ROUTE DE SINNAMARY A CAYENNE ET TROISIÈME SÉJOUR A CAYENNE
15 thermidor. — Je suis parti à 5 heures 3/4 ; à6 heures 1/4 j étais à la Pointe ; me voilà, armé de mon fusil à deux coups, allant faire vingt-cinq lieues à pied dans les sables brûlants de la Guyane, comme on fait une partie de chasse; le temps était magnifique.
Je Suis arrivé chez Saint-Jean à 7 heures 1/2. Je suis entré chez ces braves gens, qui vivent là de la chasse et de la pêche de leurs enfants et d’une petite culture. En sortant de leur case, un de leurs chiens s’est jeté sur moi et il m'aurait déchiré la jambe, si la largeur de mon pantalon ne m'avait préservé. En arrivant à la crique de Paracou, J'ai trouvé un homme conduit par un soldat noir : il allait du côté de Sinnamary, il semblait vouloir me parler, mais il a paru ne pas oser s’arrêter. J'ai rencontré ensuite le fils de Saint-Jean, qui avec sa femme revenait de chez son père pour se rendre à une habitation qu'il régit ; j'ai continué ma route avec eux jusque chez Pierry ; la femme, Jeune et jolie, chassait les maringouins qui me fatiguaient, et j aurais voulu ainsi continuer ma route. J’ai pris congé d'eux pour entrer chez Pierry à 8 heures, je m'y suis reposé une demi-heure et je me suis servi de mes provisions, car dans cette partie de la route il faut tout porter.
Le chemin, en sortant de chez Pierry, jusqu’à la maison de santé est extrêmement fatigant, le sable est mouvant, la chaleur est insupportable; l'air de la mer est intercepté par une lisière de palétuviers, et il est rempli d’in-