Rivière Tongue
ici, l'eau y est encore boueuse, et elle est beaucoup moins profonde qu'à l'époque où nous l'avons traversée en allant. Nous avons campé le soir près d'un petit cours d'eau et comme nous n'avions pas trouvé d'herbe pour nos chevaux durant la journée, nous avons dû abattre trois liards et leur en faire manger l'écorce.
Mardi, 24. Xous partons de bonne heure. A 9 heures nous trouvons un endroit où il y a de l'herbe et nous nous y arrêtons pour faire manger nos chevaux. Nous nous mettons en selle à 3 heures de l'après-midi et nous campons ajDrès le coucher du soleil, ayant parcouru 13 milles dans la direction de l'est. Beau temps; vent du S. 0. C'est la quatrième nuit qu'il n'a pas gelé.
Mercredi, 25. Nous avons traversé une région très accidentée, mais comme il n'y avait pas de rochers nous avons poursuivi notre route sans trop de difficulté et nous avons campé le soir sur une grande pointe de bois où il avait beaucoup de cerfs. Nous avons parcouru aujourd'hui 37 milles dans la direction du nord et comme nous avons vu quelque chose qui ressemblait à un homme, ramper sur la rive, nous faisons le guet durant la nuit. Les plaines sont en feu et le vent pousse de notre côté des colonnes de fumée si épaisse que nous pouvons à peine distinguer autour de nous. Comme la marche continuelle de nos chevaux sur des pierres mouvantes depuis le printemps dernier, les a rendus boiteux par suite de blessures aux pieds qui saignent quelques fois, nous avons dû employer de la peau de cerf verte pour leur protéger les sabots écorchés au vif.
Jeudi, 2ô. Nous avons constaté ce matin que ce que nous avons aperçu hier au soir et qui nous a paru un homme, était un ours car nous avons vu ses pistes. Nous partons à 8 heures et comme la plaine est unie nous avançons à grande allure, puis nos provisions étant épuisées nous nous arrêtons à 2 heures pour tuer un buffle femelle. Nous nous remettons en route à 3 heures et
nous tuons une ourse qui mangeait sur notre route. Nous
enlevons la peau qui est bonne et à 5 heures nous faisons halte pour camper.
La rivière se divise ici en plusieurs ramifications qui forment autant d'îles.^ Celles-ci et les rives de la rivière sont abondamment couvertes de bois qui se compose exclusivement de liards, de chênes
1. Voir la description de cette partie de la Yellowstone, dans Lewis & Clark, II, chap. 17.
et d'érables. Nous avons franchi 39 milles dans la direction du nord et le vent qui était contre nous nous apportait une fumée abondante. Nous avons vu aujourd'hui un grand nombre de cerfs et de buffles.
Vendredi, 27. Nous avons traversé une plaine de 6 milles environ, après quoi nous avons rencontré un coude de la rivière où il nous est devenu impossible de poursuivre notre route du côté de la plaine. Nous avons dû descendre vers la rivière sur les parties basses où nous avons embourbé trois de nos chevaux que nous avons dégagés au prix de grandes difficultés. Nous avons fait halte à 1 heure pour faire manger les chevaux et comme le vent soufflait du sud nous n'avons pas souffert de la fumée mais il y avait apparence de pluie. Nous avons trouvé de l'herbe en abondance et nous avons carnpé au moment où le soleil se couchait après avoir parcouru 24 milles dans la direction du nord.
Samedi, 28. Le temps a été beau et nous avons parcouru une région unie durant toute cette journée. Nous avons parcouru 30 milles dans la direction du nord et nous avons constaté les traces de trois campements de sauvages qui devaient être des guerriers car ils n'avaient pas de tentes.
Dimanche, 29. Nous avons traversé une très belle et très agréable région et les bords de la rivière sont abondamment couverts de bois. Depuis notre départ du Missouri, je n'ai trouvé nulle part de plus belle herbe et par suite les buffles se trouvent en grand nombre. Vent du N. 0; temps froid et couvert. Après avoir parcouru 30 milles dans la direction du N. N. E. nous avons campé sur un petit cours d'eau.
Lundi, 30. Nous avons gravi la hauteur sur laquelle il croît en abondance une herbe magnifique. De là nous avons aperçu le confluent de la rivière aux Roches Jaunes et du Missouri. Direction du N. E; 27 milles. Nous descendons ensuite à la rivière ( le Missouri) qui ne forme qu'un coude. Nous avions suivi celle-ci sur un parcours de 7 milles lorsque nous avons entendu deux fois la décharge d'un fusil et la voix d'une femme qui semblait se lamenter. Nous nous sommes arrêtés et Morrison^ fut envoyé en éclaireur pendant que Souci et moi restions pour veiller sur les chevaux et les bagages. Morrison revint au bout de deux heures environ et nous apprit que nous avions pris les cris d'un jeune
1. William Morrison. Voir Liste des Bourgeois, etc., de Masson, I, 402,403.
ourson pour la voix d'une femme, puis nous avons supposé que le bruit que nous avions pris pour une décharge de fusil, avait été causé par la chute d'arbres renversés par un vent très violent, car les buffles, les cerfs et les ours étant tranquilles dans les bois et la plaine, rien n'indiquait la présence d'un être humain aux environs. Nous avons ensuite gravi les hauteurs pour éviter un grand coude de la rivière et après avoir parcouru 11 milles dans la direction de l'est nous avons campé pour la nuit sur une large pointe couverte d'ormes. Le vent soufflait du N. O. avec une grande violence et à tout moment arrachait des arbres avec leurs racines.
Mardi, 1er octobre. Temps couvert; il pleut de temps à autre, vent du X. 0. très froid; 12 milles dans la direction du nord. En traversant "a Coulé" hier, j'ai trouvé des cabanes construites comme celles des Mandans et des Big Bellys (qui ont dû construire celles qui sont ici) et qui étaient entourées d'un petit fort. Elles semblaient avoir été construites il y a trois ou quatre ans mais elles n'ont pas été habitées durant l'hiver dernier. A l'extérieur du fort il y avait une sorte d'étable pour les chevaux. Il y avait plusieurs têtes de buffles dans le fort et quelques-unes étaient peintes en rouge.
Mercredi, 2. Temps froid et couvert; fort vent du N. 0. Direction du N. E. ; 26 milles. Nous avons tué un buffle femelle. La région est unie et l'herbe y abonde.
Jeudi, 3. Xous nous mettons en route à 7 heures à travers une région montagneuse. Vingt milles dans la direction du N. E. et quinze dans la direction de l'E. et nous avons campé sur la rivière. Vent très froid du X. 0.; il a plu durant une partie de la journée.
Vendredi, 4. Il a plu et le temps a été mauvais durant toute la nuit. Il a commencé à neiger à l'aurore et la neige est tombée en abondance jusqu'à 2 heures de l'après-midi. Vent très violent du X.O. X^ous avons cherché nos chevaux durant toute la journée sans succès et ce n'est qu'après le coucher du soleil que nous les avons trouvés, parce que le mauvais temps les avait poussés dans le bois.
Samedi, 5. Xous partons de bonne heure. Direction sudquart-sud-est; 26 milles. Des buffles en grande quantité sur les deux côtés de la rivière. Xous avons tué un buffle femelle.
Dimanche, 6. Tous les petits cours d'eau et les mares étaient gelés ce matin. Direction sud-quart-sud-est, 20 milles. Vers le quatrième mille nous avons traversé un bois très épais.
Lundi, 7. Deux milles dans la direction de l'est et onze dans celle du sud. Nous sommes arrivés au petit Missouri que nous avons traversé. Trois milles dans la direction du S. E. Xous avons vu un grand nombre d'ours et de mouffettes.
Mardi, 8. Nous avons gravi les hauteurs. Plaines unies; direction du S. S. E., 39 milles. Temps beau et chaud; vent du S. O.
Mercredi, 9. Nous avançons sur les hauteurs à travers une belle région; direction est-quart-sud-est, 12 milles, puis deux milles dans la direction du sud et nous arrivons chez les Big Bellys qui étaient campés à trois milles au-dessus de leur village. J'ai trouvé ici une lettre que M. Charles McKenzie m'avait adressée.
Jeudi, 10. Je suis resté ici toute la journée pour faire reposer les chevaux avant de me rendre à la rivière Assinibois. Les sauvages m'ont dit entre autres choses, qu'il y a 14 embarcations américaines au-dessous des villages qui remontent vers cet endroit.' Les Sioux ont tué huit blancs sur la rivière St. -Pierre le printemps dernier et il ont tués trois Big Belleys ici.
Vendredi, 11. J'avais l'intention de traverser la rivière aujourd'hui, mais la force du vent qui a soufflé du X. 0. durant toute la journée avec une grande violence, m'en a empêché. Je me suis fait faire quelques paires de souliers et j'ai fait moudre du maïs qui doit nous servir d'aliment. On nous apprend que les Sioux sont campés plus bas non loin d'ici. S'attendant à être attaqués ils [les Big Bellies] ont passé toute la nuit les armes à la main.
Samedi, 12. A midi environ le temps devenant calme et beau, nous avons traversé la rivière et les chevaux qui ont dû faire tout le trajet à la nage étaient presque épuisés. Nous avons rencontré trois Assiniboines avec leurs femmes sur le côté nord de la rivière; ils se rendaient chez les Big Bellys pour trafiquer. Nous avons marché lentement jusqu'au coucher du soleil alors que nous avons campé sur le bord d'un petit lac situé dans les plaines qui sont en feu à l'ouest. Direction du nord.
1. Il semble être question de l'expédition de Lewis & Clark, mais à cette époque ceux-ci étaient sur les eaux de la Colombie à l'ouest des Montagnes Rocheuses.
Dimanche, 13. Peau temps, vent du X. 0. Une grande
quantité de ^ buflBes font leur apparition dans la plaine ;
il y en a dans toutes les directions. Ceux-ci étant en marche, nous ne pûmes les approcher assez pour tirer sur eux et je n'ai pas décidé de les poursuivre avec nos chevaux fatigués et harassés. Nous avons traversé l'endroit où était le feu au moment où le soleil se couchait et nous avons campé près d'une petit lac dont les bords avaient échappé à la conflagration.
Lundi, 14. La crainte des Assiniboines dont nous avons constaté les traces hier au soir, nous a obligés de veiller sur nos chevaux durant toute la nuit. Nous partons avant le lever du soleil et à 10 heures de la matinée nous arrivons à la rivière la Sourie où nous passons le reste de la journée. Ici l'herbe n'a pas été brûlée sur les bords de la rivière, mais des deux côtés nous apercevons le feu à distance. Direction O et N. Les buffles ont commencé à s'agiter de bonne heure le soir sur le côté nord de la rivière, ce qui nous a fait ci*aindre pour nos chevaux.^
Mardi, 15. Il faisait noir lorsque nous avons quitté notre campement hier au soir et nous avons marché pendant deux heures à la lumière des étoiles jusqu'à, ce que celle-ci nous fit défaut par suite de nuages qui vinrent obscurcir le ciel et nous empêcher de suivre notre direction. Nous nous sommes arrêtés sur le bord d'un petit cours d'eau où nous avons passé la nuit sans inquiétude.
Nous sommes repartis le lendemain matin. Temps froid et couvert; vent du N. 0. Nous nous sommes arrêtés pour passer la nuit sur la rivière Deep^ qui ne devrait pas être appelée une rivière, car il ne s'agit que d'un * enfoncé où se trouvent de
petites mares profondes qui communiquent les unes avec les autres le printemps et durant les saisons pluvieuses seulement; il n'y croît rien et l'on ne pourrait pas même y trouver une brindille. Il a commencé à pleuvoir au coucher du soleil et il a plu sans relâche durant toute la nuit. Nous nous sommes servis d'un fragment de tente pour couvrir nos effets et nous avons passé la nuit entière à
1 . Ici comme partout où des mots ont été omis, la lacune provient de la copie de l'université Laval dont celle que nous publions est une transcription.
2. L'agitation des buffles indiquant la présence des ces voleurs de chevaux redoutés, les A.ssini bornes.