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embarras. Nous marchons autant que possible sept heures, nous nous en reposons cinq; nous reprenons une marche de sept, et un second repos de même longueur termine les vingtquatre heures.
4er mai 1853. — Aujourd'hui, à 10 heures, nous nous sommes passé la lunette d'approche pour jouir les uns et les autres de la vue des mâts de l’Antrépide et du Résolu, dans la baie de l'ile Dealy, qui n’est plus qu’à 15 milles de distance. Nous nous sommes tous senti courir une nouvelle force dans les veines, et avons doublé le pas. Mais c'était trop pour nous, nous n'avons pu atteindre aujourd’hui le but tant désiré.
2 mai. — Nous déjeunons plus sereins et dispos que nous n'avons été depuis longtemps. Nous faisons avec émotion notre petit culte du matin, et bientôt, au détour d’un rocher, nous apercevons les vaisseaux. On nous à vus aussi; on à hissé le drapeau. Les capitaines Kellet et Mac Clure, avec plusieurs matelots, nous viennent au-devant et nous accueillent de la manière la plus amicale. Le capitaine Kellet a voulu me conduire dans sa propre cabine pour y ‘faire ma toilette. Quel délice après seize jours passés sans pouvoir se laver ! On m’offrit du café! du café bien chaud, quel délice aussi! Il y a deux ans et demi que je n’en avais point bu. J'ai fait ensuite un bon sommeil de plusieurs heures.
L'Intrépide, ancré à deux cents pas environ du Résolu, est organisé en lazaret; vingt-deux de nos hommes y ont été conduits. Les cinq bien portants et moi, nous sommes demeurés sur le Résolu, et tous ont éié généreusement pourvus de linge et de vêtements.
% mai. — C’est maintenant que nous nous ressentons le plus de notre pénible voyage et de nos couchées sur la neige. Nous avons dans les membres des douleurs angoissantes. Pour moi, je ne puis guère plus remuer ma jambe droite que st elle était paralysée.
Tout ce qu'il y a de valide parmi les officiers et les mate-
lots des deux équipages explore, dans diverses directions, les côtes de l'ile Melville, soit dans un intérêt scientifique, soit avec l’espoir de plus en plus faible de retrouver des traces de John Franklin. — Le capitaine Mac Clure à un ardent désir de ramener son nvestigateur en Angleterre. Le capitaine Kellet et ses officiers en ont délibéré avec lui, et voiei ce à quoi, dans leur prudence, ils se sont arrêtés : «M. Mac Clure va retourner à son vaisseau avec M. Domville, chirurgien du Résolu; celui-ci formera avec notre docteur Armstrong une petite commission, chargée d’examiner à fond notre équipage sous le rapport sanitaire. Ÿ a-til seulement vingt hommes en état de passer un quatrième hiver dans la baie de Miséricorde, M. Mac Clure est résolu à demeurer avec eux, laissant tous les autres rejoindre le Résolu. » Ce cher capitame veut bien me promettre de me renvoyer mes manuscrits par le docteur Domville. |
5 mai. — Le capitaine Kellet envoie, sous la direction du lieutenant Creswell, quatorze malades de son équipage, et Wynjatt, rejoindre l'Etoile polaire, en station au cap Riley. Je les aurais bien volontiers accompagnés, mais le capitaine à pour l'été des projets en vue desquels mon ministère peut être utile. — Le départ du lieutenant Creswell a été tout à coup hâté; si bien qu’au lieu d’éerire à mon aise, comme il semble au moins qu’on doive le faire dans une situation où l'heure du courrier ne presse pas, j'ai été forcé d’expédier deux lettres. Mes douleurs ne me les ont pas facilitées. Je ne me suis pas séparé sans quelque serrement de cœur de M. Creswell et du pauvre Wynjatt, qui me regardait de ses grands yeux égarés.
16 mai. — Avec deux compagnons, je reviens d’une chasse de huit jours. Nous rapportons vingt-trois poules de neige et trois rennes. L'ile Melville est toute parsemée de collines, dont la plus haute n’a pas 300 pieds, et dont les pentes au midi sont couvertes de gazon. Du haut de ces collines, l'œil dé-
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couvre une foule de petits lacs. Sur notre chemin, nous rencontrions fréquemment des fragments de charbon de pierre pesant jusqu’à quarante livres, mais sans pouvoir nous rendre compte d’où ils proviennent.
18 mai. — Etant monté après déjeuner au haut du mât, j'ai signalé avec la lunette un troupeau de bœufs musqués. Nous leur avons donné la chasse, et en avons rapporté cinq, dont un jeune vivant. — Le docteur Domville vient d'arriver. M. Mac Clure va revenir aussi; trois seulement de ses matelots ont le courage de passer un quatrième hiver dans la baie de Miséricorde. Il sera ici la semaine prochaine avec son monde, et notre pauvre vaisseau demeurera seul dans Îles glaces. Hélas! oui, seul; et avec lui, je ne puis m'empêcher d’y penser de suite, toutes mes collections, mes plantes, mes minéraux.
17 juin 1853. — Ce matin, à huit heures, nous avons aperçu de loin l'équipage de l’Anvestigateur. Îls avançaient si lentement, qu'à midi ils étaient encore éloignés de nous d'environ trois milles: et pas moyen de leur venir en aide, car tout ce que nous avons d'hommes valides sont en courses d'exploration. À une heure, nous avons été à leur rencontre avec Île capitaine Kellet, pour leur donner au moins ce signe de bienveillance. C'était un spectacle à faire pleurer. Les huit plus malades gisaient deux par deux sur les traîneaux. D'autres cheminaient les yeux en terre, semblables à des cadavres mouvants, traînés plutôt que soutenus par leurs camarades un peu moins faibles. Ceux attelés aux traineaux tombaient de fatigue toutes les cinq minutes. Le pauvre capitaine allait de l’un à l’autre, aidant,
exhortant, encourageant. Oh! misère indicible ! C’est bien alors que nous avons pu nous convaincre que si notre bon Dieu ne nous avait envoyé le lieutenant Pim, nous aurions tous, Jusqu’au dernier, succombé dans notre long voyage.
L'Investigateur a été solidement ancré. Les portes et les écouüilles fermées et clouées avec le plus grand soin. Tout ce qu'il
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contenait de provisions, à savoir des vivres pour soixante et dix hommes pendant six mois, a été transporté à terre. Le capitaine, avec toute son amitié pour moi, n’a pas même pu m’apporter mon journal. Sans doute, quelques cahiers n'étaient pas bien lourds, mais il n’aurait pu le faire sans prendre aussi les journaux des officiers, et cela eût par trop ajouté au poids des traineaux. Eussé-je eu quelque velléité de mauvaise humeur, elle eût dû passer bientôt en jetant un coup d’œil sur ces pauvres créatures épuisées. Nous les reçûmes de notre mieux.
Le brave capitaine me promet son propre journal, qui me permettra de refaire, tant bien que mal, le mien à l’aide de ma mémoire et de quelques notes au crayon qui ne m'ont jamais quitté. Îl a eu même la bonté de me recomr : der au capitaine Kellet pour me fournir de quoi écrire, le u se trouvant, à cet égard-là, plus que maigrement outil. Unaeun se montre empressé à mon égard : le capitaine lui-même m’a fait don de douze feuilles de papier, le médecin de deux plumes de fer, et M. de Bray d’un peu d’encre.
18 juin. — Un traineau attelé de chiens et expédié par l'Etoile polaire apporte la nouvelle que les quinze malades partis 1 y a six semaines avec le lieutenant Creswell sont heureusement arrivés. Un petit bateau à vapeur, qui allait justement repartir pour l'Angleterre, a pris à son bord M. Creswell, et Wynjatt, toujours aliéné. Ce bâtiment avait apporté des lettres à plusieurs de nos gens ; il n’y en avait point pour moi.
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Vaines recherches de Franklin. — Passe-temps. — Chasse périlleuse. — On vogue vers la patrie. — La glace se reforme. — Quatrième quartier d'hiver. — Souffrances de tout genre. — Télégraphe électrique. — Visites à l’infirmerie. — Costume polaire. — Etat moral de l'équipage. — On se rend à pied au cap Riley. — Aventures de voyage. — Arrivée sur l'Etoile polaire. — Tombes des compagnons de Franklin. — Six équipages sur un navire. — Retour en Angleterre. — Brick missionnaire du Labrador. — La Tamise et ses bords. — Mélancolique arrivée à Sheerness. — Un regard sur
les quatre années écoulées.
9 juillet 1853. — Le lieutenant Mecham est aujourd’hui de retour d’un voyage qui n’a pas duré moins de quatre-vingtquinze jours. n’a rien appris de Franklin, a passé soixante jours entiers sans apercevoir le moindre être vivant, quadrupède, oiseau ou insecte, Il a découvert à l’ouest deux iles qui seront désormais indiquées sur les cartes sous les noms d'Eglinton et de Prince-Patrick, et qui abondent, comme au reste l'ile Melville, en bois pétrifié et en minéraux de soufre.
Pendant ce mois, nous avons tous laborieusement chassé pour fournir de la chair fraiche à nos malades. Nous avons ainsi approvisionné le garde-manger de 2000 livres de viande, tant en bœufs musqués et en rennes, qu’en oies, canards et autres volatiles. Nos peines ne sont pas perdues : la plupart reprennent des forces et s’aident à mettre les vaisseaux en état de partir. Nos charpenters construisent en planches sur Pile Dealy une sorte de grange solide, laquelle doit êure remplie de provisions destinées à Franklin. Un monument de pierres entassées élevé auprès, et surmonté d'un mât de 37 pieds de haut, doit la signaler aux regards.
18 juillee. — M. Mac Clinton, capitaine de l’Antrépide, arrive à son tour d’un voyage de trois mois et demi, pendant lequel, toujours en cherche de Franklin, il a exploré plus de 1200 milles de côtes inconnues, et découvert un certain nombre
d'îles. Vers la fin, les provisions leur manquant absolument, ils avaient dû laisser tentes, traîneaux, instruments, ustensiles, pour gagner le plus promptement possible l’ile Dealy, n'avaient mangé que deux fois en trois jours, et dû, faute de tentes, se creuser un lit dans la neige.
17 août 1853. — La maison de bois sur l’île Dealy est terminée et garnie. Elle contient des provisions de bouche pour cent hommes pendant douze mois, beaucoup de vêtements, un poële et vingt-cinq tonnes de charbon de pierre. On y a même porté une bibliothèque de soixante-cinq volumes. La porte en a été soigneusement garantie contre les animaux par un rempart de pierres.
Tout est prêt pour le départ, nous ne sommes plus retenus que par la glace. Si elle était seulement ce qu’elle est dans nos plus rigoureux hivers d'Allemagne, nous n’attendrions pas longtemps la débâcle par la température qu'il fait. Mais avec une épaisseur variant de six à quinze pieds, il faut, pour la briser, quelque tempête qui remue la mer dans ses profondeurs. On attend, avec une anxiété bien naturelle chez des hommes dont cet événement décide le retour vers la patrie. On envoie six matelots en traîneau du côté de l’est et de la haute mer; ils reviennent, au bout de trois jours, en hochant la tête et répétant avec mélancolie : «Glace, tout glace. »—Pour occuper et distraire ses hommes, le capitaine Kellet a fait niveler une sorte de champ clos de cinq cents pas de long, où ils se livrent à toute sorte de jeux, de courses et de luttes. Aux extrémités sont dressées deux tentes pavoisées de drapeaux. Le capitaine et les officiers s’y tiennent, et se constituent juges du combat. Le saut, le jeu de bagues, la course, attelés à des traineaux plus ou moins pesamment chargés, etc. ; les plaisirs varient. C’est le capitaine Kellet lui-même qui a remporté le premier prix de trois livres sterling.
18 août. — Voici la tempête attendue. Des craquements sourds et solennels se font entendre de toutes parts. Attachés à
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