‹ Journal de ma déportation à Guyane françaiseChapitre 41 sur 50 · AN VIII · texte numérisé non relu

AN VIII

1% vendémiaire. — Les années se succèdent et mon sort ne change pas : voilà deux ans depuis le jour où je fus arraché à ma malheureuse patrie, que d'événements ont pu se passer! Quel est le sort de ma femme, de mes enfants, de tout ce qui m’est cher ? ces questions cruelles que je me fais sans cesse troublent mon cœur et rendent quelquefois mon supplice affreux !

Garadier, habitant de cette colonie, est venu me voir et me porter une lettre de Morgenstern, du 8 fructidor; il m'a dit que l’esprit d’insurrection des noirs était effrayant, et qu’il avait entendu des propos très séditieux; il ma répété, ce que J'avais déjà entendu dire, que La Fayette avait acheté une habitation, celle de Régis, pour faire l'essai du travail des nègres libres; il leur faisait donner 24 francs par mois, il les faisait habiller, il leur avait envoyé de la farine de seigle, il leur avait fait annoncer que le produit de leur travail serait pour eux ; ils ne firent rien, ils renfermèrent dans un grenier Guiton, qui régis sait cet établissement, et il a ti PCR un détache | ment pour l’ôter de leurs mains.

On a organisé la garde nationale, qui est composée de 4 cinq compagnies de soixante hommes chacune. : a

2 vendémiaire. — La biche de Kerkove est venue me voir, et se promener avec moi sur l’anse ; elle vient ainsi tous les huit ou dix jours ; les taons l’ont chassée : ; je n’en avais point vu encore une aussi grande quantité sur le bord de la mer.

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J'ai été vers huit heures faire une course dans les bois et sur les rochers qui bordent la mer du côté du nord de l'Ile ; j'ai trouvé dans une petite anse dont le fond est de vase bleuâtre une grande quantité de coquilles bleuâtres aussi : la couleur et la nature du fond de la mer ne contribueraïiént-elles pas à la variété, de la couleur des coquilles ?

Avant-hier, à six heures du matin, quatre chaloupes anglaises se sont dirigées vers la rivière de Sinnamary ; on s’est canonné de part et d'autre pendant une heure et demie, et les chaloupes se sont retwées.

J’ai vu une petite négresse sauvée des ilets ; cette enfant a sauvé sa marraine avec qui elle était ; celle-ci voulait porter son pagara qui l’aurait fait découvrir : la petite lui a dit : Marraine, laissez la pagara; ça pas Camisar qui fait monde, ca monde qui fait Camisar ; elles se sont cachées jusqu’à ce que les Anglais eussent abandonné les ilets. On assure qu'il y à eu six ou sept personnes de tuées. :

o vendémiaire. — Ma négresse est arrivée de Sinnamary, elle en est partie le jour du combat; elle est si fatiguée et si malade que je n’ai pu avoir d'elle aucun détail. J’ai seulement appris que les déportés étaient restés dans les carbets.

1 vendémiaire. — La mer a été extrêmement basse et a encore plus découvert que ces jours passés ; J'ai examiné les rochers les plus avancés ; leur désordre paraît encore plus sensible quand l'Océan découvre leurs bases, et c’est toujours pour moi un spectacle nouveau et un sujet de méditations profondes. J’ai ramassé quelques plantes marines et un morceau de rocher sur lequel il y a quelques coralines implantées : vu à la loupe, on dirait d'une petite forêt dont les arbres secs et brisés s'élèvent sur son sol.

On a signalé vers dix heures un gros bâtiment venant du vent. Mais il a continué sa route ; à midi il ne paraissait déjà plus : encore une lueur d'espoir qui s'est évanouie comme tant d’autres. |

8 vendémiaire. — Nous allions nous promener avec

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