‹ Journal de ma déportation à Guyane françaiseChapitre 14 sur 50 · ADDITIONS · texte numérisé non relu

ADDITIONS

Les résultats de ces journées doivent être affreux. L'acte du 48 fructidor frappe plus de deux cent mille individus. IT ébranle la Constitution ou la renverse, il'avilit la repré : sentation nationale et il sape la liberté jusque dans ses fondements. Quelque imparfaite que soit cette Constilu-

* Je ne savais pas que c'étaient nos derniers adieux, des adieux : éternels peut-être !.. Julie s'étonnait de mes larmes, elle ne pressentait pas tout ce que j'allais souffrir. |

tion, si le pouvoir exécutif avait été confié à des hommes qui eussent eu quelque amour pour leur patrie, elle pouvait marcher et l’ordre pouvait renaître ; mais, aujourd’huï, quels seront les moyens de le rétablir ? L’injustice appelle l'injustice.

Voici quelques faits encore sur cette affreuse journée :

C’est à deux heures du matin que le canon donna le signal. Le Directoire était très incertain dans sa marche. LE espérait que le Corps législatif ferait quelques mouvements de défense, el c’est dans ce sens qu’'étatent rédigées les proclamations avant même l'événement. On a ea M impudeur d’y avancer que les avant-postes du Directoire avaient été attaqués : cette assertion est de la plus indigne fausseté. À trois heures et demie, Poinçot, général de brigade, qu'on avait dit avoir été brigadier des Gardes du corps à Coblentz, écrit à Ramel l’ordre suivant : &« Au nom du Directoire, le général Lemoyne somme le commandant des Grenadiers prèsle Corps législatif de lui faire ouvrir de suite les portes des Tuileries au Pont tournant, une colonne d'infanterie, artillerie et cavalerie ayant besoin de ce passage pour l'expédition dont il est chargé; en cas de refus, il emploïera les: forces à sa disposition. » — Ramel dit qu’il refusa et qu'il remit sa réponse écrite. À quatre heures, ume colonne de quinze cents hommes se présenta devant la cour des Tuileries et. les canomniers du Corps législatif livrèrent leurs canons. Augereau entra dans Le Jardin'et s'empara de tous les postes que les grenadiers du Corps législatif cédaïent sans résistance. Un seul officier refusa de céder son poste à la grille: de Ta cour des: Cinq- Cents ; cet officier répondit à la sommation qui lui fut faite : « Je suis chargé de la garde du Conseil et des archives : je mourraï à mon poste avant.qu'il soit forcé. » Le général Lemoyne menaça de faire tirer. « Faites Lirer», répondit Bruniaux — c’est le nom de cet officier, et il mérite d'être conservé. Quelque temps après, les grenadiers du Corps législatif ouvrirent eux-nrêmes. Deux mille hommes entrèrent par le Pont tournant. Lemoyne ordonna à Kamel de: se rendre:sur le quai d'Orsay. Ramel dit qu’il refusa. Il se rendit aux casernes, où Blanchard, officier de:

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la même garde, mais dévoué au Directoire, et qui avait passé la nuit chez La Reveillère, faisait distribuer des cartouches. Bientôt après, Augereau se rendit aux. casernes avec des officiers généraux tels que Rossignol, Bessière, Peyron, Tuncq, Dutertre, Santerre, Lemoyne, David Lakansl, etc. ; et là, en présence même de la garde du Corps législatif, il fit arrêter Ramel, voulut partager sa détention et nous le trouvâmes au Temple avec lui.

Ce fut à sept heures que les Inspecteurs furent arrêtés, comme je l’ai dit; Verdière, général, leur annonça qu’ils allaient être conduits au Temple. Ils parlèrent de lois, de Constitution, de garantie ; un officier allemand leur répondit avec dérision : Moi pas entendre slé français-là. Un des officiers dit à Bourdon : Retirez-vous, citoyen représentant, nous n'avons point ordre de vous arréter. Bourdon répondit : Je ne quille pas mes collègues. Je vais au Temple avec eux et je repousse avec indignation DE < faveur par laquelle on veut me déshonorer.

Carnot fut positivement instruit le 17 que le endemait était fixé pour l’exécution du projet de la faction des triumvirs, Rewbel, Barras et La Reveillère. Carnot alla chez Willot avec son frère et Lacuée. Remarquer Lacuée. Us s’informèrent s’il y avait des dispositions de défense ; voyant qu'il n’y en avait aucune, Carnot rentra chez lui. Il se ménagea des moyens d'évasion. A onze heures, on vint l’arrêter, il n’y était plus. On plaça, à la même heure, deux sentinelles à la porte de Barthélemy. Il m'a assuré qu’il pouvait se sauver, mais 1l ne le voulut pas.

Lorsqu'on conduisit au Temple Letellier, son domestique, qui s’est généreusement dévoué pour le suivre dans sa proscription, il resta assez longtemps parmi les officiers chargés de veiller à notre départ de Paris. Ces officiers se complimentaient sur l'éclat de leur conduite pendant l’immortelle journée du 18 fructidor, ils tâchèrent de le détourner de sa résolution. Tous ces scélérats, lui dit-on, en lui parlant de nous, sont destinés à périr, tu us geras leur sort.

Nous avons trouvé au Temple a Villeheurnois et Brottier, mais nous n’avions eu aucune communication avec

ÜN DÉPORTÉ DE FRUCTIDOR 97 eux. Dunan ou Duverne de Presle avait été transféré ailleurs quelques jours auparavant. Nous n'avons connu Brottier et La Villeheurnois que dans notre trajet de Rochefort.

On doit remarquer que dans le nomibre de seize, conduits de Paris à Rochefort, il n’y en avait aucun qu’on pût accuser d’avoir jamais été de la faction d'Orléans. Cétte observation est essentielle. |

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