RE MA
D ER ts russes
Le calme rétabli, Pim recommenca sa narration. En 1852, le gouvernement anglais envoya par le détroit de Davis, et toujours à la recherche de Franklin, cinq vaisseaux sous les ordres supérieurs de sir Edward Belcher,
L’Intrépide et le Résolu étaient commandés par ce même capitaine Kellet que nous avions, en 1850, connu dans le détroit de Behring. Ces deux vaisseaux se dirigeaient vers l'ile Melville, tandis que sir Belcher, avec le Ron Secours et le Pionnier remontaient le canal Wellington. Le cinquième navire , l'Etoile polaire, laissé vers le cap Riley, à l'entrée même de ce canal, devait demeurer comme un dépôt, un lieu de refuge assuré pour les autres'.
Kellet avait pris ses quartiers d'hiver dans la petite ile Dealy, près de l'ile Melville. De là il avait expédié diverses compagnies d'éclaireurs. L'une d’elles lui rapporta les nouvelles que Mac Clure avait déposées à la baie de Parry. Le capitaine Kellet aurait voulu envoyer bien vite un traineau vers nous, mais les brouillards intenses, le froid rigoureux qui se succédèrent tout l'hiver ne le Jui permirent pas.
Le 10 mars seulement, il put faire partir le lieutenant Pim avec quelques hommes d'élite. Ce voyage , excessivement pénible, dura 28 jours et se termina en nous rendant bien heureux.
8 avril. — Hier au soir, à l’heure même où nous étions dans la joie, mourait le premier homme que nous ayons perdu depuis notre départ, le canonnier Kerr. Pour lui aussi, ce jour était le jour de la délivrance, non-seulement parce qu'il souffrait depuis longtemps et d’une terrible manière du scorbut, mais parce qu'il connaissait son Sauveur, et se réjouissait d'aller auprès de Lui. Je l'avais souvent visité durant celte longue maladie, et nous étions devenus de bien bons amis.
Nous sommes entourés de préparatifs de départ, et chaque
® Pour bien comprendre la suite de la narration, le lecteur est prié de porter une attention particulière à la position des cinq navires.
+ PE ENT PET Ê eromeg 3
LÉ M. MIBRATSCHING. 47
} » Ù ‘ f à ù n ? Lara ! » »
1852, fois que nos regards tombent sur quelqu'un de ces objets, €'est
tits une satisfaction nouvelle.
Maintenant, c'est M. Mac Clure qui veut aller lui-même jusqu’à l’île Dealy, et s'entendre sur la situation avec le capitaine Kellet.
9 avril. — M. Mac Clure est, en effet, parti ce matin avec le lieutenant Pim, nous laissant pour instruction à son lieutepant Creswel!, au docteur Piers et à moi, de prendre dans huit jours la même direction, en emmenant avec nous nos deux pauvres fous et les 24 matelots malades. Il y à 50 milles allemands jusqu’à l'ile Dealy'. Certes, la commission qu’on nous donne peut paraître épineuse, mais à côté du terrible voyage que nous allions enweprendre, tout est acceptable.
ordres
* même s le déers l’île e Pionnavire , e de ce ge a8=
Dealy pagnies 10 avril. — Nous venons de rendre les derniers devoirs au L © à . 4 Q , o ! 2 ue Mac canonnier Kerr. Le cercueil, placé sur un traineau, était recou- Kellet vert de notre drapeau en guise de drap mortuaire. nie los Huit matelots le trainaient, et nous suivions tous en bon nt tout ordre. re. | ; Sur le bord de la fosse, on a lu la liturgie anglaise; puis nt Pim les camarades de Kerr ont fait une décharge dans la tombe. nt pé- À 11 avril. — Je me prépare de nouveau au départ, mais pas n heu | plus que pour le voyage au fleuve Mackensie, nous ne POUVONS | emporter autre chose que l'absolu nécessaire. Mes minéraux, étione | mes plantes séches, mes ustensiles et armes esquimaux, tout À = , , o ° 4 , È ayons | est soigneusement emballé. J'avais bien espéré obtenir au L augéi moins mes manuscrits, mais les injonctions du capitaine sont ; , | parce formelles. | | ré du 13 avril. — Le matelot Ames est mort hier subitement, sa | dede santé était délabrée, mais il ne gardait point le lit. — Nous dhrn( sommes tous prêts à partir. i Les vociférations de Wynjatt, le plus agité de nos deux fous, chaque sont terribles. J appréhende notre voyage. Avec des hommes dans son état on est toujours en face de l'imprévu. est prié
t Environ cent lieues.
F2 ASS SR RON TE ER RS em een ei ernieite re mt a 2 É RS UT DORE DE MR 1 ES nd ri mo a 2 Ur ARE
14 avril. — Encore une mort! N'est-ce pas surprenant, après avoir essuyé pendant trois ans et demi tant de tempêtes et de périls de toute sorte, sans perdre un seul homme? Le matelot Boyle avait été installé comme garde-ma'ade. Ne se sentant pas bien, il crut faire merveille en versant dans un verre les restes de trois ou quatre potions, et en avalant ce mélange.
Ces trois morts successives donnent à nos hommes une tristesse superstitieuse. En revanche, ceux avec qui je pars demain ne dissimulent pas leur joie de quitter enfin ce navire, qu’ils ont depuis longtemps débaptisé, et surnommé la Famine.
15 avril, — Nous allons donc quitter pour jamais le vaisseau qui nous à portés au travers du calme et de la tempête, de la bonne comme de la mauvaise fortune. Je ne saurais partager l’indifférence de mes compagnons. Ce départ a pour moi quelque close de singulièrement mélancolique.
Nous avons diné tous ensemble avec ration entière. À deux heures, je me suis une dernière fois réuni devant Dieu avec ceux qui, rendus attentifs aux intérêts de leur âme, étaient peu à peu devenus mon petit troupeau. Durant la demi-heure qui a précédé le départ, j'ai reçu encore plusieurs visites qui m'ont été fort douces. Un jeune matelot entre autres, qui se distinguait dans l’origine par ses débordements, avait entièrement changé de conduite, et m'était devenu comme un enfant bienaimé. Îl avait mis à profit nos écoles du soir, écrivait couramment et lisait beaucoup. Un certain instinct poétique s'était développé en lui. Îl prit congé de moi avec émotion, et me remit quelques-uns de ses essais en vers. Puis, comme je vepais de quitter pour toujours ma cabine, ce lieu confident de mes larmes silencieuses et de mes actions de grâces, je trouvai sur le pont mon jeune ami, prêt à m'adresser avec quelques matelots ce chant du départ qu’il leur avait enseigné :
« Frères, voici l'heure de dire adieu à ces camarades qui retournent joyeux vers la patrie, un adieu peut-être éternel :
ta,
enant, npêtes te? Le Ne se ns un ant ce
s une e pars avire, dinine.
» VAISnpête, JS par- 1 moi
, deux 1 avec nt peu re qui m'ont distinement bienurams'était et me Je veent de rouvai elques
es qui ernel :
DE M. MIERTSCHING. 49
Ah! où que nos destinées nous conduisent, n'oublions pas Celni qui est là-haut et qui vous protége comme moi.
« Vous rappelez-vous cette nuit terrible, quand les montagnes de glace menacaient de briser comme une coquille notre beau navire. Nous avions fait tout notre possible, épuisé toutes nos forces, il n’y avait plus d’espoir..… Alors Celui qui est là-haut nous sauva, vous et moi.
« Que de fois de noirs nuages nous voilèrent le soleil! Que de fois, sur la plaine glacée et sans bornes, l’épais brouillard, les tourbillons de neige nous dérobèrent notre route! Nous étions là, désolés, sans savoir où diriger nos pas... Mais voilà, Celui qui est là-haut nous guida vous et moi.
« Nous allons nous quitter. Dieu seul connait les dangers peut-être tout prochains qui nous attendent. Mais courage ! Mettons d'avance notre confiance en Celui qui commande aux vents et à la mer. Son œil nous suit, et de là-haut, Îl veillera sur vous et sur moi. »
Cependant l’heure avait sonné. Nous nous attelâmes aux traineaux, et, après le formidable hourra dont on nous salua du vaisseau, nous partimes. Le lieutenant Creswell marchait en avant, et avee lui six hommes incapables de porter autre chose que leur pauvre corps souffrant. Nous cheminâmes assez lentement »endant quatre heures, puis nous dressämes nos tentes pour la nuit à l'extrémité d’un cap sablonneux.
16 avril. — Après sept heures de repos, le froid nous a forcés de partir avant l'heure. La journée a été pénible. Le scorbut a si fort affaibli nos hommes ! Quelquefois nous rencontrions de vraies montagnes ardues, formées de blocs de glace entassés ; il les fallait gravir sur nos genoux et sur nos mains, les traineaux suivant comme ils pouvaient. C'était à désespérer, si je n’avais pensé à Celui qui est là-haut.
93 avril. — Nous venons d’atteindre l’ile Melville, et ce n’a pas été sans de grands efforts. Au milieu du brouillard et de la neige en flocons serrés, nous ne regardions qu'avec une
FE a rh z RETOUR ER re ENT
a 3 REA
“ ne) } Es ë
confiance très-douteuse à la boussole. Une fois qu’on a dépassé le pôle magnétique, ses indications n’offrent plus la même certitude. Notre plus grande distraction, notre seule rencontre d’êtres vivants, c’étaient les poules de neige qui, de la terre de Banks, émigrent au printemps vers l’île Melville, pour y passer le court été. Fai neuf hommes dans ma tente, mais cinq d’entre eux sont tellement misérables, qu’ils ne peuvent nous prêter aucun secours. [ls s’avancent péniblement derrière le pauvre attelage qu’il nous faut trainer à nous quatre.
À trois heures de l’après-midi, nous nous sommes arrêtés pour la nuit. C’est nous quatre encore qui devons dresser la tente, préparer le repas, ete. Quand tout a été fait, et nos malades soignés aussi bien que possible sous leurs couvertures, J'ai senti le besoin d’un peu de solitude. Je suis sorti et, malgré mon extrême fatigue, j'ai gravi une petite colline. Là, assis à son sommet, j’ai jeté un regard sur la contrée déserte et désolée. Mes yeux se sont mouillés de larmes, et oubliant le froid, je suis tombé dans une profonde rêverie : « Moi, Miertsching, qui m’eût jamais cru destiné à faire partie d’une expédition au pôle, à partager, en quelque sorte, la gloire de cette découverte vainement attendue pendant trois siècles! » Et ma vie se déroulait devant moi, et toutes les adorables dispensations de Dieu à mon égard, Oh! Lui qui m’a accompagné jusqu'ici, qu’il daigne me garder encore et me permettre de revoir ma patrie et mes bien-aimés ! — Je revins vers la tente transi, mais forüifié dans mon âme. Mes compagnons dormaient, et je mangeai, solitaire, mon repas de biscuit de mer et de viande salée.
30 avril. — Le temps a été favorable pendant cette semaine, mais l'épuisement de nos hommes rend le voyage trèspénible.
Nous avons dû coucher deux matelots sur le traineau ; d’autres ne marchent qu’à la charge de s’y cramponner, et pour comble, nos deux pauvres fous nous causent un extrême
DEN RENE ARTE Ta
RTE RENTRER HN