‹ Journal de ma déportation à Guyane françaiseChapitre 39 sur 50 · UE · texte numérisé non relu

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sectes comme tous les chemins intérieurs ; l'anse, ou plutôt le rivage de la mer, est ensuite superbe jusqu'à la crique de Malnoury ; on voit, en sortant des palétuviers, la côte remplie de rochers plus ou moins élevés sur la surface de la mer ; plus loin, des rochers plus élevés couverts de cactus : ce sont les batures de Malnoury dont J ai déjà parlé; je comptais m'arrêter à l'habitation Adam, mais, me sentant peu fatigué, j’ai continué ma route jusqu à la crique de Malnoury, où je savais que Marbois devait diner, et Je suis arrivé à onze heures chez Joubert, passager ; Marbois y était en effet, et il a été surpris de me voir arriver d'aussi bonne heure. Joubert est un ancien habitant de la colonie; il-tient auberge, ce qui est moins gênant que d'être chez les habitants, qui ont eux-mêmes de la peine à exister. Il y a à Malnoury.deux criques quise réunissent et qui rendent le paysage très intéressant ; le poisson y abonde. Partis à 5 heures, nous sommes arrivés chez Réveillaud à 6 heures 1/4; le chemin est superbe. Réveillaud vit dans les bois avec ses enfants, ils font là des pirogues, ils couchent dans un petit carbet et vivent de poisson sec et de chasse. Leur travail est très pénible; ils sont quelquefois obligés de faire glisser à bras les

pirogues pendant une lieue, avant de trouver une crique pour se rendre à la mer.

16 thermidor. avons dormi dans nos hamacs, :

et nous sommes partis à cinq heures, vingt minutes trop tôt; la haute mer empêchait de passer sur la plage, et dans le haut les chemins étaient presque impraticables.

Nous sommes arrivés vers huit heures à l'habitation

Terrasson, dont Bridan, le déporté, est maintenant régisseur. Langeois, maire de Kourou, y est venuet a dîné 1e nous. ; Nous sommes repartis vers # heures de l’après-midi; l’anse est superbe dans cette partie, on trouve sur la plage quelques petits coquillages; nous sommes arrivés" chez : - Langeoïs vers da fin du jour et nous y avons couché.

17 thermidor. — Nous sommes partis vers 6 heures 1/2; nous avons été obligés de passer dans les palétuviers et dans quelques endroits où l'herbe était très haute êt quel-

UN DÉPORTÉ DE FRUCTIDOR Re 333

quefois impénétrable ; il fallait se détourner pour trouver un passage plus facile ; j ai voulu voir les roches de Kourou avant d'entrer au poste ; elles sont belles et elles présentent des accidents très variés ; «elles s'étendent assez avant dans la mer Sur la rive gauche du Kourou ; j'en ai pris quelques échantillons.

Nous avons diné à Pariacabo, habitation dont Gourgues est le régisseur : cet excellent homme nous a reçus avec les témoignages les plus touchants de sensibilité et d’intérêt ; la maison a été très belle et le serait encore avec peu de réparations ; elle est située sur un morne assez élevé au pied duquel passe le Kourou, on voit de là son cours pendant plus de trois lieues, bordé par d’antiques forêts ; les mornes s'élèvent graduellement et présentent une vue qui serait magnifique si le pays était animé par des habitations. Le sol de Pariacabo parait bon jusqu’au haut des mornes ; J y ai vu des cannes à sucre de la plus belle végétation.

Nous avons fait là le diner le plus gai que j'aie fait dans la Guyane ; j'aurais passé volontiers quelques jours sur cette habitation.

Nous sommes repartis à cinq heures et demie, et, après avoir descendu le Kourou, plus large mais moins profond que le Sinnamary, nous sommes arrivés à l’habitation Saint-Philippe, où nous avons soupé et couché; elle m a paru mieux tenue qu’à mon premier voyage.

18 thermidor. — Nous sommes partis à la pointe du Jour; nous avons déjeûné chez Favar, maire du canton de Makouria ; son habitation est belle et paraît parfaitement tenue ; Favar ne parait pas découragé par la liberté; il croit qu’il peut encore tirer un grand parti du travail des nègres.

Nous nous sommes rendus ensuite chez Viguier, et après diner chez M*° d’Alleman ; nous n’y avons trouvé que son régisseur mulâtre et Romelot, déporté; nous y avons couché.

A9 thermidor. — On nous a donné des chevaux jusqu’à la crique à peu de distance de chez Terrasson, à environ trois lieues de chez M% d’Alleman. Nous avons trouvé

chez Terrasson, Michonnet et Achard, habtiante qui ne nous ont rien appris de nouveau. J’ai donné à Michonnet le tableau de la situation des déportés au premier germinal; Terrasson venait d'éprouver un accident très malheureux ; sa manufacture de coton s'est écroulée et: les: moulins sont brisés!

Nous sommes repartis après diner pour aller coucher chez Mettereau, à une lieue et demie ; le chemin est très fatigant ; nous n'avons trouvé chez Mettereau qu'un déporté breton, nommé Kautern. Cette habitation est dans le plus grand désordre, nous y avons été assez mal. Toute la côte depuis Kourouoffre une lisière d'excellentes terres d'une grande valeur, et où l’on avait préparé de grands travaux.

20 thermidor. — Nous sommes partis à # heures et demie avec les chevaux de Viguier et de Mettereau, qu'on envoyait à Montagu et à sa femme : ils sont arrivés à la Pointe peu après nous ; M®° Montagu est très intéressante, et Je regrette bien qu'elle ne soit plus à Cayenne.

Nous sommes arrivés chez Franconie à sept heures : il nous à accueillis avec le plus vif intérêt; il a loué pour nous une petite maison dans la savane ; nous nous sommes rendus tout de suite chez Frey, commandant de la place, qui nous à reçus avec beaucoup d’égards. Nous lui avons fait viser nos permissions : et, après avoir déjeuné chez Franconie, nous nous sommes rendus à notre petite maison, vue de la côte, nous n’avons qu’un pas à faire pour aller sur l’anse. :

Aimé, que nous avons trouvé sur le port en arrivant, a été malade. Il ne sait rien de plus que nous. Deux bâtiments paraissent, un au vent, un sous le vent. |

21 thermidor. — Le bâtiment du vent vient de Hambourg ; il n'a que cinquante-neuf jours de traversée, il doit porter des nouvelles très intéressantes. Nadeau m'a dit que le subrécargue, qui est Français, avait demandé si J'étais encore dans la colonie ; on s’est maladroitement informé s’il avait des lettres pour moi; il a dit que non; cela ne m'étonne pas; il a paru désirer me voir et Beauregard lui a dit qu’il le conduirait chez moi ; j'ai a |

toute la journée et je n’ai rien vu; mon impatience est extrême.

22 {hermidor. — Les gazettes anglaises imprimées à Hambourg annoncent un changement total dans la situation de l'Europe ; les armées combinées impériales se sont emparées d’une grande partie de l'Italie et du Piémont; rien sur la situation intérieure de la France, si ce n’est que Sieyès a été nommé directeur à la place de Rewbel.

23 thermidor. — Nadeau m'a dit que le subrécargue de Hambourg avait eu des affaires qui ne lui avaient pas permis de venir; je serais allé chez lui, mais je suis forcé à beaucoup de cireconspection : les lettres qu’il doit avoir pour moi ne me seront pas remises sans doute ; cela est désespérant.

Nous avons fait quelques visites ; les excellentes sœurs de l’hôpital nous ont reçus avec le plus vif intérêt.

24 thermidor. — La chaleur est accablante, je la trouve moins supportable ici qu'à Sinnamary.

25 thermidor. — D..., déporté, nous a dit que l’agent assurait que le décret ne concernait que les déportés qui se sont soustraits à la déportation : il en résulterait que ceux qui se sont sauvés seraient dans une situation plus favorable que nous; il est affreux de vivre ainsi dans la plus désespérante incertitude.

26 thermidor. — Le pavillon est au fort : c’est un signal

qui ranime toutes mes espérances. Un bâtiment paraît, mais c’est sous le vent; n’importe, je suis si impatient que je retourne vingt fois sur les rochers pour examiner tout ce qui se dirige vers le port.

‘ J'ai lu l'ouvrage de La Harpe : Du Fanatisme dans la langue révolutionnaire ; cette brochure avait paru avant fructidor : il y a quelques morceaux bien faits, d’autres faibles ; c’est outrager la philosophie que de lui imputer les crimes de la Révolution.

C’est un bâtiment suédois qui vient de mouiller dans le port.

28 thermidor. — Nous avons eu hier soir la visite de Beauregard, déporté par {a Bayonnaiïse : c’est le seul ecclésiastique déporté chez lequelj’aie trouvé de l’instruc-

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