JOURNAL DE LA.ROCQUE
homme pauvre; quelques-uns d'entre eux en ont jusqu'à trente ou quarante. Tous, hommes, femmes et enfants vont à cheval et les femmes comme les hommes enfourchent levirs montures. L'enfant trop jeune pour se tenir en selle y est attaché, puis on lui attache un petit fouet au poignet et c'est ainsi qu'il suit au gallop ou au trot durant tout le jour si les circonstances l'exigent. Leurs selles sont façonnées de façon à empêcher les chutes en arrière ou en avant;* la partie de derrière s'élève jusqu'à la hauteur des épaules et celle de devant jusqu'à la poitrine. Les selles dont se servent les hommes ne sont pas aussi relevées et plusieurs d'entre eux emploient des selles fabriquées par les Canadiens dans la région du N. 0.
Leur habitude d'aller à cheval depuis leur enfance en a fait d'excellents cavaliers. A la guerre ou à la chasse, lorsqu'ils veulent pousser leurs chevaux à l'extrême, ils ne se servent pas de selles. Souvent dans leurs courses et leurs évolutions l'on aperçoit qu'une jambe sur le dos du cheval, car en ce cas ils entourent le cou du cheval de leurs deux bras et se tiennent penchés du côté opposé à l'ennemi. La plupart de leurs chevaux peuvent être dirigés sans bride à n'importe quel endroit car il suffit de se pencher d'un côté pour les y faire tourner immédiatement jusqu'à ce que l'on reprenne une position verticale. Ils aiment beaucoup leurs chevaux dont ils prennent un grand soin et dès que ceux-ci sont blessés au dos ils ne s'en servent pas avant qu'ils soient guéris. Nul prix ne pourra induire qui que ce soit à faire le sacrifice d'un cheval favori sur lequel il peut compter pour sa sécurité dans l'attaque ou la fuite.
Ils prétendent qu'un nombre égal de sauvages, à quelque tribu qu'ils appartiennent, ne peuvent les vaincre à cheval, mais qu'à pied ils ne valent pas les nations qui n'ont pas de chevaux. Ils passent pour braves et courageux parmi leurs voisins. Il est rare qu'ils fassent la guerre ou volent des chevaux mais ils se défendent courageusement lorsqu'ils sont attaqués. Ils exercent une grande surveillance, et le jour et la nuit, des jeunes gens font le guet à deux ou trois milles du camp sans compter que souvent ils se font précéder de deux ou trois jours par des détachements de jeunes gens qu'ils envoient comme éclaireurs sur la route qu'ils
1. Il s'agit de selles espagnoles apportées du sud ou de celles de cette contrée modelées sur celles-ci.
doivent parcourir. Toute personne, de quelque tribu quelle soit, est bien accueillie et bien traitée dans leur camp, hormis qu'elle s'y rende durant la nuit ou quelle soit surprise à rôder alors qu'il ne lui est point fait de merci. Ils coupent et hachent les ennemis tués en combattant mais ils ne les mangent pas. Les enfants et les jeunes gens recherchent le sang et jouent avec les débris de cadavre mais je n'ai jamais vu un chef ou une personne respectable commettre un acte semblable. Lorsqu'ils se sont procurés un scalpe ils dansent le soir de ce jour-là et des deux jours suivants. Voici comment s'exécute leur danse du scalpe dont j'ai été témoin lorsqu'ils ont tué deux Assiniboines :^ Dix-sept jeunes gens, le visage peint en noir et vêtus avec la plus grande recherche se tiennent en demi-cercle et chantent en battant la mesure avec des tambours, des Shrisiquois ou castagnettes. Devant eux, vêtues des habits de guerre des hommes et portant les armes de ceux-ci, le visage peint en noir, trente jeunes femmes dansent au son de la musique des jeunes gens pendant que deux d'entre elles portent les scalpes attachés à la Enclosa Pôle} Elles dansent en cercle qui se rétrécit à mesure qu'elles s'avancent lentement vers le centre, puis elles reprennent leur première position pour revenir au centre de nouveau et continuer à exécuter ces mouvements en branlant la tête en cadence avec la musique. Des soldats se tiennent autour du cercle pour empêcher les spectateurs de serrer les danseuses de trop près. Vers le milieu de la cérémonie l'un des chefs prend par la bride un cheval monté par un jeune homme richement paré et le conduit au milieu des danseuses en haranguant le cavalier qui avait tué l'un des Assiniboines, puis le chef ayant reconduit ce dernier, la danse recommença. Un autre chef introduit ensuite de la même manière au milieu du cercle celui qui avait tué les deux Assiniboines [sic] et peu après la danse cessa. Durant la nuit une bande de jeunes gens parcoururent le camp en chantant et s'arrêtèrent devant la porte de chaque chef où ils firent entendre des chansons dans lesquelles étaient redits lès exploits de chacun. Cette cérémonie dura trois jours. Durant le jour, les scalpes étaient attachés à la bride des chevaux sur lesquels
1. Voir p. 43 de ce journal et description de la danse du scalpe de Catlin, I, 246 et gravure 104.
2. La signification de ce mot n'est pas claire. II est possible qu'une erreur ait été conunise dans la transcription. Voir Catlin, gravure 104.
JOURXAL DE LAROCQUE 71
les jeunes gens se promenaient en chantant avec tambours battants.
Ils ont pour armes des arcs et des flèches avec des fusils et des lances et lorsqu'ils partent pour la guerre ils apportent leurs "medicin bags;*" le chef de la troupe du moins s'en munit et après avoir trouvé leurs ennemis le "bag of medicin" s'ouvre, puis ils entonnent quelques chants, fument quelques instants et s'élancent à l'attaque. C'est généralement au point de jour qu'ils tombent sur leurs ennemis alors que ceux-ci sont profondément plongés dans le sommeil. L'un des chefs porte une partie de lanterne magique qu'il considère comme le plus précieux appui, car il croit que les figures dessinées sur les verres sont des esprits qui le protègent et dont il ne doit jamais se séparer quand il part pour la guerre.
Comme tireurs à la cible ils sont très habiles avec leurs arcs tandis qu'ils sont bien inférieurs avec le fusil, mais je dois dire que depuis quelques années ils s'exercent tous les jours au maniement de ce dernier et ils ont aujourd'hui plus de munitions qu'à l'ordinaire.
Etant donné qu'ils n'ont jamais eu de traiteurs au milieu d'eux ils ont échangé contre des fusils, avec les Mandans et les Big Bellys, des chevaux, des peaux, des guêtres et des chemises. Et comme ils ne cultivent pas la terre, ils achètent aussi des Big Bellys des céréales, des citrouilles et du tabac.
Quant à leurs accoutrements, les hommes portent des guêtres étroites qui montent jusqu'aux hanches et dont l'extrémité est fixée à une ceinture ou ceinturon. Les coutures sont ornéss de perles, de piquants de porc-épic, de crins de chevaux et de cheveux provenant d'êtres humains teints de diverses couleurs. Ces guêtres sont fabriquées avec de la peau de cabri ou autre jeune cerf.
Leurs chemises se composent de trois peaux du même genre dont deux servent à former la partie qui couvre le corps et la troisième à façonner les manches. Ces peaux ne sont jointes que sur l'épaule de m.ême que les manches qui sont ouvertes à partir de l'aisselle. L'une des peaux recouvre la poitrine et l'autre recouvre le dos; les manches portent les mêmes ornements que les guêtres de même que leurs souliers qui sont fabriqués comme des
1. Catlin le décrit minutieusement avec son contenu, I, 35-8, gravure 18.
mitaines avec une bordure sans pli autour de la partie extérieure du pied. Sur cette partie de leur accoutrement ils portent une peau de buffle sur laquelle sont représentés leurs exploits guerriers ou bien la ceinture est garnie de perles et de piquants de porc-épic. Ils s'entourent généralement la cheville d'une lisière de peau de loup ou de mouffette à laquelle sont attachés des fragments de drap rouge qu'ils traînent en marchant. Ils portent aussi sur la poitrine la peau du pied d'un ours munie des griffes et à laquelle sont cousus autant de boutons qu'ils ont pu trouver; 12 à 15 griffes d'ours cousues de cette façon et attachées autour du cou constituent un ornement très à la mode.^ Leur front est couvert de deux morceaux de peau ornés de perles coloriées, de grelots ou de boutons; une mèche de crins de cheval teints en jaune leur descend de chaque côté du nez et ils portent une plume de Killion sur la tête entourée d'un cercle de laiton et de fer-blanc. Il n'y a pas de
parmi eux; ceux qui ont les cheveux longs les séparent
en 10 à 12 tresses qu'ils enduisent de terre blanche à l'exception des extrémités qui sont bien peignées. Ceux dont les cheveux ne sont pas de la longueur voulue, y ajoutent des crins de cheval au moyen de gomme et ils les séparent ensuite de la même manière que les autres. J'en ai vu un qui avaient ajouté à ces cheveux très noirs, deux grosses queues de chevaux blancs qu'il tramait derrière lui sur le sol en marchant. Ils tiennent beaucoup à avoir les cheveux longs. ^
L'accoutrement des femmes se compose de guêtres qui montent jusqu'au milieu de la cuisse avec une jarretière au-dessous des genoux; Elles ne portent pas de poil parmi leurs ornements; la ceinture de leurs guêtres est couverte de perles bleues (qu'elles préfèrent aux autres) et de boutons quand elles peuvent s'en procurer. Leurs guêtres sont de forme arrondie comme des bas et elles n'ont pas de frange comme celles des hommes. Leurs chemises ou cotillons descendent jusqu'à mi-jambe et plus bas et se composent de peau de cerf, mais pour être de valeur, cette partie de leur accoutrement doit se composer de deux grandes peaux de cabri ou de bélier de montagne; les extrémités sont frangées de la même manière que chez les hommes et garnies de piquants de porc-épic. Les peaux sont jointes jusqu'à la partie in-