‹ Journal de ma déportation à Guyane françaiseChapitre 44 sur 50 · AR H LS · texte numérisé non relu

AR H LS

- on parle aussi d'indépendance, elle me paraît aussi impos-

sible que dangereuse et imprudente.

A trois heures, on m'annonce que le tribunal de révision a confirmé la sentence de mort contre Augustin : il sera fusillé cet après-midi. J’espérais que ce jugement ne serait pas aussi précipité, et il me semble qu'il eût été plus sage de renvoyer en France toutes les personnes compromises, avec l'agent, que toutes les dépositions inculpent..…. Il est quatre heures; j'entends les coups mortels qui frappent cette victime... son corps. jeté sur un brancard couvert d’un drap ensanglanté, passe sous mes yeux pour aller au cimetière. une foule de noirs, l’air morne et épouvanté, le suivent... sa mère jette des cris déchirants.. Voilà les scènes épouvantables qu’amènent Panarchie et le despotisme.. Des malheureux égarés sont les instruments du pouvoir, et il les sacrifie avec autant

de lâcheté que de barbarie! cet homme était coupable, je

le crois, mais ceux qui l’ont séduit le sont bien davantage!

% ai l’âme déchirée toutes les fois que de pareils événements frappent ma pensée : est-ce donc là le résultat du progrès de nos lumières ?

26 brumaire. — L'organisation de la colonie est faite comme je le désirais et comme j'en avais donné l’idée; Franconie est Commissaire du pouvoir exécutif auprès du département, et ainsi il is provisoirement les fonctions d’agent.-

27 brumaire. — On a proclamé ce soir la nouvelle organisation du département : elle est très applaudie.

Marbois et moi avons consenti à travailler au Mémoire qu’on nous a demandé de rédiger.

30 brumaire. — IH semble que la mer est absolument déserte, je vais toujours la contempler chaque matin, et j'ai le cœur serré quand je ne vois rien qui puisse me donner une lueur d'espoir. L'agent a eu hier soir une crise si violente qu’on l’a cru mort. Noyer, le chirurgien, n’en répond pas; il a conseillé à son secrétaire de lui faire faire son testament.

1% frimaire. — Le découragement des habitants aug-

Niue JOURNAL DE MA DÉPORTATION

mente tous les jours : les nègres, sous prétexte de maladie, : abandonnent le travail, et les journées d'hôpital seront

bientôt plus nombreuses que celles de travaux. Nous avons eu aujourd’hui la déclaration des officiers du bataillon sur la proposition qui leur fat faite le 45 bru-

maire de désarmer ce bataillon; cette pièce est la plus …

forte de toutes celles que nous avons vues contre l'agent. C’est le 15 qu’il voulait désarmer la garde nationale, et . c’est le 19 qu'il voulait insurger les noirs. 2 frimaire. — Quand le temps est sombre, les maringouins nous dévorent : on dirait que ces insectes veulent

dominer sur l'Amérique entière : je voyais dans les lettres …

édifiantes que je lis depuis quelques jours, qu’on en est

extrêmement tourmenté chez les Indiens du Nord. Les

Natchez, Indiens du Mississipi, mettaient les piqûres et le

tourment que causent les maringouins au nombre des. peines de l’enfer. Dans une lettre assez gaie d’un jésuite

missionnaire chez les Indiens du Mississipi, il dit que sans

doute les maringouins étaient une des plaies dont Dieu.

frappa l'Egypte en lui envoyant omne genus muscarum. 3 frimatre. — On a appris ce matin, par un bâtiment

qui vient de la Guadeloupe, que le général Desfournaux

avait été embarqué parles autorités constituées : l'exemple Sp de la Guadeloupe a échauffé les esprits, et lon a arrêté

qu’on embarquerait l'agent demain matin. Marbois et moi | avons combattu cette idée, mais on nous à répondu que”

les troupes le voulaient absolument, et que pour la sûreté même de Burnel il fallait l’embarquer.

Nous avons eu quelques gazettes par ce bâtiment : . annoncent que notre nalhemionsc patrie est dans la plus affreuse situation ; elle est déchirée par deux factions jacobines qui se disputent le pouvoir, ou plutôt le droitd’achever la ruine entière de la République, par des royalistes altérés … de la soif de la vengeance, et elle est menacée de l'invasion des troupes ennemies ; au milieu de tous ces troubles Je

amis de la patrie se taisent, ou plutôt il n y en a plus ! F;

4 frimaire. — À huit heures, on a signifié à Buell

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qu’on était décidé à l’embarquer dès aujourd’hui; il était 2.

sans doute prévenu, et il a répondu qu'il était prêt. On lui «

à dit qu'il ne serait embarqué qu’à dix heures. La compagnie de grenadiers l’a escorté jusqu’au port, et le Commissaire du Directoire, avec le maire, l’a accompagné à bord du brick : la Bonne-Aventure ; on en a Ôté les voiles, la poudre et les armes; on a changé de projet, on veut V’embarquer sur le bâtiment de Prince, et garder ici La Bonne-Aventure. Nous devons observer qu’il a paru luimême étonné de la douceur avec laquelle on le traitait, et il en a remercié Franconie; 1l l’a même embrassé en répandant quelques larmes, et en lui disant : Je fais mes adieux à la colonie entière en embrassant son doyen. Tout est calme.

6 frimaire. — J'ai rédigé une proclamation que je crois convenable que les autorités constituées fassent publier, pour rendre compte de ce qui s’est passé : il a été convenu qu'on se rassemblerait demain pour la discuter.

1 frimaire. — Nous avons lu la proclamation, elle a été adoptée, et elle sera publiée demain ; Marbois a lu aussi la partie du Mémoire quil a achevée; on ne nous fournit que lentement les pièces dont nous avons besoin, et mon travail sur les finances et les approvisionnements de la colonie est absolument arrêté.

8 frimaire. — J'entends publier la proclamation que j'ai rédigée : c’est une des singularités de ma destinée de me voir déporter ici et d'y dicter des actes de gouvernement : les habitants ont appris à nous connaitre, et ils savent bien qu'aucun autre intérêt que l'intérêt public ne dirige nos conseils : la confiance qu'ils nous accordent est un sentiment honorable qui calme le sentiment de nos malheurs.

Leblond est venu me voir : il m’a dit que dans le long voyage qu'il à fait en suivant ia chaîne des Cordilières depuis Sainte-Marthe jusqu’à Lima, il n’a vu presque nulle part aucune roche calcaire.

10 frimaire. — On prépare tout pour faire partir Burnel ; j'ai rédigé ce matin les adresses du département au Conseil des Anciens et à celui des Cinq-Cents ; j ai rédigé aussi la lettre que Franconie doit écrire au ministre de la Marine, dans laquelle je donne un tableau très rapide,

360 JOURNAL DE MA DÉPORTATION mais très exact, de la situation actuelle de la colonie. 12 frimaire. — On a envoyé un canot à bord du bâtiment où est l’agent. Il a eu beaucoup de peine à laccoster.

On est allé lui signifier la dénonciation; il a écrit une lettre aux autorités constituées ; il répond par des insultes

à des faits ; il les traite de rebelles ; mais, trop généreux, trop républicain pour ne pas pardonner, il promet, si on défend la colonie contre l'Anglais, le pardon à la paix générale. Il dit qu'après avoir délibéré de l’assassiner physiquement, on veut l’assassiner moralement; il rappelle

les lettres que les autorités constituées lui envoyaient, et. dans lesquelles elles applaudissaient à la sagesse de son administration.

A midi et demi, le bâtimént a appareillé : ; à cinq heures. on ne le voyait presque plus.

15 frimaire. — On nous a remis quelques gazettes de la Guadeloupe, elles sont antérieures au renvoi de Desfournaux, elles donnent seulement des détails sur ce quis'est passé à la fin de juin entre le Directoire et le Corps Législatif; on y voit le jeu des deux factions qui se heurtent: on voit le Directoire et les Conseils proclamer qu'il ne sera porté aucune atteinte à la Constitution, comme s'ils os saient qu’on oubliera avec quelle audace ils l’ont violée le 18 fructidor ; on se tait cependant, et personne ne paraît songer au supplice auquel nous sommes condamnés. depuis cette époque !

Lemoine ma prié de travailler à la défense de Blot,

capitaine de la gendarmerie, et d'Hortense, ménagère de Burnel, niques dans l'affaire du 19: Je m’en ai chargé avec d'autant plus de plaisir ie ni l’un ni l’autre ne me paraissent coupables.

18 frimaire. — J'ai achevé ce matin la défense d'Hor- | tense : je l’ai remise à Lemoine ; l'acte d'accusation est ridiculement rédigé ; cette femme n’a fait que répéter . : quelques propos, etje crois avoir prouvé jusqu à évidence qu’elle n’est vraiment coupable d'aucun délit. —

Tonnat est venu me dire que tout le monde, officier. citoyens et soldats, demandait que M ou

La

“HH6.-J'al rédigé un arrêté pour cet objet; cet arrêté a été proclamé dans l’après midi avec éclat.

J'ai rédigé un discours que Franconie doit prononcer demain en prêtant son serment, et j'ai achevé la défense de Blot. L'acte d'accusation est aussi très mal rédigé, mais les chefs d'accusation sont si légers que cette défense n’a pas été plus difficile que celle d'Hortense. La discussion des faits est seulement plus étendue.

19 frimaire. — Franconie à été installé ce matin à sept heures ; tout le monde a applaudi à cette cérémonie ; on l’a conduit à la maison du gouvernement, et on me disait que depuis longtemps on n’y avait éprouvé plus de liberté et plus de confiance. Il est beau de voir un vieillard respectable, simple, modeste, être porté malgré lui-même à la tête du gouvernement par le vœu de tous les citoyens. Que ne puis-je voir la France entière rendre ainsi hommage à la vertu et cesser d’être courbée sous le joug de ses tyrans |! Il a prononcé le discours que je lui ai envoyé.

Fontaine, négociant de New-York, qui est ici pour une réclamation, est venu me voir. C’est le même qui monta avec Montgolfier et Pilâtre de Rozier dans ie premier ballon qui s’éleva de Lyon : c’est une des entreprises les plus audacieuses qui aient été faites.

Ce matin, j'ai vu sur le bord de la mer le chien de . Metzinger embarqué avec Burnel : la pauvre bête regardait l'Océan, elle pleurait... Combien d'amis sont moins sensibles et moins fidèles !

90 frimaire. — Le pavillon est au fort depuis huit heures ; à neuf heures je ne découvre rien encore. Puisséje recevoir enfin des nouvelles de tout ce qui m'est cher! C’est en vain que je cherche à me distraire en travaillant à être utile ici; je ne puis écarter les tristes pensées qui agitent si souvent mon cœur.

on a lu les pièces et entendu la défense de dix des accusés ; on entendra les autres demain. Lemoine a défendu Hortense et Blot, et il paraît qu’il a fait impression.

93 frimaire. — Hier au soir j'ai appris avec le plus grand étonnement que le jury avait déclaré plusieurs accusés coupables, et que Blot particulièrement l'avait été

r les blancs de se méler avec les noirs ; que siguifient toutes ce considérations quand il s'agit dé la vie et du sort d hommes ? Il faut consulter fe justice : c'est elle seule q doit prononcer. Je vois avec peine que les femmes elles= mêmes partagent cette fureur, cet esprit. de A. 14

couler du sang. tes Mentelle, que j'ai vu hier, m'a dit que presque tout travail de la Condamine avait été perdu dans les burea on ignore même dans quel endroit il a mesuré la b qui ui a servi pour les triangles qu’il à LOGE étant Cayenne. Us Le jugement des accusés a été rendu ce matin : Hortense | a été condamnée à un mois de détention et Blot à un an les conclusions du commissaire exécutif relativement : à dernier étaient la mort; heureusement, d'après ce : nous étions convenus, Lemoine a parlé avec force e préservé le tribunal d'une grande injustice. . 24 frimaire. — Nous avons diné chez Prachet, qui & st. actuellement maire; après diner nous avons passé. à l’agence ; J'y ai DArTOIERe le ‘FREE de la Con

culibretnent L nie direct de ses calomnies ; la cause des haine est un Mémoire de moi dans lequel je peignais Le situation et sa conduite, et qu’il mande lui-même avoi trouvé dans le portefeuille d’Adel à mr l'avais con

La

république alliée ! Le représentant du Directoire travaillait à dépouiller cette république de sa plus belle possession, en y fomentant des insurrections !

On a proclamé l’arrêté que j'ai rédigé sur les prises.

26 frimaire. — On murmure sourdement que quelques soldats blancs ont formé le dessein d’enlever les prisonniers qui ont été jugés, pour les conduire dans la savane et les fusiller. Qu'est-ce donc que cette horrible fureur de destruction et de mort? J'espère que sans aucun éclat on apaisera ces insensés et qu'on préviendra d'aussi coupables desseins.

On vient de m'envoyer les numéros 23 et 24 du Journal Britannique de Mallet du Pan; j'en ai dévoré la lecture. Ces deux journaux achèvent de fixer mon opinion sur la situation déplorable de ma malheureuse patrie. Ils confirment l’idée où j'étais déjà que la révolution du mois de juin est une révolution jacobine que les circonstances ont déterminée, sans autre plan que celui de conserver le pouvoir à tout prix. Le Conseil des Cinq-Cents a pris l’attitude de la Convention; celui des Anciens cherche encore à défendre la Constitution, mais ses moyens sont impuissants. Sieyès lutte en vain contre le torrent et contre son impopularité : tous les ministres sont changés : Reinhard a les Affaires étrangères et cela me paraît inconcevable ; c’est un des hommes les plus intègres el les plus sages que jaie connus. Comment se trouve-t-il porté dans cette galère ? et il n’a pu y entrer qu'avec des vues utiles.

Les mesures que prend le Conseil des Cinq-Cents doivent répandre partout le désespoir et l’effroi; la loi des otages est la loi la plus barbare qu’on ait encore imaginée ; daigne le Ciel mettre bientôt un terme à tant de malheurs !

30 frimaire. — Après m'être promené assez longtemps sur le bord de la mer, je suis allé chez Lemoine, qui a quitté notre quartier et qui demeure en ville maintenant ; j'y ai appris avec le plus grand étonnement et la plus grande peine la mort de Mentelle’; depuis quelques jours, il se plaignait d’une indisposition ; je l’avais rencontré le soir du 21, et j'avais assez longtemps causé avec lui : il me paraissait mieux ; ce matin il se promenait encore sur sa

galerie, mais vers trois heures, les douleurs ont edouk etila expiré à quatre heures. Il est regretté de la coloni entière : c'était un homme instruit et de la plus sévèr: probité ; il était venu en 1763, lors de l’établissemen dé la colonie de Kourou, en qualité d'ingénieur géographe et il n’a cessé pendant trente-sept ans d’en exercer les fon tions ; il a fait quelques voyages dans l’intérieur, etila levé. la carte de plusieurs parties de la colonie, il doit laisser des notes précieuses. er

1 nivôse. — Vers huit heures et demie, nous avons u passer les restes de Mentelle : il a été enterré avec tous honneurs militaires, et tous ses amis étaient du con Franconie, au retour, est venu nous voir un instai c'était son ami, et il est cruellement affecté de l'avoir perdu ; c'est ainsi que tout passe sur la scène dela vie: 5 heureux ceux qui laissent un nom cher et respecté!

2 nivôse. — Je vois avec peine l'esprit de décore ment et d'inquiétude qui s'empare des habitants, et autre côté l’indiscipline des soldats et des matelots; on a mis beaucoup trop de lenteur dans les mesures qu'il y: à prendre pour assurer le service public de la colon:

Ce soir, j'ai entendu déclamer beaucoup contre la li des noirs ; le plus grand nombre des anciens habitants; les femmes surtout, ne peuvent se faire à ce nouveau régime ;. on assurait que, depuis la liberté, la population avait. extrêmement diminué; que le dernier recensement n’avai donné que 3.400 noirs travailleurs, que les enf its venaient mal et ne feraient Jamais des hommes Fe es au travail.

situation des de En voici Pétat :

VaiHante-: 77 2 Sivénloe 6 morts: 8

Décide pue 1057 Bayonnaise . .. 45 — 0 2.

130 vivants 172 morts 23 ëx d

Depuis mon tableau de germinal, la mortel a pres que été qu’une mortalité Sndinaire : et cela est éto 8

sil'on considère qu’il s'agit d'hommes accablés dechagrin, et dont quelques-uns sont dans la plus grande indigence.

9 nivôse. — J'ai vu les sœurs de l'hôpital, elles m'ont parlé de quelques prêtres déportés qui sont dans la plus affreuse misère. Je ne connais pas de tyrannie plus épou- . vantable que celle du gouvernement qui déporte ainsi les malheureux sans leur assurer aucun moyen de subsistance, et qui pousse la barbarie au point d'interrompre ou d’empêcher toute communication de ces malheureux avec leur famille. J'en ai vu un qui n’a pas même de quoi se procurer de la cassane ; les tigres sont moins féroces : ils dévorent et ne prolongent pas les angoisses dela mort aux victimes qu'ils saisissent.

IT nivôse, 1° janvier 1800. — Voilà donc la dernière année du siècle que je vois commencer dans mon affreux exil ! S'écoulera-t-elle entière sans que je voie le terme de mes malheurs? il faut, pour conserver mon existence, que J écarte de mon cœur tout ce qui peut émouvoir sa sensibilité : cet effort continuel est un supplice que mes forces quelquefois peuvent à peine soutenir.

12 nivôse. — J'ai rédigé un arrêté pour l'emprunt du sixième de l’an VII. On est forcé de recourir à cette mesure extrême et je crains bien qu’elle ne soit insuffisante ; il faudrait s'occuper sans relâche à réduire les dépenses; la colonie ne peut pas supporter celles dont elle est surchargée.

15 nivôse. — On a publié une proclamation que Marbois a rédigée pour inviter les habitants à indiquer des moyens de pourvoir aux dépenses, elle paraît causer de l’inquiétude.

J'ai fait un extrait assez étendu de la correspondance de Burnel avec le ministre de la Marine; cet extrait suffit pour faire connaître les impostures et la perfidie de cet agent du Directoire, et ses vues sur Surinam.

Je viens de lire le manuscrit d’un voyage qui parait avoir été fait en 1769 chez les Indiens par un mulâtre libre qui accompagnait Patris : ce voyage, écrit avec simplicité, est intéressant et fait regretter davantagé que les papiers de Patris aient été perdus. Ce voyageur assure qu’ils furent

ae libre, qui fournit i ici les ne P les bâtiments qui s’expédient : cie a été élevée par il

de la plus nn élégance, une surtout : a. -Ci. étai habillée en linon à petites fleurs brodées ; elle avait un trè beau mouchoir à la tête ; un autre noir au cou, des so liers plats et des bas de soie blancs, des bracelets, un chaîne d’or ; elle avait le maintien et les grâces d’une des femmes les plus élégantes de Paris, et il n’ÿ a peut-être pas une femme blanche dans la colonie qui ait une aussi bonne tournure. Ces femmes portent le luxe à un point étonnant. Quelques-unes seraient des modèles ou pour nos sculpteurs. | Je jouais aux échecs avec Marbois quand nous avons entendu un coup de canon : je suis allé sur le bord di la mer J ai vu un bâtiment : à trois mâts re ee

ét'iae pourra pas entrer ce soir. | Nous avons su bientôt après que € ’était un négrier eh pris par la division qui croise sur la côte d’ Afrique ; jJ'éta

c'était un bâtiment de France.

15 nivôse. — J’ai pensé que, dans la distritutos noirs qu'apporte ce bâtiment, Franconie devait mettre la plus parfaite égalité entre ses colons ; j'ai pensé aussi qu convenait de fixer pour sept ans ces nouveaux noirs | St les habitations, et j'ai rédigé deux PEAjÈtE d'arrêté que je lui ai remis et qu’il a adoptés.

Le bâtiment qui est en rade est parti de la Côte d’ Or le 29 brumaire avec 899 noirs, il ne lui en reste que 350. I commandant.de la division écrit à l’agent que ce bâtir et les nègres sont à sa disposition; il n'était adres é à Cayenne qu’autant qu’il ne pourrait pas pousser sa route Jusqu'à la Guadeloupe ; il faisait eau et il avait. ; beat ds. ip. de malades. :

Coup sur Coup : je suis allé sur les rochers et j'ai vu une forte frégate venant à toutes voiles sur la prise et tirant quelques coups de canon, quoique très loin encore. La prise a appareillé pour entrer dans le port, croyant, comme je le pensais moi-même, que c'était une frégate anglaise, quoiqu’elle eût les couleurs nationales. Le bâtiment est entré et la frégate a mouillé : elle porte un guidon au grand mât ; elle a détaché un canot qui est arrivé vers une heure : nous avons bientôt su qu’elle venait de Rochefort en 30 ou 31 jours, quelle porte Victor Hughes pour agent, et Desvieux pour commandant ; et pour employés quelques hommes renvoyés par Burnel. Ces nouvelles bien étranges ont élé suivies de nouvelles plus étranges encore. Le Directoire est renversé, ou plutôt le gouvernement entier: Bonaparte, Sieyès, Roger Ducos, formeraient le gouvernement provisoire sous le titre de consuls ; on s’occuperait d’une nouvelle Constitution. On dit que quelques déportés sont rappelés ; d’autres disent qu'ils le sont tous .… On dit que nous le sommes... à chaque instant on nous apporte de nouveaux rapports... mon cœur est cruellement agité.

17 nivôse. — Marbois est allé en ville, et en revenant il m'a assuré que nous étions positivement rappelés; non pas par un décret, mais par un ordre du gouvernement. Avec quelle impatience j'attends les lettres! Malheureusement l’embarcation qui devait aller à bord n’a pu sortir qu'à onze heures, et Hughes aura de la peine à être ici ce soir.

Les habitants sont abasourdis de la nomination de Hughes, et ne savent que penser ou que craindre. Jeannet est parti huit ou quinze jours avant Hughes pour la Guadeloupe ; une seconde frégate, ou corvette, paraît, et elle a mouillé à côté de l’autre vers onze heures.

Les embarcations de Prince sont parties pour aller à bord des frégates; mais elles y arriveront trop tard pour revenir ce soir ; vers quatre heures, j'ai vu un petit bateau qui venait du vent; on lui a tiré un coup de canon pour venir parler à la frégate et il a mouillé auprès d’elle. Il y a longtemps qu'on n'avait vu dans la rade de Cayenne une division de marine aussi nombreuse.

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