‹ Journal de ma déportation à Guyane françaiseChapitre 20 sur 50 · PEL · texte numérisé non relu

PEL

dor. Je ne sais comment j'ai pu résister à tout ce que j ai.

souffert. Grâces en soient rendues à la Providence qui a

daigné veiller sur moi ! Puisse-t-elle avoir comblé de ses

bienfaits ma malheureuse famille ! L'image de ma femme, de mes enfants et même de ceux que la mort m’a ravis est sans cesse sous mes yeux. Que de pensées, ie de sentiments se confondent à la fois!

Nous sommes traités avec le plus grand soin. Le médecin de la maison nous fait souvent deux visites par Jour.

On dine à onze heures et on soupe à cinq heures et demie. Je m’arrange fort bien de ce régime.

Nous avions la liberté de promener dans la cour, qui est très vaste.

Bourdon, toujours étourdi, a voulu savoir si nous étions consignés. [l a causé avec les sentinelles ; cela a déplu, et on nous à interdit de descendre. Bourdon jette feu et flammes, il se croit encore à la Convention.

24 brumaire. — Tronson a été dérangé cette nuit et cela nous a empêchés de dormir. Il est difficile d’avoir quelque repos lorsqu'on est six ou sept dans la même chambre.

J'ai pris un bain ; cela a été pour moi encore une jouissance bien agréable. On m'a servi ensuite une soupe aux herbes délicieuse.

Le commissaire de l Hôpital est venu nous demander de la part de l’agent quels étaient les objets qui pouvaient nous être nécessaires en linge et en habillements. Nous lui en avons donné la note.

Tronson a écrit à l'agent pour demander le changement de consigne donnée hier ; elle a été changée. On nous a permis de nous promener dans la savane qui est près de l'Hôpital et qui est la promenade publique de Cayenne, le matin, de six à huit heures; le soir, de six à sept, mais accompagnés de gardes. Je suis trop faible pour en profiter, et d’ailleurs ces gardes sur mes pas me déplaisent.

Quoique ma faiblesse soit bien grande encore, je sens que ma santé se rétablit. |

25 brumaire. — J'ai bien dormi cette nuit, et c’est un grand réparateur que le sommeil.

D'Ossonville nous a fait goûter du chocolat qu’il a acheté fait avec du cacao pur; nous l’avons trouvé excellent.

La chaleur ne me paraît pas insupportable, et il me

semble que si j'avais ma femme et mes énfants dans une. habitation’située comme l’est l'Hôpital, je pourrais encore être heureux et tranquille. | Mes compagnons d’infortune font cent questions et on leur fait cent contes sur notre destination ultérieure. | Le général Desvieux est encore venu aujourd'hui s’informer lui-même si nous étions bien et si nous avions quelques réclamations à faire. On a lu hier la proclamation de l'agent aux troupes relativement à nous, elle a fait peu de sensation. Marbois et Aubry ont eu l’imprudence de parler aux gardes qui les accompagnaient à la promenade du matin: On a mis ces gardes aux arrêts. Voilà. commentuneindiserète curiosité nous compromet à chaque instant. Malgré cet exemple, Marbois a encore multiplié ses questions aux infirmiers, qui sont du régiment d’Alsace, et sur ce régiment, et sur la composition des autorités constituées. Si cela est rapporté à l’agent, il en conce-. vra de l'inquiétude et H nous éloignera di icirie pe tot possible. ; Dupeyron est venu le soir ; il m a dit que sa pirogue partait cette nuit avec des ouvriers et des matériaux pour préparer notre logement à Sinnamary, à vingt-cinq lieues d'ici. Ce canton de la colonie, voisin de Surinam, est excellent, dit-on, pour l'air et pour la vie; mais toutes nos communications deviendront plus difficiles, plusieurs occasions nous échapperont. D'ailleurs, il est impossible que nous vivions réunis. Nous sommes composés d'éléments

trop hétérogènes, cette réunion serait dangereuse pour

nous, elle pourrait l’être pour la colonie. J'ai prié Dupeyron de mettre tout en usage pour empêcher et cette desti- . nation et cette réunion. | D'après le rapport d’un des infirmiers, il paraïitrait qu'on nous diviserait et qu'une partie de notre déporta-. tion serait placée à peu de distance de Cayenne. La Vaillante est entrée ce soir dans le port; c'était pour à

moi un spectacle d'autant plus intéressant de la voir ma-

nœæœuvrer que je n'étais plus à bord.

J’ai pris des informations sur la situation du Jardin des Plantes. Il est presque abandonné. C’est chez l'officier de

Santé qu’on a recueilli quelques plantes. Il ne reste plus que deux Muscadiers ; le Cannelier, le Poivrier et le Giroflier ont parfaitement réussi. Il y a des girofliers superbes et qui donnent déjà abondamment à la Gabrielle, habitation de l'Etat. L’Arbre à Pain ! est très multiplié. Le Pentarque et La Réveillère auraient dû s'en instruire.

26 brumaire. — J'ai peu dormi cetle nuit. J'avais pris du café, et c’est peut-être la cause de mon insomnie. Je le crois cependant bon dans les pays chauds et contre les affections scorbutiques. Les bains me font le plus grand bien. Cependant je les prends avec crainte, à cause des galeux qu'on traite ici et qui se baignent dans la même chambre. On nous sert des repas simples, mais excellents. J'ai mangé des confitures de goyave, elles sont parfaitement bonnes.

J'ai eu ce soir la visite de Nadeau de Bordeaux habitant ici. C’est le fils d’un fameux courtier de vins. Je lai connu dans ma jeunesse et j'ai appris à monter à cheval avec lui. J'ai été extrêmement sensible à son souvenir. I m'a confirmé notre destination définitive pour me mary. Il m a fait toutes les offres de service possibles, en son nom, et en celui de tous les habitants. J'en ai je bien vivement touché. |

J'ai les jambes et les pieds enflés; c’est sans doute une suite de l’état de faiblesse dans lequel j'ai si longtempsété.

27 brumaire. — Depuis que je suis à Cayenne, je me lave tous les matins en me levant dans de l’eau froide ; c'est une jouissance que je ne pouvais pas me procurer en Europe.

L'agent a autorisé le médecin de l'Hôpital, Noyer, à nous prévenir que notre destination définitive était pour Sinnamary. Ainsi, voilà une communication officielle qui ne

nous laisse plus de doute et qui nous permet de faire des observations.

! Arbre à Pain. — J'avais loujours pensé que Thouin devait être instruit qu'il y avait déjà des individus de cette espèce dans la Guyane. J'ai su en effet depuis que celui que nous avons porté étail une espèce particulière et meilleure que celle qui est déjà répandue dans là Guyane.

di

Beckmann, née Cane danois, qui a désiré me parler, et”

J'ai écrit à l’agent pour lui demander la liberté de voir

Borie, commissaire de la marine, qui est de Bordeaux. Je :

lui ai écrit une seconde lettre pour lui demander de faire faire des recherches sur une concession que j'ai eue autrefois entre les rivières d'Oyapok et d’Apronague. J'ai demandé à Nadeau quelques approvisionnements pour notre séjour à Sinnamary.

Nous avons eu à diner des haricots, nommés pois de …

sept ans. C’est un très bon légume. Je ne sais si cette plante, septennale ici, deviendrait annuelle en France, car, vraisemblablement, elle ne résisterait pas à nos

hivers.

On nous a remis des expéditions du procès-verbal de

notre arrivée ici. Ces expéditions n’étant pas officielles.

m'ont paru insuffisantes pour poursuivre la levée du séquestre ; mais l’agent a promis d’en envoyer lui-même

pour toutes les occasions. Il y a eu un malentendu, etil parait qu'il n'avait pas autorisé Noyer à nous parler de notre

destination. Il m'a accordé les permissions que je demandais et il m’a promis de faire faire les recherches que je désirais.

C’est un spectacle hideux que celui de voir les vieilles négresses nues — jusqu’à la ceinture — avec des mamelles pendantes qui tombent au-dessous. Parmi les jeunes, il y en a qui ont les formes très belles. Les enfants sont charmants à la couleur près, vifs, gais, sveltes. La plupart des femmes fument, ou haho le tabac comme les hommes, ce qui est encore une chose révoltante.

La brise a été très fraiche ce soir, nous en avions besoin; »

la journée avait été d’une chaleur accablante.

C'est dans une des chambres que nousoccupons nommée chambre Saint-Louis — celle où j'étais : Saint-Françcois- Xavier, — celle qui ne donne pas sur la mer, qu'ont habilé … aussi Collot d'Herbois et Billaud-Varennes. Par ie étrange contraste, c’est dans le lit où est mort Collot que 4 oncle La Villeheurnois. Ce monstre, ce Collot, mauvais ui

comédien autrefois, fondateur de la République Française, depuis ordonnateur féroce des massacres de Lyon, est mort

le 18 nivôse an IV. Il frémissait de l’idée que les remèdes qu'on lui administrait ne fussent empoisonnés. [Il mourut dans un accès de rage, déchiré de remords et frémissant de l’effroi des vengeances que ses crimes devaient attirer sur lui. Il avait, dit-on, été bien accueilli par Cointel, alors agent du Gouvernement. On l’accuse d’avoir trempé dans ‘le projet d’insurrection que les nègres tentèrent. [Il a laissé un enfant d’une mulätresse, et cet enfant est vu avec horreur dans la colonie. Billaud, dont la froide atrocité au Comité de Salut public n’est que trop connue, est établi à Sinnamary. On aura trouvé piquant de nous réunir dans le même lieu el d'ajouter ainsi un degré de plus à l'horreur de notre proscription.

Je relis l’Esprit des Lois, et je relis cet ouvrage avec le plus vif intérêt. Quelles pensées profondes! Quels textes de méditation au milieu des orages de la Révolution et au sein de l’exil auquel la tyrannie nous condamne !

J'ai eu là visite de Beckmann, négociant danois qui a été assez longtemps à Bordeaux, qui vient actuellement des Etats-Unis, et qui compte s’expédier pour Bordeaux. Il m'a fait toutes les offres de service possibles. Je lui ai dit que j'acceptais cent louis, pour lesquels je lui donnerai ma traite sur Bordeaux.

Notre chambre s'est rassemblée ce soir avec Marbois, et Barthélemy a commencé à nous lire le voyage intéressant de La Condamine depuis les montagnes d’où sort la rivière des Amazones, jusqu'à son embouchure.

28 brumaire. — J'ai des démangeaisons qui me font craindre quelque maladie de peau et qui m’empêchent de dormir.

On a signalé ce matin un bâtiment. Nos cœurs tressaillent chaque fois qu’on en annonce, comme si tous devaient nous apporter des nouvelles heureuses de nos familles et de notre patrie.

Nadeau, qui a rempli ma commission, m’a informé que rien ne pouvait faire changer la détermination de l’agent pour notre établissement à Sinnamary et qu’il ne pouvait faire aucune distinction entre nous.

On m’a porté un ancien almanach de Cayenne, où j'ai

trouvé une table d'observations météorologiques assez intéressantes. Je la joins à mon journ nal:

Mentelle donne pour limites à la Guyane le cap Nord, qu'il place à 151 latitude Nord — et 52°95° de longitude, et le Maroni, dont 1l place l'embouchure à 5°52° Jatitude Nord et 56°25 de longitude, ce qui donné à l'étendue des côtes de cette colonie 120 ? à 130 lieues.

Il donne à l'ile de Cayenne 4 lieues d'étendue dans sa plus grande largeur, de l'Est à l'Ouest, et 5 lieues dans sa plus grande longueur du Nord au Sud et 16 lieues de circonférence. Ê

Il place Cayenne à 0°56’ latitude Nord et à 54°36° de longitude.

Le bâtiment qu'on a signalé est {a Polly, que nous ee prise. On ne peut pas être plus heureux que nel est

l'équipage de notre corvetle.

29 brumatre. — J'ai écrit ce matin à l'agent du Direc- . toire une lettre très forte sur notre prochain exil à Sinna- © mary. Je l'ai envoyée vers trois heures, et j'ai su le soir | que Jeannet l’avait lue avec attention et l'avait ensuite remise-à son secrétaire. Je crains bien, malgré cela, qu'il ne changera pas ses dispositions. J'ai lu cette lettre à Tronson d’abord et ensuite à Barthélemy et à Murinais, qui l'ont extrêmement approuvée. Marbois y aurait voulu quelques changements que je n'aurais pas adoptés, et d’ailleurs elle était partie. Ce qui s’est passé à à cet égard me. prouve combien nous aurions eu de peine à nous entendre pour rédiger une protestalion commune, si essentielle, si nos opinions et notre conduite avaient été uniformes.

Nous avons vu entrer ce soir une prise faite par un des bâtiments de la République. Cest un négrier venant d'Angola avec 240 noirs. Ces prises-là sont peu profitables. aux capitaines, mais elles seraient d’une grande utilité pour la colonie. #

30 brumaire. — J'ai été incommodé aujourd'hui et je n'ai pas pu m'occuper. J'espérais que cinquante jours de diète m exempteratent de nouvelles maladies.

L'agent m'a fait dire qu'il FÉDORS àa ma lettre, je ne Je crois pas.

1er frimaire. — J'ai été très malade cette nuit, j'ai eu des douleurs de coliques atroces ; je n'ai rien pris que le soir et je me suis trouvé beaucoup mieux. Je pourrais avoir un certificat de maladie pour rester à Cayenne, mais j'aime mieux suivre mes compagnons de malheur et tâcher de m'arranger le mieux que je pourrai dans le lieu de mon exil.

2 frimaire. — Je me suis astreint à un régime très sévère el j'espère que par ce moyen mon dérangement n’aura pas de suiles.

Les habitants se sont empressés à demander les noirs qui viennent d'arriver ; ils sont déjà tous distribués. On a fait ressortir le bâtiment pour essayer sa marche, afin de l’envoÿer en croisière s’il paraît convenable. Nous lavons vu courir quelques bordées, mais il faisait peu de vent ; d’ailleurs ce bâtiment était trop peu lesté pour lui donner les voilures nécessaires à un pareil essai.

3 frimaire. — Beckmann est venu me voir, et nous sommes convenus qu'avant de partir pour Sinnamary, Je lui remettrais toutes mes lettres et quelques instructions.

Il y avait des livres anglais très précieux à bord de la prise que nous avons faite. On les a tous éparpillés ou gaâtés. On nous les promet tels qu’ils sont.

Nous avons fait quelques achats de marchandises qu'on nous dit propres pour échanger à Sinnamary.

On nous promet des domestiques, ils sont indispensables.

4 frimaire. — Notre départ approche; c'est avec regret que je quitte Cayenne. J'avais pensé que nous pourrions nous occuper ici d’une manière utile. Tous mes projets s’anéantissent et je crains d’être réduit à une inaction cruelle pour moi, lorsque je serai à Sinnamary.

Beckmann me donne tous les jours-de nouveaux témoignages d'estime et d'intérêt. J'ai vu M. Franconie, auquel Barthélemy avait été recommandé, c’est le négociant qui me parait Jouir ici du meilleur crédit et de l’estime la plus générale. J’en ai été très content. C’est un homme de cinquante et quelques années qui me parait très sage el très prudent.

AS ANA pa SAR ET A

5 frimaire. — Nous préparons nos paquets; j'ai fait mes malles. Nos achats augmentent nos bagages, et nous sommes un peu plus embarrassés qu’en partant du Temple. Nous ne voyagerons pas, heureusement, d’une manière aussi incommode. J'ai commencé mes dépêches et j'y ai travaillé jusqu’à onze heures du soir. Je ne sais comment j'achèverai demain matin tout ce que j'ai encore à écrire.

6 frimaire. — La fatigue a été pour moi un excellent somnifère, voilà la meilleure nuit que j'ai passée. Je me suis levé à trois heures, ét à sept heures, toutes mes dépêches étaient prêtes. J’ai donné une instruction détaillée à Beckmann et toutes mes dépêches. Il ma promis de partir pour Paris en arrivant à Bordeaux ou à Rochefort. Daigne le ciel le conduire le plus rapidement possible ! t

Nous avions un excellent déjeuner dinatoire; j'avais

grand’faim ; j'ai un peu oublié les leçons de sagesse que je n'étais prescrites et J'ai mangé beaucoup plus que je n'avais projeté.

J’ai demandé à Brottier, qui est très bien, en sa qualité d'abbé, avec les sœurs de l'hôpital, ce qu'on pourrait faire pour elles, pour leur donner un témoignage de notre reconnaissance. Il m'a dit qu’elles désiraient avec la plus extrême ardeur de faire venir de France quelques-unes de leurs bienfaisantes compagnes pour partager leurs soins et soutenir l'hôpital, qui serait bientôt anéanti sans elles. Je leur ai donné l'adresse de Gramont et Ci et je leur ai promis d'écrire de la manière la plus forte pour qu’on mette tout en usage pour seconder leurs projets et faciliter le

passage de leurs sœurs. Elles ont été extrêmement sensibles.

à mon empressement et à mes promesses, elles me l'ont témoigné par leurs larmes. Il est impossible d’avoir plus de soins et des attentions plus délicates qu'elles n'en ont eu pour nous pendant notre séjour à Cayenne ?.

‘Il à remis toutes mes dépêches avee soin en arrivant à Paris

? Les circonstances ont rendu mes soins inutiles. L'ordre de.

prendre tous les bâtiments neutres n'a pas permis qu'aucune de ces filles bienfaisantes qui sont encore en France osât s EXPO aux dangers de la mer et à ceux de la guerre.

Tous les administrateurs du Département sont venus pendant que nous dirions, et ils nous ont donné les témoignages du plus vif intérêt.

Defaux, habitant du côté d'Apronague, était venu me voir hier; 1l est revenu aujourd’hui et il m'a fait ses adieux en versant des larmes. Il m’a promis une collection d'échantillons de bois. Il y en a de toute espèce et de superbes dans son canton.

Nous avons quitté l'hôpital vers onze heures un quart ce matin. Nous y avons laissé La Villeheurnois. Les bénédictions des sœurs nous ont accompagnés et nous avons été conduits au rivage par un grand nombre d'habitants. J'avais encore de la peine à marcher et à me soutenir sur ces roches glissantes et presque en flammes par l’ardeur du soleil. Nous nous sommes embarqués dans le même endroit où nous avions débarqué, de sorte que je n’ai vu ni le port ni la ville de Cayenne. Une chaloupe de Za Vaillante nous ‘a portés à bord de la goélette du capitaine Prachet, qui est chargé de nous conduire à Sinnamary. Prachet est de Bordeaux et il est beau-frère de Nadeau, ainsi j'étais parfaitément recommandé : sa goélette, construite aux États- Unis, est charmante et elle marche supérieurement. Cependant, la quantité de personnes et d'effets embarqués sur ce bateau ne nous permettait pas d’y être bien à l’aise. Nous avons eu le plus beau temps et la mer la plus belle. Nous avons mis à la voile à onze heures et demie. À deux heures nous étions par le travers de la rivière de Kourou; à trois heures, nous avons dépassé les Iles du Salut, que nous avons longées d'assez près pour les bien voir ; elles paraissent fertiles quoique abandonnées. (C’est là qu'en 1764 on plaça d’abord de nombreuses colonies d’Allemands, qui presque tous trouvèrent là leurs tombeaux, non pas tant par l'insalubrité du climat que par les fautes et la cupidité des chefs.

Il y a un excellent port entre ces îles, et si la colonie acquérait un jour quelque importance, c’est là qu'il faudrait placer ses moyens de défense, et peut-être même le centre de son commerce, Les plus gros bâtiments pourraient atterrir là en toute sûreté,

Plusieurs de mes compagnons ont éprouvé le ui de mer quand nous avons été entre la terre et les Iles du Salut, la mer est presque toujours houleuse dans cette partie, et elle est quelquefois très grosse. Je n’en ai pas été fatigué, et cela m’a fait plaisir.

À cinq heures, nous avons découvert la rivière de Sins namary. À cinq heures et demie, nous avons dépassé. l'ile Verte, qui est une petite roche à peu de distance de la côte. En général, toute la vue de cette côte est basse et monotone. Les palétuviers bordent la mer et forment un rideau qui empêche la vue de l’intérieur, excepté de quelques petites montagnes dont on aperçoit la cime.

A six heures et demie, nous avons tâché d'entrer dans la rivière ; la mer était trop basse, nous avons échoué.

Les vases s'étendent ici à plus de trois ou quatre lieues de la côte. Nous avons fait un signal. On nous a répondu de la batterie qui est à la pointe avec un pierrier chargé à boulet. Nous l’avons entendu siffler près de nous. C'est : sans doute une étourderie. On a envoyé à terre par une petite pirogue qui est venue à notre bord; il ny a pas assez d’embarcations, et il est trop tard et trop nuit pour descendre. Heureusement, le temps est superbe. Sans ce petit contre- “temps, nous aurions été de Cayenne à os : mary dans moins de huit heures.

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