‹ Journal de Larocque de la rivière AssiniboineChapitre 2 sur 30 · L. R. Masson. 'Bourgeois de la Compagnie du Nord-Ouest · texte numérisé non relu

L. R. Masson. 'Bourgeois de la Compagnie du Nord-Ouest

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Manuscrits du Nord-Ouest qui font partie des archives canadiennes.

Documents de Masson à la bibliothèque de l'université McGill.

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Les sauvages Snake ou Shoshone:

Lewis and Clark Expédition.

Coues. ' Henry-Thompson Journals. '

Maximilian. 'Travels in the Interior of Xorth America.'

Les rapports annuels du Bureau d'ethnologie des Etats-Unis, sources incomparables de renseignements, peuvent être indiqués com.me productions à consulter d'une manière générale à l'égard de toutes ces tribus, de leurs habitudes, de leurs coutumes, de leurs langues et de leurs conditions physiques et géographiques.-

Il doit être indiqué ici que tous les renvois sous forme de notes au bas des pages, ont trait à l'édition incluse dans les 'Early Western Travels,' de R. G. Thwaite, lorsqu'il s'agit de Maximilian; à l'édition de J. R. Hosmer lorsque le renvoi fait mention de Lewis et Clark; à la traduction de J. V. Huntingdon lorsqu'il fait mention du récit de Gabriel Franchère excepté dans certains cas indiqués; et à la nouvelle édition de 1903, lorsqu'il s'agit de Harmon. Il est entendu que les renvois à Lewis et Clark dans les notes bibliographiques ont trait aussi aux éditions de Coues et de Thwaite. Les notes nombreuses ajoutées à ces éditions donnent une très grande valeur au travail au point de vue historique, ethnologique, géographique et scientifique.

JOURNAL D'UN VOYAGE AU PAYS DES ROCKY MOUN- TAIXS; DEPART DE LA RIVIÈRE ASSINIBOIS,i 2 JUIN ISOÔ.

Dès mon arrivée à la 'Rivière Fort de la Bosse '', je me préparai pour entreprendre un voyage de découvertes aux Rocky Mountains. Je partis le 2 juin avec deux hommes; chacun de nous avait deux chevaux dont l'un était chargé de marchandises afin de faciliter les relations avec les sauvages que nous pourrions rencontrer. M. Charles McKenzie^ et M. Lassana* se mirent en route avec moi pour aller passer l'été au Missouri et comme nous allions dans la même direction, ils m'accompagnèrent jusqu'au village B.B.5

M. McKenzie et les autres hommes se mirent en route à deux heures de l'après-midi environ, mais comme j'avais été tellement occupé que je n'avais pu encore donner des nouvelles à mes amis, je restai pour écrire des lettres et mettre ordre à quelques affaires personnelles. Après le coucher du soleil le repas du soir fut servi,

1. L'une des multiples épellations du mot Assiniboine. L'on a aussi donné plusieurs autres noms à ce principal tributaire de la rivière Rouge. La Vérendrye, le premier blanc qui a visité ses rives, l'avait appelé rivière Saint- Charles. Dans sa carte manuscrite, Da\'id Thompson, astronome de la compagnie du Nord-Ouest, l'appelle rivière Stone Indian. Voir note p. 45, de Coue, Henry Thompson Jour nais.

2. Larocque donne quelque part à ce poste le nom de Mount à la Bosse.

3. McKenzie entra au service de la compagnie du Nord-Ouest comme commis en 1S03. En 1804, il fit en compagnie de Larocque une expédition aux villages des Mandans sur le Missouri et en 1S05, tel qu'indiqué précédemment, il se rendit encore une fois avec Larocque jusqu'au Missouri. Il visita ime troisième fois les Mandans durant l'automne de cette même année et une quatrième fois en 1806. Ses récits de ces quatre voyages sont imprimés dans Masson, V. I. Voir note biographique de Masson, p. 317 et Coues, p. 345.

4. Ce nom ne se trouve pas dans la 'Li.ste des propriétaires, des commis, des interprètes, etc., de la compagnie du Nord-Ouest, 1799' de McKenzie, ni dans la 'Liste des bourgeois, commis, engagés et voyageurs de la compagnie du Nord-Ouest, après la fusion de 1804' de Masson, I, 395. Il s'agit peut-être de J. B. Lafrance, mentionné par Charles McKenzie comme membre de l'expédition.

5. Big Beilies appelés Gros Ventres par les Français. Ce nom a été donné à diverses épjqaa?, par diffîreats écrivains, à deuï tribus complètement distin 3 tes, savoi •: les Atsina (app^ljs Fait Inliini par UmireViUe et Rjpil Initiai par A'exander Henn.') et les Minnetarees ou Hidatsas. Les premiers sont d'origine algonquine et les derniers de la famille des Sioux.

12 ARCHIVES CAXADIEXNES

après quoi prenant congé de MM. Chabelly* et Henry^ et des autres nous répriment notre marche. Notre départ impressionna tout le monde, car il semblait plus que probable que mes hommes et moi nous ne reviendrions pas. Je dois avouer que j'avais le cœur gros en quittant le fort, mais comme nous allions bon train, la gaité nie revint bientôt et je ne pensai plus qu'aux moyens à prendre pour assurer le succès de mon entreprise.

A 10 heures nous atteignîmes la rivière aux Prunes^ où je trouvai ceux qui y étaient campés plongés dans le sommeil.

Lundi, 3. Je partis de bonne heure le matin; à midi je fis halte pour permettre aux chevaux de se délasser. Nous campâmes le soir à la rivière la Sourie* où nous étions depuis deux heures à peine, lorsque. trois Assiniboins suivis peu après de plusieurs autres, s'élancèrent de notre côté; quelques-uns tentèrent d'enlever nos chevaux, mais lorsqu'ils aperçurent nos carabines et qu'ils constatèrent que nous foncions sur eux, ils disparurent. Plus tard ils s'approchèrent de notre feu et après s'être rendu compte que nous étions bien armés et que nous étions bien disposés à défendre nos personnes et notre propriété, ils devinrent paisibles. A moins de 10 acres de notre camp se trouvaient 40 de leurs tentes que nous n'avions pas aperçues. Je fis cadeau d'une brasse de tabac^ à leur chef pour lui permettre de faire fumer ses jeunes gens et je les engageai à rester paisibles. Quelques-uns proposèrent de nous

1. Charles Jean-Baptiste Chaboillez, Bourgeois ou associé de la compagnie du Nord-Ouest, chargé à cette époque de l'administration du département de l'Assiuiboine. Voir Masson, I. SI et la note au bas de la page, de même que Coues, note p. 60.

2. Alexander Henry surnommé le jeune pour le distinguer de son oncle, Alexander Henrj' l'aîné, dont les Travels and Adventures in Canada and the Indian Territories furent publiés en 1809 pour la première fois (nouvelle édition, par le Dr. James Bain, 1901.) Les journaux manuscrits de Henry le jeune, furent édités par le Dr. Elliott Coues avec ceux de David Thonipson sous le titre de 'New Light on the Earhj History of the Greater Northicest, ' Xevv-York, 1897. Le chapitre 18 renferme la narration de Henry relative à son voyage à la contrée des Mandans.

3. Ri\'ière Pipestone, l'une des branches de la ri\'ière Souris. Je ne puis trouver sur aucune carte le nom que lui donne Larocque.

4. Ailleurs, Larocque écrit rivière la Sourie. La Souris est indiquée comme la rivière Mouse sur quelques cartes anciennes.

5. Appelé tabac du Brésil. Ce tabac employé pour le commerce par les compagnies du Nord-Ouest et de la baie d'Hudson est préparé sous forme de cordes que l'on coupe suivant le besoin. Larocque fit cadeau d'une brasse de ce tabac aux Assiniboines. Voir Dr. Bain, note p. 321 ainsi que les Travels and Adventures de Henry.

accompagner jusqu'au Missouri, mais après leur avoir réponciu que leur proposition nous était agréable, ils n'en parlèrent plus.

Néanmoins, croyant qu'il n'était pas prudent de passer la nuit si près de leurs tentes, nous sellâmes nos chevaux et nous partîment en dépit de leurs efforts pour nous engager à passer la nuit sous leurs tentes. L'un d'eux nous conduisit à un bon gué de la rivière Sourie que nous traversâmes pour entrer ensuite dans la plaine. Nous marchâmes toute la nuit afin de nous soustraire à leur atteinte, car ce sont les plus habiles voleurs de chevaux dont j'ai entendu parler. Un peu avant le jour nous nous arrêtâmes pour prendre un peu de repos.

Mardi, 4. Nous partons de bonne heure le matin; nous jouissons d'une belle température durant tout le jouret le soir nous campons sur les bords de la rivière Sourie à un en droit appelé rivière Green', parcequ'il ne s'y trouve pas de bois ni d'un côté ni de l'autre jusqu'à une distance de trente miles. A l'exception de quatre cabois- dont deux sont abattus, nous n'avons rencontré aucun autre animal.

Mercredi, 5. Nous suivons le cours de la rivière Green jusqu'à 11 heures, alors que nous atteignons les bois, et comme le temps est à la pluie, nous décidons de camper. Il n'}^ a aucun buffle en vue. A midi il commence à pleuvoir, et il pleut abondamment et sans interruption jusqu'au lendemain matin. Il y a ici beaucoup d'oiseaux sauvages, des canards, des outardes, des oies, des cygnes, etc., et nous en tuons un grand nombre.

Jeudi, 6. Comme le temps semble devenir beau nous nous mettons en route et nous parcourons environ trois milles, alors que le temps devenant nuageux nous nous arrêtons pour camper, mais avant d'avoir pu mettre nos effets à l'abri, il commença à pleuvoir de nouveau et la pluie tomba en si grande abondance que dans l'espace de quelques heures toutes les parties basses de la plaine furent submergées et tous les ruisseaux devinrent des rivières. Il y avait un grand nombre de buffles et le soir la pluie

1. Petit cours d'eau appelé Cut Bank Creek, qui prend sa source près de la ligne internationale et qui rejoint la Souris dans la partie sud du comté Bottineau.

2. Ailleurs, Larocque appelle cet animal caribo. Il s'agit de l'antilode domestique américain, Antilocapra americana.

ayant cessé, un jeune mâle^ très gras fut abattu ainsi qu'un cerf. La nuit venue, il recommença à pleuvoir et la pluie tomba sans interruption jusqu'au matin.

Vendredi, 7. Le temps s'est maintenu nuageux, mais le soleil se montrant dans le moment, nous espérons que le temps va devenir beau et nous nous mettons en route. Mais à midi il commence à pleuvoir comme hier et à deux heures ayant trouvé du bois sur des monticules de sable dans la plaine, nous nous y arrêtons complètement trempés pour faire cuire des aliments. Comme il n'y avait pas d'eau à cet endroit, nous enlevâmes d'un orme un morceau d'écorce dont l'une des extrémités fut abaissée dans une chaudière de manière à recueillir entièrement dans ce vase l'eau qui descendait le long du tronc de l'arbre et dont nous eûmes une quantité suffisante pour le moment. Puis nous fabriquâmes une tente avec de l'écorce et nous passâmes luie nuit assez confortable.

Samedi, 8. Nous nous mettons en route pour atteindre une élévation appelée Grosse Butte" afin d'y faire sécher nos effets et de faire boire nos chevaux, vu qu'il n'y a pas d'eau ici. Nous sommes arrivés à cet endroit à deux heures et demie et nous y avons passé le reste du jour et la nuit. La Grosse Butte est un mont élevé que l'on aperçoit de tout côté à vingt milles de distance. En bas, du côté nord, se trouve un lac de 8 milles de circonférence dans lequel il y a des brochets de moyenne grosseur. Entre le lac et le mont se trouve du bois, en partie de l'orme, et aux environs on aperçoit plusieurs lacs qui, depuis les dernières pluies, communiquent les uns avec les autres. Du sommet du mont l'on peut voir la montagne Turtle^ du côté nord ainsi que la rivière la Sourie du côté N. N. E. et du côté S. S. 0; de fait on aperçoit celle-ci de tous les côtés du mont excepté à l'ouest.

Dimanche, 9. Nous nous mettons en marche de bonne heure le matin dans la direction du S. S. O., et à une heure de l'après-

1. Au commencement de la saison, dit Alexander Ross, dans son 'Red River Seulement' les mâles sont gras et les femelles sont maigres, tandis qu'à l'automne, les mâles sont maigres et les femelles sont grasses.

2. La position de ce mont est sviffisamment indiquée dans le paragraphe suivant. Le Dr. Coues dit que la Grosse Butte est devenue aujourd'hui le mont White Rock, Dakota du nord.

3. La montagne Turtle est une borne bien connue traversée par le parallèle du 49°; elle est située en partie sur le territoire canadien et en partie sur celui des E.-U. Les journaux des traiteurs et des explorateurs en font mention constamment, car la route primitive entre l'Assiniboine et le Missouri conduisant dans la direction de l'ouest, passait par là.

midi nous atteignons la rivière la Sourie^ Le niveau de celle-ci étant très élevé nous fabriquons un radeau pour transporter nos effets de l'autre côté et les chevaux traversent la rivière à la nage. Nous nous mettons en selle immédiatement et nous allons campé dans une CoiiW à quatre milles environ de la rivière.

Lundi, 10. Après avoir quitté ce dernier endroit nous allons nous reposer dans la 'plaine Mandan.^ Nous apercevons des buffles dans toutes les directions mais nous n'osons pas tirer sur eux car nous sommes sur le terrain ennemi des Sioux.* Il a plu un peu durant la nuit.

Mardi, 11. AS heures du matin j'aperçois les rives du Missouri^ et à midi nous atteignons la rivière Bourbeuse®. A cet endroit les chevaux sont dessellés et débarrassés de leurs fardeaux, et comme la profondeur de l'eau ne dépassait pas deux pieds, nous transportons .nos effets sur nos épaules, mais nous enfonçons dans la boue jusqu'à la ceinture, puis les chevaux s'embourbèrent et c'est avec difficulté que nous parvenons à leur faire franchir la rive opposée aussi bourbeuse que le lit de la rivière. Nous nous proposons d'atteindre le village aujourd'hui, mais nous sommes arrêtés par une averse et nous campons dans un ravin à la 'Loge de Serpent,'^ village situé à l'angle de la riwère où les Big Belleys hivernaient; c'est laque je passai une partie de l'hiver. Je jugeai à propos de ne pas faire connaître aux sauvages du village les marchandises que j'avais en ma possession de peur que les Big Bellej^s

1. Il traverse la Soiiris la où elle se rapproche le plus du Missouri, c-à-d à un endroit situé à son extrémité sud.

2. Un ravin profond. C'est probablement Tun des premiers exemples de l'usage de ce mot.

3. Le 'Coteau du Missouri' ou plateau séparant les eaux du Missouri de celles de l'Assiniboine.

4. Toute cette région s'étendant à l'ouest de la ri\àère Rouge, entre la frontière et le Missouri formait le territoire des Sioux. Arrivé à cet endroit le blanc comme le Peau-Rouge s'avançait avec précaution. Il valait mieux ne pas rencontrer ces féroces et rusés guerriers des plaines. Lorsque Alexander Henry remonta la rivière Rouge en 1800, il parvint difficilement à empêcher ses hommes de rebrousser chemin en arrivant sur les confins de la région des Sioux.

5. Charles McKenzie et d'autres ont écrit Mississouri; Alexander Henry à écrit Missourie. On trouve ce nom écrit de diverses autres manières dans les narrations et les journaux de cette période.

6. Miry Creek de Lewis & Clark, aujourd'hui Siial-e Creek; se dirige vers le S. O. et se jette dans le Missouri.

7 Ainsi appelée dans la narration de Heniy. Il s'agit d'un cap à pic à l'entrée du cours d'eau Snake Creek.

ne m'empêchassent de me rendre chez les Rocky Mountains. Aussi je n'ai transporté ici qu'une petite partie des articles requis pour les dépenses inévitables.

Mercredi, 12. A 9 heures du matin nous atteignons les rives du Missouri où nous tirons quelques coups de fusils pour avertir les sauvages de notre arrivée. Quelques heures après un grand nombre d'entre eux vinrent en canots pour nous traverser avec nos effets. Lafrance se rendit chez les Mandans/ mais je restai avec mes hommes et M. McKenzie, puis nous traversons pour visiter les Big Belleys où nous pénétrons dans différentes cabanes; chacun de mes hommes était muni d'une petite quantité de couteaux, de tabac et de munitions qu'il devait distribuer aux propriétaires.^

Jeudi, 13. Quatre Assinibois sont arrivés le soir et quatre Canadiens qui font la chasse au castor dans ces parages sont venus me voir. Je distribuai à chacun d'eux 6 pouces de tabac (Brésil) , qu'ils acceptèrent avec beaucoup de joie, car depuis plusieurs mois ils n'avaient fumé que du tabac préparé des sauvages.

Vendredi, 14. Les sauvages ici sont extrêmement désireux de nous vendre leurs chevaux, mais avec le montant qu'il faut habituellement leur payer pour un nous pouvons en acheter deux des sauvages Rocky Mountain qui sont attendus de jour en jour. Ils désirent aussi que nous ayons une plus grande quantité d'effet à l'arrivée des sauvages attendus, afin de bénéficier eux-mêmes de tout le trafic. Je leur ai fait entendre que le but de notre voyage était de n'acheter des chevaux ni d'eux ni des Rocky Mountains, que nous étions venus pour nous procurer des peaux et des fourrures et que pour cette raison, l'un de nous passerait l'été avec eux et un autre avec les Mandans; en outre, que j'avais été envoyé

1. Aucune tribu américaine, à l'exception de celle des Iroquois peut-être, n'a suscité plus d'intérêt et de curiosité que la tribu des Mandans. Quelque chose de particulier dans leur langage, leurs habitudes et leur physique, a donné lieu à bien des commentaires sur leur origine. Le premier blanc qui a visité les Mandans a été Pierre Gauthier de Varennes, Sieur de La Vérendrye et le récit de son voyage se trouve dans le rapport sur les archives, 1889. John McDonnell fait mention des premières visites des traiteurs anglais aux Mandans, (Masson, I, 273.)

2. Les traiteurs étaient habituellement les hôtes de quelques membres influents de la tribu, mais ces derniers s'attendaient toujours à recevoir quelques rémunérations sous fonne de cadeaux.

avec deux hommes par le chef de la population blanche' pour fumer le calumet de la paix et de l'amitié avec les sauvages Rocky Mountain et accompagner ceux-ci jusqu'à leur contrée pour l'explorer et se rendre compte s'il s'y trouvait des castors comme on l'avait rapporté, afin de les engager à en faire la chasse ; que nous n'achèterions des chevaux de personne et que par conséquent le meilleur parti qu'ils devaient prendre, c'était de préparer des peaux de buffles afin de se procurer des munitions pour trafiquer avec les sauvages Rocky Mountain.

Ils prétendirent qu'ils avaient raison de craindre les nations voisines qui comprenaient les assiniboines,^ les Sioux,^' les Cheyennes* et les Ricaras,^ afin de donne^un prétexte pour ne pas trafiquer leurs fusils avec les sauvages Rocky Mountains et nous engager à en faire autant. Quelques-uns de ces sauvages Rocky Mountain sont déjà venus ici et sont repartis, mais nous en attendons un plus grand nombre que j'ai l'intention d'accompagner.

Samedi, 15. L'un des chefs me fait demander et veut savoir ce que j'ai l'intention de faire de la pipe que j'ai apportée. Après lui avoir appris que cet objet était réservé pour les sauvages Rocky Mountain, il m'adresse une longue harangue pour me dissuader d'aller chez ces derniers. Il me dit que je serai obligé d'y passer l'hiver à cause de la grande distance à parcourir, que les Cayennes et les Ricaras sont des ennemis constamment à l'affût et que probablement ils me tueront. Il me parle ensuite d'une manière très défavorable des sauvages Rocky Mountain, et

1. Ce chef était alors le bourgeois Chaboillez. Quant à l'attitude des natifs à l'égard du chef des blancs, voir Masson, I, 383-4.

2. Voir les journaux manuscrits et les lettres de Pierre de La Vérendrye et de ses fils, dans les archives canadiennes; la note au bas des pages 269-70, des Contributions to the Historical Society of Montana, I, (1876, 2e éd.); Maximilian, I, 387 et seq. Les Assiniboines appartenaient à la famille des Sioux.

3. C'est dans les Relations des Jésuites qu'il est fait mention pour la première fois des Naudowessi ou Sioux. Les autres documents de cette période qui en font mention sont les ' Lettres de Daniel Greyselon Du Lhut et du père Guignas (Archives canadiennes) Postes de lamer de V Ouest, vol. 16) ; les voyages de Pierre Esprit Radisson (Société prince, 1885); les expéditions to Headwaters of the Mississipi de Pike (éd. de Coues) I, 341 et seq.

4. Charles Mackenzie les appellent Shawyens ou Chawyens et dans sa Fourth Expédition (Masson, I, 373 et seq.) se trouve le récit d'une visite à ces sauvages. Il est fait mention de cette tribu antérieurement dans le journal de La Vérendrye déjà cité, 1742-44. Ils appartiennent à la famille des Algonquins.

5. Autrefois les Pawnees qui s'établirent sur le Missouri plus bas que les Cheyennes et se fixèrent plus tard dans le voisinage des Mandans.

pour preuve que ceux-ci étaient menteurs et voleurs, il m'informe qu'un Canadien du nom de Ménard^ qui avait demeuré ici pendant quarante ans environ, était parti il y a quelques années pour aller faire le trafic de chevaux et de castors avec les Rocky Mountains, que l'on avait tout fait pour le dissuader, mais que voyant sa détermination irrévocable on l'avait laissé partir; qu'une fois arrivé aux tentes des sauvages Rocky Mountain, il avait été bien accueilli et s'était procuré 9 chevaux, deux femmes esclaves et une certaine quantité de castor, après quoi il quitta l'endroit très satisfait; qu'enfin quelques jeunes gens le suivirent et lui volèrent 7 chevaux durant la nuit, que quelques nuits après les deux esclaves désertèrent avec l'es autres chevaux, que d'autres jeunes gens le rejoignirent et lui enlevèrent tout ce qu'il possédait, même son couteau, qu'il revint en pleurant au village des B. B., presque mourant, n'ayant que sa couverte pour se fabriquer (avec de la pierre à fusil) des chaussures qu'il attacha à ses pieds avec des cordes et que les B. B. furent si indignés qu'ils tuèrent quelques Roche Mountain? pour se venger, etc., etc. Il me fit part de plusieurs autres faits et à tout cela je répondis, que mon chef m'ayant envoyé je me rendrais là ou je mourrais.

Cinq jeunes gens sont allés à la rencontre des sauvages Rocky Mountain il y a une semaine; nous les attendons de jour en jour avec ces derniers.

Dimanche, 16. Les femmes ont dansé ce soir en l'honneur du scalpe d'un sauvage Black feet^ qui a été tué le printemps dernier. Les Canadiens venus d'en bas rapportent que ces sauvages ont aussi tué quelques blancs à la même époque, qu'ils ont vu des vêtements tels que vestons et pantalons de velours, cols de chemise, morceaux de tentes de toile, des gilets et beaucoup d'autres objets qui ont appartenu à des blancs. Le grand chef de ce pillage [sic], le Borgne,'* m'a dit qu'un détachement de guerre

1. Probablement le même Ménard qu'Alexander Henry mentionne comme ayant été pillé et assassiné par trois Assiniboines en 1803 lorsqu'il se rendait au Missouri.

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