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mier ouvert la carrière de la fortune à Burnel, le nouvel agent; malheur à la colonie si Billaud avait quelque influence sur lui! le frère de Marbois était, je crois, intendant à l'Ile-de-France quand Burnel en a été chassé : puisset-il ne pas chercher à se venger ici de son expulsion !
22 brumaire. — Je pensais ce matin qu'un ouvrage bien important dans les circonstances actuelles serait une Histoire de la Tyrannie. Dans l'introduction, je voudrais en tracer le caractère et les causes, ensuite. en décrire l’histoire rapide dans les gouvernements anciens et dans les gouvernements modernes jusqu’à l’époque malheureuse où nous vivons, et enfin indiquer dans la conclusion les moyens de la prévenir : mais ce travail demanderait au moins une collection de l’histoire générale que je n’ai pas ; quelles horreurs à tracer ! quelles leçons à donner
aux législateurs et aux peuples !
Un soldat noir vient d'apporter ce soir des dépêches de Cayenne adressées au maire. On lui envoie l'arrêté du Directoire qui nomme Burnel agent dans la Guyane, et l'administration départementale ordonne au maire de me faire remettre les effets de Lavaur, dont le testament est reconnu légal. Un ordre du nouveau commandant général prescrit au commandant du poste de Conanama de me faire cette remise. Le département a mis la plus grande célérité dans cette affaire. J'ai écrit aux héritiers de Lavaur à Conanama ; ils seront d'autant plus contents que tout le monde croyait que ce testament ne serait pas maintenu.
24 brumuire. — Je lisais avec indignation aujourd’hui dans la Feuille du jour du 17 messidor, que Garat, s'adressant à la cour de Naples, lui proposait l'exemple de la République Française, qui, au lieu de fusiller, se contente de déporter ceux qu’elle regarde comme les ennemis de la Constitution ; comme si la déportation dans un climat dévorant n'était pas la plus cruelle des condamnations, comme si déporter sans jugement des citoyens, les. arracher à leur patrie, à leur famille, à leurs amis, n’était pas la plus affreuse des tyrannies ! et l’apologiste de cette violation de tous les droits ose se placer lui-même à côté de Socrate et de Platon ! (note 50).
J'écrivais ceci lorsque Adel est arrivé; je vor ne
parfaitement remis ; ce qu’il avait à me dire, c’est que ma femme comptait être en mesure de sortir de France au mois de juin prochain. Mais qu'est-ce qu’un projet et une assurance aussi vague? puis-je prendre un parti d'après cela, et m’exposer à réduire ma famille au dernier excès de misère ? Mon devoir est tracé, je n’ai cessé de l'écrire. Rien de plus vague que les nouvelles qu’il m'apporte ; il paraitrait que la flotte de Bonaparte a été brûlée à Alexan- . mais que l’armée est descendue el est restée en Egypte; qu'un débarquement en [Irlande avait réussi.
Quant à Cayenne, il paraît que l'agent y développe tout
l'appareil du despotisme, on y paraît très inquiet ; les nègres s'agitent, dit-on, le gouverneur est sans argent; on envoie en chercher à La Guadeloupe, d’où 1l est vraisemblable qu’on n’en aura pas! quelle affreuse situation de choses ! j'apprends par Adel qu'un jeune homme chargé de lettres pour moi les a déchirées de peur d'être compromis !
Adel m'a présenté De Mist, jeune Hollandais de la province d’Over Yssel, qui va à Surinam chargé de dépêches : il était comme secrélaire sur | escadre de l'amiral de Winter. Il était au combat contre Famiral Dunkan:; il m'a dit que de Winter n'avait pas les lumières nécessaires pour commander ; mais qu’il était dé la plus grande tranquillité au milieu du combat ; je lui ai demandé des détails sur la dernière révolution : elle est dans le sens des modérés et des amis de l’ordre, et sous ce rapport elle a été généralement approuvée en Hollande; approbation que le Directoire français lui a donnée est une preuve quil sent lui-même que le désordre est un abime ouvert sous ses pas; il m'a dit que la Hollande était dans un état affreux...
Le général Daendels, qui a fait la révolution du 2, prairial, d'accord avec Joubert, a servi avec Pichegru, et lui estencore très dévoué: le Directoire l’a cependant employé; ce jeune Hollandais m'a parlé dela situation de la France; il m'a dit que la plus grande stupeur régnait dans tous les départements; que de. Michal perçait de toutes
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parts, qu’il avait assisté à la fête du 10 août, qui était ridieule et où il y avait très peu de monde ; ce jeune homme était sur la frégate qui a porté Burnel; il m'a dit que c'était un homme très impétueux, mais qui revenait facilement ; qu'il paraissait lié par des instructions très détaillées, et qu'il y en avait de très douces relativement aux déportés. Cela m'est confirmé par Franconie, qui parait croire qu'on obtiendra facilement de s'établir à Cayenne.
Me Marbois a écrit à son mari que, s’il envoyait un certificat de maladie, elle obtiendrait un changement de lieu d’exil : il m’a envoyé cette lettre tout de suite, et il m'invite à envoyer un pareil certificat pour moi-même. Je ne veux pas fonder une demande sur un certificat faux ; si la perte que nous avons faite de six sur huit de nous ne détermine pas notre rappel, que ferait un certificat? Je demande justice et non pas grâce...
26 brumaire. — Adel et De Mist sont partis vers neuf heures et demie pour Conanama, J'ai remis mes lettres à Adel et quelques notes ; ce jeune homme avec un cœur excellent a été gâté par les femmes ; il lui sera très difficile de s’habituer au travail, il est souvent oublieux et négligent ; il a de l'esprit, de la facilité à s’instruire, mais il n’a pas l’activité qu’il faudrait. Son voyage, je le crains, sera très inutile pour lui et il a été très dangereux ; quant à moi, il ne peut m'être utile d'aucune manière. Je suis désespéré de n’être pas en mesure de lui assurer un sort. Le jeune De Mist a tout le calme hollandais, mais ce jeune homme est instruit, il paraît avoir un excellent sens : ce serait un secrétaire précieux.
J’ai eu la visite, cet après-midi, d’un déporté par la Bayonnaise, nommé David, qui est chez Conrad : il est du côté d'Angoulême ; il m'a dit que l’épidémie devenait affreuse à Conanama, qu'il y mourait cinq à six déportés chaque jour; il y en a déjà vingt-et-un de {a Bayonnaise sous la terre, et cinq ou six agonisants. Ce David paraît un de ces prêtres bons vivants, mais ignorants, comme ils sont presque tous.
Les feuilles américaines Daily Advertiser que je viens de lire sont remplies d'adresses contre les pirateries
etl’inhumanité du gouvernement français ; c’est ainsi que,
profanant le nom sacré de la liberté, les factieux ont souillé partout le nom de la nation : il paraît que Washington a pris le commandement de l’armée, el ce dévouement généreux a donné une nouvelle énergie à l'esprit public. |
28 brumaire. — Hussenct, habitant, chargé par le
nouvel agent de la construction des logements nécessaires
ici pour les déportés de Conanama, est arrivé ce maüin : il m’a porté des lettres de France ; j'ai cru d’abord que c’étaient des lettres venues par les frégates; mais elles sont des 26 et 28 ventôse ; le paquet a été visiblement ouvert; quoique ces lettres soient très anciennes, elles m'ont fait le plus grand plaisir ; elles ont été écrites à la
réception de mes premières lettres par Beckmann ; elles
me donnaient bien plus d'espérance que les dernières Pie J'ai reçues : tout cela s’est évanoui |
29 brumaire. — Le commandant, qui est arrivé de Conanama ce matin, m'a donné les plus affreux détails sur la situation des déportés ; sur cent-cinquante-huit, 1l n’en reste plus que cent; voilà jusqu’à ce moment l’état le plus exact de la mortalité de ces malheureux à Conanama dans moins de trois mois, quel épouvantable sacrifice de victimes humaines!
Il est midi ; 48 de ces malheureux malades arrivent
quel spectacle ! rien n’est prêt; ils n’ont rien pris depuis hier; je leur ai fait distribuer du vin et du pain : ils ne
peuvent pas se soutenir. On ne leur a rien donné, pas même de l'eau pour leur traversée de Conanama ici! Jde
n'ai pas vu de tableau plus affreux. J’en ai l'âme cruellement troublée. Horace disait avec raison :
Audax omnia perpeli: Gens humana ruit per vetitum nefas, ele.
30 brumaire. —Hussenet, qui est venu me voir, me disait que Patris, médecin (note 53), avait fait un voyage très intéressant dans l’intérieur ; il avait monté par l'Oyapock, et était descendu par le Maroni. Son journal n’a pas paru;
de
mais il doit se trouver dans les archives de la marine ; c'est du temps de Turgot et de Chanvalon que ce voyage a été entrepris.
Power et Ménard fils, qui viennent de Surinam, ont rencontré Adel près d Orgonabo, sous le vent d’Yracoubo, avec une troisième personne qu'ils supposent être un déporté de Conanama, c’est une extrême imprudence de sa part.
1% frimaire. — J'ai reçu Power ce matin : il m'a confirmé qu'Aubry était mort à Démérary, et que Barthélemy était parti de Surinam pour cette colonie. Ménard est venu aussi, il m'a confirmé ce que m'avait dit Power : il me disait que la colonie de Surinam était un des plus beaux établissements possible ; maïs le travail y est forcé, et les esclaves y périssent rapidement.
4 frimaire. — J'ai été longtemps arrêté dans mon traval sur les colonies au chapitre des institutions morales : en renversant la religion, et en voulant couvrir ses ministres d’opprobre, on a renversé la morale elle-même et on ne sait plus sur quelle base appuyer le gouvernement intérieur du corps politique. Que proposer dans ce chaos de destruction ? Voilà ce qui m'’arrêtait, et ce qui, plus d'une fois, m'a empêché de continuer mon travail : aujourd hui Je pensais que, pour ne donner à aucune religion une prééminence dangereuse, on pourrait tracer un code de morale simple, qui, par cela même, serait d'accord avec la morale de toutes les religions : ce code servirait de base à toutes nos institutions civiles. Je me suis borné à indiquer cette idée dans mon travail sur les colonies, mais je sens qu’elle exige les plus grands AU ROUES je m'en occuperai. (Note 54.)
frimaire. — Lie commandant a reçu hierla proclamation de l'agent, et j'en ai entendu faire la lecture aux noirs du poste par le maire, qui leur traduisait et paraphrasait chaque phrase en langue créole : le résumé de cette proclamation est le H'avail ou la mort.
Boucher, un des déportés de la Décade, établi ici dès le commencement, est venu me voir; il a été très malade, et pendant quatre mois entiers à l'hôpital : plus je voistous ces hommes-là, et celui-ci est le plus instruit et le plus
sociable que j'aie vu encore, plus je m'étonne de leur fanatisme et de la faiblesse de leur caractère : 1l me disait en me montrant des boutons de manches en argent : « Vorlà des boutons que j'ai achetés à un homme qui les avait
volés à un de mes compagnons morts ; je lui ai dit : vous
avez volé ces boutons, je vous les paye, je dirai deux messes pour le défunt et pour vous; ainsi j'aurai rempli ses intentions, qui devaient être de laisser à ses confrères ce qu'il avait, et votre péché sera effacé. » :
Quelsaccommodementsavecle ciel ! la persécution accroit
la superstition etlarend plus grossière. Tous ces hommes-
là sont sans doute victimes de la plus affreuse tyrannie, mais ils se croient encore des martyrs de la foi.
6 frimaire. — J'ai fait une assez longue promenade dans la savane : elle est aride, triste el brülée ; mais c'est
la seule promenade, avec le chemin jusqu à la mer, où l’on.
puisse faire une course un peu longue.
J'ai remarqué des fourmilières très singulières Fe endroits bas de la savane inondés dans l Fee Ces fourmilièressontplacées surdes touffes d’herbes dont lesracines s'élèvent au-dessus du sol ; elles sont hémisphériques et élevées de cinq à six pouces au-dessus de ces touffes de racines ; mais, ce qu'il y a de remarquable, ce sont des boyaux, aussi construits en terre, et formant des espèces de chemins couverts qui aboutissent à la fourmilière ; ces chemins serpentent autour de la touffe d'herbes ; ils sont
plus ou moins nombreux et ils paraissent quelquefois se.
Joindre dans la terre. Les fourmilières paraissent aimsi placées pour s'élever comme de petites îles dans lesparties
marécageuses, etles chemins couverts paraissent pratiqués pour conduire les fourmis hors de leurs îles, au-dessous
des eaux dont elles sont entourées dans l'hiver. 7 frimaire. — Cest aujourd’hui anniversaire de notre
arrivée à Sinnamary ! Hélas, je n’en ai plus que de tristes à
célébrer. Quelle année ! Combien de victimes innocentes J'ai vu périr ! Combien j’en vois encore que la mort menace! Que de barbarie, d’atroce rapacité de la partdes bourreaux el de leurs agents! Que d’angoisses et souvent que de faiblesse et d'abandon de la part des victimes ! Laissons
ces tristes PATES ils déchirent mon âme ! Une année entière ! el à peine ai-je pu faire encore quelques pas autour
. de ma cabane ! Si j'avais pu agir, j'aurais étudié la nature
dans ces climats brüûlants : partout elle peut encore consoler l’homme malheureux !
Je suis parti vers. quatre heures pour aller à la pointe me promener le long de la mer : j'ai passé deux heures et demie dans cette promenade solitaire : Pimmense océan, le sable sur lequel viennent se perdre ses vagues mugissantes, un rideau de palétuviers, pas une voile dans Île moment, pas un canot de pêcheur sur l'immense surface de la mer, le soleil se couchant du côté de la terre; telle était la scène mélancolique qui s’offrait à mes pensées. Mes regards se tournent toujours vers ma patrie comme si ma faible vue pouvait s'étendre sur lPimmense espace qui nous sépare ; comme si je pouvais revoir tout ce qui m’estcher ! la raison dissipetoutes cesillusionstrompeuses et l'âme reste accablée de regrets...
. J’appelle l’étude de la nature à mon secours: mon imagination pénètre dans les vastes abimes que l'océan recouvre. Là, je vois des chaînes de montagnes qui s’élèvent, des vallons et des plaines qui se créent et qui sortiront du sein des eaux, lorsque nos anciens continents s'écrouleront peut-être dans les cavités immenses du globe. Qu'est-ce que l'homme au milieu de ces grands mouvements de la nature? el qu'est-ce que les mouvements de la surface de ce globe comparés à ceux de ces corps immenses qui roulent dans l’espace ? Cette vue de la nature et des temps accable l’âme par° son immen- SÉtéz:. Je recueille quelques galets, quelques cailloux sur les bords de ces vagues qui viennent mourir à mes pieds, et là je vois encore le travail du temps; ce caillou
- est le débris du rocher que les fleuves ont détaché des montagnes et lrainé dans l’océan ! Voilà les médailles de l'antiquité du monde... Voilà les pensées qui m'ont occupé dans cette promenade : j’en indique les objets, mais il me serait impossible d’en exprimer les détails : la nuit m'a rappelé à Sinnamary.
S frimaire.—-Marbois, que j'aiété voir, m'a communiqué
UN DÉPORTÉ DE FRUCTIDOR ja 267
une réponse en vers à une épitre qu'il a reçue de Marmontel. [1 y a dela sensibilité et des passages intéressants dans
cette réponse : il était malade lorsqu'il reçut l’épître et il.
l'a brûlée, je le regrette.
10 frimaire. — Un des jeunes chirurgiens de Conanama est mort ici cette nuit : il y a environ trois semaines
qu'il passa à Sinnamary, venant de Cayenne ; il était dans.
toute la vigueur de l’âge, et il se vantaitde braver la maladie du pays! A peine a-t-il été huit jours à Conanama qu’ilen a été atteint ; son confrère est venu ce matin au point du jour demander au commandant de le faire héritier du défunt ; le commandant lui a demandé s’il avait un testament, s'il était parent ? — «Non, at-il répondu, mais il
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m'avaitpromisde melaisser toutcequ'ilavait.» Lecomman- ”
dant lui a dit que tout cela ne signifiait rien ; 1l a été tres choqué de ce refus et pendant que le commandant, Cabrol
et moi, étions sur la place, il est venu se plaindre encore
de ce refus. On peut juger, par ce fait seul, de la grossière
ignorance des gens auxquels on confie le sort des malheu-
reux déportés !
A frimaire. — Hier, Hussenet nous a fait voir, à Marbois et à moi, la manière de tirer la cannelle : je crois que ce serait, dans ce canton surtout, la meilleure des cultures : on peut la planter comme nos osiers : tous les dix-huit mois on peut couper les jets et récolter la cannelle. |
J’ai employé toute mon après-midi à l'inventaire et à
l’acte de parlage de la succession Lavaur ; on craint pour.
la vie d’un des héritiers, et j'ai voulu en finir pour n’avoir
rien à démêler avec le gouvernement : il m a fallu dresser «
moi-même les actes, quoique j’eusse appelé l'officier municipal et le juge de paix.
J’ai remis à la fille de Morgenstern la montre que Lavaur Jui a léguée : cette jeune fille est très intéressante, ce sera
une excellente mère de famille.
12 frimaire. — Ce soir un chirurgien, nommé Martin, qui était sur [a Vaillante, est arrivé de Surinam : il m’a porté des lettres que Rougier lui a données à Yracoubo, il yen a une de mon fils Emile du 30 germinal an VI, dont l'enveloppe m'était adressée par une main étrangère ; au
haut de la lettre, il y a ces mots qui HARAS écrits par la main qui a mis l’adresse:
« Vos biens et parents sont en surelé. »
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Cettetlettre avait été remise à M"° Rovère, et c’est elle qui me l’a sans doute envoyée, mais que signifient ces lettres : P. E: ?
Cechirurgien m'a dit qu'ilavait été pris avec la Vaillante dans le golfe de Gascogne et conduit à Plymouth’: que Me Rovère avait été envoyée à la Barbade, d'où elle se proposait de passer à à Surinam et ensuite ici; que luimême était allé à la Barbade, où il l'avait Se elle ignorait encore la mort de son mari; mais M. Friderici l’en a informée, et il est vraisemblable qu’elle retournera en Europe.
Depuis la fin du mois dernier, 1l y a eu plusieurs combats entre les nouvelles troupes arrivées à Cayenne et les anciennes ; il paraît que les nègres et les mulâtres se sont réunis avec les nouveaux soldats qui ont porté de France les principes de désorganisation, de désordre et de pillage ; tout cela est très dangereux ; nous sommes très heureux dans les circonstances actuelles d’avoir ici Freytag pour commandant. Si nous avions eu Dardé, ce poste serait tombé dans la plus affreuse confusion. Depuis. quelques Jours, les soldats nègres étaient de la plus extrême insolence; il a donné des ordres de surveillance. L'agent, auquel on avait peint cette colonie comme extrêmement tranquille, doit être étonné de tous ces mouvements, et la réunion tout à fait extraordinaire des mulâtres et des noirs est particulièrement inquiétante,
15 frimaire. — Veaury, un des héritiers de Lavaur, est mort cette nuit; voilà le sixième de ces malheureux morts ici; leur situation est effroyable et impossible à décrire ! ils sont dévorés avant que la mort les ait frappés!
Je suis allé voir le terrain où l’on va placer les carbets pour les déportés ; j'ai trouvé dans une case qui est sur ce terrain, un prêtre déporté du département de l’Yonne.