JOURN AL DE MA DÉPORTATION
aucun bruil, je n'étais pas très alarmé. On estvenu ensuité nous informer que l'agent s'était rendu aux casernes, qu'il avait dit aux soldats blancs qui étaient assemblés,
que la loi ne permettait pas de délibérer ; aux noirs, qu’on
ne voulait pas attenter à leur liberté, et qu’il la défendrait lui-même au péril de sa vie ; cela n’a pas empêché que la fermentation ne continuät, et une troupe de noirs, parmi lesquels étaient plusieurs gendarmes, ont voulu s'emparer des pièces de campagne ; Frison, capitaine de grenadiers,
s’y est rendu avec une partie de sa compagnie, et à
“ordonné à ce rassemblement de se dissiper; les noirs n'obéissaient pas, il a fait charger les armes et enfin mettre en joue; alors les noirs se sont dispersés. On en a arrêté quelques-uns. Tout annonce que les propos répandus et qui ont circulé dans toutes les habitations, comme quoi -les blancs voulaient désarmer les soldats noirs, et qu'on voulait rétablir l’esclavage, sont partis de chez l'agent luimême ; son Cuisinier a été l’un des agents les plus actifs de toute cette trame. rs J'ai vu le soir chez Franconie une lettre, écrite depuis hier d’une habitation de la côte, où l’on annonce les projets qui ont éclaté aujourd’hui : ces alarmes continuelles mettent les habitants dans la plus cruelle situation ; personne n'a assez de fermeté ni un plan assez suivi pour exiger
qu'enfin les auteurs de toutes ces trames soient raie et punis : j'ai la ferme conviction que les noirs nerémuent que parce qu'ils y sont excités. Je ne vois de leur part mt, 2.
esprit d'insurrection, ni haine ; mais, lorsqu'on les menace
de les remettre aux fers, il est impossible qu'ils ne s’agi-
tent pas. Toul cela est une suite des intrigues ourdies par.
indigné.
20 brumaire. — Vers midi, on m'a annoncé qu'il parais- à
Malenfant, et que l’agent réchauffe lui-même pour se ven- = ger du mépris dont il est couvert, ou pour trouver un prétexte pour son départ. J’ai ri quelquefois de ses petites” fureurs de tyran, mais ceci est atroce et j'en suis «
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sait deux bâtiments : je suis allé sur les roches une demi- . ;
heure après, el j'ai vu deux vaisseaux à trois mâts qui mont paru être des frégates, elles étaient par le travers lune de
l’autre, et j ai cru d’abord qu'il y avait trois ou quatre bâti-
ments ensemble. Celle qui était le plus près de la terre à
ensuite dépassé l’autre, et je les ai vues distinctement:
elles paraissaient courir vers le mouillage de l’Enfant-
Perdu. Je les ai revues vers une heure un quart, elles sem-
blaient s'approcher du mouillage; à trois heures elles
avaient reviré au large et elles étaient déjà loin : ainsi
il n'y avait pas de doute que ce ne fussent des bâtiments
anglais.
>] brumaire. — On dit qu'une grande partie de la nuit on a vu beaucoup de feux tombänts: ; Je suis fâché de n’avoir pas vu ce phénomène, Voici ce qui en a été rapporté par un témoin oculaire :
« Dans la nuit du 20 au 21 brumaire, 11 au 12 novembre 1799, vers deux heures du matin, le Ciel a paru éclairé des feux les plus brillants ; quelques personnes assurent même que ce phénomène a commencé vers minuit. Ces feux avaient l’apparence de ce qu’on appelle étoiles tombantes, mais ils laissaient une trace plus vive; ils se croisaient dans tous les sens ; il s’en élevait de l’horizon, surtout. dans la partie du Nord et de l'Ouest. Lorsque, par instants, la lune, qui éclairait alors, était voilée par quel-
ques nuages, la scène devenait plus magnifique et plus - imposante. Elle n’a cessé que lorsque le jour a commencé
à paraître : c’est un des plus beaux phénomènes qu’on ait
observés, et il est à désirer qu on puisse constater quelles sont les parties du globe où il a paru. L’imagination ardente des noirs leur a fait voir les choses les plus étranges, et quelques-uns en sont très alarmés.
L'agent à fait publier avec beaucoup de solennité une proclamation dans laquelle il annonce son départ, exigé, . dit-il, par les officiers de santé ; il invite maladroitement “à : oublier ce qui vient de se passer, et il assure que la
liberté des noirs durera autant que la République. Je suis entré ce soir à sept heures et demie dans le jardin et je me suis trouvé sans m'en apercevoir sur le passage de fourmis manioques; en rentrant J'en étais couvert; elles étaient cramponnées sur mes habits, et mêmesur ma tête ; j'ai eu beaucoup de peine à m’en débar-
rasser. On dit qu’elles piquent vivement ; je n'en ai cependant rien éprouvé. En les examinant, J'ai trouvé que c’était la fourmi céphalote de Linné. .
22 brumaire. — J'ai examiné ce matin l'endroit du ; jar- 3 din où ces fourmis ont passé ; leur route est marquée par des feuilles de manguier découpées, mais je n’en aipas vu une seule ; elles ne sortent et ne travaillent, diton, que la nuit. ee On a continué à interroger à la municipalité tous les prévenus dans l’affaire du 19. Les dépositions se dirigent contre l’agent lui-même ; l’accord des habitants et de ra 0h troupe sauve la colonie, sans cela l'agent et ses créas tures la plongeaient dans les plus affreuses convul- 1 SIONS. | RE:
93 brumaire. — Le conseil militaire a commenté. à juger ce matin ; il a condamné à mort Augustin, gendarme, convaincu d’avoir crié : « Aux armes! », le 19, et d’avoir attroupé les séditieux ; il fera appel comme d'usage. L'agent continue à être dans la plus affreuse situation, il cherche « à gagner ses créatures par tous les moyens possibles. Hier, on agita parmi les grenadiers si l’on ne conduirait pas l'agent au fort; il fut ensuite proposé de lui donner une garde d honneur | / {5e 2% brumaire. — Prachet et Tonnat sont venus le soir — nous demander de rédiger un Mémoire qu'ils se proposent d'envoyer pour développer la conduite de l'agent. Nous” à leur avons répondu, que quoique entièrement dévoués a: la colonie, nous ne pourrions nous charger d’un pareil 4 travail qu'’autant que nous aurions une connaissance cer « taine des projets ultérieurs qu'on pourrait avoir, de la 4 manière dont on entendait organiser le gouvernement de la colonie, que nous ne pouvions avant cela prendre aucun : engagement, mais que nous en conférerions ensemble ; GE en effet, nous en avons parlé; Marbois me parois désirer plus que moi des "occuper de ce travail. | 29 brumaire.— L'arrière- pensée de quelques personnes : : dans le dénuement et l’abandon où l’on se trouve ne être de livrer la colonie aux Anglais, et dans ce cas nous” ne devons, ni je ne veux m'en mêler sous aucun FAppoNhe.