‹ Journal de Nicolas de Baye, greffier du Parlement de Paris, 1400-1417Chapitre 52 sur 58 · MM · texte numérisé non relu

MM

Jeudi, XXV* jour de janvier.

Messire Françoiz de Grignolz, chevalier, a esté par vertu de certeinnes lettres royaulx receu en office de gouverneur de La Rochelle, sauf l'opposition faicte à ce par le procureur du s' de Helly à ladicte réception et sans le préjudice d'icelle, et a fait le serement acoustumé.

Samedi , xxvij* jour de janvier.

J. Soûlas, procureur de messire Jaques de Chas-

1. Jean Périer fit son testament le 17 décembre 1418 ; ce document figure parmi les testaments compris dans le n» 1161 de la coll. Moreau, fol. 727 7». Ses obsèques eurent lieu le jeudi 4 février, comme mention en est faite au registre des Matinées (X<*4790), fol. 23 V.

2. André Gotin, que nous voyons plaider dans une afikire criminelle le 27 novembre, fit partie d'une députation de la Cour envoyée, en novembre 1415, auprès de Charles YI pour appeler son attention sur les dangers que courait le royaume (Xi« 1480, fol. 37).

tillon, admirai de France, s'oppose à ce que messire Pierre de Breban, dit Glignet, ne autre ne soit mis et institué en possession et saisine dudit office, ne qu'il en joisse, sans oïr ledit messire Jaques.

Matinées, VUI (X<* 4790), fol. 35 ^, 36 f.

Lundi, xxix« jour de janvier.

Ce jour, n'a pas esté plaidié, pour ce que ij des presidens et pluseurs autres de messeigneurs ont esté huy et hier assemblez en la Toumelle criminelle pour adviser instructions et ambaxateurs pour envoier devers monseigneur le duc de Bourgoigne, sur certeinnes entreprises que l'en disoit faictes sur les tractiez de la paix entre les seigneurs du sanc royal, et pour ce l'en se doubtoit d'assemblées de gens d'armes.

Mercredi, derrien jour de janvier.

Gedit jour, furent conseillez certains adviz et instructions pour envoier devers le duc de Bourgoigne, que l'en disoit en armes venir à Paris^.

Conseil, XUI (Xi» 1479), fol. 283 v«, 284 r*.

Lundi, V* jour de février.

Ce jour, après ce que l'en avoit plaidé une cause au

1. Juvénal des Ursins (p. 491) rapporte, dans sa chronique, que le Roi et le Dauphin, fort mécontents d'apprendre Tenvoi par le duc de Bourgogne aux bonnes yilles du royaume d'une lettre en date du 14 janvier, au sujet de la prétendue captivité du Dauphin au Louvre, et voyant bien que « led. duc ne vouloit tendre qu'à sédition et commotion de peuple, escrivirent aux mômes bonnes villes lettres au contraire, » pour déclarer qu'ils n'entendaient point que le duc de Bourgogne vint à Paris. On peut lire dans Monstrelet (t. n, p. 425) le texte des lettres adressées, le 23 janvier, par le Dauphin au duc de Bourgogne, faisant défenses d'assembler des gens de guerre pour se rendre à Paris, défenses qui durent lui être transmises par un huissier du Parlement,

graiphe criminel, s'est levée la Court pour adviser sur ce que le Ghancellier avoit mandé de par le Roy à nosseigneurs de son sanc par maistre Pierre de Nantron, notaire et secrétaire du Roy, que les seigneurs et autres officiers de céans et les advocas et procureurs fussent demain en la court de S. Magloire, montez bien et competemment et habillez, et aussi accompaigniez de variés armez pour accompaigner ledit Ghancellier à aler par la ville de Paris, afin de tenir les bonnes gens et habitans de Paris en union et seurté, et leur donner bon courage envers le Roy pour obvier, se besoin estoit, au duc de Bourgoigne, qui, comme l'en disoit, approchoit Paris ^ à grant nombre de gens d'armes contre les défenses du Roy. Et a fait la Court issir tous ceulx qui estoient en la Chambre de Parlement, hors les procureurs et advocas dessusdis, pour leur exposer ce que dit est. Et a esté advisé que l'en iroit devers le Chancellier après disner, et y ont esté ordonnez maistre Simon de Nanterre, président, J. de'Vitry etB. Quantin, pour plus avant savoir l'entention des seigneurs sur ce que dit est. Et après disner a esté advisié, oy ledit monseigneur le Chancellier, que quant à la Court de céans, attendu qu'elle estoit de justice, et n'avoient pas les seigneurs acoustumé d'aler armez, ne de chevaucher par ville, sinon sur mules à venir au Palaiz, qu'il suffisoit que x ou xij d'eulx fussent demain avec le Chancellier à une heure après midi, montez et habillez, comme dit est, et les

i. Efifectivement, Jean sans Pear, précédé de son frère le comte de Nevers, s'avançait vers Paris et, après avoir passé à Roye, Gompiègne et sous les murs de Senlis, fit son entrée à 8aint-Denis le 7 février (cf. le Bourgeois de Paris, p. 47, note 2).

advocas et procureurs qui miex pourroient. Et depuiz, pour ce que ceulx que la Court eslisoit entre les presidens et seigneurs ont ressoigné à soy habiller et faire ce que dit est, ay esté ordonné à aler devers ledit Ghancellier et ly dire que attendu que, comme lesdis seigneurs de céans ne fussent pas habiles à armes porter ne soy mettre en autre estât que selon leur profession, et qu'il n'avoient communément pour eulx chevaucher que mules, et sambleroit chose estrange dealer par ville, comme dit est, attenduz leur estas et profession, ne leur sembloit pas bon de aler où et par la manière que dit est, mais ilz envoiei^nt volentiers variez habillez à faire le miex que pourroient, ce que, cedit jour au soir, je diz audit Ghancellier, qui respondi que ce diroit à nosseigneurs de France, s'il en parloient, et que de par Dieu fust.

Mardi, vj* jour de février.

Ne fu pas plaidié, pour ce que la Court, sur la response hier faicte à moy envoie devers lui de par icelle Court, a advisé que miex estoit, tout considéré, que Ten alast accompaigner le Chancellier à l'eure dessusdicte et par la manière qu'avoit mandée, et que mesme pluseurs gens d'église, bourgoiz et autres de divers estas estoient alez dimenche derrien par la ville, montez et armez, ou leurs gens, avecques monseigneur le Dauphin qui avoit chevauchié, lui et nosseigneurs de France avecques lui et leurs gens armez ^, et aussy

1. D'après le Religieux de Saint-Denis (t. Y, p. 239), le Dauphin se rendit, le 4 février, à la place de Grève, revêtu d'une brillante armure et escorté des princes ses parents, de seigneurs et bourgeois armés de pied en cap, et, là, fit donner lecture à haute voix

attendue la volenté desdis seigneurs et leur plaisir et le mandement dudit Ghancellier. Si sont alez lesdiz seigneurs de céans, procureurs, advocas et notaires du Roy, montez et armés pour la plus grant partie, cedit jour, par la ville avecques ledit monseigneur le Ghancellier, et aussy pareillement ont fait les seigneurs de la Chambre des Comptes à la fin dessus dit.

Matinées, Vm (X<« 4790), fol. 38 r».

Venredi, ix* jour de février.

Cedit jour, sont venuz en la Court le seigneur de Torcy et messire Colart de Calleville, chevaliers, et ont dit de par le Roy çt nosseigneurs de France et le Conseil que, dimenche après disner, les presidens et seigneurs de céans, notaires du Roy et secrétaires, advocas et procureurs aussy de céans fussent avecques le Chancellier, montez et armez honestement et suffisamment, pour accompaigner ledit Chancellier à aler par la ville de Paris, à la tenir en seurté et monstrer exemple de diligence pour garder la ville. Et pour ce qu'il fu question se ledit Chancellier leveroit ou porte-

par son chancelier, Jean Juvénal, des lettres qu'il avait adressées au duc de Bourgogne en réponse à son manifeste. Ensuite le Dauphin et tous les assistants, par une prestation de serment solennelle, ratifièrent le contenu de ces lettres et parcoururent les rues et carrefours. On voit par Monstrelet (t. Il, p. 421) que cette troupe était divisée en deux corps, Tavant-garde sous les ordres des comtes de Vertus, d'Eu et de Richement, au centre les ducs de Guyenne et d'Orléans, et Tarriôre-garde commandée par Bernard d'Armagnac, Louis Bourdon et J. de Gaule. Le Dauphin prit à cette occasion toutes les mesures de défense que commandait la situation, ordonnant aux bourgeois de faire à tour de rôle le guet jour et nuit, et aux ducs et princes du sang royal de contenir le peuple par un déploiement de forces miUtaires, pour éviter toute émeute à l'approche du duc de Bourgogne.

roit estandart par la ville, a esté dit et advisié et conseillié que non.

Samedi, %• jour de février.

Cedit jour, s'est levée la Court environ entre viij et ix heures et partie de céans, pour ce que le duc de Boui^oigne, qui estoit venu puiz un po à Saint Deniz à grant effort de gens d'armes ^ estoit venu à tout ses gens d'armes devant Paris, et estoit arrivé entre Ghaluiau et Montmartre, comme en bataille. Et disoit l'en que les coureux de son ost avoient couru jusques ou marcbié des Pourceaulx, nonobstant les défenses à lui par pluseurs foiz faictes de par le fioy qu'il ne venist à gens d'armes, dont la ville a esté toute effraiée^. CtonseU, Xm (X<« 1479), fol. 284 y», 285 ro.

Gedit jour, environ ix heures avant disner, se sont les seigneurs de la Court levez et partiz de la Chambre, pour ce que l'en a rapporté que le duc de Bourgoigne estoit à grant effort de gens d'armes ordonnez comme

1. L*armée de Jean sans Peur comprenait 2,000 cheyaliers ou écuyers et 2 ou 3,000 archers et arbalétriers ; le troisième jour de son arrivée à Saint-Denis, le duc de Bourgogne avait dépêché aux Parisiens son roi d'armes d'Artois que Bernard d'Armagnac renvoya en le menaçant de lui faire couper la ^ôte. A la suite de cet outrage, le duc de Bourgogne vint déployer ses forces sous les murs de Paris, près de la porte Montmartre. Ayant envoyé de nouveau son roi d'armes à la porte Saint -Honoré, on fit répondre à ce héraut que, s'il ne s'en allait bien vite, on tirerait sur lui < de bons quarreaux d'arbalestes. » Enguerrand de Bournonviile, qui s'était approché de la porte, espérant quelque mouvement populaire, fut en effet accueilli de cette façon peu courtoise [cf. Monstrelet, t. Il, p. 432-433).

2. Ces deux paragraphes ont été reproduits par D. Félibien dans son Histoire de la ville de Paris, t. IV, p. 559.

en bataille entre la porte Saint Honoré et la porte Saint Deniz, tenent les champs devant Paris. Et pour en savoir quelque chose, je montay au plus hault delà Tour criminelle de céans et viz lesdiz gens d'armes es champs d'entre le Rôle et Montmartre.

Dimenche, xj* jour de février.

Gedit jour, les chancelliers de France, de Guienne et d'Orléans, les presidens de céans, les seigneurs de céans, graphier, notaires, secrétaires, pluseurs des seigneurs de la Chambre des Comptes, les trésoriers, à tout leurs gens armez, chevauchierent par Paris

aux iiij portes^.

Matinées, VIE (X<* 4790), fol. 40 ro.

Mardi, xiij* jour de février.

N'a pas esté plaidoié ne conseillié, mais s'est partie la Court de céans, pour ce que l'en tenoit que le duc de Bourgoigne devoit venir à tout son effort et ost devant Paris.

Matinées, Vm (X<» 4790), fol. 41 v».

Mercredi, xiiij* jourde février.

Cedit jour, a esté faicte élection par le mandement de monseigneur le Chancellier ou lieu de maistre Aimery de Maignac, conseiller du Roy en la Chambre des Ënquestes, et a esté esleu par voie de scrutine maistre Pierre de Villers. Et a esté le scrutine publié en la Chambre, combien que ce n'eust pas esté acoustumé, mais estoit acoustumé de reporter le scrutine au Chan-

i. Selon le témoignage du Journal d'un bourgeois de Paris, p. 47, toutes les portes de Paris furent murées, à l'exception de la porte Saint- Antoine et de la porte Saint-Jacques.

cellier, ou cas qu'il n'avoit esté presens, ou au Grant Conseil, et puiz me coininendoit Ten la lettre. Et a esté ce fait pour ce que pluseurs se plaignoient de ce que Fen ne publioit ceaas les élections qui y estoient faictes, et en parloient aucuns sinistré et contre les presidens et contre le graphier.

Conseil, Xni (X<* 1479), fol. 285 r^.

Jeudi, XV* jour de février.

Sur le débat meu et pendent entre le seigneur de Gaucourt, d'une part, et maistre Guillaume Signet, d'autre part, pour cause de l'office de seneschal de Beaucaire, que chascune desdictes parties pretendoit à elle apartenir par lettres de don à elles sur ce faictes, au jour d'uy, maistre J. du Tour, procureur dudit de Gaucourt, s'est désisté et départi dudit procès et du droit qu'il reclamoit à avoir oudit office, au proufit dudit Signet qui a esté receu et fait le serment acoustumé^ pre^ sent le procureur du Roy et non contredisant.

Venredi, xvj" jour de février.

Maistre Mahiu Mouton, procureur de messire J. de Saint Sauflieu, bailli de Gaux, s'est opposé et oppose que aucun ne soit receu en bailli de Gaux, sans le oïr.

Gedit jour, s'est parti le duc de Bourgoigne de Saint Deniz, où il a esté environ xv jours en grant assem-

1. Deux années plus tard, en mars 1416, Guillaume Beignet, qui avait été privé de l'oOice de sénéchal de Beaucaire, sous prétexte qu'il devait obtenir le poste de général des finances et qu'il ne résidait point, malgré son serment de faire résidence, revendiquait devant le Parlement son office contre le précédent titulaire, Guy Pestel, lequel avait été fiBiit prisonnier par les Anglais et revenait de captivité (Matinées, X** 4971, fol. 52).

blée de geos d'armes pour entrer à Paris, s'il n'eust

trouvé resistence.

Matinées, VIE (X<« 4790), fol. 42 r*.

AU jour d'ui sont venues nouvelles à la Court et à Paris que le duc de Bourgoigne, qui à grant effort et grant ost de gens d'armes, estoit venu à Saint Deniz et là séjourné par environ xv jours pour entrer à Paris, s'en estoit parti dès environ minuit ou le point

du jour.

Conseil, Xm (X<* 1479), fol. 285 v».

Mardi, xx* jour de février.

Ce jour, n'a pas esté plaidoié pour ce que tous les presidens et seigneurs laiz de céans ont esté en la Chambre des Comptes au Conseil.

Matinées, Vm (X<« 4790), fol. 43 r».

Dimenche, xxv* jour de février.

Ou parviz de Nostre Dame de Paris, presens l'evesque de Paris, l'Université, le chancellier de ladicte église et moult grant peuple, fu ars le propos fait ores a V ou vj ans à l'ostel de Saint-Pol, devant le Roy nostre Sire, à Paris, par maistre J. Petit, maistre en théologie, de la nation de Normandie, sur la justification du duc de Bourgoigne sur le murtre fait en la personne du feu duc d'Orléans, frère germain du Roy nostre dit seigneur^, et aussi furent ars pareillement

1. L'Uniyersité de Paris, n'ayant plus à craindre le duc de Bourgogne, s'était empressée de convoquer dans la grande salle de i'évôché de Paris les plus célèbres maîtres et bacheliers en théologie, ainsi que plusieurs docteurs en droit canon et civil chargés d'examiner les propositions de Jean Petit ; le 1 6 j anvier, elle déclara hérétiques et erronées neuf assertions, dont le Religieus de SairU* Denis, t. Y, p. 273, et Manstrelet, t. Il, p. 416, donnent le texte;

les parauk propos qui furent trouvez, en exécutant certeinne sentence jugée par pluseurs intervalles de temps et. diverses sessions faictes en la sale dudit evesque, comme Ten disoit, par les maistres de la faculté de théologie de la dicte Université et ledit inquisiteur, et pronuncée venredi derrien passé en ladicte sale pour pluseurs erreurs et poins touchans la foy trouvez esdis propos*.

Conseil, XIH (X«« 1479), fol. 286 v*.

Mercredi, derrien jour de février.

Ce jour, ont esté mandez tous les presidens et laiz au Conseil en la Chambre des Comptes.

Conseil, Xm (X<« 1479), fol. 286 v».

Jeudi, premier jour de mars.

Cedit jour, la Court s'est levée po après x heures pour aler aux exeques de feu maistre J. Chanteprime, doien de Paris et paravant conseiller du Roy céans, à cause de quoy venoit quant ly plaisoit céans et seoit

le 23 février, fut rendue la sentence de condamnation que Ton mit à exécution le surlendemain au parvis Notre-Dame. Au jour indiqué, sur une estrade dressée à cet effet, Benoît Gentien, savant professeur de théologie, proclama Ténormité de ces propositions, contraires à la foi et à la morale, qui furent publiquement livrées aux flammes.

1. Le même fait est rapporté en ces termes aux Matinées (X<» 4790, fol. 44):

« Gedit jour, a esté ars publiquement ou parvis Nostre Dame, presens Tevesque de Paris, TUniversité et l'inquisiteur, le propos ja pieça fait devant le Roy à S. Pol, appelle la justification du duc de Bourgoigne sur la mort du duc d'Orûans, pour erreurs qui y estoient, ut dicitur. » La mention inscrite au registre du Conseil a été reproduite par D. Félibien, dans son Histoire de la ville de Paris, t. IV, p. 559.

avecques les autres seigneurs en habit de conseiller,

comme par avant ^ .

Matinées, Vm (X<« 4790), fol. 49 v*.

Lundi, V* jour de mars.

Ce jour, les eschevins de Paris ^ ont requiz avoir iiij des seigneurs de céans pour aler en l'ostel de la ville, ouquel ilz et aucuns de TUniversité de Paris doivent estre assemblez à iij heures après midi, comme ilz disoient, pour traiter d'aucunes besoignes touchans le bien du royaume, de la ville de Paris et aussy le fait des gens d'armes estans à présent par ledit royaume à Paris et environ ; si y ont esté commiz maistre J. de Vailly, président, Phelippe du Puiz, R. de Sens et J. de Vitry, conseillers du Roy nostre Sire céans.

Gedit jour, n'a point esté plaidoié, ne n'avoit aucun advocat ne procureur, ne partie ou moult po par le Palaiz pour une moult griefve maladie^ qui generau-

1. D'après les registres capitulaires de Notre-Dame (LL 214, p. 280), Jean Ghanteprime, doyen de Notre-Dame, licencié en lois, décéda le yendredi 23 février et fut inhumé le môme jour, après vêpres, à côté de son prédécesseur, Pierre de Pacy.

2. Les échevins en exercice depuis le 17 août 1413 étaient Pierre Auger, Guillaume Cirasse et Jean Marcel, qui avaient remplacé Jean de Troyes, Garnier de Saint- Yon et Robert du Belloy, appartenant à la faction cabochienne, plus Jean de TOlive, le seul membre de Téchevinage , lequel conserva ses fonctions jusqu'en octobre 1415.

3. Le Journal d*un bourgeois de Paris, p. 49, nous donne de curieux détails sur cette maladie épidémique, nommée le tac ou le horion, simplement la coqueluche, qui sévit avec violence durant le mois de mars et jeta une telle perturbation parmi la population parisienne que le chapitre Notre-Dame, afin de conjurer le mal, crut devoir ordonner une procession. Cette affection, déterminée, dit Juvénal des Ursins, p. 496, « par un vent merveilleux, puant et tout plein de froidures » qui souffla d'une façon continue durant les mois de février et de mars, ne fit que peu de

ment couroit par Paris, par laquelle la teste et tous les membres doloient, et souffroit l'en moult fort reume. Et entre les autres moy mesme ne dormi de toute Geste nuit et ne me puiz soustenir de la doleur de la teste, des reins, des costes, du ventre, des bràs, espaules et gembes, et me grieve sans mesure la sécheresse qui est, qui par especial est ennemie à ma complexion, en quelque saison que ce soit. Si m'en voiz à mon hostel * . Conseil, XIH (X<* 1479), fol. 287 r<».

N'a pas esté plaidoié pour ce que une merveilleuse maladie a entreprins generaument toutes personnes, hors enfans au dessoubz de viij ou de x ans, par laquelle la teste, les espaules, les costes, le ventre, les bras et gembes doloient, et y avoit fièvres et reume moult fort, et telement que au jour d'ui moult po des seigneurs de céans et des advocas et procureurs sont venus^, entreprins de ladicte maladie. Et moy mesme fu hier au vespre en venant de Nostre Dame surprins de ladicte maladie telement que je ne me puiz soustenir, et semble que ce soit lues aut pestis aerea.

Matinées, Vm (X<* 4790), fol. 49 70.

Mardi vj*, mercredi vij*, jeudi viij*, vendredi ix'.

Samedi x* jour de mars.

N'a point esté besoigné en Parlement pour la des-

victimes ; cependant un bien vaillant chevalier, le sire d'Aumont, chargé de porter Toriflamme , succomba aux atteintes de la maladie.

1. Ce second paragraphe figure parmi les extraits donnés par D. Félibien dans son Histoire de la ville de PaHs, t. IV, p. 559.

2. Suivant le Religieux de Saint-Denis (t. Y, p. 283), Ton fut obligé de suspendre les audiences, parce que les principaux avocats avaient une extinction de voix et ne pouvaient plus plaider.

susdicte pestilence de maladie, que adeà invalet ut quasi nullus se abscondere possit a calare ejus^ mais en tant que es églises à peinne Ten puet dire le service à très po de gens^.

GonseU, XHI (X<« 1479), fol. 287 v.

Mercredi, xiiij* jour de mars.

Sur la somme de xiT xxxui frans venant de l'adjudication du décret de certains doaires nagaires appartenans à madame Marguerite de Mailly , criez à la requeste de dame Jehanne d'Ârgonnes et adjugiez à messire Guillaume, seigneur des Quesnes, ont esté délivrez à messire Raoul de S. Rémi, chevalier, V xxxv frans et demi le x"" de novembre, Tan mil GGGG XIII, oye la relation de maistre R. de Sens et T. Tiessart, commissaires en ceste partie, et le xyj* de décembre ensuivant, par l'ordonnance desdiz commissaires et du consentement de Florimont de Beauval, qui s'estoit opposé à la délivrance du résidu de ladicte sonune, ont esté délivrez V Lvn firans et demi auxdiz Flofimont et de S. Rémi, et au jour d'ui par l'ordonnance desd. commissaires relatée par ledit Tiessart et du consentement de messire Gharles de Greseques, chevalier, qui alias s'estoit opposé à la délivrance dudit argent, a esté délivré audit messire Raoul de S. Rémi tout le résidu dudit argent et rendue la cedule à J. Le Mareschal, changeur, qui avoit ledit argent en garde et depost de par la Court.

Ce jour, J. Roussel, conmie procureur de messire

1. On lit dans le Journal d'un bourgeois de Paris, p. 50, que, par suite de la « toux et de l'enroueure, le clergé fut obligé de ne plus chanter de l^aultes messes. »

J. de Bains, chevalier, bailli de Yermandois, s'oppose à l'entérinement des lettres de don que l'en dit avoir esté fait dudit office à messire Pierre de Beauvoir, chevalier, ou à autres, et à la réception et institution dudit messire Pierre ou autres.

Matinées, Vm (X«* 4790), fol. 50 ro.

Jeudi, XV* jour de mars.

Cedit jour, a esté receu en office de bailli de Vermendois par lettres royaulx messire Pierre de Beauvoir, chevalier, seigneur de Bellefonteinne, sauf l'opposition hier faicte au contraire par le procureur de messire J. de Bains, chevalier, bailli d'icellui bailliage. Conseil, XIH (X<* 1479), fol. 288 r^.

Venredi, xvj* jour de mars.

Ce jour, a esté levée la main du Roy du temporel du prioré de Foissy lez Troies au profit de fi*ere Giles Lembert, prieur xl'icellui prioré, jusques à ce que autrement en soit ordonné, du consentement du procureur gênerai du Roy.

Lundi, xix* jour de mars.

Depuiz le juedi premier jour de ce moiz de mars jusques à ce xix* n'a esté plaidoié céans pour la gênerai maladie qui a couru, dont est mention faicte le v* de cedit moiz, et laquelle m'a tenu comme pluseurs autres par xvj jours sans partir de mon hostel ou po.

Matinées, VUI (X«* 4790), fol. 50.

Mercredi, xxj* jour de mars.

Ce jour, sur ce que le Ghancellier avoit mandé par l'un des presidens de céans que l'en esleut ij des seigneurs de céans, et les nommast la Ciourt pour aler en

compaignie du Roy que l'en dit qui welt aler en armes à Senliz, à Gompiegne et à Suessons qui out désobey au Roy, et par especial Gompiegne et Suessons, comme l'en dit, et tiennent garnisons de gens d'armes qui pillent et ont pillié le païz de Yaloiz et la ville d'Ay sur Marne, où ont prins pluseurs preudommes et emmené prisonniers pour rançonner^. Si a délibéré la Court que à elle n'apartient point d'eslire oudit cas, mais au Roy ou à son Conseil, et la Court est preste d'obéir et les envoier au Roy, neantmoins la Court a nommé à ce que dit est maistre Guillaume Chanteprime, maistre des Requestes de l'Ostel, maistre Oudart Gencien, maistre Jaques du Gard, maistre Pierre Buffiere et maistre Regnault de Sens, desquelx le Roy pranra les ij telx que voudra^, et m'a esté enjoint que ce je reporte et die audit Chancellier, ce que j'ay fait et lui ay baillié par escript lesdis noms.

1. Les gens de guerre qui occupaient la place de Gompiegne au nom du duc de Bourgogne, 80us les ordres de Hue de Lannoy, de Martelet du Mesnil, du sire de. Saint -Léger et d'Hector de Baveuses, rayagèrent complètement les terres du duc d'Orléans, parcourant le comté de Valois, faisant prisonniers et rançonnant sans pitié les gens des campagnes, enlevant le gros et le menu bétail (cf. le Religieux de Saint-Denis, t. Y, p. 291).

2. Guillaume Ghanteprime et Oudart Gencien, qui furent désignés, accompagnèrent le Roi à Tarmée et eurent Toccasion d'exercer leurs talents de négociateurs. Gharles YI, se trouvant sous les murs de Gompiegne, fit sommer la place de se rendre et y envoya les personnages en question qui furent reçus à la barrière et développèrent leur créance, mais sans le moindre succès, c La response de ceux de Gompiegne fut bien briefve, c'est assavoir, qu'ilz ne feroient quelque obéissance. » Les députés de Gharles VI, revenus à Senlis, lui annoncèrent que ni les menaces ni les conseils n'avaient pu vaincre l'obstination de ses ennemis (Juvénal des Ursins, p, 497; Religieux de Saint-Denis, t. V, p. 293).

Mercredi, xxviij* jour de mars.

Sur la requeste faicte par maistre Guillaume Le Duc, conseiller du Roy ou Ghastellet, que la Court voulsist agréer la résignation de maistre Hébert l'Escripvain, conseillier lay céans ^, laquelle voloit faire à son profit de Toffice de conseillier qu'il avoit céans pour contemplation dudit Duc qui estoit son parent de par sa mère et homme de bonne renommée et suffisant et licencié en loiz et bachelier en décret, et que rEscripvain estoit moult ancien et imbecille et maladif, et que plus ne povoit servir, et icelle agréé, poursuiroit son don du Roy, lequel en pleust à la Court le recevoir, ont esté commiz maistre Mahiu Canu et Jaques du Gard à interroguer ledit Escripvain, à savoir se à ladicte résignation avoit pacUon ou convention. Oye leur relation qui estoit que, contemplatione predicta et sans paction, maiz sponte se faisoit ladicte résignation, et aussy oy ledit Duc et interrogué céans par serment sur ce que dit est, et qu'il est apparu à la Court qu'il n'y a eu aucun pact illicite, la Court, après ce que accordé avoit que ladicte relation faicte au Chancellier par lesdiz commissaires qui a esté faicte et par ce accordé ladicte requeste, au jour d'ui a esté receu ledit Duc en conseillier de céans ou lieu de maistre J. Luillier, qui a esté reçeu ou lieu dudit Escripvain en la Grant Chambre.

Ce jour a esté ordonné que maistre Simon de Nanterre, M. du Roz, Ruffiere, R. de Sens, Ja. du Gard, Phelippe du Puiz, Q. Tiessart, M. Canu, A. de Cam-

1. D'après Blanchard (Catalogue des conseillers, p. 12), Hébert l'Escripvain était conseiller depuis 1391.

m JOURNAL

bray, Ja. Branlait iront à S. Pol au Conseil proposer et requérir pour le bien du Roy et de son royaume ce qui fu advisé et conseillié à la fin du Parlement derrien touchant les finances de ce rovaume et les franchises de TEglise, lesquelles finances l'en transportoit sans mesure en court de Romme pour eveschiez et autres gros bénéfices avoir*.

Venredi, xxx" jour de mars.

Sur ce que maistre Jaques du Gard, conseillier du Roy en la Chambre des Enquestes, requeroit estre receu en la Grant Chambre ou lieu de maistre Hébert TEscripvain, nagueres conseillier en icelle Chambre Grant, attendu que le Roy par ses lettres adreçans à la Court avoit octroie audit du Gard que le temps qu^il avoit servi aux Requestes du Palaiz depuiz janvier IIIP* XVI jusques en aoust CCCC lui fust compté, et que en icelle Grant Chambre fust receu avant tout autre qui n'auroit servi en ladicte Chambre des Enquestes par avant ledit an IIII^^ XYI, à quoy maistre J. Luillier, conseiller en la Chambre des Enquestes, s'estoit opposé en disant inter cetera que en icelle Chambre des Enquestes il avoit esté receu et servi avant ledit

1. Juvénal des Ursins (p. 496), en parlant de la yenue à Paris du légat du Pape < pour le faict des grâces expectatives et promotions à prélatures, » s'élève contre les scandaleux abus auxquels donnait lieu la collation des bénéfices qui s'obtenait à beaux deniers comptants ; il dit même que « les églises se bailloient au plus offrant et dernier enchérisseur > et que les Lombards de Paris se chargeaient d'envoyer l'argent à Rome et réalisaient de la sorte des profits considérables. Aussi « Tor et l'argent du royaume se vuidoit merveilleusement, car il n'y avoit si petit laboureur qui ne voulust faire son fils homme d'église et bailler argent pour avoir une grâce expectative. »

du Gard et par ce devoit monté en ladicte Chambre avant ledit du Gard. Finablement la Court a dit, veues les lettres dudit du Gard et tout considéré, que la requeste d'icellui du Gard ne lui sera point faicte, ne ses lettres entérinées.

Ce jour, ont esté les seigneurs de céans pour la plus grant partie au Grant Conseil qui a esté en ce Palaiz en la Chambre vert pour oïr le cardinal de Pise^, légat de court de Romme, et pour pranre conclusion sur la matière dont est touchié le xxviij^ de ce moiz, qui a esté que lettre sera faicte et scellée pour exécuter ce qui à la fin du Parlement derrien avoit esté conseilliez maiz elle ne sera exécutée jusques à ce que xij conseillers du Roy qui seront députez averont advisié certeinnes responses et bulles qu*a baillé ledit cardinal sur pluseurs poins requiz par le Roy au Pape, et leur relation faicte, le Roy fera exécuter ladicte lettre, si semble bon, et intérim seront gardées lesdictes lettres

par*

Gonaeil, XHI (X«« 1479), fol. 289 r* et y*. ^

Mardi, iij* jour d'avril.

Ce jour, a esté receu maistre Guillaume Toreau^ en

1. Alamanno Adhemari, Florentin d'origine, archevêque de Tarente puis de Pise, envoyé en 1411 comme légat en France par le pape Jean XXIII, reçut, le 6 juin de la même année, le chapeau de cardinal; il figure parmi les prélats qui assistèrent au concile de Constance; légat de Martin Y en Espagne contre Pierre de Luna, il mourut de la peste à Tivoli, le 17 septembre 1422. .

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