AN VI
7 frimaire. — J'ai reposé sur un matelas placé à l’arrière, mais je n ai pas pu dormir. Craignant le mal de mer, je n'avais que très peu mangé hier. J'ai mangé ce matin avec le plus grand plaisir un reste de chapon. Vers sept heures, ne pouvant pas entrer, nous avons commencé à descendre à terre en pirogue. Je n’ai pu y descendre que vers huit heures. Toute la nuit, nous avons entendu un DR assez singulier.
J'ai vu que c'était le bruit des poissons appelés « gros yeux » qui vont en troupes et qui sautent ou s’élancent sur la vase presque autant qu'ils nagent. Ils sont par milliers
sur cette côte et ils se suivent par troupes de plusieurs centaines sur plusieurs lignes; un seul est à la tête qui s’élance-avec la plus grande célérité. J’ar descendu sur la rive droite de la rivière de Sinnamary, où il y a un poste établi. J’ai pris un échantillon de vase endurcie en forme de galets, ainsi que des graviers qui se trouvent sur le rivage. La côte est superbe. La rivière est belle; il y a beaucoup d’eau quand on y est entré. Il y a un navire mouillé d'environ deux cents tonneaux. Les palétuviers et les arbres toujours du plus beau vert descendent jusqu’au bord de la mer. J'ai vu pour la première fois les bois de la nature : ils sont presque impénétrables. Des lianes de toute espèce les entrelacent et les courbent ou les accablent. La distance de la côte à Sinnamary est d'environ une demi-lieue. J'ai fait cette route à pied, quoique Je n’eusse pas marché en quelque sorte depuis mon départ de Paris. Avant d'arriver à Sinnamary, il faut traverser une savane assez aride où j ai eu très chaud. Ilest impossible de se peindre l’état de ruine de Sinnamary. Cela me rappelle exactement les landes de Bordeaux et les cabanes des bergers. La maison nationale est Ia mieux : mais elle n’a qu'un rez-de-chaussée ; elle est d’ailleurs assez bien placée. La rivière serpente d'une manière très agréable en face de notre logement. Nous sommes très à l’étroit. Nous avons tiré les lits au sort; j'ai dans ma chambre Barthélemy, Tronson, Rovère et Bourdon. Toujours d’étranges singularités! J’ai proposé de donner à diner aux autorités constituées. Nous avons invité le commissaire, le mâire, le commandant, le chirurgien, la garde-magasin, le commandant de notre garde, le capitaine Prachet.
8 frimaire. — Le commandant et l'officier de la garde ont refusé : le premier est malade ; le deuxième est un terroriste, dit-on, qui a cru ne pas devoir diner avec des déportés. Hier, en arrivant, j'ai vu la maison que j'avais louée, sa tristesse me repousse. Elle me rappelle trop mon séjour dans les Landes et les enfants que j'y avais et que je n'ai plus. Notre diner, quoique beaucoup d’objets nous manquent, étail assez bon. Le poisson est 1c1 excellent et très abondant : mais voilà tout. Les habitants sont dans
la plus affreuse misère. La culture est ruinée. L'air, très
bon autrefois, est devenu d’une insalubrité effrayante. Je ne sais comment nous nous arrangerons. Îl est impossible que nous demeurions entassés comme nous sommes. J'ai dans la jambe droite une douleur assez forte. C'est une suite de mes promenades de nuit. En allant chez le maire, nous avons vu Billaud-Varennes, que je ne connaissais pas.
Il est seul dans une maison et il va diner chez Bousquet, qui
. est vis-à-vis. J’ai annoncé à mes amis qu'il m'était impossible d’aller habiter la maison que j'avais louée. Nous avons eu à diner de la tortue, que J'ai trouvée très bonne.
9 frimaire.— J'ai écrit plusieurs lettres que j’ai remises au capitaine Prachett, C’est un homme très actif. Il rendra compte à Jeannet et il fera connaître aux habitants de Cayenne l'horreur du lieu de notre détention. Tout semble l’aggraver. Nous ne pouvons plus nous entendre sur nos projets et nos arrangements ; et cela est facile à expliquer, puisque notre envoi ici ne nous est même annoncé que comme provisoire. On nous parle de concessions à Conanama, ou dans le haut de la rivière de Sinnamary. Avec quoi et comment les cultiverions-nous,: pendant que les
habitants ne peuvent plus soutenir la culture même des.
vivres qui leur sont nécessaires pour exister? Ce spectacle de ruine et de désespoir est affreux.
10 frimaire. — J'ai vu plusieurs maisons pour savoir si J'en pourrais trouver une qui me convint. Toutes sont humides et obscures. Chacun en cherche, et, s’il sortait assez de monde d'ici, je préférerais y rester. Marbois et Murinais se sont arrangés pour se mettre en pension. Barthélemy et Tronson veulent aussi faire un arrangement, de sorte que je resterai seul. Je m’en féliciterais, d'autant que cette séparation n’a pas été provoquée de ma part. Je comptais rester à la table commune, mais Willot, ce matin, m'a déclaré que ces Messieurs, c’est-à-dire lui, Pichegru, Aubry, Delarue, voulaient avoir leur table
! Cet homme nous avait promis beaucoup et n'a rien fait pour nous. Il à montré depuis qu'il craignait de déplaire aux agents du Directoire.
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à part ; el dans le même instant il m'a fait la grossière impolitesse d'inviter Bourdon à se joindre à eux, parce que Rovère a aussi pris des arrangements pour se mettre en pension. Ils me rendent service. Enfin, le soir, Tronson et Barthélemy se sont décidés à faire table commune avec moi. Je ne conçois pas de caractère plus indécis que celui de Barthélemy. Tronson veut se mettre seul dans la maison que J'ai louée; c’est une folie qui ne tiendra pas.
On m’a apporté une espèce de poule d’eau et la béeasse des Savanes.
11 frimaire. — J'ai commencé aujourd’hui ma table particulière. Me voilà constitué maître d'hôtel. C’est une occupation de plus. Nous avons été assez contents de diner. Le cuisinier me paraît bon, mais il faut le diriger.
Les pluies ont commencé aujourd’hui. Nos promenades deviendront difficiles ou impossibles. Nous sommes arrivés à une époque intéressante pour la végétation; elle était sur son déclin : mais, du moment où le soleil s'approche du solstice d'hiver et que les pluies commencent, la végétation se ranime et les arbres, sans se dépouiller, repoussent de nouvelles feuilles et de nouvelles fleurs. La terre se ranime et on voit poindre partout de nouvelles herbes et de nouvelles plantes. On m'a apporté un oiseau appelé par les gens du pays : Petit Papay. On m'a apporté le Paragua, la Cigale, le Kinkin, lAni, appelé ici Diable des Savanes.
12 frimaire.— Je commence à dormir beaucoup mieux, et, malgré l’insalubrité de l'air ici, ma santé se fortifie chaque jour. (C’est en m'occupant beaucoup de nos détails de ménage et de l’histoire naturelle. La Providence soutient mon courage et me donne des forces que j'étais loin d’espéler.
13 frimaire. — Les pluies commencent sérieusement. C’est un temps cruel ici. La chaleur diminue peu, mais l'humidité est affreuse, tout se-moisit, le sucre se fond.
Il faudrait avoir de la place et des armoires isolées pour pouvoir conserver mes approvisionnements de bouche et mes vêtements.
14 frimaire. — Je m'éveille toujours à deux heures. Je
ne puis concevoir la cause de l’abondance de mes urines la nuit. Je bois très modérément et, que je boive l’après- .midi ou queje ne boive pas, je n’éprouve pas de différence à cet égard.
J'ai planté deux Cactus dans mon jardin. J’en avais trouvé les racines dans la savane. J'ai planté des boutures de Camanise, je ne sais si elles réussiront.
Roucou. — On m'a apporté du Rocou ou Roucou. J'en
ai vérifié la description dans Bomare, elle est parfaitement exacte, excepté que la plante paraît ici plus vigoureuse
qu'il ne l’a décrite ; les grandes feuilles ont plus de six.
pouces. Je crois qu on pourrait en Lirer un plus grand parti que celui qu’on en obtient.
Indiens. — Nous avons vu arriver le soir quatre Indiens pour la chasse et pour la pêche’. Ils sont envoyés par Jaquet, habitant d'Yracoubo, d’après l’ordre de Jeannet. Ce sont des Galibis ; ils ne portent que leurs flèches, leurs arcs, leurs hamacs et quelques poissons secs. Vogel, le maire, me disait qu'il avait fait un voyage de huit mois
chez les différentes nations indiennes. Il prétend y avoir
mangé de la chair humaine, qu'il ne reconnaissait pas ; mais, en ayant demandé de nouveau, on lui porta un bras. Je ne sais à quel point on peut le croire.
15 frimaire. — J'ai écrit quelques lettres à Cayenne, que j'ai remises à M. Prévôt, ingénieur; je me trompe, elles sont parties par le messager du commandant. J'ai remis à Prévôt une note des objels qui me sont indispensables. Je me suis fait céder quelques piquets de clôture. Jai demandé à Cayenne plusieurs objets qui nous manquent. L'humidité est extrême. À peine peut-on écrire, tant Île papier est mouillé. J’ai fait quelques visites à Sinnamary. Je suis allé chez le commandant; en revenant, je suis entré chez M. Fournier, qui est malade, et qui, s’il se remet, me sera très utile. Il connaît les bois et il pourra travailler à m'en faire une collection. J’ai entré chez Bousquet, qui m'a fait goûter du rhum de Sinnamary, qui m’a paru assez bon. J’ai voulu essayer si la patale donnait une fécule
! Ces Indiens nous rendirent très peu de services.
comme la pomme deterre. J'en ai obtenu une assez grande quantilé. N'ayant pas de tamis, je n’ai pas pu la laver parfaitement; mais je l’obtiendrai parfaitement belle en la lavant mieux. Nos Indiens, partis ce matin pour la pêche, sont revenus ce soir assez tard; ils n’ont porté que trois Machouaras, un très beau et deux moyens. Nous en avons mangé à la pimentade et grillés. Le grillé est parfaitement bon avec de l'huile et du vinaigre. Rozen ne parle pas de la patate, elle en valait la peine cependant.
16 frimaire. — Je reprends mon sommeil.
J’ai dessalé un peu de beurre pour déjeuner; je l'ai trouvé excellent. Je ne pouvais pas depuis plusieurs jours prendre de chocolat. J’y ai mêlé du lait aujourd’hui, et Je l’ai trouvé très bon. J’ai commencé les livres de la Chimie de Fourcroy, je les suivrai avec joie. Nos Indiens sont partis tard pour la pêche. Bosquet, habitant de Sinnamary, est venu me voir; il arrive de Surinam; il m'a dit que cette colonie regorgeait de denrées coloniales. J'ai examiné le Jardin : la végétation se développe avec la plus grande force. J’ai nettoyé un pied de vigne et plusieurs pieds de haricots, qui sortaient de terre. Nous avons eu aujourd’hui un excellent diner. Le Machouara à la sauce au vin est parfaitement bon, ainsi qu’en hachis. J’ai examiné après le diner le terrain de S.. dont j'ai pris la jouissance, il est susceptible d’une très bonne eulture. Nos Indiens sont revenus de la pêche, et ils n'ont rien pêché que des Machouaras blancs. Je leur ai fait faire deux harpons pour pêcher de très gros poissons.
Tronson et moi discutions à table aujourd’hui là question de savoir si une république commencçante pouvait être heureuse et se soutenir. Je le pense, et il n’a pu m opposer que des abstractions qu’il faut abandonner lorsque l'histoire et les faits déposent contre les résultats de ces abstractions.
On dit quil est arrivé un aviso à Cayenne. Qu'il est cruel d'attendre huit ou dix jours des nouvelles que nous aurions à l'instant si nous étions à Cayenne!
17 frimaire. — J'ai transpiré très fortement cette nuit.
J'ai été obligé de changer de chemise en me levant. Les Indiens sont partis en pirogue pour la pêche et la chasse. Je leur ai fait donner de la cassave et des poissons. Pichegru et Willot sont partis pour la chasse. J'ai cru ensuite entendre un coup de canon à la Pointe. J’espérais que nous aurions des nouvelles, mais nous n’avons rien appris. On m'a apporté deux oiseaux, le Bouvreuil noir du Mexique et le Cocot-zin. Ils sont indiqués dans ma collection d’oiseaux. Nous avons donné à dinerau commissaire, nous avons eu un très bon diner. Le commissaire Boucher a beaucoup voyagé dans l’Inde et en Amérique, et sa conversation est très intéressante.
La conversation retombe sans cesse sur la politique. Tronson raisonne toujours principes, et il oublie que cela ne suffit pas en politique, car le plus souvent c’est Contradictoirement aux principes que les gouvernants se conduisent. On a parlé de Thibeaudeau, et j'ai franchement exprimé mon opinion à son égard. C'est Thibaudeau qui a entrainé dans les idées les plus exagérées sur les projets du Conseil des Cinq-Cents et Faucher et Tronchet lurmême. I n’a ainsi que trop influé sur la perfide sécurité qui nous à perdus. o
J'ai fait sécher la fécule de patate; il aurait fallu un tamis pour l’obtenir parfaitement belle.
Les Indiens sont revenus; ils n’ont presque rien porté. |
Toujours sans nouvelles, je ne puis dire à quel point cela me tourmente.
18 frimaire. — J'ai eu une suce encore plus abondante ; cela me fatigue. Je voudrais pouvoir me faire faire des bouillons rafraichissants ; mais cela est impossible, il n’y a rien pour en faire.
Tronson hier soir est venu me prévenir qu’on supposait
que j'avais écrit à l’agent du Directoire pour dénoncer des
projets de fuite et pour protester contre ces projets. D’après cela Willot se proposait d'avoir ce matin une explication très chaude avec moi, et, pour commencer à. échauffer les têtes, ils ont fait beaucoup de bruit dans la chambre voisine de la nôtre. On disait que l’on était ins-
* UN DÉPORTÉ DE FRUCTIDOR Ait
truit par Ramel, qui avait lu ma lettre. Tronson a vu Ramel ce matin, qui l’a assuré qu'il n’avait rien dit de semblable. J'ai moi-même eu une éxplication avec Willot; je lui ai fait voir la lettre que j'ai écrite le 29 brumaire à l’agent, dans laquelle je lui disais : « J'observerai encore que le poste de Sinnamary n’est pas sans danger et pour votre responsabilité et pour notre sûreté personnelle, puisque des corsaires anglais peuvent y descendre et l'ont déjà tenté. »
J'ai cru très politique de faire cette déclaralion; et Willot en a convenu. Je leur ai demandé une fois pour toutes d’avoir une explication franche toutes les fois qu'il y aurait des rapports sur mon compte. Peut-être cette scène sera-t-elle utile, elle met à nu toutes les petites manœuvres employées pour nous diviser.
J'ai acheté à Bosquet du tafia et du quack.
J’ai examiné une chauve-souris, tuée hier soir. C’est la chauve-souris fer de lance. Ce n’est pas, comme on le prétendait, la chauve-souris vampire, dont Barthélemy était déjà leffrayé ?)
J'ai fait une visite à Marbois. Sa chambre est très ‘humide, mais il renonce à y coucher ; ce sera pour lui un cabinet de travail, et il en faut absolument un, si l’on veut s'occuper.
La pluie continue, et bientôt les chemins seront impraticables. | |
Mon sucre se fondait; je me suis déterminé à en faire faire du sirop.
On m'a apporté des guirlandes de fleurs d’une plante que je crois une liane. On me l’a donnée sous le nom de Sombo. Le chirurgien croit que c’est le Pareine brava. Rien n’est beau comme cette guirlande; elle pourrait servir de modèle pour les plüs beaux ornements. (Voyez
la description.)
Les Indiens nous ont rapporté une Heath assez abondante. Nous avons eu pour la première fois un poisson à écaille qui est assez bon.
J'ai acheté du quack pour nos nègres et nos Indiens. C'est la fève de N. séchée. On la préfère dans cette sai-
son à la cassave qu'on a de la peine à sécher à à cause de la
pluie.
n’ai pas entendu le tapage qu’a fait hier au soir le tailleur nègre en rossant sa femme, dont il est jaloux. Murinais, dit-on, a voulu apaiser cette querelle, et il est tombé et a reçu quelques coups.
La pluie n’a pas cessé cette nuit.
J’ai beaucoup de peine à avoir une pirogue pour envoyer mes Indiens à la pêche.
Le temps a été à la pluie tout aujourd’hui.
J’ai acheté de moitié avec Delarue un mouton ou plutôt.
un bélier qui nous a coûté 26 franes. - Les Indiens ont rapporté une très belle pêche ; mais toute en Machouara, c’est le poisson le plus connu. œ est presque le seul qu’on nous apporte.
Je ne crois pas que la liäne que je décrivais Les et
dont J'ai fait un dessin assez irrégulier, mais qui cepen-
dant en peut donner une idée, soit la Pareine brava. Ce servait très heureux. Je tâcherai d’avoir la racine.
Nous avons un nouveau commandant pour le poste. Il est venu par terre, mais il n’a porté aucune lettre. Cela est inconcevable, et cette difficulté de communication est vraiment désespérante. On dit que ce nouveau commandant est un peu terroriste. Cela est fâcheux ; mais au reste nous avons peu de choses à démêler avec lui.
20 frimaire. suis levé de bonne heure pour écrire à Paris et à Cayenne. Le commissaire Boucher par-
tira ce matin, et il portera mes lettres. J’ai écrit à ma.
femme et à mesenfants, àJeannet, à Franconie, à Nadeau, à Ménard.
On avait dit qu'il y aurait une embarcation à bord, mais il n’y à rien paru
J’ai fait travailler mon jardin. J’ai distribué quelques
graines que J ‘avais apportées de Cayenne, afin d’avoir des plants si les miens manquaienL.
Les Indiens n’ont ni chassé, ni pèché ; il parait qu'ils fêtent le dimanche.
J'ai voulu l’après-midi aller”: voir le bois le plus près
19 frimaire. — J'ai dormi si profondément que je.
d'ici; mais une quantité de mouches ou de fourmis ailées qui m'ont assailli dans la savane m'ont forcé à revenir.
J'ai acheté deux coqs et six poules pour faire le fond de mon poulailler. Ils m'ont coûté 40 francs pièce.
J'ai fait du punch au rhum très léger. Je crois cette boisson très bonne ici, mais il faut y ménager extrêmement le rhum.
Je lis tous les jours Montesquieu avec un nouvel intérêt. Je suis bien fâché de n’avoir pas toutes ses œuvres.
Le commissaire Boucher est parti ce matin à midi. C'est un homme qui a beaucoup servi et qui n’est pas savant. Il paraît, en blâmant la conduite de Jeannet, le craindre beaucoup, et cela le rend d’une extrême timidité.
Le nouveau commandant est venu à onze heures. Cest un bon officier parvenu ; nous verrons quelle sera sa conduite.
21 frimaire. — Je continue à dormir beaucoup ici, ce que je n'avais pas fait depuis longtemps; mais je sue abondamment toutes les nuits.Je me lève à cinq heures, et, en me levant, je me lave, et la tête et les pieds. Je crois qu'ici la plus grande propreté est indispensable pour conserver la santé.
J'ai planté un oignon de France pour savoir s’il me: donnerait de la graine.
J’ai fait partir deux Indiens pour la chasse et deux pour la pêche.
On m'a apporté une plante dont on ne sait pas le nom et qui porte des fleurs odorantes. La feuille ressemble à celle du jasmin, la fleur à celle du myrte.
On m'a apporté cette partie de la liane qui se porte
1 J'étais dans l'erreur. J'ai éprouvé ensuite par expérience que le régime le plus sage était de s'abstenir de rhum, de tafia et de liqueurs, et de ne faire qu’un usage très modéré du vin. Au milieu de l’épidémie qui à régné dans presque toute la Guyane dans lété de l'an VI, je crois m'être préservé par cette conduite des rechutes auxquelles je devais m'attendre après une longue et cruelle maladie.