‹ Journal de ma vie, mémoiresChapitre 3 sur 9 · JOURNAL DE MA YIE · texte numérisé non relu

JOURNAL DE MA YIE

raiices qu'ils luy donnèrent (!) de venir bien tost a bout de Montauban, le portèrent a suy vre leur opinion, dont mal en print.

Le lundy G""^ nous continuâmes de nous approcher des cornes du costé du cavin (2), et M"" de Faurilles(3), brave gentilhomme certes et expérimenté, duquel je recevois tant d'assistance que j'estois résolu de le demander au roy pour mon compagnon mareschal de camp, fut tué en un logement qu'il pretendoit faire au cavin ; quy fut grand dommage.

Le mardy 7°*^ nous fusmes attachés a la corne et commenceames une mine pour la faire sauter.

Il est a sçavoir que des le commencement du siège, sur l'opinion que l'on avoit eue et les advis que l'on avoit receus de Montauban mesme que des Sevennes il se preparoit un secours pai^ W de Rohan pour Montauban, et que trois ou quattre braves hommes se preparoint a lever des gens pour cet effet, le roy avoit envoyé W d'Angoulesme colonel de la cavalerie légère

(1) Il y avait : qu'ils donnèrent audit maréchal.

(2) Cavin, de cavinum suivant Ménage, ou cavain, de cavaneus suivant Ducange, lieu creux propre à favoriser les approches, et commode pour pousser la tranchée sans craindre le feu des assiégés. Ce cavin est sans doute le chemin creux dont l'auteur a déjà parlé. — Il y avait ici aux précédentes éditions : chemin, plus has : canon, et à la page 325 : cavani; les manuscrits portent : chemin, camin, et cavani.

(3) Biaise de Chaumejan, seigneur, puis marquis de Fourille, fils de Gilbert de Chaumejan, seigneur de Fourille, et de Benoîte du Pont, capitaine au régiment de Picardie en 1587, mestre de camp d'un régiment d'infanterie en 1592, puis capitaine au régiment des gardes, avait reçu en 1617 un brevet de maréchal de camp.

entre Castres et Saint Antonin (1), avec des forces tant de clieval que de pié, suiïîsantes pour empescher que ce prétendu secours ne passât, et l'avoit fort asseuré de n'en laisser passer aucun (2) . Neammoins je ne sçay par quel malheur le dit secours composé de douse cens hommes de pié des Sevennes, conduit et commandé par un [mestre de camp](3) nommé Beauffort et un autre, nommé Saint Amans, passa a travers des trouppes de W d'Angoulesme sans tour ny atteinte et entra dans Saint Antonin a dessein de se venir jetter en suitte dans la forest de Gresine (4) et venir, la teste couverte, jusques proche de iMontauban hasarder d'y entrer ; mais cecy n'arriva qu'après.

Le mercredy 8°^® Gohas (o"), capitaine des gardes, eut l'espaule percée d'une mousquetade, dans la tranchée, en entrant en garde.

Le jeudy 9"^® nous fismes un logement fort ample

(1) Castres, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département du Tarn. Cette ville, située sur l'Agout, un des affluents de la rive gauche du Tarn, était le quartier général du duc de Rohau. — Saint-Antonin, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Montauhan, à huit lieues N.-E. de cette ville, sur la rive droite de rAveyron. — Les précédentes éditions portaient : Lomhez, au lieu de : Saint-Antonin. Lombers, et non Lombcz, est un village du canton de Réalmont, arrondissement d'Albi, que l'on atteint après avoir passé l'Adou, affluent de l'Agout. Beaufort s'y rendit par une traite de nuit, pour passer le Tarn la nuit suivante et arriver à Saint-Antonin.

(2) C'est-à-dire : M. d'Angoulême avait assuré le roi. 3) Inédit.

(4) La forêt de la Grésigne est située dans le département du Tarn, arrondissement de Gaillac, entre Penne et Castelnau-de- Montmirail.

(5) N. de Biran d'Armagnac, seigneur de Gohas.

Page 1