‹ Journal de ma déportation à Guyane françaiseChapitre 5 sur 50 · PONEY · texte numérisé non relu

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rendit la République habitable. Presque-tous, d'or » : gine, étaient des bourgeois, quelques-uns anoblis,

ayant exercé le commerce ou fait la banque; portant. une forme d'esprit méticuleuse, la volonté d'établir

l’ordre dans les finances et la légalité dans Le gouvernement : d’ailleurs libéraux et nat, aux débuts de

la Révolution, prêté un ardent concours aux idées de .

réforme.

Ce fut parmi ces hommes que les électeurs choisi-

rent les membres les plus influents du nouveau tiers: . Nul n’est, de cette classe d'hommes, un exemplaire plus fidèle et mieux approprié qu André.

Daniel Laffon de Ladebat, élu député par les assemblées électorales de et et de la Gironde, et, vu

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son âge et sa qualité d'homme marié, ativibué par Le me

ürage au sort au Conseil des Anciens.

N6 à Bordeaux, le 30 novembre 1746, il appartenait à une famille protestante qui, à la suite de l’Édit: de Nantes, avait longtemps résidé aux Provinces- Unies. Son père, Jacques-Alexandre, rentré en France et marié à une demoiselle Boucherie, s'était établi à Bordeaux comme armateur et y avait si bien réussi qu’en 1773, ilavait reçu du roi des lettres d’anoblissement. Le cas n’est point exceptionnel et nombre de ces lettres ont été expédiées à de grands négociants bordelais, à cause des services qu'ils avaient rendus à l’État en le secondant dans des crises difficiles, à la ville en ladministrant comme jurats, au roi en lui témoignant leur dévouement par d'ingénieuses flatteries. Mais on n’en trouve guère sans doute qui aient été accordées pour les motifs qu'on va lire :

« Louis, par la grâce de Dieu, ete. — Nous avons été informés que le sieur Jacques- -Alexandre Laffon de Ladebat, négociant de notre ville de Bordeaux, a porté son commerce dans l'Afrique et dans PAmérique et s’est distingué par son zèle, par létendue de ses opérations et par le commerce de la traite des nègres ; que, pendant la dernière guerre, les Anglais lui prirent cinq vaisseaux et qu’il ne cessa cependant pas d’armer pour l’approvisionnement de nos colomes; que, depuis 1764, il a fait passer dans nos îles de l'Amérique plus de quatre mille nègres, au moyen de quinze armements qu'il a faits sur les côles d'Afrique; qu'outre ces armements, ilen a fait douze pour Saint-Domingue ; qu’actuellement sans aucun intéressé, il a toujours sept vaisseaux employés à la traite des nègres ou à l’approvisionnement de nos îles ; qu'il ne s’est pas borné au commerce et que, dans la vue de se rendre utile, il a acquis plus de deux mille arpents de terre en friche qu'il va mettre

en valeur et encourager par son exemple la culture de nos landes ; que, d’ailleurs, sa famille s’est tou-

jours distinguée dans le commerce et qu'il s’est allié. à plusieurs maisons dont les ancêtres se sont ee gués à notre service, voulant, ete. »

Pour ces causes « et autres à ce nous + CRE Sa a Majesté accor de à M. Laffon de Ladebat des armoi-

ries ainsi réglées : d'azur à une fontaine d'argent Jaillissante surmontée d'un soleil d'or et accompagnée de deux ancres aussi d'argent.

Ce négociant avait en vue, outre le commerce des nègres et le défrichement des landes, bien d’autres

opéralions. Le privilège de la Compagnie des Indes ayant été suspendu en 1770, et la navigation au delà du cap de Bonne-Espérance ayant été ouverte au -

commerce particulier, sous l’obligation d’armer et de désarmer à Lortent, M. Laon de Ladebat pro-

testa contre celte réserve et, par un mémoire imprimé

en 1775, réclama pour les armateurs de Bordeaux, de Nantes et de Marseille, la liberté entière de commercer avec l'Inde. De là, une sorte de polémique avec le maire de Lorient et une réplique de M. de Ladebat dans les Éphémérides du citoyen. Non content d'écrire, il agit et donna l’exemple au commerce de.

Bodo A fe donc construire un vaisseau, le. Sar= | tine, sur lequel le gouvernement fit embarquer des

canons, des boulets, de la poudre et des Sd de toute espèce, et qu’il chargea de transporter aux Indes un certain chevalier de Saint-Lubin, envoyé

secret à la cour des Mahrattes. Ce chevalier de Saint- .

Lubin « s’arrogea, paraît -il, une autorité absolue sur. l'équipage. s’opposa à la vénte de la cargaison à. Magalor, à la formation d’une nouvelle cargaison « . marchandises propres au commerce de la Chine, “ets fut cause que le vaisseau fut pris à Pondichéry et sa

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cargaison perdue ». Ces faits sont exposés dans un Mémoire sur l'expédition du vaisseau particulier le Sartine, sur les causes de la ruine de cette expédition, les événements que cette ruine a entraînés et sur les actions qui en résultent.

M. de Ladebat demanda que le roi établit une commission particulière pour statuer sur ses demandes et, en attendant qu'il y fût satisfait, il sus- -pendit ses payeïents et sollicita des lettres de saufconduit, soit un arrêt de surséance de deux années aux poursuites de ses créanciers, « alin d’avoir Île temps de réunir ses effets et de satisfaire aux engagements qu'il avait pris ». Ces lettres de sauf-conduit, accordées en 1781, furent renouvelées en 1783, sur la demande de Pintendant, lequel établit que les payements faits alors par le sieur de Ladebat s’élevaient à 1,203,040 livres, que le passif montait encore à 1,337,380 livres, mais que les ressources actives paraissaient être de 3,462,000 livres.

Cet actif donne l'idée des affaires qu'entreprenait alors un négociant de Bordeaux et montre l’étendue du commerce et de la fortune de M. Laffon de Ladebat. On y voit figurer au premier rang pour 1,385,000 livres une habitation à Saint-Domingue au camp de Louise qui donna lieu, en 1788, à des procès exposés dans une série de mémoires imprimés à Port-au- Prince; puis, pour 45,000 livres, un chais à la Bastide ; pour 200,000 la maison noble de la Canau ou de Bellevue, acquise en 1769, de dame Marguerite Dumirat, veuve de messire Jean-Martin de la Chabanne, conseiller du roi, président trésorier de France au bureau des finances de Guyenne, ledit domaine, sis en la paroisse de Saint-Martin de Pessac, exempt de tout rôle de tailles, vu les privilèges accordés par Sa Majesté aux bourgeois et habitants de Bordeaux,

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ainsi qu'il résulte de la signification faite, au nom du

sieur Laffon de Ladebat, négociant, demeurant à Bordeaux, sur les fosses de Bourgogne, aux collec= teurs de Saint-Martin de Pessac ; deux navires dans. le port de Bordeaux : le Solide et la Victoire, 100,000

livres ; canons et boulets à vendre, 40,000 livres ; vins et liquides, 15,000 ; créances en Amérique, 900,000 qu’on réduit à 400,000 ; meubles, contrats el argenterié, 25,000 ; créances à la côte du Malabar,

800,000 qu'on réduit à 300,000 ; réclamations à la.

Marine pour deux navire s affrétés pour le compte du roiet retenus plus d'un an, 300,000 ; créances sur le.

apitaine Rose, à cause de la perte illégale du navire le Tonnerre 100, 000 ; réclamations à la cour de Londres pour la prise de trois navires avant la déclaration des hostilités, 555.000 livres, réduites à 200, 000 entre les mains des agents de Saint: Domingue,. 50,000 ; intérêt sur le navire le Swerdfich, 12 000:

intérêtsur le navire le Schullembourg, 80,000 ; nténét “

sur le navire l'Helvétia, 100,000, ces trois navires arrivés à Hambourg, È

Par l’étendue de. ces opérations, l’on peut juger

de l'importance qu'avait prise la maison Laflon-Ladebat, qui faisait aussi bien le commerce de vins

rte pe et anti les. et, à la façon des grands : négociants anglais, stopdait ses opérations sur les Deux Mondes. PA :

que de nègres, engageait des affaires aux Indes s.

Dès qu'André-Daniel avait eu terminé ses études

à l’université de Franeker dans la Frise hollandaise, où il avait été envoyé pour recevoir la pure doc-. À trine des Réfugiés, il avait été associé aux spécula- : tions de son père, dont il devint le successeur. C’est

à lui qu'on attribue la rédaction du mémoire sur Æ

Sartine, et c’est à lui qu'on fait honneur du défri.

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