‹ Journal de Larocque de la rivière AssiniboineChapitre 15 sur 30 · Danse de guerre. Voir Maximtlian, II, 291 et seq · texte numérisé non relu

Danse de guerre. Voir Maximtlian, II, 291 et seq

de la masse qui continuait d'avancer au trot, pour arrêter l'élan de celle-ci pendant que l'un des amis du chef, son aide de camp je suppose, prononçait une harangue. Tous avaient revêtu leurs meilleurs habits. Un grand nombre étaient accompagnés de leurs femmes qui portaient leurs armes et devaient les leur remettre au moment du combat. Il y avait aussi plusieurs enfants mais ceuxci pouvaient se tenir en selle. En avant de nous, quelques jeunes gens se tenaient sur différentes hauteurs et nous indiquaient par des signes de quel côté nous devions nous diriger.^ Après l'arrivée de tous les chefs qui prononcèrent leurs harangues, chacun s'élança immédiatement à la poursuite du côté où l'appelait son instinct. La région est très montagneuse et sillonnée de larges cours d'eau dont les rives sont bordées de roc, ce qui permettait à ceux qui étaient poursuivis de ce réfugier dans des endroits où il était impossible de pénétrer avec les chevaux et de s'y cacher. Tous s'échappèrent à l'exception de deux des plus avancés, qui envoyés comme éclaireurs s'étaient plus rapprochés de nous que les autres sans nous apercevoir. Après une longue poursuite, ils furent entourés puis tués et scalpés en un clin d'œil. Lorque je suis arrivé auprès des corps, j'ai constaté que le cuir chevelu et les doigts de la main droite avaient été enlevés et que celui qui avait fait le coup était parti (?). Ils empruntèrent mon couteau de chasse pour couper la main gauche et me le rendirent tout couvert de sang

en témoignage d'estime et m'exprimèrent le désir ''to at

him. " Hommes, femmes et enfants se pressaient pour voir les cadavres et goûter du sang. Chacun désirait poignarder ces corps pour montrer ce qu'il aurait fait s'il les avait rencontrés vivants et répandre ensuite sur ces restes l'insulte et l'outrage dans un langage horrible. En peu de temps il devint difficile de reconnaître dans ces débris la forme d'un corps humain. Tous les jeunes gens avaient attaché un morceau de chair à leur fusil ou à leur lance, puis ils reprirent en chantant la route du camp et montraient ces trophés avec orgueil à toutes les jeunes personnes qu'ils rencontraient. Quelques femmes avaient un membre entier suspendu à leur selle. Le spectacle de telles cruautés me fit frémir d'horreur et les sentiments que j'avais éprouvés en partant avaient fait place à un état d'esprit bien différent.

1. Maximilian, III, 300 et seq — Notes sur le langage par signes des sauvages.

Dimanche, 25. La danse du scalpe a ab:îorbé la nuit entière et les scalpes ont été promenés en procession durant le jour.

Lundi, 20. Il a plu ce matin comme hier, mais à midi le temps devenant beau nous partons dans la directioa du S. 0. Beau temps, vent du S. E. Nous avons campé dans la montagne à 9 milles de notre dernier campement, sur une petite rivière dans laquelle il passait peu d'eau mais où il y avait des barrages de ca.?tor en grand nombre. Les jeunes gens ont paradé toute la journée avec les scalpes attachés à la bride de leurs chevaux, chantant et marchant en cadence au son du tambour et du Sheskequois'- or Rattle.

Mardi, 27. Nous avons passé toute la journée ici. Dix jeunes gens ont été envoyés pour observer les mouvements de ceux qui ont été mis en fuite dernièrement, car l'on craint une attaque après avoir relevé les traces d'un parti nombreux sur la grande rivière Horn. Dans la soirée la nouvelle arriva que des buffles étaient en fuite sur la grande rivière Hom et des harangues furent prononcées à l'effet de monter la garde autour du camp.

Mercredi, 28. Deux heures avant le jour, les sauvages sellèrent leurs chevaux qu'ils placèrent aux portes de leurs tentes, et après avoir mis tous leurs jeunes enfants à cheval et les avoir attachés aux selles, ils dormirent le reste de la nuit. Ils chargèrent aussi quelques chevaux de leurs objets les plus précieux, tandis que dans l'attente d'une attaque, ils étaient assis dans leurs tentes avec leurs armes à la maii^ et leurs chevaux sellés aux portes. Lorsque le jour paru, rien n'étant survenu, ils enlevèrent leurs enfants et déchargèrent leurs chevaux. Quatre jeunes gens arrivèrent à 9 heures et rapportèrent qu'ils n'avaient trouvé aucune trace d'ennemi, mais qu'il y avait un grand nombre de buffles entre la grande rivière Hom et la rivière aux Roches Jaunes.

Jeudi, 29. Nous avons levé le camp ce matin et nous avons marché dans la direction de l'ouest-quart-nord-ouest. Les chefs ont prononcé des harangues continuelles durant toute la nuit, harangues qui avec le chant et la danse rendaient le sommeil impossible. Nous avons dressé les tentes à 20 milles environ de notre dernier campement, sur un petit cours d'eau qui se jette dans la grande rivière Horn. '

1. Catiin donne à castagnettes le nom de She-she-quois ; celui dont on se servait habituellement était fabriqué avec de la peau crue à laquelle on attachait des cailloux qui produisaient un bruit aigu servant de mesure pour les danses et les chansons des sauvages. Voir gravure lOl^, p. 210, Catiin, I.

Vendredi, 30. Après avoir parcouru 5 milles environ dans la direction de l'ouest, nous campons sur la grande rivière Horn à peu de distance du pied de la montagne et de rochers très élevés.

Samedi, 31. Nous avons passé la journée au même endroit. Quelques jeunes gens envoyés en éclaireurs sont revenus d'un camp abandonné qui se composait de 30 huttes où ils ont trouvé des habits de chef, " N. B. Straud " des coquilles de colliers et autres articles qui semblent avoir été laissés à la suite d'une panique, par ceux qui avaient occupé ces tentes. Telle est l'opinion des sauvages à ce sujet, mais je crois que ces objets avaient plutôt été présentés à l'être suprême comme une offrande que les sauvages font souvent ; ils réunissent ces objets en trois paquets bien enveloppés et ce sont paquets que nos jeunes gens ont trouvés. Cette rivière est large et profonde; l'eau est claire et le courant est fort. Son lit se compose de pierres et de graviers et à ^ mille du camp, elle coule entre deux gros rochers où elle gagne proportionnellement en profondeur les f qu'elle perd de sa largeur. La rivière n'a pas d'abords à cet endroit car les rochers la surplombent perpendiculairement. La sensation de vertige éprouvée en contemplant la rivière du sommet de ces rochers, est horrible.^ Celle-ci paraît passablement étroite et coule avec une grande rapidité sous nos pieds. Je ne me suis pas aventuré à regarder l'onde écumante sans avoir une pierre pour appui afin de ne pas tomber. Cette rivière ne prend pas sa source dans cette montagne; elle traverse les montagnes et vient d'une chaîne de montagnes voisines.' A 30 ou 40 milles au-dessus de cet endroit il y a dans cette rivière une chute où règne un Manitoin^ ou diable. Ces sauvages disent que c'est un homme-loup qui vit dans la chute et en sort pour dévorer toute personne ou bête qui s'approche trop près. Ils prétendent qu'il est impossible de le tuer parce qu'il est à l'épreuve des balles. J'ai trouvé une corne de bélier en longeant la rivière, d'une longueur de 5 empans et qui pesait beaucoup. Il

1. Le récit semble indiquer qu'il s'agit du "Big Hom Canon" mais il est évident que Larocque se trouvait bien au dessous de cet endroit.

2. La rivière Big Horn prend sa source au Wyoming dans la chaîne principale des montagnes Rocheuses. Elle contourne l'extrémité nord-ouest de la chaîne de Big Horn.

3. Manitou ou plutôt Windego. Des centaines de chutes d'eau ont été considérées comme le refuge de ce pitoresque mais sanguinaire esprit. Sous des formes variées et sous des noms différents le Windego se rencontre de l'Atlantique au Pacifique.

semble que l'animal qui la portait a dû mourir de vieillesse, car le petit bout était beaucoup usé et séparé en plusieurs fragments, ce que je n'ai observé chez aucun de ces animaux qui ont été tjiés et dont les cornes n'atteignaient pas cette longueur.

La montagne ici se compose de roc solide; la plus grande partie est aride et dénudée, à l'exception de quelques endroits où il se trouve quelques pins rouges. Les côtés de certaines ''Coulées " sont aussi unis et perpendiculaires qu'un mur et d'une hauteur extraordinaire. Ces rochers perpendiculaires renferment à certains endroits des enfractuosités qui ressemblent tantôt à des niches où l'on place des statues, tantôt à des portes d'église ou à des voûtes. En somme, le tout est grand et imposant. Sur certaines parties de ces rochers se présentent aux regards des tableaux admirables, mais les endroits les plus élevés sont inaccessibles. On 5^ voit la grande rivière Horn serpenter à travers une plaine unie de 3 milles de largeur environ et l'on peut suivre son cours à une grande distance, non loin de son point de rencontre avec la rivière aux Roches Jaunes.

Dimanche, 1er sept. Nous avons quitté cet endroit et nous sommes allés dresser nos tentes 3 milles plus bas où nous avons passé deux jours. Il est arrivé ici un sauvage Snake qui avait été absent depuis le printemps et avait vu une partie de sa tribu qui avait fait des échanges avec les Espagnols. Il a apporté une bride espagnole, une hache d'armes, une grande couverte épaisse rayée de blanc et de noir et quelques autres articles. Un Big Belley a fait la pêche ici et en très peu de temps il a pris 14 " moyens Cat fish. "

Les scalpes ont donné lieu a beaucoup de danse encore. Il y a plusieurs îles dans la rivière ici, mais la plupart ne sont que des amas de sable. A travers les pointes couvertes de bois qui s'avancent dans la rivière l'on aperçoit la plaine où il y a beaucoup de bois à certains endroits. Les feuilles commencent à tomber.

Mercredi, 4. Nous nous mettons en route dans la direction du N. 0. et après avoir parcouru 15 milles nous avons dressé les tentes sur un petit cours d'eau qui se jette dans la grande rivière Horn. Après nous être écartés de la rivière nous avons traversé une plaine unie de 4 ou 5 milles, puis nous avons rencontré une région montagneuse et aride.

Jeudi, 5. Nous avons suivi la même direction que la veille et nous avons campé sur un très petit cours d'eau qui ressemble au précédent et se jette dans la même rivière.

Vendredi, 6. Nous avons levé le camp de bonne heure et nous sommes arrivés à 11 heures à la rivière Mampoa ou Shot Stone^ d'oii les sauvages sont partis pour la chasse, car nous avons vu un grand nombre de buffles en nous rendant ici. Les montagnes ciaprès sont situées comme suit: —

Au S. E. celle que nous avons suivi à partir de la rivière Pine; au S. la montagne appelée Amanchabé Clije et au S. 0. la montagne Boa [ou Bod]. Cette dernière était à peine perceptible à cause d'un épais brouillard qui l'enveloppait.

Samedi, 7 Nous sommes restés ici durant toute la journée. Les femmes ont employé le temps à faire sécher les langues et les meilleures parties de la viande et à préparer des peaux pour une grande fête qui doit avoir lieu. En même temps ils célèbrent leurs exploits de guerre.

Dimanche, 8. Je suis parti de bonne heure ce matin avec deux sauvages pour visiter la rivière aux Roches Jaunes et les parties environnantes. J'avais l'intention de retourner ensuite vu que les sauvages doivent prendre une route très détournée pour se rendre à cet endroit. Nous n'étions pas encore à mi-chemin lorsque nous avons rencontré des buffles et mes guides se mirent à chasser avec tant d'ardeur qu'ils ne me conduisirent pas où je voulais aller. Nous sommes revenus au camp le soir avec de la viande, mais nous avons dû voyager à la pluie, car il a plu depuis midi jusqu'au soir. Les sauvages m'ont montré une montagne et m'ont dit que celle-ci était située dans la direction de chutes du Missouri et qu'elle n'en était pas très éloignée.' Nous avons remarqué à certains endroits les indices récentes de deux campements de sauvages étrangers. A la porte de la plus grande tente il y avait 7 faisceaux de bâtons. Comme chaque faisceau contenait dix bâtons il s'ensuit que le camp se composait de 70 tentes.

Lundi, 9. J'ai acheté un cheval. La nouvelle arrive que quatre étrangers ont été vus, que ces derniers ont constaté notre

1. Rivière Manpoa ou Shot Storm — Larocque l'appelle plus loin "Hhannon's Creek" un petit tributaire de la Yellowstone.

2. Ce ne doit pas être exact, car les grandes chutes du Missouri se trouvent à une distance de 200 milles en ligne droite de l'endroit où se trouvait alors Larocque.

présence et qu'ils se sont cachés. Un jeune homme est arrivé le soir; it avait rencontré un Big-Belley' du "fort de prairie" avec lequel il avait conversé (je ne puis p^s dire qu'ils se sont parlé, puisque l'un ne comprenait pas la langue de l'autre et que la conversation avait lieu par signes). Ils essayèrent l'un et l'autre de se faire suivre à leur camp respectif, mais la crainte empêcha les deux hommes de faire cette démarche. Les B. B. sont campés sur la grande rivière Horn derrière la montagne. Ils occupent 275 à 300 huttes et c'est avec des sentiments pacifiques qu'ils sont venus dans cette région.

Mardi, 10. Le camp est levé à 9 heures et nous nous dirigeons dans la direction du X. 0. vers la rivière aux Roches Jaunes, où nous arrivons à 2 heures de l'après-midi^ après avoir parcouru 16 milles. Nous nous sommes rendus jusqu'à une grande île dans laquelle nous avons campé. Le courant de cette belle et grande rivière est très fort ; les sauvages disent qu'il ne s'y trouve pas de chute. Il est difficile d'y trouver des endroits guéables bien que l'eau y soit à son niveau le plus bas. Les abords sont étendus et bien couverts de bois.

Mercredi, 11. Cinq Big Belleys sont arrivés et sont venus à notre hutte qui est celle du chef. Ils ont apporté des paroles de paix de la part de leur nation et disent qu'ils sont venus pour se procurer des chevaux. Les sauvages les ont bien accueillis et leur ont fait présent de divers articles. Ils m'ont dit que l'hiver dernier ils avaient trafiqué avec M. Donald qu'il m'ont désigné comme le 'Bras-Croche '^ J'ai fait le tour de l'île sur laquelle nous sommes campés; elle a 5 milles de circonférence et quelques parties sur le côté nord sont abondamment couvertes de bois. Les castors ont rasé une étendue de bois de cinquante pieds environ. Les occupants de 9 cabanes, qui avaient été laissés ici le printemps dernier

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