HÉROS
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devrait donner l'exemple, est-il presque partout armé des torches de la guerre et entraîné par les fureurs des passions et des crimes!
A quatre heures, M%° Tryon m'a fait dire que Marbois était très mal ; quoique marchant avec beaucoup de peine, je m'y suis rendu : à l'instant ; je l’ai trouvé dans un état d’abattement extrême, mais conservant sa connaissance ; Cabrol, pris de la fièvre la plus violente, n’a pu s’y transporter... [l est impossible d'imaginer les soins et le zèle qu à M" Tryon ! une sœur, une mère, ne serait pas plus surveillante ; cest un grand bonheur dans l’état où est Marbois; cette respectable femme pleurait en me témoignant ses alarmes. Pour moi, je n’ose me livrer à mes pensées et à mes craintes; ce dernier coup serait trop affreux.
30 vendémiaire. — L’inquiétude que me cause Marbois ne m'a pas permis de prendre de repos : j'y suis allé en me levant; la fièvre est moins forte, il reconnaît et répond bien : mais il a demandé ce matin ce qui lui était arrivé hier au soir.
Nota. L'intervalle est rempli par des détails sur la santé de M. de Marboiïis qui allait mieux.
4 brumaire. — J'ai achevé de lire aujourd’hui les Essais de Montaigne ; au commencement Tronson me les lisait le soir, lorsque nous étions seuls, et personne ne lisait avec plus d'agrément et d'intérêt que lui. Depuis que je lai perdu, lorsque j'ai eu quelques moments de repos, j'ai continué cette lecture. C'est un vrai manuel de philosophie : c’est le meilleur livre qu’on puisse avoir quand on est déporté. Je n’aime pas cependant l’extrême égoïsme sous lequel Montaigne se peint lui-même ; pour paraître plus vrai, il a chargé son portrait. Mais à chaque pas on trouve un nouveau texte de méditations et de pensées. Il apprend, pour me servir de ses expressions, à faire bien l'homme et dûment. C'est un livre consolateur. Je l’avais lu dans le tumulte des occupations et du monde, et il m'avait moins intéressé que dans ce moment : ses formes diverses et toujours originales sont singulièrement attachantes ; cependant il y a quelques chapitres faibles qu’il serait heureux qu'il eût supprimés ; mais ces chapitres