‹ Journal de Nicolas de Baye, greffier du Parlement de Paris, 1400-1417Chapitre 50 sur 58 · Ce texte est emprunté au psaume 121, vers · texte numérisé non relu

Ce texte est emprunté au psaume 121, vers

Lundi, vij* jour d'aoust.

Cedît jour, sont venus en la Court maistre J. Juvenel, advocat du Roy, J. Le Bugle, procureur de la ville de Paris, Guillaume GyrasseS eschevin de Paris, et aucuns bourgoiz qui ont requiz, que comme il soit besoin que la Gourt entende à entretenir la paix commencée, et afin d'obvier à pluseurs entreprises et empeschemens que pluseurs pertourbleurs de la paix se pourroient efforcier de faire, se remède n'y estoit miz par bon adviz et conseil de la Gourt et d'autres, que la Gourt surseist de plaider, jusques à ce que les choses fussent en plus grant seurté, ce qui a esté

octroyé ^,

Conseil, Xm (X<« 1479), fol. 257 r*.

Mardi, viij* jour d'aoust.

Gedit jour, toute la Gourt ala à Saint Pol pour eslire

un chancellier ou lieu de maistre Eustace de TAitre^,

qui avoit esté par environ ung moiz chancellier ou

lieu de messire Arnault de Gorbie, qui l'avoit esté par

1 . Guillaume Cirasse, charpentier huchier, quartenier de la porte Baudoyer et du cimetière 8aint*Jean, joua un rôle considérable lors des troubles de Tannée 1413; dans l'assemblée tumultueuse du 2 août, il ne craignit pas de tenir tête aux bouchers et de leur dire a qu'il y a^oit à Paris autant de frappeurs de coignées que de assommeurs de bœufs » (cf. Juvénal des Ursins, p. 487, 488).

2. Ce paragraphe se trouve imprimé dans Félibien {Hist. de la ville de Paru, t. IV, p. 557).

3. Ëustache de l'Aître, d'abord maître des Requêtes de THôtel, puis président de la Chambre des comptes, avait été appelé au poste de chancelier par la faction cabochienne ; après la sentence de bannissement prononcée au Ghàtelet, le 14 mars 1414, contre les Gabochiens, il se retira auprès du duc de Bourgogne (voir le Journal d*un bourgeois de Paris, p. 42, note 5).

m JOURNAL

environ xxv ans, et pour ce que, par ces broillis et en complaisant aux gens de Paris qui nagueres s'effbr^ çoient de gouverner, avoit ledit de l'Aitre esté fait assez legierement chanceilier, et avoit esté despoinctié ledit de Gorbye, car aussy estoit ancien et iiij" et viij ans ou environ, et si imbecille et foible que à grant peinne po voit-il aler ne venir *, a esté ledit de l'Âitre despoincté des juedi ou venredi derrain passé. Et depuiz aussy s'est absenté de Paris, comme aussy ont fait pluseurs de ceste ville de Paris ^, ou au moins se latitent, c'est assavoir : maistre J. de Troies, sirurgien, eschevin de Paris, et puiz nagueres concierge du Palaiz^, et qui avoit entreprins devant tous autres le gouvernement de ceste ville et autrement, Garnot de S. Yon, eschevin, Simonnet Gaboche, escorcheur de la Grant boucherie, Denysot de Ghaumont, varlet boucher, Thomas Le Goiz et ses enfans bouchiers, aucuns jeunes advocas et procureurs de céans, et autres pluseurs gens de Paris, pour la suspeçon, comme Ten dit, qu'il metoient empeschement ou s'efiorçoient de mettre en la paix publique de ce royaume, et par especial de

1. Armand de Gorbie avait succédé en qualité de chancelier de France à Pierre de Giac en décembre 1388. Il s'éteignit le 24 mars de Tannée 1414.

2. Jean de Troyes, Garnot de Saint- Yon, Gaboche, Denisot de Ghaumont, Guillaume et Jean Le Gois, qui figurent sur la liste des bannis au Ghâtelet (Douôt d'Arcq, Choix de pièces inédites relatives au règne de Charles VI, t. I, p. 367), se réfugièrent tous en Flandre, auprès de Jean sans Peur, le suivirent en 1415 dans son voyage en Bourgogne, et revinrent la plupart en 1418. (Gf. Monstrelet, t. IH, p. 48.)

3. Jean de Troyes avait remplacé comme concierge du Palais Antoine des Ëssarts, vers le mois de mars 1413. (Gf. le Journal d*un bourgeois de Paris, p. 39.)

Paris et à Fenterinement de la cedule contenue ou ij^ jour de ce moiz d'aoust.

Et a esté tenue ceste forme à ladicte élection : Li Roiz nostre Sire entra après sa messe finée en sa Chambre de Conseil, entre ix et x heures survindrent messeigneurs les ducs de Berry et de Bourgoigne, et yceulx venus, par le commendement du Roy se départirent et alerent hors de la Chambre tous, hors le Roy, lesdiz ducs et may N. de Baye, graphierde ceste Court, et Tun des secrétaires du Roy qui fu appelle. Et me furent baillez le messel et la vraye croix richement envaisselée pour faire jurer au scrutine celx qui esliroient sur lesdiz Evangile et vraye croix, et les huiz cloz, furent appeliez par messire Ânthoinne de Craon qui gardoit Fuiz, premièrement le dessusdit messire Ârnault de Corbye, nagueres Chancellier, lequel et tous les autres seigneurs qui survindrent, c'est assavoir, le grant maistre de Rodes*, Tarcevesque de Bourges, Tevesque de Beauvaiz et autres barons, chevaliers et conseillers, tant de Parlement que des Comptes, jusques au nombre de iiij" et x ou environ, je fiz jurer par le commandement du Roy, moy estant à ses piez, un chascun successive appelle selon son ordre par ledit de Craon par la manière qui s'ensuit, lesdis sains Euvangile et croix touchées : < Vous jurez c aux sains Evangiles et sur la vraie croix qui icy c sont que bien et loyaument conseillères le Roy € nostre Sire ou cas présent de ceste élection, et nom- « merés à vostre loyal povoir, sans faveur desordon-

1. Philibert de Naillac, autrement dit de Lignac, grand maître de Rhodes, qui en i4iO arriva d'Angleterre à Paris et en 1412 servit d'intermédiaire entre le Roi et le duc de Berry.

130 JOUBNAL

c née et sans hayne, booae personne, ydoinne et c convenable pour exercer l'office de Ghancellier^. » Et ledit scrutine commencié et fait pour la yj® partie ou environ, survindrent messeigneurs le Dauphin, le duc de Bar et messire Loiz, duc en Bavière, frère de la Royne, qui furent audit scrutine faire, et tous les dessusdiz estans dehors appeliez, scrutinez et oïz Tun après l'autre, ut moris est. Firent les dessusdis ducs successive pareil serment, et pommèrent chascun tel que bon leur sembla, et après tous aussy nomma le Roy et donna sa voix à cellui que volt, et telement que, tout par moy enregistré et aussy par ledit secrétaire, et les voix comptées, fu trouvé que messire Henry de Marie, premier président céans, avoit trop plus de voix que nul. Si me commanda le Roy que, les huis dudit Conseil ouvers, et tous ceulx qui wodrent entrer entrez, je publiasse ledit scrutine. Si le pubUé en disant tout haut : c II plait au Roy nostre Sire que ce scrutine par lui fait soit publié, ouquel messire Henry de Marie dessusdit a eu xliiij voix, maistre Simon de Nanterre, président en Parlement, xx, maistre J. de Saulx, chancellier de Bourgoigne, yj, et ledit messire Ârnault de Gorbye xviij. Vray est, diz-je, que s'il peust ancores exercer ledit office, mesdis seigneurs les eslisans se fussent arrestez à lui plus que à nul autre, toutevoie, nonobstant sa foiblesse, ancores s'i arrestent lesdiz xviij. > Ce fait, conclu le Roy et s'arresta audit Marie et le charga dudit office^. Ledit Marie respondi

i. En regard de ce passage, dans la marge, le greffier a inscrit cette rubrique : Forma adjuraiionU super eligendo Cancellario.

2. Le Religieux de Saint-Denis (t. Y, p. 145) qualifie Henri de Marie de personnage d'un savoir éminent, qui avait rempli avec

qu'il estoit po suffisant pour ledit office, et miex le cognoissoient autres que soy mesme, et combien que aucuns grans hommes ou temps jadis eussent refusé offices publiques, les autres les eussent receuz, comme Jeremie qui les refusa pour vaquer à contemplation, et Ysaie les receut pour laborer au bien publique, lui qui avoit tousjours laboré en son temps ou fait de justice et qui avoit bonne volenté de tousjours bien et loyaument servir le Roy, acceptoit ledit office en suppliant audit Seigneur que lui pleust avoir pour recommendé et le benignement supporter à ce commance*ment. Si le fit approudier le Roy, et fit le serment qui s'ensuit, et lequel je leu tout hault audit premier président en ceste manière ^ :

c Sire, vous jurez au Roy nostre Sire que vous le € servirez et conseillerez bien et loyaument, à Tonneur c et au prouffit de lui et de son royaume, envers tous c et contre tous, que vous lui garderez son patrimoine c et le prouffit de la chose publique de son royaume à « vostre povoir, que vous ne servirez à autre maistre ou c seigneur que à lui, ne robes, pensions ouproufit de c quelconques seigneur ou dame que ce soit ne prenc drez doresenavant sans congié ou licence du Roy, et € que de lui vous n'empêtrerez par vous ou ferez € empêtrer par autre licence sur ce. Et se d'aucuns c seigneurs ou dames avez eu ou temps passé ou avez < présentement robes ou pensions, vous y renonciez

éclat plusieurs missions difficiles à Tëtranger, et tenait dignement son rang à la tête de la magistrature.

1. Nicolas de Baye a marqué en marge : Forma furamenti quod prestare débet Cancelîariiu, La formule du serment prêté par le Chancelier n'est pas de la main du greffier.

c du tout, et aussi que vous ne prendrez quelconques € dons eorrompables. Et ainsi le jurez vous par ces € Sains Evangiles de Dieu que vous touchiez. > Lequel messire Henry de Marie respondi : < Ainsi le jure je, c mon très redoubté seigneur ^ »

Et ce fait, se leva le Roy et les autres seigneurs, et se partirent du Conseil et s'en ala chascun en sa chascune, combien que avant le département fu supplié au Roy d'aucuns seigneurs qu'il donnast le lieu de quart président, qui vacoit ou devoit vaquer vraissemblablement, par ce que le premier vacoit par ladicte élection^ et par ainsy dévoient monter l'un des autres oudit lieu, à maistre J. de Vailly, advocat et nagueres chancellier de Guienne^.

Conseil, XHI (X<« 1479), fol. 257 r«.

1. Cette formule du serment prêté par le Chancelier se trouve imprimée en note dans la Chronique de Juvénal des Orsiru, p. 489, au sujet de Télection d'Henri de Marie.

2. L'élection d'Henri de Marie se trouve également, mais plus sommairement rapportée, dans le registre des Matinées (X^* 4789, fol. 498 V).

3. Jean de Vailly, fils de Richard de Vailly, notaire au Ghàtelet, simple avocat élevé au poste de président du Parlement par la faveur du duc de Guyenne, remplit coup sur coup plusieurs missions de confiance; on le voit, en mars 1415, figurer parmi les commissaires royaux envoyés à Toumay, après la conclusion du traité d'Arras, pour recevoir le serment du comte de Gharolais et d'autres grands personnages ; au mois d'avril suivant, il se rendit à Amiens pour faire publier le même traité, et fit également partie de la députation qui vint à Dijon au nom de Charles VI pour faire jurer la paix par le duc de Bourgogne (cf. MonstreUt, t. H, p. 64, 77). Le président de Vailly ne se rallia point à la domination anglaise et suivit le dauphin à Poitiers; le Parlement le chargea, le 20 décembre 1420, de mettre à exécution les lettres du Régent relatives à la démolition des forteresses du Poitou, et, le 17 mars 1426, de présenter des remon-

Mercredi, ix* jour d'aoust.

Gedit jour, messire H. de Marie, de nouvel Ghancellier, et pluseurs autres seigneurs vindrent en la Chambre et exposèrent comment le Roy en son Grant Conseil avoit volu que maistre J. de Vailly, qui nagueres estoit advocat, puiz avoit esté par ung moiz chancellier de monseigneur de Guienne, ou environ, fust quart président céans, et de ce avoit lettres dont requirent l'entérinement et estre receu. Sur quoy la Court délibéra, les requerans departiz, et puiz respondi que, sauf les ordonnances royaulx ancores faictes et confermées puiz ij ou iij moiz, et lesquelles nosseigneurs de France et les seigneurs de céans avoit (sic) jurées en ceste Chambre en la présence du Roy, par lesquelles des officiers de céans par especial se devoit faire élection par voie de scrutine, ne povoient recevoir ledit de Vailly oudit office, sauf leur honneur et conscience, mais le averoient bien pour recommandé, conmie bien le valoit, quant l'en feroit l'élection, et atant se départirent.

Venredi, xj* jour d'aoust.

Fu plaidoié, mais avant ce que l'en plaidast, vindrent pluseurs seigneurs, comme monseigneur de Bar et autres à la Court, et présentèrent lettres tant du Roy,

trances à Charles Vn, qui furent mal accueillies par ce prince, mais eurent Tassentiment de la Cour. De son mariage avec Jeanne Gillier, fille de Denis Gillier, seigneur de Forges en Poitou, et de Jeanne de Tannay, Jean de Vailly eut un fils, Jean, archidiacre de Tours en Téglise de Poitiers, qui devint conseiller au Parlement, et fut môme élu évoque d'Orléans en 1438 ; il mourut le 9 mars 1435 (cf. Blanchard, les Présidents à mortier du Parlement de Paris, p. 45).

signées de sa mayn, que de monseigneur de Guienne, de Berry pareillement signées de leurs mains, et de Bourgoigne, pour recevoir maistre J. de Vailly, dont dessus estfaicte mention, en quart président, auxquelx ladicte Court respondi pareillement, comme est enregistré sur le x^ de ce moiz.

Samedi, xij* jour d'aoust.

Gedit jour, le Chancellier est venu céans environ ix heures, et appellées et convoquées les Chambres et pluseurs du Grant Conseil, a esté faicte élection par voie de scrutine que ont fait ledit Chancellier, appeliez avecques lui maistre Phelippe de Boisgillon, maistre des Comptes du Roy nostre Sire et par avant son conseiller céans, Guillaume de Villers, président aux Enquestes, et Guillaume de Saulx, conseiller en la Grant Chambre, moy présent et enregistrant les voix, en la Tournelle criminelle, pour le lieu du premier président vacant par la promotion du premier président à Toffice de Chancellier, et du lieu du quart président. Et y a eu Ixj eslisans et iij nommez au lieu du premier président, et ix nommez audit lieu du quart président, c'est assavoir, maistre R. Manger qui a eu xlij voix, maistre S. de Nanterre qui a eu xviij voix, et J. Juvenel, advocat du Roy, une à Toffice de premier président. Et quant au quart président ont eu maistre P. Buffîere xvij voix, maistre J. de Quatremares xv, J. de Vailly, advocat, xiiij, J. de Longueil ix, Gaillart Petit Sayne une, Phelippe Du Puiz une, André Marchant une, R: de Sens une et maistre J. Juvenel dessusdit une*.

Page 1