‹ Journal de Madame GiovanniChapitre 32 sur 37 · LE PAQUEBOT LE STEWENS · texte numérisé non relu

LE PAQUEBOT LE STEWENS

Le jour de mon départ pour la France arriva. Le 3 mars 1854, je mis le pied à bord du Stewens, accompagné de M. Giovanni, de M. Dillon, notre cher

consul, qui avait toujours et en toutes circonstances été si bon pour nous, et do M. Garrisson, le maire de San-Franeisco.

Le Steicens jauge 3.700 tonneaux. C'est la merveille de l'océan Pacifique,; il fait le trajet de San-Franciscn à Panama, et touche, en passant, à Acapulco. Au resle, que l'on s'arrête à Acapulco ou que l'on poursuive la roule jusqu'à Panama, on paye toujours le même prix.

On ne saurait, sans le voir, se faire une idée de la grandeur, mieux encore, de la majesté de ce magnifique paquebot. Sa longueur est immense. Je ne fai point mesurée, mais je sais que, dans nos promenades du soir, quand nous faisions boulevard, comme nous disions, et que six fois nous avions marché d'une extrémité à l'autre, nous eussions regardé comme une grande fatigue de faire le trajet six autres fois. A l'extrémité de cette promenade, il y a tentes, sofas et fauteuils pour les promeneurs.

Le pont est ciré comme le parquet du salon le plus élégant, et, pour donner une idée de l'influence que cette propreté hollandaise exerce sur les passagers, j'avancerai, comme un fait constant, la chose la plus improbable du monde : c'est que les Américains, qui crachent partout, ne crachent que par distraction sur le pont du Stewens.

Quand la chose leur échappe, il arrive ce qui arrivait sous la restauration quand, par mégarde, on mettait son chapeau sur sa tète dans les coulisses ou dans le foyer du Théâtre-Français :

Un suisse venait vous rappeler où vous étiez et vous invitait à ôter votre chapeau. Là, le contre-maître vient poliment toucher l'épaule du délinquant, et, le chapeau à la main, lui dit :

— Monsieur, il y a des crachoirs.

Puis, à la honte du délinquant, deux matelots arrivent, l'un avec du sable, une pelle et un balai, l'autre avec une brosse ; on enlève le corps du délit, et l'on frotte jusqu'à ce que toute trace de l'inconvenance commise ait disparu. Quand on n'a pas vu cracher les Américains, on n'a pas idée du degré d'adresse auquel on peut arriver dans un exercice qui paraît ce qu'il y a de plus simple au premier abord, mais qui, perfectionné par eux, rivalise avec les plus excentriques caprices des jets d'eau de Versailles.

A dix pas, un Américain crache dans un crachoir; à vingt pas il crache pardessus le bord d'un bâtiment; un Américain peut tirera la cible, par ce moyen, avec le plus habile tireur de pistolet. Je sais que si les paris étaient ouverts, je parierais pour l'Américain.

Je connaissais de réputation le magnifique paquebot, mais c'était la première fois que je m'y embarquais. J'avoue que je fus stupéfaite en examinant de près cette ville flottante, sur laquelle nous étions douze cents passagers à peu près, dont trois cent cinquante ou quatre cents aux premières.

Le capitaine, qui me connaissait, vint au-devant de moi. Me sachant Française, il déployait à mon égard la courtoisie d'un Français : gants blancs, bottes vernies, habit noir; M. Pierson avait la tenue d'un élégant et la courtoisie d'un gentleman.

Nous étions arrivés ^ne demi-heure d'avance, et trois coups de cloche devaient donner le signai de l'approche du départ. Rien ne passe vite comme le temps qui précède le moment où Von quitte les gens qu'on aime. A peine étions-nous à bord, à. peine avais -je reçu les compliments du capitaine,

la-chose du moins me parut ainsi, que le troisième coup de cloche sonna.

Au troisième coup de cloche, on m'arracha violemment tous ces chers et bons amis qui étaient venus me conduire. M. Giovanni avait grande envie de me retirer le congé qu'il venait de me donner et de me ramener avec lui à San Francisco. Les roues du bâtiment commençaient à se mettre en mouvement, il fallut se séparer.

Le dernier visiteur retourné sur la jetée poussa un hourra immense. Je ne dirais pas trop en disant que, sans compter les curieux, nos douze cents passagers avaient amené la trois ou quatre mille amis venant prendre congé d'eux.

Les mouchoirs et les chapeaux s'agitaient, aussi bien sur le bâtiment que sur la jetée, et l'on entendait un bruit de sanglots qui ne laissaient pas que de serrer le cœur à ceux qui ne quittaient rien, à plus forte raison, comme on le comprend, à ceux qui quêtaient des amis ou des parents.

Le Stewens s'éloigna majestueusement du bord, j'étais montée sur la galerie, et, de là, je répondais aux groupes de chapeaux et de mouchoirs amis qui s'agitaientà mon intention. Nous étions déjà à un demi-mille, nous commencions déjà à ne plus distinguer les traits du visage, et la fixité de nos regards seule pouvait nous répondre que nous correspondions de geste avec nos amis, quand le Steivens fut salué d'un tel hourra que le capitaine Pierson pensa qu'une politesse en valait une autre. Il ordonna de virer de bord; nous nous rapprochâmes à touie vapeur, nous revîmes tous ces groupes, puis tous ces visages amis que nous allions perdre de vue ; nous revînmes, en rasant la jetée, envoyer un dernier adieu, une dernière caresse, une dernière larme à nos amis; nous passâmes si près d'eux, que nous eussions pu les toucher; puis, comme un oiseau qui, après avoir touché le bord du bout de ses plumes, s'envole à tire d'aile, nous nous éloignâmes de nouveau, mais cette fois sérieusement et pour ne plus revenir.

Un quart d'heure après, les sept ou huit mille spectateurs de la jetée ne formaient plus qu'une masse confuse, au milieu de laquelle Dieu seul eût pu reconnaître les siens. Quajid j'eus perdu de vue mes mouchoirs et mes chapeaux, je me mis à pleurer amèrement. Le capitaine alors vint à moi.

— Si j'ai un conseil à vous donner, Madame, me dit-il, c'est de rentrer dans votre cabine et de vous coucher. Si beau que soit le temps, vous payerez votre tribut à la mer, et la mer est moins exigeante pour ceux de ses tributaires qu'elle trouve au lit que pour ceux qu'elle surprend debout; elle veut que l'on reconnaisse sa puissance, et est généreuse à ceux qui s'avouent vaincus.

L'expérience m'avait prouvé que l'avis du capitaine était bon ; aussi le suivisje à la lettre, dès que j'eus perdu de yue la jetée. Dès le surlendemain, j'étais acclimatée, et je descendis au dîner.

Le dîner était une grande affaire à bord du Stewens. Il avait son étiquette; la grande toilette était de rigueur. Nulle pancarte timbrée et pendue à la muraille ne portait que les femmes ne seraient admises qu'en robes décolletées et bras nus, les hommes qu'en habits et en pantalons noirs; mais on était prévenu qu'il était convenable que cela fût ainsi, et, pour ne pas être choking, chacun se conformait au programma.

Il y avait quatre grandes tables dans la salle à manger, aux quatre coins du carre, le milieu restant vide pour la liberté du service.

Ces quatre tables étaient : la table du capitaine, à laquelle aucune place ne

donnait droit et qui ne se recrutait que par les invitations; la table du trésorier, qui venait immédiatement après celle du capitaine; la table du second, qui . venait après celle du trésorier; enfin, la quatrième table, qui était celle du •commun des martyrs.

Les places une fois arrêtées, c'était pour toute la traversée. Le capitaine m'avait réservé une place à sa table. Le seul vin qui y fût admis était le vin de Champagne. Il va sans dire qu'à la manière anglaise et américaine, on s'envoyait des toasts d'une table à l'autre.

En général, les Américains, les hommes les plus affairés de la terre, mangent comme s'ils étaient tous des Napoléon Ier. Un dîner américain dure dix minutes, et encore faut-il que les convives ne soient pas pressés. Notre dîner, véritable dîner à la française, durait une heure et demie.

Il était servi dans de la porcelaine anglaise, avec une argenterie magnifique, et avec un luxe de plats et de domestiques dont on ne saurait se faire une idée. L'aménagement était du plus grand luxe ; le salon des dames, la salle à manger, le fumoir, tout cela n'était que glaces et dorures. Il y avait des tapis partout, et l'on renouvelait les tapis à chaque voyage.

Voici l'ordonnance des repas : le déjeuner à neuf heures, bouchon à onze, dîner à deux, thé à cinq, souper à onze. Cela paraît raisonnable à nous autres Français; eh bien ! les Américains trouvaient encore moyen de manger entre les repas, et surtout de boire.

Nous avions une boutique de barbier, à bord. Celte boutique était située juste en face de ma cabine. On y faisait queue depuis sept heures du matin jusqu'à dix heures du soir. Le barbier faisait la barbe aux hommes, puis rafraîchissait les cheveux des femmes. On savait qu'il y avait une femme occupée à se faire rafraîchir les cheveux quand le rideau extérieur était tiré. Au moment du dîner, il y avait coup de feu : le pauvre barbier ne savait auquel entendre.

La traversée de la baie à Acapulco est de huit jours. A l'heure promise, nous arrivâmes à Acapulco. La traversée avait été excellente; nous n'avions pas eu une bouffée de vent plus forte que l'autre, pas une goutte de pluie ; un soleil terrible, c'est vrai, mais une tente était tendue sur le bâtiment, et, en général, il fait en mer une brise qui, excepté dans les calmes plats, modifie l'atmosphère et rend toute chaleur supportable.

Acapulco est un véritable port mexicain, triste et de peu d'importance, soit à cause de l'indolence des naturels, soit à cause de son insalubrité. La fièvre jaune y règne trois mois de l'année, et y est mortelle. Joignez à cela des tremblements de terre qui, du jour au lendemain, bouleversent la ville, et vous aurez, les pronunciamientos compris, une idée des agréments d'Acapulco. En mars 1854, un tremblement de terre renversa les trois quarts de la ville.

Nous allons bientôt expliquer au lecteur qui l'ignorerait ce que c'est qu'un pronunciamiento.

Je débarquai au bras du capitaine. Comme il n'existe en fait d'hôtels à Acapulco que d'affreux bouges, le capitaine s'était chargé de mon logement, et me conduisit à l'agence de la ligne de Panama, où il comptait me faire donner l'hospitalité. Nous débarquâmes sur la place. A peine débarqués, nous nous aperçûmes qu'il se passait quelque chose de nouveau. Était-ce la fièvre jaune? Était-ce un tremblement de terre? Était-ce un pronunciamiento?

Au milieu duquel de ces trois fléaux du Mexique étions-nous tombés? Le bruit du 'ambour et le mouvement de la population ne nous laissèrent, au bout de quelques instants, aucun doute. Nous étions tombés en pîun pronunci/uuiento. Des trois fléaux, c'était à la fois le moins mortel et le plus curieux.

LE PRONU.NCIAMIENTO.

Nous avons dit que nous allions expliquer ce que c'était : un pronunciamiento est une espèce de révolution particulière au Mexique. Un président, quel qu'il soit, déplaît à un individu quelque peu considérable, cet individu fait un pronunciamiento. C'est-à-dire qu'il explique dans un discours, qu'il prononce lui-même s'il est éloquent et s'il a une belle voix, qu'il affiche si la voix et ^éloquence lui manquent, les raisons qu'a le Mexique, par Mexique, entendez lui-môme, les raisons qu'a le Mexique de ne plus vouloir de son président.

S'il y a, dans la ville où le pronunciamiento se fait, cent, deux cents, trois cents personnes de son avis, ces cent, ces deux cents, ces trois cents personnes se réunissent au chef du mouvement, et voilà un corps de révolte, un noyau d'armée qui va se mettre en route et marcher sur îa capitale, en ralliant sur son chemin tous ceux qui sont de l'avis de l'auteur du pronunciamiento.

Il arrive parfois qu'à la suite d'un pronunciamiento, le gouvernement est renversé sans coup férir. D'autres fois il arrive que c'est le gouvernement qui est le plus fort. En ce cas, c'est bientôt fait: le rassemblement se disperse comme il s'est formé, et si l'homme au pronunciamiento se laisse prendre, il est fusillé sans autre forme de procès. S'il est le plus fort il est nommé président.

Depuis vingt-cinq ans, la moyenne des pronunciamientos est d'un et demi par an. Pour le moment, le général Alvarès faisait un pronunciamiento contre le général Santa-Anna.

Avant de nous engager au milieu de cette multitude, pleine de bruits, de menaces et de gestes effarés, je jetai un coup d'œil sur cette magnifique baie, eaux bleues, miroir lu ciel encadré dans un immense tapis de verdure, le tout dominé par un beau fort bâti au seizième siècle par les Espagnols, et qui empêcherait d'entrer dans la baie s'il était commandé et armé convenablement.

Celte inspection faite, je suivis l'impulsion que me donnait le capitaine Pierson, en me tirant dans la direction de ma résidence future. Le bruit que la foule faisait tout autour de moi en criant : Aux armes ! et en s'armant effectivement, ne m'empêchait point de faire de rapides remarques sur les rues que nous traversions, et qui étaient pour moi un spécimen de 5a ville.

Les maisons d'Acapulco sont basses et à un seul rez-de-chaussée, à cause des tremblements de terre, auxquels, de cette façon, elles résistent plus efficacement que si elles avaient deux ou trois étages; elles sont bâties, en général, en adoubées, glaise, torchis, pisé, et couvertes comme nos chaumières. Çà et là, au milieu de ces constructions presque à fleur de terre, s'élèvent des rési-

dences occupées par les fonctionnaires publics et les grosses têtes de l'endroit. La population monte en tout à sept ou huit mille âmes.

Averti de notre arrivée par le canon du steamer, le représentant de la compagnie venait à notre rencontre, et, tandis que ses commis veillaient au chargement du charbon qui devait donner de l'haleine au Stewens pour continuer sa route jusqu'à Panama, on faisait les honneurs de la réception a d'autres passagers américains, amis et connaissances du capitaine, et Ton m'installait, moi, dans l'appartement que M. Tyler mettait gracieusement à ma disposition.

Trois heures après, le steamer se remettait en route et continuait son chemin. Le capitaine nous fit ses adieux en prenant une tasse de thé; il emmenait tout le troupeau dont il était le berger, ne laissant avec moi, à Acapulco, qu'Un médecin, nommé le docteur D***, et deux officiers hongrois, qui quittaient San-Francisco et qui retournaient en Europe pour prendre part à la guerre d'Orient et combattre leurs ennemis mortels les Russes, que, depuis la dernière guerre, ils détestent encore plus que les Autrichiens; plus, un Français dont le nom m'échappe, mais que je désignerai dans la suite de ce réci* par le nom de l'homme à la carabine. En son lieu et place, je dirai pourquoi je lui avais donné ce nom.

Nous conduisîmes le capitaine jusqu'à la baie, et, du rivage, nous voyions toutes les personnes, qui avaient profité de ces trois heures de halte pour visiter Acapulco, regagner le bâtiment, silonnant la baie en tous sens comme des oiseaux de mer attardés qui se hâtent, l'heure venue, vers le rocher dans les cavités duquel ils passeront la nuit.

Ces passagers de trois heures forment le principal commerce de la ville ; ils laissent à leur passage une traînée d'argent chez les marchands de fruits et les cabaretiers du port, qui se désaltèrent à cette source. Disons tout de suite que les quatre personnes qui devaient, comme moi, rester à Acapulco se logèrent chez un Chinois nommé John. Je répète ici ce que j'ai dit : c'est que, pour les Américains, les Chinois s'appellent John . C'est, du reste, le seul Chinois qui habite Acapulco, et, fidèle à la traduion, il est gargotier-logeur.

Il viendra un moment où les Chinois se répandront comme une marée montante, dont la source sera le Céleste-Empire, sur toute la surface de la terre, et où la terre s'en trouvera bien. Les Chinois sont les meilleurs domestiques que je connaisse.

J'étais encore sur le port, rendant, avec mes compagnons, les saluls que, cette fois, on m'envoyait du bord, lorsque le consul de France vint se mettre à ma disposition.

Quand je lui déclarai que j'étais restée à Acapulco, chose incompréhensible pour lui, afin de gagner Mexico par terre, il jeta un cri de surprise et d'effroi, en disant que je tentais là une chose parfaitement impossible; que l'État de Guerrero, qu'il s'agissait de traverser dans toute sa largeur, était en révolte ouverte contre le gouvernement de Santa-Anna. Le consul anglais fit chorus, et je dois dire que le commun des martyrs, appelé par ces dignitaires à donner un avis, déclara qu'il fallait être Française pour avoir conçu une pareille idée, et folle pour y persister.

J'ai déjà dit, dans ces cas-là, quel était mon entêtement à me raidir contre les obstacles, quitte à redevenir femme en face du danger et à regretter de m'y être engagée. Il résultait de cette persévérance que mes compagnons, qui hési-

taient d'abord, eurent honte de reculer là où une femme ne craignait pas de marcher en avant, et qu'il fut décidé qu'à tout hasard, et à quelque danger que celte résolution nous exposât, nous partirions dans deux ou trois jours.

Pendant ces deux ou trois jours, nous devions nous voir assidûment pour préparer notre voyage, et en faire tourner le plus possible les chances en notre faveur. Voyant que c'était chez nous une résolution bien arrêtée de partir, les agents consulaires et M. Tylcr ne s'occupèrent plus qu'à nous aider à trouver toutes les ressources qui pouvaient nous servir dans l'accomplissement de ce périlleux voyage.

La première difficulté qui se présentait, c'étaient les moyens de transport, difficulté qui en est toujours une et que doublait la situation ; les moyens de transport manquaient complètement. L'expédition menaçait donc d'échouer par sa base.

Les révoltés avaient fait main basse sur toutes les bêtes de somme, ânes, mules, chevaux, qu'ils avaient pu trouver à six lieues à la ronde. Or, les mules, les ânes ou les chevaux sont les seuls moyens de transport du pays.

Ajoutons même qu'il ne saurait y en avoir d'autres; les États de Guerrero que l'on traverse sont la Suisse et les Pyrénées du Mexique.

Or, on passe éternellement de sommets en précipices. On doit traverser àgué ou àla nage trois ou quatre rivières qui n'ont etn'auront jamais ni pont, ni bateaux, à moins que les Américains, ce qui me paraît assez probable, n'accaparent un jour le Mexique, comme ils ont accaparé le Texas et la Californie ; mais jusque-là, il n'y faut pas songer. Or, nous ne pouvions pas, raisonnablement, attendre que ce grand événement s'accomplît.

M. Tyler et l'agent consulaire français, tout en donnant l'ordre que l'on nous trouvât des mules à tout prix, supposèrent donc que les mules étaient trouvées et s'occupèrent à nous procurer des saufs-conduits pour le général Alvarès, que l'on savait être à deux ou trois journées d'Acapulco, achevai, sur le chemin de Mexico.

Cette prétention à des saufs-conduits souleva de grands étonnements de la part du commandant de la place, M. Comonfoth, lequel persistait à dire que, malgré tous les saufs-conduits de la terre, fussent-ils signés du Père éternel, nous ne passerions pas par le camp d'Alvarès ; que, d'ailleurs, il était insensé à nous de poursuivre un pareil projet.

Je lui dis de me donner d'abord les saufs-conduits, et que je faisais mon affaire d'oblenir du général révolté mon passage et celui de mes compagnons.

— Ah! les femmes! s'écria M. Comonfoth; elles ne doutent de rien. — C'est notre seule force, répondis-je; laissez-nous-la exercer. — Vous le voulez? — Certainement. — Je vais vous le donner, votre sauf-conduit; mais je m'en lave les mains. — Je vous tiendrai le bassin, s'il le faut. — Eh bien ! faitesmoi d'abord l'honneur de déjeuner avec moi, Madame, et ensuite, puisque vous le voulez... — Puisque je le veux? — Je vous signerai votre passe. — J'accepte.

J'eus donc l'honneur de déjeuner avec le commandant d'Acapulco, après quoi, fidèle à sa parole, il me signa le laisser-passer suivant, que je conserve soigneusement comme preuve à l'appui de mon voyage.

Maintenant, sur qui ou sur quoi ferai-je peser les fautes d'orthographe? Est-ce sur l'idiome mexicain, qui est une corruption de l'espagnol ? Est-ce sur

le trouble inséparable d'une résolution comme celle que venait de prendre M. Comonfoth, résolution qui, à mon avis, était bien autrement grave que mon entêtement à marcher en avant?

ÎIci les armes du Mexique : \ un aigle qui combat medio real.

un serpent. )

« El ciudadano Miguel Garcia, teniente colonel de exercisio y prefete ode con destrico.

« Concedo libre y seguno paso porse à la senora dona Maria-Luisa Giovanni (Francesca) para que pasa à Mejico y Vera-Crux por embarcarso. Por tanto, supplico à las autoricatos si civiles como militaras, no le pungao inguno ion barazo, ase les tien le facilitar con aûcios que nécessite, payando nos poo un precio dado en Acapulce.

« A doce de marzo de mil ochocientos cinquante y quatre.

« Alexandro Ganina. »

Cette passe était accompagnée de lettres de recommandation pour le général Alvarès, de la part de notre agent consulaire. Je tenais ma passe et mes lettres, je ne doutais plus du reste.

En effet, le jour même on vint nous annoncer que l'on avait trouvé des mules. Restaient les conventions à faire avec le muletier. On sait qu'en Italie et en Espagne les conventions se font par écrit. Au Mexique, on suit ce prudent exemple.

Nos conventions furent donc arrêtées en présence de notre consul, qui se chargea de poursuivre, si elles n'étaient pas tenues. Le muletier s'obligeait, si nous ne pouvions traverser le camps d'Alvarès et aller plus loin que le Pelegrino, endroit où il était situé, à nous ramener à Acapulco.

Moyennant quoi, ces messieurs, jugeant qu'ils avaient fait tout ce qui était en leur pouvoir, d'abord pour nous empêcher de faire ce voyage, ensuite, le voyage décidé, pour en atténuer le danger, firent comme M. Comonfoth avait fait la veille, et le proconsul Pilate dix-huit cents ans auparavant : c'està-dire qu'ils se lavèrent les mains de ce qui pouvait arriver.

Il fut décidé que nous partirions le 13 mars 1854, à quatre heures du matin. Le 13 mars 1854, c'était le lendemain ; j'étais décidée à ne pas perdre une minute.

Au reste, j'étais devenue, par la possession des lettres et du laisser-passer accordés à moi personnellement, le chef de la troupe, et, soit courtoisie, soit qu'effectivement on m'eût reconnu une certaine aptitude à mener les affaires à bien, personne ne songeait à me contester ce titre.

Les saufs-conduits obtenus, les mules arrêtées, restaient les apprêts indispensables d'un voyage de quatorze à quinze jours à accomplir dans les montagnes, mille petits riens à acheter.

D'abord, un cbapeau de paille de Panama à larges bords pour me garantir d'un soleil vertical, contre lequel on ajoute le bouclier soyeux d'un énorme foulard, qui, placé d'abord sur la tête et sous le chapeau, garantit à la fois le cou et les épaules, tandis que les quatre bouts restent flottants et éventent le voyageur.

Le foulard, olïert par M. Tyler, était cltarmant et d'une coquetterie toute nationale. Je m'apercevais trop tard qu'une magniiique amazone que j'avais fait confcctionnci en mérinos à San-Francisco était impossible à cause de la chaleur; force me fut donc d'acheter une indienne légère et de faire confectionner à la hâte un peignoir renforcé d'une immense pèlerine. Ce costume et ce chapeau à larges bords constituaient presque un habillement de quakeresse en voyage. Vint ensuite le tour des gants.

En élégante que j'étais, je n'avais songé qu'à me munir de gants de peau ; la chaleur m'obligea vite à y renoncer. Heureusement ces messieurs étaient habitués à en porter de fil ; les plus petites mains de la société, et il y eut un concours pour cela, eurent l'honneur de me faire cadeau d'une paire de gants.

Puis j'achetai de l'alcali contre les rencontres venimeuses. Puis encore, moins pour moi que pour mes compagnons de voyage, je me laissai persuader qu'il fallait faire des provisions de liquides, eau-de-vie, liqueurs, etc. J'en fis.

Informations prises, nous espérions trouver sur notre roule les autres provisions indispensables à la vie. L'achat d'un hamac compléta mes acquisitions, et ce dernier article n'était pas le moins indispensable, puisque ces mêmes informations prises disaient qu'il ne fallait point compter sur une seule auberge tout le long de la route.

Tous ces préparatifs furent terminés à deux heures de l'après-midi, et il fut décidé que j'occuperais le reste de la journée à visiter en détail Acapulco et sa magnifique baie

VISITE A ACAPULCO. — LA BAIE. — LE FOUT. — DÉPART, DÉNOMBREMENT DE LA CARAVANE. — PREMIÈRE JOURNÉE DE ROUTE.

Nous décidâmes que nous commencerions par visiter la baie. M. Tyler et M. Van Bran, premier commis de l'agence, se mirent à ma disposition, prirent une barque, et nous nous lançâmes sur la baie, poussés par l'élan de quatre rameurs.

Ce qui m'avait frappée du haut du steamer, c'était la splendide transparence de cette eau, qui semblait de l'azur liquide. J'avais vu cette eau, à des profondeurs différentes, sillonnée par des éclairs d'or et d'argent; j'avais reconnu que des poissons étaient la cause de ces éclairs, mais je n'avais pas reconnu à quelle espèce appartenait ces poissons.

De la barque, je pus les voir de plus près, et, à la nageoire dorsale, je reconnus que c'étaient tout simplement des requins. Seulement, dans la baie d Acapulco, ils voyagent par bandes.

Nous étions, dans la barque, deux dames espagnoles et moi. J'avoue que ce n'était pas sans un certain frissonnement que je voyais ces effroyables squales passer à une brasse de profondeur ; les dames espagnoles, babitués à eux, n'y faisaient aucune attention.

J'avais un charmant éventail chinois qui, à San-Francisco, où ces objets sont à vil prix, m'avait coûté quarante-cinq piastres, et qui par conséquent en va-

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lait bien cent à Paris; au milieu de la baie, j'eus le malheur, en jouant avec cet éventail, de le lâcher. L'éventail était encore à la surface de l'eau, le cordon tenait encore à mes doigts que déjà il était avalé. Je le regrettai d'autant plus que bien cerlainement il n'aura été, à celui qui m'en privait, d'aucun plaisir comme goût, d'aucune utilité comme usage.

Si on avait le malheur, ce qui arrive quelquefois sur nos lacs et sur nos rivières, de laisser pendre sa main dans l'eau, il est bien certain qu'on serait trop heureux d'en être quitte pour le bras. Mes compagnons me disaient que quand un homme tombe à la mer, dans la baie d'Acapulco, il disparaît aussi vite que la miette de pain qu'on jette aux carpes dans le bassin de Versailles ou dans le canal de Fontainebleau.

Je ne pouvais pas croire à l'absorption si rapide de mon malheureux éventail; j'insistais pour que les rameurs s'arrêtassent et que l'on pût stopper un instant; mais, juste en ce moment, un coup de canon partit du fort, attira, et, je dirai plus, absorba toute notre attention.

C'était le véritable signal du pronumiamiento, dont la veille je n'avais vu que les préparatifs. Le moment venu, on le proclamait officiellement, en criblant de boulets une vieille carcasse de bâtiment qui semblait n'avoir survécu aux événements politiques et aux cataclysmes géologiques qui l'avaient fait échouer de l'autre côté de la baie, que pour servir de cible aux révoltés. A chaque pronunciomiento, la vieille carcasse est sûre de son affaire. Elle en a pour ses deux ou trois douzaines de boulets dans le ventre.

Un signal nous intima Tordre de quitter la baie, que nous eussions quittée au reste sans signal, en entendant les boulets siffler au-dessus de nos têtes; nous mîmes le cap sur Acapulco, et nous regagnâmes rapidement la plage. Excitée par le bombardement du fort dont je n'avais vu que le programme, je priai ces messieurs de me conduire dans la ville, afin que nous pussions voir de plus près le mouvement.

Nous gagnâmes la route espagnole qui monte au fort, et nous nous trouvâmes en face de préparatifs de guerre poussés avec une activité incroyable. On faisait entrer par les portes, beauté de ce fort qui est un magnifique spécimen des" fortifications du seizième siècle, toutes sortes de provisions de siège, et particulièrement d s provisions de bouche, qui consistaient surtout en une innombrable quantité de lanières de viandes préparées pour être séchées, et qu'on étendait sur des cordes tendues à tous les arbres qui font promenades autour du fort, malgré l'énorme quantité de chiens qui courent les rues d'Acapulco, et qui font, la nuit, un tel vacarme, qu'il faut, pour dormir, s'habituer à leurs aboiements, comme il faut, à Paris, s'habituer au bruit des voitures. Pas un de ces quadrupèdes- dont nous admirâmes l'instinct à cette occasion, ne s'aventurait à approcher de cinquante pas de l'exposition de ces viandes, qu'ils regardaient tristement de loin, assis sur leur derrière, d'un air piteux et avec de mélancoliques lamentations. Les malheureux animaux semblaient comprendre qu'au besoin ils seraient eux-mêmes pris et salés.

Au reste tous les étrangers, Anglais, Français, Américains, prenaient part au mouvement, se laissant entraîner par l'exemple, et criant: Vive Alvarès! On se faisait une arme de toutes choses, et il n'y avait pas jusqu'aux enfants qui, ayant attrapé une épée ou un sabre, ou une baïonnette, ne lissent leur petit protwnciamiento. La chose promettait d'être presque aussi curieuse

la nuit que le jour, mais comme le dépari était fixé à quatre heures du matin, il s'agissait de dormir.

Je me couchai donc, et je commençais à m'acquitter consciencieusement de ce que j'avais entrepris, lorsque tout à coup il me sembla rêver que j'étais sur un bâtiment à l'ancre, et que le bâtiment se mettait en mouvement et partait.

Ce n'était pas le bâtiment qui se mettait en mouvement, c'était la maison. La Providence, qui voulait satisfaire ma curiosité sur tous les points, m'avait réservé un tremblement de terre.

Je me réveillai à l'oscillation du plancher et au craquement de tout ce qui était jointure dans la maison. Il y avait de la lumière dans ma chambre; je sautai, en bas du lit et passai rapidement un peignoir. A l'instant même, M. Tyler entrait dans ma chambre. Il accourait, se doutant bien que j'étais éveillée et que j'avais grand'peur. Il ne se trompait pas.

— Oh ! mon Dieu ! lui demandai-je en m'élançant vers lui, que se passe-til donc ? — Rien, me répondit-il, un petit tremblement de terre, voilà tout; mais nous sommes habitués à cela à Acapulco.

Comme il était deux heures du matin, et que nous parlions à quatre, je ne jugeai pas à propos de me recoucher, et j'attendis l'arrivée de mes compagnons. Ce n'était rien que le tremblement de terre de la nuit, et cependant, au moment de notre pèlerinage vers Mexico, on nous annonça que quatre de ces maisons de pierre, que l'on appelle des résidences, étaient tombées.

Enfin, le 13 mars 1854, un lundi, à quatre heures du matin, comme il avait été convenu la veille, nous quittâmes Acapulco. Nous étions déjà montés sur nos mules, que M. Tyler, le consul de France et les autres autorités de la ville, venus pour prendre congé de nous, nous suppliaient, avec la plus touchante sollicitude, de renoncer à ce voyage, et cherchaient à me persuader que les périls auxquels je m'exposais étaient insurmontables. Montée déjà sur ma mule et vêtue de mon costume de quakeresse, je leur dis en riant adieu, et nous partîmes, au galop de nos montures, sur une vieille belle route toute faite par les Espagnols, et bien ombragée pendant quelques lieues.

J'avais été réveillée à deux heures du matin après m'être couchée à minuit; de deux heures du matin à quatre heures, je n'avais pas dormi une seconde. Il en résulta qu'écrasée de fatigue, je m'endormis sur ma mule. Au milieu du va-et-vient que causa ce petit accident, le docteur D.... s'écria tout à coup :

— Bon ! voilà que j'ai perdu mes pistolets, moi !...

Puis, sans autre explication, il repartit au galop sur la route que nous venions de faire. La chaleur était déjà excessive ; cependant nous ne voulûmes pas l'abandonner, et l'attendîmes sur la route, par un soleil à faire cuire des œufs.

Au bout d'une heure et demie, il revint avec ses pistolets, qu'il avait perdus presqu'en sortant de la ville, et qu'il avait retrouvés à la place où ils étaient tombés. Cela donnera une idée de la façon dont sont fréquentées les rouies du Mexique. Nous nous remîmes en route.

J'étais tellement endormie, au moment du départ, que ce n'est qu'après cette seconde halte que je jetai les yeux sur notre caravane. Voici de quels éléments hétérogènes elle était composée. D'abord, à tout seigneur tout honneur.

De deux braves officiers hongrois, qui quittaient leurs bonnes fortunes de

San-Francisco pour aller, comme je fai déjà dit, se battre en Orient contre les Russes. Ils étaient armés jusqu'aux dents : ils avaient d'énormes sabres suspendus à leur ceinture, des pistolets à l'arçon de leur selle; l'un d'eux possédait, de plus, un fusil à deux coups, dont je me garderai bien de dire du mal, attendu les services que le susdit fusil nous rendit tout le long de la route.

Plus le docteur D..., Français portant des dépêches du consul mexicain à San-Francisco au président Santa-Anna, dépêches concernant l'anéantissement de l'expédition Raousset de Boulbon en Sonora.

J'avais beaucoup connu M. Raousset de Boulbon à San-Francisco, et ce qui me reste à dire de ce brave et aventureux jeune homme ne sera pas un des épisodes les moins curieux de ce dernier voyage.

A nous deux monsieur D..., nous complétions la fable de la Chauve-Souris, de La Fontaine. Il avait des dépêches pour Santa-Anna, j'avais des recommandations pour Alvarès. Si nous étions pris par Alvarès , nous disons : « Voyez nos pattes. » Si nous étions inquiétés par Santa-Anna, nous disions : « Touchez nos ailes. »

Notre quatrième compagnon était encore un Français, brave et excellent homme, qui n'avait à mes yeux, qu'un seul défaut, c'était d'être porteur d'un nom impossible à prononcer. J'obvierai à cet inconvénient en l'appelant l'homme à la carabine.

Et, en effet, il portait, formidablement posée en travers sur l'arçon de sa selle, une grosse carabine qui n'a jamais été chargée, à ma connaissance du moins ; il se rendait à Mexico, pour de là passer à la Vera-Cruz, où il comptait rejoindre un frère négociant. Enfin, moi-même avec un domestique.

Plus, Rubio, notre guide, gaillard bien connu sur la route d'Acapulco à Mexico et vice versa, et que je soupçonnerais d'être moins en relations avec les honnêtes gens qui sont rares sur cette route qu'avec les voleurs qui sont nombreux.

Trois arrieros, propriétaires de nos montures, chargés de veiller aux mules qui portaient le bagage, et un homme qui menait en main une mule de rechange pour moi, dans le cas où il arriverait un accident quelconque à la mienne, complétaient la caravane, composée de onze personnes en tout.

Vers midi, nous arrivâmes à la venta, espèce de tente indienne. Là, nous fîmes halte ; on suspendit aussitôt mon hamac, dans lequel je me couchai et m'endormis, tandis que les domestiques se répandaient dans la campagne, avec l'espérance bien précise de trouver quelque chose à mettre sous notre dent. A force d'argent, plus chers qu'à San-Francisco, on trouva un poulet et quelques œufs; nous avions du pain, et nous dînâmes comme nous pûmes, d un poulet et de huit ou dix œufs. Encore, si nous avions eu de quoi faire des tortillas!

La personne qui nous avait affirmé que nous trouverions des vivres sur la roule avait voulu parler de la route en temps de paix, mais pas en temps de guerre. De peur du pillage, les Indiens, avec tout ce qu'ils possédaient, s'étaient réfugiés dans les montagnes.

Nous n'avions ni cuillers ni fourchettes ; quelques-uns de nous avaient bien des couteaux, et les Hongrois leurs sabres, mais en ce moment j'eusse volontiers troqué sans les consulter les deux sabres contre une casserole.

I9j JOURNAL DE MADAME GIOVANNI.

A défaul 'li1 casseroles ei de broches, on coupa le poulet par petits morceaux, et ou le lit rùlir sur des charbons. Quant aux œufs, on les fit durcir sons la cendre.

11 en fut ainsi pendant toute la route, sauf que je m'ingéniai à trouver une broche se composant de deux chevalets et d'un bâton placé en travers, et soutenant le rôti avec une ficelle, à l'extrémité de laquelle il tournait.

Nous dirons comment Dieu, par l'intermédiaire de nos deux Hongrois, pourvut miraculeusement à notre subsistance. Après le déjeuner, on se reposa, non pas pour digérer, c'eût été du luxe, mais pour laisser passer la grande chaleur.

A quatre, heures, nous remontâmes sur nos mules cl nous gagnâmes la venta de Légido, où nous arrivâmes vers huit heures, et où nous couchâmes, après un souper plus frugal que le diner, attendu qu'il ne se composait que d'œufs el d'eau fraîche. Ma chambre à coucher fut deux grands arbres, aux branches inférieures desquelles on suspendit mon hamac, dans lequel je me couchai tout habillée.

Celle installation en plein air dérangea des nuées de perroquets qui avaient établi leur domicile dans les branches supérieures, et qui caquetèrent une partie de la nuit avec acharnement, pour se plaindre sans doute du dérangement que j'apportais dans leurs habitudes.

Mes autres compagnons, qui ne s'étaient pas donné, comme moi, le luxe d'un hamac, se couchèrent tout autour de moi sur des nattes indiennes, et me servirent de sentinelles avancées contre toute surprise nocturne.

Je me souviens d'une de ces premières nuits de voyage comme d'une de mes bonnes. Je dormis rarement aussi bien, jamais mieux.

XLVJI

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