ÉTUDES SUR LE VENIN DE LA VIVE (TRACHINUS DRACO
Par M. A. BRIOT
Docteur es sciences, attaché à la station zoologique de Wimereux.
La croyance à Texistence de poissons venimeux, après avoir passé par les phases les plus conti*adictoires, a fini par être généralement admise, surtout' après les observations d'Almann, Gunther, Gressin, Bottard et Parker.
En ce qui concerne la vive, ces derniers auteurs décrivirent la glande venimeuse, relatèrent de nombreuses observations d'accidents survenus à des pécheurs et firent même quelques expériences sur des animaux de laboratoire.
Chez les vives, il existe deux appareils à venin : l'un operculaire, Tautre dorsal. Je rappellerai rapidement leur constitution.
Appareil operculaire. — L'os operculaire est continué à l'arrière par une épine dirigée d'avant en arrière, articulée avec le préopercule. Dans la position de défense, l'animal redresse l'opercule et l'épine fait un angle de 30 à 40^ avec l'axe du corps. Cette épine est canaliculée en dessus et en dessous et, vers la base, le canalicule est en connexion avec une petite cavité conique creusée dans l'os même. C'est dans les cannelures et dans les cavités coniques que sont deux petites masses pulpeuses, ce sont les glandes à venin, formées de grosses cellules à contenu granuleux, à noyau peu visible. Le venin, par pression de ces masses sous le doigt, s*écoule le long des cannelures en très faible quantité, et c'est à peine si une petite goutte d'un liquide transparent vient perler à l'extrémité de Tépine.
Appareil dorsal. — La première nageoire dorsale est formée d'épines réunies par une membrane noirâtre. Le tissu de cette membrane le long des épines est glandulaire. Et à la pression du doigt, il vient sourdre à l'extrémité de l'épine une gouttelette de liquide encore plus faible que dans le cas de l'épine operculaire.
La piqûre par l'un quelconque de ces appareils provoque par pression mécanique l'écoulement de ce liquide dans la plaie et il en résulte une douleur immédiate très forte, puis le membre blessé se tuméfie, s'enflamme, et il peut s'ensuivre un phlegmon gangreneux. Bottard a donné dans sa thèse le détail de nombreux accidents arrivés par piqûres de vives, et les cas personnels que je pourrais relater ne feraient qu'allonger inutilement la liste des observations déjà consignées.
Les expériences sur animaux de laboratoire ont été jusqu'ici très sommaires. Gressin* et Bottard* extrayaient le venin directement de la glande, soit au moyen d'une pipetle effilée, soit par pression du doigt le long de l'épine venimeuse, et Tinjectaient à des doses d'une goutte ou d'une demigoutte dans le tissu musculaire de poissons, de grenouilles, de rats ou de cobayes. Le poisson, le cyprin doré par exemple, auquel on injectait dans le flanc le venin de la vive, s'incurvait, manifestait une grande agitation, et mourait au bout de 2 ou 3 heures.
Chez le rat ou le cobaye, l'injection de venin dans la cuisse était suivie de paralysie et de la mort après formation d'un œdème.
Phisalix^ a fait aussi quelques recherches sur le venin de la petite vive, ou toquet (tracbinus vipera). Il faisait macérer toutes les épines dans Teau salée chloroformée ou dans l'eau glycérinée, et inoculait au cobaye le liquide de macération. A la suite de l'injection à la patte, il observait une forte douleur, un gonflement, de l'œdème, puis la mortification des tissus. En 2 ou 3 jours l'animal mourait. Mais l'ensemencement du sang était fertile, aussi Fhisalix conclut-il que la mort était non pas due à TefTet du venin, mais était le résultat d'une infection secondaire.
Tel était l'état de la question lorsque je l'ai abordée. Mes expériences n'ont porté que sur une seule espèce de poisson venimeux, sur la grande vive (trachinus draco).