eûmes

cr

IM7.] 1>K L'flMPfiREUR NAPOLEON. 53

beau nos récrier qu'il n'en avait jamais été ainsi ; invoquer le témoignage de vos propres gens» ^ni en demeuraient d'accord ; ajouter qu'il était bien ^1 votre. pouvoir de l'établir de la sorte, mais qu'il ne *£Ulait pas dire du moins que vous ne changiez lien aux réglemens de Votre prédécesseur ; vous n'en persistâtes pas moins, et nous n'eûmes d'autre consolation que de rire du ridicule par lequel noua pouvions aller voir des gens et causer avec ceux auxquels il ne nous était pas permis d'écrire; Toutefois, nous ne pouvions voir et nous ne vîmes en effi^t dans cette inconséquence que l'évident désir de nous tourmenter, et de nous faire sentir indélicatement le poids de l'autorité.

'* jusque-là on était entré ^ Longwood sur des passes du GrandrMaréchal. C'était une condescendance de pure courtoisie. Celui qui avait Pautorité et la police de l'île pouvait à son gré et sans bruit interdire tout accès auprès du Grand* Maréchal, et annuUer ainsi son apparente préroigative. Vous la 3upprimâtes, Monsieur, et donnâtes néanmoins, de votre chef, des permissions de venir à Longwood } vous réservant ainsi, dans nos idées^ d'une manière choquante, le moyen de toiontrer à votre gré votre illustre captif comme une curiosité. Il vous * fut écrit à ce sujet que si vous ne rétablissiez pas les choses telles qu'elles étajient, l'Empereur se résoudrait à ne plus* voir; personne; et l'on, vous pria surtout de lui, épar-

gner les importunttés de ceux qfai oe VîeMbraîent que de yotjre part.

' ^^ Quelle fbt votre réponae? Que voua étiez i^^ désolé d^apprendre que le Général Buonaparte ^ avait été Importuné d'aucune visite j que irons <^ ailiers prendre les plus promptes n^esures pour *^ que eet inconvénient ne se xenouvelât pas ;^^ et vous nous mttes , dès cet instant^ à peu près au secret. Nous fïkmes révoltés de votre mesure, et surtout de votre ironie ; elle nous parut baribare^ et nous transporta d'indignation* Mais ce ne de* vait pas être là tout. De vos agens^ ou je ne sais^ qui, dont le 2èle dépassait sans doute vos inien. tiens, firent circuler partout que TEmpereur ne voulait plus voir personne; qu'il se plaignait d'avoir été importuné par plusieurs. Ce li)ruit fut général au camp, à la ville, partout. Bour ma part, j'ai détrompé à moi seul trots ou quatre personnes imbues de cette croyance. Et vous êtes surpris, offensé de certaines défiances, de certains doutes entretenus sur vous à Longwood! Mais vous. Monsieur, qui m'avez répété que vous aimeriez surtout à juger sur Texamen des deux oâtés, passez un moment du nôtre, jugez ces fiûts, et prononcez.

^^ Alors notre horizon prit une teinte beaucoup plus sombre. Nous perdîmes du terrain chaque jour. La terreur apparut autour de nous; On s'éloigna sensiblement du lieu frappé de malédiction ; et nous marchâmes à grands pas vers une

tôi'TO i>£ l'^BMpAïUKm VAratiiéôN. û&

rédasion* Cependaait vos note»

loin de porter ce témoignage ; elle^ nom) »ei9* Uaient .trèsJinfailetiieiit rédigéesr : il eti fki imé rartoot qui nois frappa singiilîèretnetit : ma^uvé^ moire ne saurait me. la rappeler : elle était rdatîte à queiqnes mauvais traitemens pour TËmpereur^ et ne reiqiirait que, les plus i^ei^ectuenx égs^xàn. Oe contraste attira Tattention de celui qu'on, est si loin de connaître ; dont les paroles sont promptes ]MBtft*Mre^ usais dont la condamnation est toujours fente et le jugemienit exquis. Il a.yait ûotJliéUing* temps encore après que, de notre e6téy 9<his avions déjà depuis Ipng-temps tranché sévèrement* <^ Lfhomme est incompréhensible, avait^il dit sou» f* vent ; qpi'il eist difficile à juger! il peut taémt f^ jSnre une mauvaise action^ et n*ëtre pas méchante'* Maïs cette fois il dit : ^* Agir si n^al et écrire si ^^ bien, frapper d'une main et se blancMr de l'aaitr^ <^ ah ! c'est habile et profond !" et il lâcha^ la pande faitale ; ^*Sir Hudson Lowe e^t im tnéciani homme T Si) vous aviez été au milieu de nous^ MoQiioiir^ entoiu-é de nos circonstances, vous auriez in£uUi* blement |iensé, dit la même chose.

^^Nous abordons im pqint délicat^ celui -dès dépenses. Un jour il nous fut signifié que de/3& et quelques mille livres sterling employés pour nous, des ordres supérieurs vous forçaient de descendre àr 8,000; que ^ l'ËmpeçeiH' voûtait yocis riAtettro entre les mains le surplus^; J[^s^choi;?s*isesteraient sur le même pjqd; mais q^'àr dé^aule de

96 mm ftâiouR auprès [Jantr.

cela, des réductions devenaient indispe&isables» L'JEinperettr n^avait pas d'argent ! toute comnni- BÎoation avec l'Europe lui est interdite. Vchto procédâtes aux réductions. Vous jugeâtes vou»mêiùe ht somme de 8,000 livres absolument in* suffisante ; vous prîtes sur vous, m'avez^voi» dit ici, de la porter à lâ^OOO, et vous m'avra montre de rétonnement de n'avoir obtenu aucune recon* naissance pour cet objet? Monsieur^ l'indignation, et l'indignation portée au comble, ne laisse de place à aucun autre sentiment ! Si vous ne'rencontrâtes et ne recueillîtes que cette indignation, elle ne s*adressait pas plus à vous qu'à vos supérieurs, qu'à la nature entière. Et quel autre sentiment pouvaient éprouver des captifs qui, en ce moment^ sentaient renouveler dans leur coeur et dans toute sou amertume, le souvenir de la bonne foi trahie, la terrible hospitalité du Belléroj^n ! qui se regardaient ici comme par la plus inique perfidie ; qui se disaient arrachés insidieusement à leur liberté, à leur fortune; qu'on avait chargés de chainesy et avec qui on marchandait en cet instant leur subsistance, comme si elle eut été le résultat d*une faveur mendiée, d'un asile solUcké ! Que devaient éprouver des gens avec qui on voulait discuter des objets, qu'au milieu de leurs grandes infortunes ils comptaient pour rien ; qui, les'eâtcm comblés, n'eussent encore jamais vu que ce dont on les privait! Que pouvaient-ils éprouver quand on/veinait leur supputer les trois ou quatre

ce

18170 ^^ jJBMEWMSn NAPOLSON. iHJ

places qu'on disait avoir permis de composer la table de rEknpereur; un dîner qu'on lui avait accordé de donner par semaine, et autres choses semblables? Ce contraste' du froid calcul des bureaux, avec la tempête de nos passions, n*aurait* il pas dû vous frapper vous-même ? De tels détails oflferts à celui qui naguère avait gouverné le monde et faisiût des rois! Croire qu'il pût y descendre et les écouter !...... La plume tombe, le

sang bouillonne, on ne sait à qui s*en prendre !...« ^ O cœurs nobles et généreux de la Grande-Bre* *< tagne, nation Anglaise, et vous Prince-R^ent qui la représentez et ambitionnez la gloire, ce n'est pas vous que j'accuse ; je pense que vous ^' seriez vous-mêmes des accusateurs inexorables» ^^ si ces détails vous étaient bien connus ! Vous V vous indigneriez qu'on pût ainsi compromettre " votre caractère ; qu*au milieu de ces grands in- " térêts il fût question de quelques pièces d'argent ^Mà oii il s'agit de l'honneur! Est-ce là la gêné- '' rosité, le faste, la grandeur dont vous vous van- '^ tez ? Sont-ce là vos sentimens ? Etait-ce votre '^ volonté ? Et c'est ainsi que l'on traite, en votre ^ nom, ce grand ennemi de 20 ans, qui, à l'heure ^^ de l'adversité, vous estima assez pour choisir son refuge précisément au milieu de vous, par préférence à des souverains dont l'un s'était dit son ami, l'autre était devenu son père! Ce ^f traitement était-il dans l'intention de* votre lé- '^ gislature, où l'on avait mis en question si, sur

.5S MON tfiJ0UJl AUMBS [Jpnv.

'^ ce roc malheiireux, on devait comidârer Napo- ** léon en souyerain ou em caiptif privé? Etiiitr- *^ H dans le langage de vo» nrinurtces aêilie) qui " avaient dit qu*à la liberté près, tout serait pro- ^' digue pour adoucir cette situation extraordt** ** naire ? Et pourtant tels soot les ignomiweux *' traitemens dont on entoure celui pour lequel '< vos gazettes ont fait embarquer des palais et ^* des snperfluités splendides. Qu'on s'étonne <* donc peu si ce personnage auguste commande ^< de lui épargner de si ignobles détails, et que^ ^ montrant de la main le camp du SS^y il 8*écrie : ^ Qu'on me laisse tranqtiille ; si j'ai faim, j'irai *^ m'asseoir parmi ces braves : ils ne repousseront ^' pas le plus vieux soldat de PEurope."

^ Déjà l'Empereur, lors de notre arrivée, avait dit, au sujet de quelques difficultés de la sorte : ^^ Si je n'avais pas de femmes avec moi, je ne vou- ** draîs que la ration d'un soldat/'

'^Cependant vous opérâtes vos réductions comme vous voulûtes. On nous retira des domestiques nécessaires ; on nous fit des retranchemens sensibles, si bien que, n'ayant réellement plus le néces* saire, il fallut y pourvoir soi-même. L'Empereur ordonna donc de vendre de son argenterie, et ce fiit un sujet de peines et de vexations nouvelles. IVûn côté, les gens de l'Empereur pleurant de briser ce qu'ils regardaient comme des reliques; de l'autre, les difficultés suscitées, par vous, à la ville, et vds

I81T.] 1>K &.*«MPfiitBUR MAPOLEON* ^

plaintes de ce qa^ûn a'itait permis d'y epvoyer ces objets sans vous en demander Pautovisaticm»

^^ Ce fat vers ce temps qu^ fut beaucoup i|iiestioh de lettres venues à notre adre»ie^ et qu'on noQS dit que vous aviez renvoyées en Europe^ sans nous en parler, parce qu'elles étaient arrivées en dehors 4u canal des minbtres. Ce repfx)cbe vous a fort touché : il était mal fondé, m'avez«>vous dit ; jamais vous n'en avez renvoyé. Ici je vous crois : vous m'en donnez votre parole. Mais, à Long* wood nous ne fîmes que rire de la tournure que vtius employâtes, nous sommant de dire quand et quelles lettrés vous aviez reqvoyées : vous seul pouviez le savoir.

'< II est certain que vous m'en gardâtes uneâ5 jours. Un matin elle se trouva sur mon secrétaire^ glissée parmi d'autres qui arrivaient fraîchement. Vous m'avez dit ici qu'elle était demeurée à Plantatîon-House par mégarde, et que vous ne vwriùtes pas donner cette excuse, avea*»vous dit, de crainte qu'on pût en douter.

^ Je vous approuve fort ; j^eusse agi de même. Mais moi qui n'en savais rien, que devais-je penser 9 qu'eussiez*- vous pensé vous-mêmo l . ^ Il arriva aussi vers ce temps une circonstance qui peut servir à peindre bien des choses à-la-fôis. Après les couches de madame la^ Comtesse- de Mbntholon, un jeune ecclésiastiquie Anglais, trèsierventi vint baptiser son enfant. Nous le retln** mes à déjeûner à la table de service. La religion

i60 MOK ftsjeua auprès / [jat^.

ayant été l'objet de la conversation^ sa figure me montra une étrange surprise d'entendre nos re*grets de nous trouver suis prêtre. Livré, sans éoote/à la crc^ance vulgaire, et au tas de sotlisci» dont on nous environne sans cesse, il s'était attendu à se trouver parmi des renégats. Il lui édmppa d'avouer qu'on lui avait dit, et qu'il avait cru qu'à Madère un prêtre s'était offert à nous ; mais que nous Pavions repoussé^ en Tapostrophant de quelques soldatesques grossièretés. Il fut bien surpris d'apprendre que, si cette offire avait eu lieu, dile mma était demeurée étrangère. Profitant de cette circonstance, je priai l'ecclésiastique, après dé» jeûner, de vouloir bien passer chez moi, et là je saisis cette occasion toute naturelle pour lui pèinr dre la situation morale où nous nous trouvions. Nous avions des femmes, des enfsns, sans parler àe nous-mêmes, pour qui le manque des exercices religieux était une véritable privation. Nous désirions vivement y remédier sans bruit et sans ostentation. Or, c'était précisément son affidre naturelle, lui disais*je; je lui confiais nos vœux, et chargeais sa conscience du soin d'y pourvoir auprès du Gouverneur. A ce seul mot, je crus voir son embarras et la crainte de se compromettre, tant la terreur noua environnait ! Je n'en ai pl«s entendu parler. N'aura^t-^il pas <isé rempHi: la misaion? ou .auj'ez-\'Ous voulu que, sur ce point comme sur tous les autres, je vous en adressasse la d€!mande moi-ménie ? Si'^ ne l'ai pas fait, c'e«t

pai: l'embarras d'un ridicule toujours fitcile sur cet objet ; comme aussi par la crainte que, ne noua laissant point à nous-mêmes le choix de ce méde*cm de Famé, qui requiert plus de confiance encore que celui du corps^ on ne nous imposât ua étranger, qui, loin de nous être de quelque consolation, ne nous donnerait Tidée que d'un surveillant de plus, d'un espion au milieu de nous.

^' he ton des notes respectives était devenu si vif, que vous crûtes devoir les interrompre, pour échapper à ce que vous appeliez des injures, nous des vérités, et qui pouvait être l'un et l'autre. Voua nous dites que vous interrompiez la correspondance ; noua nous le tînmes pour dit ; nous n'écri* vîmes plus. Il est bien vrai que vous prétendîtes^ plus tard que nous avions mal interprété; mais c'était une dispute de mots. Vous y mettiez des conditions qui ia rendaient impraticable : vous exigiez désormais, par exemple, que, pour qu'une plainte pût être adressée par vous à votre gouvernement, elle fût signée de la propre main de l'Empereur. Or, comment pouviez* vous l'espérm:? A qui sur. la terre l'Empereur pourrait-il porteir des plaintes ? Où est un tribunal pour lui, si ce n'est celui des nations? L'Empereur ne peut se plaindre qu'a Dieu et aux peuples. Sont'-ce ses plaintes que Ton a craint, qtiand on lui a refnsé d-écrire au Prince-Régent sans être lu P La déti!^ catesse sans doute semble réprouver cette pensée ; mais pourtant quels iQotifs a^^on pu avotr^an» une mesure également injurieuse à la dignité de

6^ xoK tàj&un Mmit {jtàif.

ces deux grands persônriages ? quel projet pât-ott' lui prêter ? Je vais vous le découvrir : 9 voulait, à Taide de ce couvert respecté^ se pfoeiifer,- patïà seule vmx convenable cpii lui denîeurât, des n<nrvelles de sa femme et de son ^s ; et l^on trouva moyen de le persécuter dans ce qu'un époti^l, uir père avait imaginé de plus ihhocetit et de pins tendre.

" L'interruption de toute correspondance aVaît été précédée de celle des communications verbaléis. UEmpereùr, à la suite de trois ou quatre ac^énces, avait résolu dé ne plus vous recevoir. N<»s n^avions désormais^ aucun moyen de nous attdtn^ dire ; ' nous espérions ne plus vous voir : vous ii^éte reparaissiez pas moins comme de coutume. Tout fuyait à votre approche, chacun de nous cherchait soii asilé ; et vous continuyez triomphant la ronde du cachot oii se blottissaient vos victimes.

" C'est sur ces entrefaites et dans ces disposî» tions qu'arrive d'Europe un bâtiment. Les dépêchés vous parviennent, et vous vene* avec potope à Longtirood, entouré d'un nombreux état-major, demander à faire à l'Empereur des communications nouvelles et particulières. Chacun de nous, à cet édat, à ces expressions, ne doute pas qu'elles ne soient des plus agréables. L'Empereur, soit qu^l ne pensât pas de même, soit qu'à ses yeux k na-^turé des communications ne dût influer en rien sui^ la nature de Fintermétfîaire, refuse de vous recevoir. Quelques jours plus tard, il consent d'en-

t^fiç. sw. pa svQUIk Vun de vos officiers. Qu'avaitil k lui coavtnuniquer ? les choses las plus désagré-^ ablqsi ^ du style le plus choquant. C'était donc là ce que.vaus lui iiéservîe^ eu personne» nous éori*! âixuas-nous tous ! Qu'eussions-nous pu dire» sentir, penser autrement ? Quel autre sentiment auriez* vous eu à notre place? Ces dépêches portaient, entre autres choses» de nous faire recommencer nos déclarations» et de signer la formule pure et sioiple qu'on nous présenterait. Lors des prer mières déclarations» on avait cru gagner quelque chqse sur nous en nous imprimant la crainte d!étre ici pour toujours. Cette fois on nous connaissait mie^x : Ton était bien plus sûr de nous asservir, en nous menaçant de nous en Mte sortir à l'instant^ Aussi j^t-ce avec cette alternative qu'on noûspré-^ senta une formule qui nous répugnait extrême», ment dans ses expressions. Nous nous débattîmes vainement ; le sme qvi von retentissait sans cesse au fond de nos cœurs. En cas de refus» nous de-^ vions être envoyés directement au Cap» et laisser seul Pobjet cKer et sacré de nos voaux et de nos soins» le voir descendre vivant au tombeau. Noua signâmes à son insu» sachant que nous lui faisions de la peine. Il s'irritait de tant de vexatiims. Nous signâmes dans le mystère de la nuit» quand il reposait ; et nous ncNis applaudîmes de ce trio;^phe sur ses dispositions personnelles : c'était le triomphe de fils tendres qui trompent leur p^e pour le servir.

.64 MON SÉJOUR AUPii» [Jinv.

^* Vinrent les restrictions nouyelleti .accpmpagnant nos nouvelles déclarations. Vousy rétré* dssiez de beaucoup notre première enceinte) voiîs enleviez Tancienne . promenade que TEmpereur faisait jadis à cheval ; vous motiviez cette restric* tion sur ce qu'il ne la faisait plus ; vous lyoutieZp avec beaucoup de formes» que s*il lui prenait jamais envie de la refaire, sur son désir les postes seraient rétablis pour le temps de cette promenade. Nous nous répétâmes aussitôt : Voilà encore frapper d'une main et se blanchir de l'autre; maltraiter méchamment ici, et se tenir habilement, au loin, en mesure vis-à-vis des ministres et de Topinion. Car il n'était pas faisable de replacer les postes pour cette promenade de fantaisie ; et vous nous connaissiez trop bien pour craindre qu'on vous le demandât jamais. Le reste des restrictions contenait des choses plus ou moins désagréables pour

chacun de nous, qui en primes où en laissantes ce que nous voulûmes. Mais ce qu'on aurait de la peine à imaginer, et que peu voudront croire, c'est que vous y disiez que si PEmpereur, dans ses promenades, venait à rencontrer quelqu'un, il ne devait pas lui parler au-delà de ce que prescrit la politesse ordinaire. Quelles restrictions ! Quelles formes! A qui les adressiez-vous ? . . . . Quels furent nos sèntimens ? Ce ne fut pas de l'indignation, depuis long-temps elle était épuisée. Il ne nous res*^ tait plus désormais, pour les nouvelles insultes qu'une espèce d'ébahissement stupide. Mai3. si ces restrictions gagnaient l'Europe, si elles y deye-

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