‹ Journal de ma déportation à Guyane françaiseChapitre 22 sur 50 · JOURNAL DE MA DÉPORTATI ON · texte numérisé non relu

JOURNAL DE MA DÉPORTATI ON

n'ai f loupe, ni ns Ps

Les Indiens n'ont rien tué à la chasse. .

Les pêcheurs ont été plus heureux ; ils ont porté plu sieurs Machouaras, dont quelques-uns très beaux et quel ques crabes. D

Le temps est assez beau depuis hier après-midi. r ai fait une visite au nouveau commandant.

I] a été question de partager la que ro achetée à Tronson. Je demandai qu'ils restassent en commun; Tronson plus que personne s’est élevé contre cette proposition en m’aceusant indirectement d’avoir cherché à rompre le projet de société que nous avions eu. Je n'ai rien répondu, ce n'était pas le moment de discuter cet - É objet, mais j'y ai été extrêmement sensible. Je lui en parlerai demain. A

J'ai mangé des crabes à souper : je les ai trouvés assez “4 Poe ARE

Un

2 frimaire. — J'ai mal dormi et je me suis levé 4 trés bonne heure. Pichegru et Willot sont allés al habita- a a tion du maire à trois fans d'ici. ER + 24

J'ai fait sentir, je crois, à Tronson combien son accusa- É tion de hier dirigée contre moi relativement à la are. de notre société était peu fondée ; malheureusement on. est venu nous interrompre. N'y aurait-il donc aucun moyen de conserver et la confiance et l'amitié dans une situation aussi pénible que la nôtre, et nos intérêts partie | s culiers nous isoleront-ils toujours ? DRE

Cailloux. — On m'a donné (d’Ossonville) des Here transparents, connus sous le nom de cailloux: de Cayenne. à

Tale. — Du tale ramassé sur le bord de ee qi me dit abondant. is =

Indiennes. — Nous avons vu deux femmes indiennes” 3 traverser le chemin de la savane très lentement. Je suis allé. Fa les voir. Elles ont les cheveux longs; elles sont peintes de rocou très vif: elles ont pour ornements de la vassade, des dents de poissons entières pendant au cou et à la ceinture; cette dernière parure est recouverte d'un petit

tablier orné, qu’on nomme couyou. Elles portent aussi des pièces de différentes monnaies enfilées... En marchant, ces pièces de monnaie font le bruit de grelots ou sonnettes. Par-dessus le rocou elles ont d’ailleurs des dessins noirs très bizarres, sur le visage, sur les bras, sur les cuisses et sur les jambes. Les enfants en sont également ornés. Ces femmes, venues à pied, devançaient quatre pirogues qui n’ont pas tardé à arriver. Elles portaient l'équipage indien de la pirogue de Bousquet, et des femmes et des enfants. On m'a dit que c'était tout le village. Leurs pirogues sont d’une incroyable légèreté ; ils portent avec eux tous leurs ustensiles, leurs hamacs, leurs vases de terre, quelques patates, quelques petites tortues, des paniers artistement faits et leurs instruments de musique. C’est un spectacle très singulier; mais, ce qui l’est davantage, c’est l’opposition de notre curiosité avec leur froide indifférence pour nous et pour presque tous les objets dont nous nous servons.

Les Indiens ne nous ont rapporté que peu de poissons et quelques crabes. Je parle de nos pêcheurs. Un d’eux a la fièvre et ne quitte pas son hamact.

Goudron ou Brai. — En me promenant, j'ai vu fondre une espèce de goudron ou de brai pour raccommoder des pirogues. J’ai examiné et J'ai vu une écorce d’un arbre qu'on m'a dit s'appeler le masig, qui se dépouille chaque année d’une écorce épaisse qui contient abondamment un bitume noir, qui fond à la chaleur dans des chaudières comme notre brai. On peut en faire un pain solide en écumant les parties terreuses ou ligneuses de l'écorce. Ce brai est excellent et peut parfaitement rem-

‘ Les Indiens supportent leurs maladies avee calme et patience. J'ai vu ce pêcheur une journée entière dans son hamac sans rien prendre absolument. Ils ne se tourmentent pas comme nous de boissons, de lavements, de remèdes, ils laissent agir la Nature. Ils ont quelques plantes dont ils font usage quand le mal est bien connu ; un petit chirurgien arrivant de France fait ici la médecine et dédaigne les remèdes indiens, dont plusieurs sont consacrés par des siècles d'expérience. Nos botanistes se bornent à des collections pour obtenir en France des places et ils n’étudient pas les usages des plantes qu'ils recueillent.

S, SAS a

Fe JOURNAL DE MA DÉPORTATION

placer le brai et le goudron d'Europe; je ferai quelques |

expériences sur cette matière, si j'en puis avoir une certaine quantité. Il semble que la nature ait prodigué toute

sa richesse et ses moyens à ces climats, mais les bras nous

manquent.

Ce bitume a une odeur qui tient un peu de celle de l’encens. Que d'expériences il y aurait à faire ici ; mais tous les instruments nous manquent !

Avant l'arrivée des Indiens, nous avous eu uné discus-.

sion assez vive sur la Constitution. Je voulais assurer les droits du peuple en ôtant au Directoire le pouvoir arbi-

traire de destituer les magistrats élus par le peuple lui. même. Tronson soutint avec Bourdon que sans cela le.

pouvoir exécutif serait paralysé. Je n’en crois rien et Je soutiens que ce pouvoir est le despotisme organisé par la Constitution elle-même. Nous en avons vu les résultats.

C'est ainsi que la liberté s’est annoncée ; c’est ainsi que

l'esprit public qui, bien dirigé dès le commencement de la Révolution, aurait fait des prodiges, s’est entièrement détruit.

Tandis que Bourdon et Tronson soutenaient une opinion

contraire à la mienne, ils soutenaient aussi, d’après le

plan de Pichegru, qu'il fallait ôter au Directoire le pouvoir de destituer les officiers de l’armée.

Je ne le crois pas : c’est bien alors qu'on eùt paralysé ce pouvoir exéculif. C’est bien alors qu’il eût été nul. Ce

qu’il faut, c’est stipuler avec sagesse les cas dans lesquels

le Directoire peut provisoirement destituer, mais en assurant une garantie contre l'injustice ou l’arbitraire du destituteur. Tout autre système renverserait le gouvernement ou anéantirait la liberté. :

23 frimaire, — Quelques Indiennes sont venues successivement me voir. La plupart sont baptisées. Elles paraissent tenir aux idées religieuses que leur nation a.

reçues des missionnaires. J'examine les ligatures de leurs jambes, elles mettent ces ligatures aux petites filles dès

leur plus jeune âge. Elles ont la lèvre inférieure percée ;

elles y placent par l’intérieur cinq ou six épingles dont

la pointe reste en dehors. Elles aiment autant le tafia que |

le font leurs maris, et elles deviennent un peu incommodes parce qu’on leur en donne chaque fois qu’elles se présentent.

Pichegru et Willot sont revenus de leur course sur l'habitation du maire. Willot m a dit qu’elle est dans la plus agréable situation. La terre y est excellente et les vivres de toute espèce y sont extrêmement abondants. Si ce n'était pas une terre d'émigré, j'en traiterais avec plaisir. J’at planté quelques citrouilles. J'ai semé le reste de la planche en melons d’eau. En voulant travailler, j'ai donné un coup de houe sur une fourmilière ; un essaim de petites fourmis ont monté le long du manche sur mes mains, et elles m ont causé une démangeaison des plus vives. Je l’ai calmée facilement en me frottant avec un citron, mais je n’ai pas pu parvenir à me servir de ma houe.

Enfin, l’embarcation qui apporte les affaires de notre nouveau commandantestarrivée. On m’assure qu’elle nous apporte des lettres.

J'ai des échauffements entre les cuisses et sur le dos qui m'inquiètent un peu, et d'autant plus qu’il paraît que la nourriture de poisson contribue singulièrement aux maladies de peau.

Nos Indiens n'ont presque rien rapporté de la pêche.

24 frimaire. — J'ai été réveillé vers dix heures par une discussion très animée entre Pichegru, Willot et Bourdon, sur le droit de destitution attribué au Directoire ; c’est la même question que nous traitions avant-hier. Willot et Pichegru soutenaient la même opinion que Je défendais etils l'appuyaient des plus fortes raisons. Cela m'a conduit à penser que la définition d'un gouvernement vraiment républicain, ou plutôt de tout bon gouvernement, serait celle-ci: Un gouvernement où l'existence, la sûreté, la propriélé et l'honneur de tout citoyen sont loujours sous la garantie des formes constilulionnelles et des lois. Cette définition qu’on ne peut contester suffit pour prouver combien le droit de destitution arbitraire donné au Directoire est subversif de la vraie liberté.

J'ai écrit à Nadeau, à Beckmann, et à Franconie par Bousquet qui part à une heure.

Monnier, qui commande la pirogue dans laquelle sont venus les effets du commandant, ma remis plusieurs lettres écrites du 18 et du 14 ; il a resté neuf jours en route. On nous confirme de Cayenne, car on l'avait déjà dite ici, la mort du roi de Prusse. On ajoute que le nouveau roi nous a déjà déclaré la guerre, que la paix avec l’empereur est rompue et qu'une nouvelle alliance unit contre nous les cours de Londres, de Berlin et de Vienne. Dans l’épuisement où est la France, quels seront les moyens du Directoire? Avec quelle impatience, j'attends des nouvelles de ma patrie !

J’ai invité Monnier, un jeune homme qui était avec lui, Cabrol, le chirurgien, et le garde-magasin à diner avec nous. Je n’avais presque rien et je suis parvenu à avoir un excellent dîner, plus même qu'il ne fallait.

Ce Monnier était établi à Démérary quand les Anglais l'ont pris : il a été obligé de fuir, ainsi que plusieurs Français qui y étaient établis. Quelques-uns sont encore. dans les bois, où ils vivent parmi les Indiens. Cette colonie fut prise le 21 avril 1796, ou plutôt elle s’est livrée. Elle est extrêmement riche. Surinam était aussi dans l’état le plus florissant. Cette colonie regorge actuellement de denrées coloniales et particulièrement de colons. Les Américains y font un commerce immense quoique les cargaisons qu'ils y apportent y soient de peu de valeur, ils font sur leur vente et sur leur retour des bénéfices très considérables. :

Leurs nègres marrons s'élèvent à environ dix mille. On a faitla paix avec les principaux et ceux-ci contiennent les autres, de sorte que la tranquillité paraît parfaitement assurée. Ces nègres marrons étaient autrefois près de nos frontières. Ils se sont portés dans l’intérieur et ils font avec Surinam un actif commerce de vivres, comme les Indiens.

Dès qu’il fait beau ici, les vivres abondent ; mais, si la pluie continuait plusieurs jours, on courrait risque ms mourir de faim, si l’on était sans provisions.

Murinais a la fièvre très fort; j'en suis d'autant plus inquiet que le chirurgien lui-même en est alarmé. Il couche chez le maire.

J'ai cru un instant au conte que m'a fait Willot, en m’apportant une peau de caïman qu'il prétendait avoir coupée à la pêche. Le fait est qu’elle avait été coupée par les Indiens.

Je me suis baigné dans la rivière pour la première fois. J’ai éprouvé d’abord une sensation de froid qui m’a étonné, mais ensuite J'ai trouvé le bain délicieux.

- 25 frimaire. — Murinais a mal passé la nuit, mes craintes pour lui redoublent. J'ai passé toute ma matinée à écrire.

J'ai demandé à Jeannet la liberté du retour de Murinais à Cayenne. Je crains bien que l’ordre, si je l’obtiens, n’arrive trop tard.

Malgré les pluies, la chaleur est extrême. Chaque nuit, je transpire abondamment. Cela me fatigue. J’ai d’ailleurs toujours des boutons et des espèces d’échauboulures contre lesquelles je ne crois devoir prendre d'autre précaution qu’une extrême propreté.

Nos Indiens ne nous ont porté que du machouara, mais il était très bon.

Murinais est plus mal. On nioes demain de lui donner de l’émétique.

26 frimaire. — Murinais a mal passé la nuit. On lui a donné ce matin quelques grammes d’émétique en lavage. Ce remède a eu son effet; mais le malade n'en est pas mieux. Je ne puis voir maintenant le lit d’un malade sans me retracer tout ce que j'ai souffert pendant si longtemps auprès de ma chère Cécile! Fille adorée, ton image ne sort pas de mon cœur.

. Nous avons partagé les livres anglais. Barthélemy a eu le bonheur d’avoir le Dictionnaire de Chambers, que j’aurais payé bien cher. Je n’ai rien d’important qui ne soit incomplet ; malgré cela, j'ai de quoi lire pendant quelques mois.

J'ai pris le parti de faire transporter Murinais dans la chambre auprès de nous. Il est impossible que le maire et sa femme, qui sont sans domestiques, puissent le soigner. Je l’ai fait porter avec ses perches dans un hamac. Deux nègres portèrent les perches, et je l’ai accompagné avec le

chirurgien. À peine a-t-il senti ce transport. Il ne parle presque plus. Le soir, on lui a appliqué des vésicatoires sur les deux jambes. Les emplâtres ne pouvant se garder, on les fait ici avec du levain qu'on pétrit de mouches cantharides et qu’on saupoudre ensuite. Ces vésicatoires doivent être d’une grande force. |

J’ai renvoyé nos Indiens. Leur pêche ne valait pas ce que leur nourriture nous coûtait. Je leur at acheté un petit casse-tête ou bouton et une flûte. Un Indien, Dominique, qui est venu me voir et qui parle assez bien français, m'a ser vi d’interprète. Il pourra me fournir un Indien a S et chasseur.

Rovère et Bourdon sont allés dans la maison que je leur ai sous-louée. Il ne reste plus dans ma chambre que Tronson et Barthélemy. Tronson, depuis quelque temps, me montre beaucoup d'humeur, et je lui ai dit aujourd'hui ma façon de penser à cet égard. Il m'en a beaucoup voulu aujourd’hui de ce que j'avais plaisanté sur lempressement qu’il avait eu de se faire céder quelques pains de sucre anglais. |

J’ai eu tort de plaisanter, car les plaisanteries irritent toujours ; mais je lui ai rappelé que lui-même sans aucun motif m'avait accusé avec beaucoup d'humeur de m’occuper de mes intérêts particuliers.

27 frimaire. —:Murinais est fort mal cette nuit. Les vésicatoires n’ont rien fait. Je le crois sans aucune ressource. |

Je suis convenu avec un pêcheur qu’il me fournira tous les jours le poisson à 4 francs.

J’ai encore plus transpiré cette nuit que la précédente ; ; je ne trouve pas cependant que cela m ’affaiblisse au point que je devrais le craindre. —

Morr DE MuriNais. — À 7 heures, je lisais l'ouvrage de Priestley sur l'histoire. Je me suis levé presque machinalement pour aller voir ce malheureux Murinais. Cétait son dernier moment. [Il respirait encore, mais à l'instant, même, il a expiré sous mes yeux.

28 frimaire. — Jai eu de la peine à avoir les quatre planches qu’il a fallu pour la dernière demeure de notre

malheureux ami. J’ai fait faire en ma présence l'inventaire de ses effets, qui ne sont de presque aucune valeur; mais on à trouvé dans sa malle environ 110 louis et une vingtaine de francs. Tout cela à été laissé sous les scellés dans sa chambre. Nous l'avons conduit au cimetière à 11 heures ce matin. Nous l’avons tous accompagné. Ce cimetière est situé vers le bord de la rivière au nord-ouest de Sinnamary près de la maison du maire. « Cest là que reposent « les restes de Antoine-Augustin-Victor d’Auberjon Muri- « nais, né à Murinais, département de l'Isère, ancien che- « valier de Malte, lieutenant général, inspecteur de Ia « cavalerie sous la monarchie, député en germinal de « lan V au Conseil des Anciens par le département de la « Seine, déporté à la Guyane par la loi du 18 fructidor « an VI, et exilé à Sinnamary à trente lieues de Cayenne « par arrêté de Jeannet, agent particulier du Directoire « exécutif; mort le 27 frimaire an VI.

« (Décembre 1797). Agé de soixante-sept ans. »

Cet événement à fait ici une grande sensation sur les habitants. Il en fera une bien plus grande à Cayenne.

Je ne puis me faire à la froide indifférence avec laquelle quelques-uns de nous ont pris cet événement.

J’ai écrit plusieurs lettres par le capitaine Le Monnier, qui part demain pour Surinam. J’ai annoncé à la famille Murinais la perte qu’elle vient de faire.

29 frimaire. — J'ai remis à Le Monnier éoutes mes dépêches. II m'a promis de les remettre très exactement. Jeles ai mises pour France, sous couvert de Couderc Brun de Compagne.

Tronson du Coudray est parti hier le soir pour aller à deux lieues d'ici.

Avant son départ, on nous avait annoncé une goélette qui nous porte plusieurs effets, qui nous amène ici La Villeheurnois et qui vient chercher Barthélemy. Le capi-

"La mort de Murinais fit beaucoup moins de sensation à Cayenne que je ne croyais. La volonté des dépositaires du pouvoir semblait enchaîner toutes les pensées. J'avais cru qu'en France elle produirait quelque effet sur l’opinion publique, et il paraît qu'elle n'en à produit aucun.

taine m'a remis plusieurs lettres. On dit à Cayenne que plusieurs départements sont en insurrection à cause de la loi du 18 fructidor.

On dit que les noirs de Saint-Domingue ont fait un massacre presque général des blanes, ont réduit en servitude ceux qui restaient, et que Santhonax s’est réfugié aux Etats-Unis. Je ne sais quel degré de confiance on peut donner à toutes ces nouvelles.

Remy, chirurgien de l'hôpital de Cayenne, m'adresse la lettre la plus touchante, la plus remplie d’expressions d'intérêt et de sensibilité pour notre position et pour moimême. |

Barthélemy, après avoir désiré d’aller à Cayenne, craint la mer et l'isolement où il se trouverait là. Il s’est déterminé à rester. Il en a prévenu le commandant. On reste très étonné à Cayenne de ce changement de solution après tant d’insistance. Il est fâcheux que La Villeheurnois ait été déplacé. Il serait, bien sûrement, resté à Cayenne, s1 Bar-

‘thélemy n'avait pas demandé à y aller. La Villeheurnois était celui qui pouvait seul s'occuper tout entier de nos intérêts à Cayenne et nous tenir informés de ce qui s’y pe sait.

Tronson persiste toujours dans son idée de retour à Cayenne. Son humeur et sa conduite sont entièrement changées. Il est revenu ce soir et m’a annoncé qu’à compter de demain il ne mangerait plus à ma table. Je ne sais quel arrangement il a fait. Il garde le secret sur tout cela. Je suis affligé de ce peu de confiance. C’est l'homme sur la société duquel je comptais le plus. Vingt fois, 11 m'avait promis que nous ne nous séparerions pas, et, depuis que nous sommes ici, il a toujours opposé une opiniâtre contradiction à tous les arrangements qui pourraient me convenir. Je désire qu’il en soit plus heureux, mais je m'aperçois avec peine qu'il ne l’est pas. ;

Marbois est déterminé à rester ici. Pour moi, j ’attendrai les événements.

Ma table n’est donc plus composée que de Barthélemy, son valet de chambre et moi.

J'ai reçu plusieurs approvisionnements qui me devien-

nent à charge. Je tâcherai de me défaire ici de quelques objets.

Roux m'a envoyé une excellente petite A ROUL avec laquelle je puis aisément lever des plans. Il m'invite à lever celui de Sinnamary, etje m’en occuperai si j'ai quelques instants. |

J'ai donné à diner au capitaine de la goélette qui a porté La Villeheurnois. C’est un officier de marine, très grossier, comme ils le sont, mais excellent homme. Il m'a fait les offres de service les plus touchantes de la part deses armateurs, MM. Power et Le Bertolon, de Cayenne. Il vient d’Oyapock. Ce quartier, m’a-t-il dit, est ruiné comme tous les autres, mais il serait susceptible de la plus riche culture et des plus beaux établissements, ainsi que le quartier d'Apronague. La goélette qu'il monte est d'environ 20 tonnes; elle a été construite par un menuisier à Oyapock, le fond est d’un creux d’arbre et les dunes en bois du pays : elle est pontée et elle navigue supérieurement.

J’ai répondu aux lettres que j'ai reçues de Cayenne; je les enverrai par ce capitaine qui part demain.

Nos nègres ont eu aujourd’hui la fureur de danser. Leur musique est la plus monotone possible, et les danses des femmes sont les plus lubriques qu’on puisse imaginer. Que de choses à faire ici pour animer le travail et donner des mœurs! Sans travail, la colonie est perdue. Sans mœurs, elle est perdue encore et la population est détruite.

30 frimaire. — Je me suis levé à quatre heures. J’ai achevé mes dépêches et je les ai remises sous couvert de M. Power au capitaine de la goélette. Il est parti vers sept heures. J'étais un peu fatigué ; je me suis reposé en lisant. Barthélemy est allé à Cayenne. J’ai fait une visite à Rovère (Ange ?) et à Bourdon. [ls sont tous les deux seuls dans une vaste maison.

J'ai acheté une tortue de terre, elle n’est que de huit ou dix livres ; on m’en a donné une très petite que je garde. La première m'a coûté 3 francs; cela est cher.

Mes melons d’eau sont parfaitement sortis.

J'ai perdu les citrouilles.

Barthélemy s’est trouvé un peu incommodé ; il craignait la fièvre, il n’a pris que du thé.

Tronson est resté à la vente.

A nivôse. — Je n'ai pas autant transpiré cette nuitet

j'ai raieux dormi. Cependant j'ai un peu de mal de tête; je l’attribue à ce que j'ai peut-être un peu trop lu hier pendant le cours de la journée.

J'ai planté aujourd’hui des patates dans mon jardin. On m'a envoyé des oignons de Cayenne qui sont parfaitement conservés.

Rovère et Bourdon m'ont demandé à diner. Heureusement, j'étais assez bien pourvu. Il y a des jours où deux personnes m’embarrasseraient fort.

Les poules des environs viennent quelquefois pondre dans ma chambre; cela me donne de temps en temps des œufs frais.

Nous avons mangé des pois chèques, c’est le meilleur légume qu'on ait ici. Je les aime mieux que des pois de: sept ans. Nous avons mangé aussi de la tortue de terre : c'est un mets excellent.

Le soir, nous avons mangé un morceau de mulet : c’est le meilleur poisson que nous ayons eu encore. Je ne sais si c’est vraiment du mulet : il ne me paraît pas conforme à la description donnée par Bomare.

Marboïs est revenu de la vente. Tronson n’en reviendra que demain.

Je me suis baigné vers dix heures : l’eau était excellente. Il est fâcheux de n’avoir pas une plage plus commode pour se baigner.

2 nivôse. — J'ai transpiré beaucoup cette nuit. En me levant, j'ai planté sur la troisième planche de mon jardin des pommes de terre venues d'Angleterre. Les trois prémières à compter du Nord sont bleutées, les trois autres rouges, les dernières blanches. J'ai planté sur les bordures de cette planche des pois chèques que m'avait donnés Rovère. | |

‘Ces pommes de terre n’ nt produit que des tiges ét pas de tubercules. Si j'avais eu un jardin et un nègre pour le cultiver, j aurais fait d’autres essais sur cette plante.

Barthélemy est toujours occupé de quelque cloques qu'il a sur les jambes. Cabrol prétend que ce sont des piqûres de poux d’Agouty. Je crois que le mieux serait de n’y rien faire.

Le temps serait superbe aujourd’hui, si à chaque instant des averses de pluie ne menaçaient.

J’ai profité d’une occasion pour écrire à Roux; je crois que nos lettres du 30 n’arriveront pas à Cayenne avant sept à huit jours.

Je ne savais avec quoi souper ce soir; il n y a ni poisson, ni gibier. Voilà l'inconvénient de n’avoir pas de provisions. [Il y a des jours où tout abonde, d’aucuns où il n’y a rien. D’un autre côté, on ne peut presque rien garder. Il faudrait une basse-cour bien fournie.

3 nivôse. — En me levant, j'ai travaillé à mon jardin. J’ai semé dans les plates-bandes quelques pépins de raisin et de pomme. J’ai aperçu que l'oignon que j'ai planté il y à quelques jours a vigoureusement poussé. Je voulais semer des melons de France. J’ai mis les grains dans l’eau ; à peine quelques grains ont-ils tombé au fond du - verre après trois ou quatre heures d'immersion. Je crois toute cette graine mauvaise. Mes melons d’eau au contraire sont superbes. :

Mes démangeaisons augmentent, cependant elles ne m'inquiètent pas.

J’ai achevé nier au soir la lecture du pamphlet de Thomas Erskine, membre de l'opposition. Cet ouvrage intitulé: À View of the cause and consequence of the present war wilh France, London, 1797. (Vues sur les causes et les conséquences de la guerre actuelle avec la France.)

Cet ouvrage est une diatribe violente contre M. Pitt; mais il renferme de grandes vérités. Il cherche à pallier la décadence de la France et les dangers qui pourraient résulter d’une révolution en Angleterre ; mais il dit d’excellentes choses sur les avantages qu’il yaurait pour l’Europe entière à ne pas se coaliser contre la France, et à ne pas la réduire à user de tous ses moyens pour conserver son indépendance.

Delarue m'a apporté un oiseau qui me parut être du

genre du pic ou de l’épeiche, mais je n’ai vu aucune espèce décrite par Bomare qui lui ressemble exactement pour le plumage ; celui-ci est tacheté par des bandes variées de blanc et de noir; il est dela grosseur d’un geai ou d’un petit merle. Il n’a d'autre couleur que le blanc et le noir. Il a une houppe blanche avec quelques plumes noires.

J'ai mangé hier et aujourd’hui d’un fruit qu'on nomme Ague. Ce fruit est de la grosseur d’une belle prune ; il vient par grappes. Il est enveloppé d’une peau épaisse d’un brun rouge, implantéesur le calice de la fleur ; cette peau recouvre une enveloppe blanchâtre un peu filasseuse qui renferme une pulpe grisâtre d’un excellent goût, approchant de celui du raisin ; malheureusement cette pulpe est très peu abondante à cause de la grosseur du noyau. Je ne connais. pas encore la plante : maïs je crois que sielle était cultivée on pourrait peut-être obtenir un très beau et bon fruit.

On m a apporté un champignon d’une structure singulière. C’est un véritable réseau semblable au Marly, d'une extrême délicatesse.

Ce tissu retombe sur la tige comme une dentelle. Malheureusement, il est impossible de conserver une pareille production. Ce champignon est d’une extrême blancheur. |

Nous avons mangé du saumon salé qu’on m'a envoyé de Cayenne. Il est bon, mais il faut le dessaler beau- COUP. |

Je continue à lire Montesquieu ; quelques erreurs ont : échappé à ce grand homme; par exemple, celle de croire que l’usage des machines est souvent défavorable à la population et à l’industrie.

Ses observations sur le commerce, sur la monnaie, sur les changes, sont du plus grand intérêt et renferment des vérités qui devraient toujours être présentes aux hommes qui veulent gouverner avec sagesse et avec justice. [l examine la question importante de savoir s’il convient à une nation d'avoir une dette publique. Cette question n'en est plus une pour moi. Si la dette publique est contractée pour des dépenses inutiles, pour des guerres qu'on aurait pu éviter, elle est un grand mal : car elle écrase alors le

revenu public; elle détourne les fonds particuliers de leur véritable destination quiest le maintien et l’affermissement de la prospérité publique; mais, si la dette est contractée pour le maintien de l'indépendance et de la liberté, elle est indispensable. L'intérêt de la dette est un impôt devenu nécessaire, qu'il faut réduire par la voie de l'amortissement le plus rapidement possible. Si enfin la dette publique est contractée pour animer les reproductions et le travail, pour faciliter les communications, pour assainir et féconder le sol, elle n'est plus alors qu’une avance demandée à la nation pour accroître ses richesses. L’impôt qui en résulte n’est plus une charge, puisqu’alors on crée des moyens nouveaux qui, surpassent la masse de l'impôt. Telle doit être à cet égard la théorie des hommes qui gouvernent, lorsque le bonheur du peuple est l’objet sacré de leurs déterminations et de leurs vœux.

Nous avons presque toutes les nuits de la pluie jusqu à dix heures ou onze heures du matin, mais le soir le temps est magnifique.

Tronson s’est arrangé pour son diner avec Ramel et d’Ossonville. D’après ce qu’il m'en a dit souvent, cet arrangement est plus qu’extraordinaire.

4 nivôse. — Je n’ai pas beaucoup transpiré cette nuit. En me levant, j'ai semé une planche de mon jardin; après m être lavé le visage, la tête entière et les pieds, je travaille le matin pendant une demi-heure à la terre, et je men trouve bien. J’ai semé aujourd’hui des melons de France ; je crains bien que la graine ne soit pas bonne. J’ai semé à côté deux rangées de petits haricots. Les melons d’eau que J'ai semés il y a peu de jours sont déjà très beaux. Je n’ai conservé qu’un seul pied de giraumon, mais il est très beau. J’ai partagé l’aprèsmidi plusieurs des objets qui nous ont été envoyés de Cayenne. Tronson est d'une humeur incroyable, tout en m'accusant d’en avoir. Au reste, il serait difficile que Je n’en eusse pas moi-même, lorsque je vois qu'on se divise pour des objets que je sacrifierais cent fois avant d’avoir la moindre difficulté.

Marbois m’a dit que Rodrigues, neveu de M" Tryon,

chez laquelle il mange, avait vu en mer une très grande ee

chaloupe qui s'était approchée de la rivière et qui paraissait armée de plusieurs hommes ; il en a vu deux, un à l'avant, et l’autre à l’arrière, qui se sont tenus debout quelque temps examinant la côte. Ils se sont baissés ensuite, et la chaloupe s’est éloignée à force de rames. Ce fait est très extraordinaire. Est-ce la chaloupe d’un corsaire? Mais 1l ne paraît pas qu'on ait aperçu aucun bateau au large.

Nous avons eu à souper une petite raie assez bonne.

Lé temps a été magnifique aujourd’hui. J'ai été me promener le long de la lisière du bois. J'en ai rapporté quelques feuilles d'arbres qui m'ont paru intéressantes, mais dont je n’ai pu encore reconnaître les espèces dans Bomare. 7

o nivôse. — Nous espérions avoir des nouvelles de Cayenne. Mais cet espoir s’est détruit. Voilà près de cent jours que nous avons perdu de vue les côtes de France,

et nous n’en avons aucune nouvelle. Mon impatience

redouble à chaque instant, et il faut que j'écarte cette idée pour conserver mon courage. |

J’ai écrit quelques lettres par l’exprès du commandant.

Cest aujourd’hui Noël! Nous ne nous attendions pas avant le 18 fructidor à éprouver à cette époque une chaleur brûlante et à voir laterre couverte de verdure et de fleurs. Ainsi le sort se joue de nos projets, et l'instant où nous espérions quelque repos est souvent celui qui nous en éloigne plus que jamais. Nous en sommes un terrible exemple.

J'ai achevé aujourd’ hui la lecture d’un ancien livre

intitulé :

Voyage de la France équinoxiale ‘en l'ile de Cayenne, entrepris par des Français en l’an MDCLH. Divisé en trois livres.

« Le premier contient l'établissement de la colonie, son « embarquement et sa route jusqu’à sou arrivée en l'ile « de Cayenne.

« Le second, ce qui s’est passé vend quinze mois « qu'on est demeuré dans lä paix.

Fa ce

« Le troisième traite du tempérament du pays, de la « fertilité de la terre et des mœurs et façons de faire des « sauvages de cette contrée.

« Par M. Antoine Biet, prêtre, curé de Saint-Germain « de Senlis, supérieur des prêtres qui ont passé dans le « pays. À Paris, chez François Clouzier, dans la cour du « Palais, proche l’hostel du premier président. MDCLXIV ; « avec privilège du roy ».

Le titre fait assez connaître l’objet de l’ouvrage.

Quoique très mal écrit, il renferme des choses très intéressantes et des détails exacts sur la colonie.

Cette expédition, qui eut le plus mauvais succès, fut conçue par un M. de Royville, gentilhomme normand. Avant lui, M. Poncet de Brétigny avait formé à Cayenne un établissement. Royville communiqua son projet à M. l'abbé de la Boulaye, Conseiller du roy en ses Conseils, et intendant général de la marine sous le duc de Vendôme. L'abbé de l'Ile Marivault, animé du désir d’étendre la connaissance du christianisme chez les sauvages, se Joignit à eux. L'expédition partit de l’Arsenal de Paris pour se rendre au Havre et s’y embarquer. En passant au Pont-Rouge, l’abbé de Marivault tomba d’un des bateaux de l’expédition dans la Seine, où 1l se noya. Cet événement fut regardé comme de très mauvais augure, et en effet cette expédition éprouva tous les contre-temps et tous les désastres possibles.

Ce livre nous a été prêté par Mentelle. Je tâächerai de le trouver si je retourne en France.

J'ai commencé la traduction d’une histoire d’Angleterre en 3 volumes, par Goldsmith. H ne me paraît pas vraisemblable que je puisse l’achever; mais c’est une occupation, et je me multiplie autant qu'il m'est possible. |

Il paraît que Brottier a des conférences particulières avec Billaud-Varennes. Qu'est-ce que tout cela signifie ? Ce Brottier développe tous les jours un caractère d’intrigue et de mauvais vouloir plus inquiétant. Au moyen d’une dévotion hypocrite, il s’est emparé déjà de l'esprit de la plupart des femmes du canton et même de quelques

habitants. C’est par le même moyen, et par des cajoleries continuelles qu'il s’est également emparé de l'esprit des noirs et de celui des Indiens. Il profite de son caractère d’ancien élève des jésuites pour obtenir encore plus de crédit sur les Indiens qui se souviennent encore d’avoir. été élevés par ces Pères. Lorsqu'ils viennent ici, c’est toujours « leurs Pères » qu'ils demandent. Cest avec la plus grande adresse qu’il profite de toutes ces circonstances. Quel en sera le résultat ?

6 nivôse. — Je n'ai pas très bien dormi eette nuit. Bousquet est arrivé de Cayenne ; il m’a apporté quelques lettres; mais aucune nouvelle de France, cela est désespérant. |

Jeannet à refusé avec humeur de faire revenir Murinais et on fait un reproche à Cabrol, chirurgien du poste de Sinnamary, de m'avoir donné un certificat pour constater la maladie de cet infortuné vieillard. Ge refus a été public. La mort de Murinais causera à Cayenne une émotion d'autant plus vive. :

On m'a apporté ce soir pour me les faire voir un jeune Tatou et un Pack. On nous à montré ensuite un morie de Pack dont nous mangerons demain.

J'ai planté quelques oignons qui avaient germé.

Willot m'a donné des détails sur laffaire du 18 que Jignorais encore.

On m'a renvoyé de Cayenne plusieurs lettres que j'y avais envoyées. Je les renvoie.

T nivôse. — J'ai écrit plusieurs lettres hier au soir et ce matin. Je les ai envoyées par les nègres de Marie-Rose qui arriveront le décadi à Cayenne.

Le temps continue à être beau ; cependant le ciel parait se charger un peu, et'je ne serais pas étonné que nous eussions de la pluie ce soir ou demain. |

Jamais je n’ai vu autant d'insectes que ce matin. Il ya des nuées de moucherons qui désolent, lorsqu'on écrit ou lorsqu'on lit. Je n’ai pu dormir cette nuit; les chiens ont fait un effroyable tapage et il en est venu dans notre chambre qui ont dévoré le pain de Tronson.

Une couleuvre s’est faufilée dans les jambes de ma

négresse pendant qu'elle lavait mon linge à la rivière. Heureusement elle n’a pas été piquée.

Le soir, la même couleuvre s’est glissée dans les jambes de Delarue qui se baignaiït ; il a eu peur, et 1l s’est précipité sur les rochers ; il s’est légèrement blessé.

Je suis allé faire une visite à Rovèré, qui est malade : Je l'ai trouvé mieux.

Tous mes moments sont remplis par mes lectures et par mon travail, et en vérité je dois m’estimer heureux de pouvoir ainsi écarter les tristes pensées qui m'accableraient.

Nivôse 8. — J'ai mieux dormi cette nuit que la nuit précédente. Je me suis senti l'estomac un peu dérangé, mais je ne crois pas que cela ait aucune suite.

Je travaille à la traduction de Goldsmith avec plus d’ardeur depuis que j'ai appris qu’il n’est pas encore traduit.

On a annoncé ce matin une goélette. On dit que c’est celle de Prachet. Que vient-elle faire? Un habitant de la Pointe l’a vue entrer. À midi et demie, je suis allé à l’embarcadère, et, au même instant, j'ai vu arriver cette goélette : c’est bien celle de, Prachet, mais il ne la monte pas; c’est un nommé Jean qui la commande. Nous avons appris qu'elle ne portait presque rien, ni pour le magasin ni pour nous, et nous ayons été longtemps incertains et inquiets sur le véritable objet de son envoi. Enfin une lettre que jai reçue de Franconie m'a éclairci ce grand mystère. Il m'annonce que cette embarcation n’est venue que pour prendre les effets de Murinais. En effet, vers trois heures, le commandant est venu nous lire l’arrêté pris par Jeannet, qui ordonne la vente de tous les objets qui peuvent péricliter et l’envoi à Cayenne de ceux qui peuvent y être transportés. Il est incroyable qu’on envoie une goélette pour un pareil objet, tandis qu’on l’a refusée pour venir chercher un malheureux qui demandait par grâce de retourner à Cayenne, pour éviter la mort qui le menaçait ici. Afin d’excuser son refus, Jeannet à écrit aussi une lettre en date du 1°, qui rappelait Murinais : c’est par trop maladroit. Le commandant nous a lu quel-

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