‹ Journal de M. Miertsching, interprète du capitaine Mac Clure [sic] dans son voyage au pôle Nord [microforme]Chapitre 4 sur 13 · DEN ARR TP EE AE TN EEE · texte numérisé non relu

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pont. En se promenant sur le tillac, on voit cet air sortir comme une fumée. Chaque matin on nettoie les tuyaux, où la vapeur s’est condensée en une glace épaisse de deux pouces.

20 décembre. — Le froid est intense; nous avons 30° R. On se tient renfermé dans lentrepout. Là chacun s'occupe : les uns épèlent, écrivent sur l’ardoise; d'autres lisent déjà couramment. Tel raccommode ses habits, tel Joue aux dames ou aux cartes, mais tout cela dans le plus grand calme, pour ne pas troubler les hommes d'étude, En fait de calme, il faut avoir vécu dans ces régions pour se faire une idée de l'absence de bruit. Quand je me promène, je ne manque jamais d'entendre le battement de ma montre sitôt que je suspends mes pas.

29 décembre, — Les jours vont grandir. Chacun s’en réjouit. Hier un homme a prétendu avoir pu lire de Pimprimé à midi. Noël se célèbre par des divertissements bruyants auxquels je n'ai pas été accoutumé. Je ne veux point jeter un bläme rigorisle, mais tion cœur s’est serré. J'ava's soif, plus qne jamais, de quelqu'un avec qui Je pusse m’entretenir de mon Sauveur. Mes souvenirs de famille, que ce jour rappelle puis- Samment, ceux de ces bons Noëls avec mes Esquimanx du Labrador se sont emparé de moi. J'ai senti que je ferais une sotte figure au repas de gala, et je suis sorti pour me promener au loin. Il m'a semblé que la paix d'en haut descendait sur moi des brillantes étoiles ; J'ai versé de douces larmes : J'ai béni mon Père céleste, béni avec plus de gratitude que jamais du don de son Fils. J aurais aimé prolonger ma solitude, mais le froid m'a repoussé parmi les humains.

Au reste, ces humains, je serais bien indigne si J'en disais du mal. Je suis entouré ici d'amitié et de respect. Les préven- Uons qu’on avait conçues contre Ho1, Comme un missionnaire auslère et rigide, se sont évanouies. J'ai même quelques vrais amis, dont le cœur commence à se lourner vers leur Sauveur. Le capitaine est pour moi d’une bienveillance inaltérable. Mon Dieu, c’est toi qui continues à me combler de bienfaits !

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LE M. MILRYSCHING. 15

31 décembre. — La glace nouvelle (boy ice) va s’Épaississant tous les jours. Elle a aujourd'hui trois pieds et demi.—De monstrueux puddings ont marqué, à diner, le dernier jour de Vannée : les matelots nous avaient ensuite préparé en surprise une scène dramatique de la bataille de Traalgar, qu'ils ont rendue avec assez d'intelligence et de bonheur.

6 janvier 1851. — Je vais raconter l'emploi d'une de nos Journées ; ce sera avoir fait le récit de c'isenne d’elles, car rien

n’est monotone comme un hivert age dans les mers polaires.

C’est bien de cette vie-là que le poëte eût pu dire: « Le jour semblable au jour, lié par l'habitude. »

A 5 heures, le matelot de vigie sonne le réveille-matin, On saute à bas du hamac, qui est ensuite soigneusement roulé et suspendu à la paroi. Les trois premières heures de la journée sont consacrées à ces travaux d’exquise propreté qui sont de rigueur sur les navires. À 8 heures, déjeuner. Chacun accourt avec une grande tasse, et se range autour de la chaudière pour recevoir son chocolat, avec une livre et demie de biseuit. Cette boisson bien chaude fait un plaisir inexprimable. La vapeur de la chaudière et le grand nombre des convives fait en général monter lethermomètre aux environs de + 8 degrés, une courte rampe d'escalier, et nous voilà sur le pont où nous trouvons 30 degrés de froid. Le contraste est un peu rude.

La glace a été soigneusement nivelée alentour du vaisseau; nous avons là comme une petite plaine favorable à la promenade et à divers exercices.

À midi précis, le diner, composé de viande salée, de pois secs et de divers mets de farine, ou de pommes de terre séchées. À une heure, les hommes retournent s’ébattre sur la glace.

À quatre heures, tous rentrent grelottants et bleuis par le froid. On ne tarde pas à goûter avee du thé et du biscuit de mer. Puis chacun reçoit un grog et une pipe de tabac.

De six à huit heures, l’école des matelots. À huit heures et

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demie, tont le monde est au lit, Pour qui sait lire, écrire, dessiner, tricoter, la Journée passe autres trouvent le temps bien long.

L'entrée de ma cabine n’est jamais interdite, Te à me venir voir par désœuvrement. qui visites, s’entretenant avec intérêt des l'infinie bonté de son Père céleste.

encore assez rapidement ; les

la commencé a Continné, rapproché ses besoins de son âme et de

1 janvier. — 360 R. Une maison de ncige à été construite à peu de distance Pour la fabrique des chandelles. En assant sous la ligne, au mois de juin dernier, notre provision entassée à fond de cale a subi une telle cha'eur qu’elle s’est entièrement agglomérée en une masse informe de suif, C’est cette masse qu'on s'occupe maintenant à refondre. Faute de moule, on pratique dans la neige de longs trous cylindriques de la dimension voulue, et l’on y verse le suif. Etant sorts ce matin, M, Mac Clure et moi, rentrés tous deux le nez et les joue un traitement de quelques Jour

nous sommes S gelées. Il nous faut suivre S, et garder la cabine avec un masque sur le visage, Nous nous Consolerons ensemble : notre liaison devient chaque jour plus étroite.

31 janvier. — Hier le soleil a repar ment, mais celle vue à tout ranimé sur |

u une minute seule e navire, — Le mercure du thermomètre a gelé fréquemment ces Jours derniers. — Nous avons joui, dans le courant du mois, de seize aurores boréales.

Ô février 1851. — Jour de naissance de ma bonne mère. Mes pensées se reportaient ce matin avec mélancolie vers le foyer domestique. Le Capitaine m'a demandé ce que j'avais et m'a très-amicalement invité à diner avec lui.

20 février. — 360 R. Nous autres missionnaires , il nous faut savoir faire un peu de tout; je m'occupe à confectionner de larges bottes de drap à semelles de liége, pour le capitaine et pour moi. Elles nous seront vtiles dès que les jours plus longs nous permettront d'aller à la chasse

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DE M. MIERTSCHING, 17

Nous ne sommes qu'à peu de distance de l'ile qui occupe le centre du détroit et que nous avons nommée «le de la princesse royale.» Le capitaine craignant quelque accident au moment de la débâcle des glaces, décide d’y faire porter une chaloupe avec des provisions pour trois mois ; les matelots ont nivelé un assez bon chemin conduisant du navire dans l'ile, et l’ont jalonné d'espace en espace avec des objets de couleur foncée.

8 mars 1851.— Quand tout a été porté dans l'ile, provisions de bouche, vêtements, munitions de chasse, remèdes, etc. et soigneusement mis à l'abri des renards et des ours, défense a été faite aux matelots d’y retourner. La présence des spiritueux les aurait exposés à une trop forte tentation.

La neige au soleil est éblouissante, nous portons tous des lunettes à verres bleus.—Les premiers craquements de la glace se font entendre; c’est un bruit formidable.

9 avril 1851. J'ai fait ces jours derniers trois chasses, et ai rapporté quatre lèvres et vingt et une poules de neige. — Revue faite de ce que contient l’Investigateur, nous avons encore des provisions de bouche et de <tauffage pour deux ans au moins. L’éclairage seul serait en souffrance, si nous devions passer encore plus d’un hiver comme le dernier ; Dieu veuille qu'il n’en soit pas question |

18 avril. — Le capitaine oublie pas que , s’il a découvert le passage nord-ouest, ce n’était pourtant pas là le oui de sa longue navigation. Maintenant que le temps le permet, il veut se mettre conseiencieusement à la recherche de Franklin. 1 à donc organisé trois expéditions, dont l’une explorera la terre de Banks ou de Baring au nord-ouest, et les deux autres la terre de Wollaston, ou du prince Albert, à notre sud-est. Chacune se compose de huit hommes, commandés par un officier de confiance. Îls sont munis d’un traineau de 10 pieds de long, garni de toutes parts en fer ; d’une tente de 8 pieds

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sac de laine pour chaque homme: d’une

lampe à esprit-de-vin, ressource précieuse pour obtenir e

n peu de moments une boisson chaude: de divers instruments d'observation ; de fusils, avec munitions de chasse : d’une petite pharmacie, ete. On calcule pour la nourriture de chaque homme par jour, une livre de viande salée et trois quarts de livre de biscuit de mer ; puis une certaine quantité de sucre, de cacao et de rhum. Les huit hommes s'attellent au tr vant en éclaireur,

aineau ; l'officier marche decherchant les passages les moirs difficiles et muni d’un fusil à deux Coups gue-vue,

, d’une boussole et d’une lon-

Ces trois traineaux sont parus aujourd’hui.

20 avril. — Ce soir, J'avais quelques matelots écoutant la lecture de la Bible; il ne s’en était Pas encore trouvé un si grand nombre, En sortant ils m'ont demandé si nous bientôt une autre réunion . Cette demande m'a ému de reconnaissance envers Dieu. Oh! quand je me rappelle ce qu'étaient, il y a quelques mois, ces hommes, en indifférence, en impiété !

23 mai 1851. — Le lieutenant Creswell, chef d’une des trois expéditions parties le 18 avril, vient d'arriver malade. Ils ont exploré la terre de Banks ou de aperçu de Franklin.

Le 25 mai, ce fut le tour du lieutenant Hasswell. Dans Ces quarante eUun jours d'absence, il avait parcouru 720 milles anglais dans la direction de la terre de Wollaston. Il avait atteint un petit campement dEsquimaux, mais u avait pu s’entendre avec eux que par signes, Le Capitaine décida de s'y rendre AVEC Moi, ne

aurions

Baring, sans avoir rien

voulant négliger aucune source de renseignements.

Nous partimes le ère Jour à 5 heures du soir, avec six.

hommes et des provisions pour douze Jours. Nous avions cent milles à faire.

Le 30, de grand matin, avant rencontré beaucoup de bois

flotté, nous dressämes notre tente et fimes un grand feu autour

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; 19 DE M. MIERTSCHING. g

duquel nous primes gaiment notre repas. après quoi nous dormimes quelques heures. Nous avons ainsi continué notre voyage sans rien de remarquable. Cette après-midi, comme nous gravissions une colline, nous avons découvert, à notre grande joie, cinq tentes avec des hommes qui allaient et venaient alentour, J'étais heureux, ému, comme quand on va revoir des compatriotes après une longue absence. ?ourrons-nous nous comprendre ? 7 | ere

Je m'approchaï. Dès que je fus à portée de la voix : «Nous sommes des amis, m’écriai-je, et nous vous apportons de belles choses, » Ils demeurèrent muets, regardant vers nous avec anxiété. Enfin ils s’écrièrent tous à Ja fois : Sivoravogut. » Oh! bonheur! C’es: la langue, c’est l’intonation de mes amis du Labrador. Ce mot veut dire : « Nous avons peur. » Ils ne se mirent point en attitude de défense, et attendirent notre approche, immobiles et dans la stupeur. Ils n avaient jamais . d'étrangers et pouvaient bien nous croire des êtres surhvmains, Mon costume esquimau commença à les familiariser. Ils palpè» rent mes bras, mes cheveux, mon visage, et s’assurant que j'étais un homme, se montrèrent plus confiants.

Habits, langage, complexion, ustensiles, tout en eux me rappelait vivement mes amis du Labrador. Us parurent extrémement surpris quand je leur dis qu'il y avait sur la Rate grands pays très-peuplés: 1ls se croyaient eux et leurs Vos sins les seuls hommes au monde. Après avoir conversé un certain temps, j'étendis devant eux , d'après le désir de M. Mac Clure, une grande feuille de papier sur laquelle Je ligurai notre navire et la côte jusque chez eux, et les priai de continuer le dessin. I fallut infiniment de peine pour leur faire comprendre ce que je voulais, mais une sis compris, 1-06 eutèrent le tracé bien mieux que je ne l’eusse imaginé. Lous les habitants, hommes et femmes, s’approchèrent avec curio-

ton et de Liston, dans le détroit du Dauphin, étaient si correctement indiquées que cela nous donna confiance pour la partie inconnue.

Pendant que M. Mac Ciure et les matelots visitaient leurs demeures, je m’entretins avec eux. Leurs idées religieuses étaient les mêmes que celles des Esquimaux du cap Bathurst. La aussi je retrouvai cette tradition du déluge qui s’est conservée plus ou moins défigurée chez tous les peuples : dans l’intérieur du pays s'élève une très-haute montagne sur le sommet de laquelle leurs ancêtres avaient planté leurs tentes pendant une immense inondation. Je cherchai à faire appel à leur conscience, et leur parlai de notre Dieu, de sa miséricorde. Nous étions bons amis, et je poussai un gros soupir quand le capitaine donna le signal du départ.

Je distribuai les présents d'usage, couteaux, scies, mouchoirs rouges et bleus, perles de verre, ete. De petits miroirs excitèrent leur surprise au plus haut degré. Ils ne pouvaient se défaire de l’idée que c’était un échange que nous leur proposions, et à chaque objet ils demandaient : « Que devons-nous donner en retour ? »

Nos adieux étaient faits et le traineau se mettait en marche, lorsque M. Mac Clure, le cœur gros de quitter ces hommes simples que nous ne devions plus revoir, se retourne et avisant une jeune mère pauvrement vêtue avec son enfant dans son capuchon, détache son moelleux cache-nez de laine rouge et court le lui jeter sur les épaules. Troublée, angoissée, la jeune femme regarda autour d’elle, comme cherchant quelque chose, puis elle saisit son enfant, le baisa à plusieurs reprises et le tendit à M. Mac Clure. Quand je lui eus fait comprendre que l'échange était un cadeau, un don tout gratuit, elle baisa de

nouveau son enfant avec une vive expression qui semblait dire : « Je puis donc te garder aussi ! »

Elleme demanda alors, en tâtant la flanelle, de quel animal c'était la peau? N'ayant jamais vu aucun issu, ils croyaient

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que nos vêtements, aussi bien que la toile de la tente et le papier étaient la peau d'animaux de diverses espèces.

Que de choses à leur dire! Comme e’eût été intéressant de demeurer là quelques jours ! Quel bonheur de leur faire connaître leur père céleste, Jésus, l'ami des humbles, de faire du bien à leur âme !... Nous avions tous, je pense, une larme au coin de l’œil en nous éloignant. Quels souvenirs laissera notre visite chez cette peuplade ? Qui peut se représenter de quelles merveilleuses traditions nous deviendrons les héros dans les âges futurs ? Dieu veuille hâter le temps où les messagers de la bonne nouvelle du salut pénétreront dans ces contrées désolées !

5 juin 1851. — Nous voici de retour dans notre navire, non sans peine ; nous nous sommes égarés par une tourmente de neige sur la mer et au milieu de erevasses profondes. M. Mac Clure en est malade. Nous trouvons nos camarades revenus de leur expédition au nord et au sud ; partout ils ont trouvé des habitations d'Esquimaux évidemment abandonnées depuis longtemps. Sur une petite plaine moussue étaient parsemées les ruines de trente-deux maisons de pierre. Mais rien, absolument rien, du pauvre Franklin.

10 juin. — La température est singulièrement adoucie, nous avions à midi + #°. Après déjeuné la vigie a signalé à quelque distance un ours blanc. Avec nos lunettes nous avons tous reconnu distinctement ses yeux noirs et ses mouvements de tête. Prenant nos fusils, nous nous sommes bravement acheminés à travers la neige et les flaques d’eau. À cent cinquante pas notre ours s'est envolé à nos regards surpris. Nous l'avons accompagné d’un éclat de rire homérique. C’était un de ces mirages fort connus des navigateurs du nord.

2% juin. — Mon cher capitaine est toujours malade depuis notre expédition. [l a pris sérieusement froid. Peut-être l’écharpe qu’il a donnée à la jeune Esquimaude lui at-elle manqué? Mais je suis bien sûr qu’il ne la regrette pas. Je passe de longues

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