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tion qui se renouvellent ici presque chaque jour, et qui
sont d'autant plus horribles qu'elles sont toujours accompagnées de quelques nouveaux traits de barbarie.
17 brumaire. — Marbois m'a envoyé, dès qu’il les a reçus, une suite de numéros de la Feuille du jour, depuis le 19 prairial jusqu’au 10 thermidor; j'aurais voulu lire toutes ces feuilles à la fois; je les ai à peu près parcourues. Quel tableau que celui que présente la situation politique de presque tout le globe! Quel état que celui de notre malheureuse patrie! tous les moyens de tyrannie y sont employés, et la nation courbée sous les chaines reste asservie à un Directoire qui viole et la Constitution et les droits les plus sacrés.
Le Directoire, pour maintenir la dépendance des Cônseils, place de toutes parts les membres les plus incapables du Corps législatif : ambassades, consulats, places de Finance, tout leur est accordé... La France entière et les nations soumises sont livrées à leurs déprédations et à leur pillage.
. Au milieu de tout cela l’anarchie menace encore et le Directoire et les Conseils. Les finances sont épuisées.. Les mesures les plus oppressives et les plus arbitraires sont transformées en lois : cependant le Directoire semble aujourd’hui chercher la paix. Les Commissaires parlent avec moins de hauteur à Rastadt ; le ministre des Relations extérieures sollicite la paix avec l'Amérique.
La Suisse est opprimée, mais le feu de la vengeance semble prêt à y éclater. L'Italie est dans un état affreux : la famine est à Rome ; la cour de Naples et ses États sont dans la plus grande agitation. L’'Irlande est en insurreclion, mais il paraît que Cornwallis, qui en est le vice-roi, à déjà remporté de grands avantages sur les rebelles... Le
Directoire s’est pleinement arrogé le droit, non seulement
de faire la guerre, mais encore d’envahir, sans aucun décret des Conseils. On a fait partout en France des visites domiciliaires, et elles ont causé l'arrestation d’un grand nombre d'émigrés et de prêtres : M. d’Ambert a été fusillé ; sa fille avait présenté une pétition dans laquelle elle offrait de prouver qu'il y avait confusion d'individu :
le Conseil des Cinq-Gents a passé de la manière ch plus
barbare à l’ordre du jour! S
Un gendarme arrive et nous annonce que le nouvel .
agent et un nouveau commandant sont arrivés avec 125 hommes de troupes sur deux frégates, qui portent aussi des troupes et un commandant pour la Guadeloupe : il y a ordre de mettre embargo sur toutes les embarcations, tant ici qu’à Conanama et à Yracoubo. Nous n'avons pas de lettres, il est facile d'imaginer avec quelle impatience j' en attends.
J'ai achevé de lire le traité d'Adam Smith intitulé :
Recherches Sur la nature et les causes de la richesse des
nalions, traduction du malheureux Roucher. Je l'avais lu autrefois, mais je l'ai relu avec la plus grande attention, et J'en ai fait des extraits quon trouvera dans mon recueil.
J'y ai joint quelques observations particulières. Ces recherches doivent être méditées toutes les fois qu'il s'agit de lois relatives à l’industrie, au commerce, aux finances, à la prospérité nationale. ê
19 brumaire. — J'étais avec Marbois lorsque Morgenstern, m'a apporté deux paquets de France, un à mon adresse, l’autre à celle de La Villeheurnois; j'ai une leltre de ma femme du 30 thermidor et de mes enfants du 12 et. du 13; elles sont désespérantes et ne me donnent aucun détail. |
Dans les lettres adressées à La Villeheurnois, j'ai trouvé quelques faits importants : on paraît compter sur la paix
continentale; il n’y a presque plus de numéraire en circulation dans les départements, les denrées sont à vil
prix: à
20 brumaire. — Ma raison écarte en vain mes espérances ; mon cœur s’y livre toujours, et les lettres que j'ax reçues hier sont vraiment décourageantes : malgré cela
mon courage se soutiendra ; je vois avec peine qu'on n'ose faire aucune démarche publique, et ce sont des démarches.
publiques qu’il faudrait faire et que je demande dans les lettres que j'écris.
21 brumarire. — Billaud se vantait ici d’avoir le pre-