IV. — Action bémolytique du venin de vive
Nombre de toxines bactériennes, de serums provoquent Thémolyse. De même le venin des serpents dissout très énergiquement les globules rouges, et les conditions de cette hémolyse ont été déterminées par le D' Calmette.
Il a montré que la dissolution de globules bien lavés à Teau physiologique, parle venin, ne se produisait que si on ajoutait du sérum normal chaufTé à 60^. L'adjonction de sérum normal non chauffé ne provoque pas rhémolyse.
Le sérum renferme à la fois une sensibilisatrice et une antihémolysine ; la dernière, moins Ihermostabile que la première, est détruite à 56* et dans le sérum normal persiste seule la sensibilisatrice.
J'ai fait avec le venin de vive des expériences parallèles à celles du D' Calmette sur le venin de cobra.
Dans une série de tubes à essai, je mets une goutte de globules bien lavés, en suspension dans 2 centimètres cubes d'eau physiologique. J'ajoute G ce. 2 de sérum normal chauffé une heure à 60*, et des doses variables de la solution glycërinée de venin : 10, 12, 15 ou 20 gouttes de venin. On constate qu'au bout d'une heure et demie l'hémolyse est complète dans les tubes qui ODt reçu le venin. Les deux séries de témoins préparées, Tune sans venin de vive, l'autre sans sérum normal chauffé à 60®, sont restées intactes, sans que la moindre hémolyse s'y produise ,
Lorsqu'au lieu d'y mettre du sérum normal de cheval chauffé, pour sensibiliser les globules, on met du sérum non chauffé, on constate que dans ces conditions le venin ne provoque plus l'hémolyse. Il y a dans ce cas, comme dans le cas du venin de serpent, une antihémolysine naturelle dans le sérum normal ; et cette antihémolysine est facilement détruite par la chaleur.
L'hémolyse a lieu par le venin de vive dans les mêmes conditions que par le venin de serpent, mais il est bon de remarquer que l'action hémolytique est beaucoup moins intense, beaucoup plus lente qu'avec le venin de cobra. Avec ce dernier, l'hémolyse débute presque aussitôt que l'on a mis le venin en présence du mélange de globules et de sérum chauffé. Avec le venin de vive, il y a, au contraire, un temps mort assez long, et l'hémolyse ne commence jamais moins d'une demi-heure après la confection du mélange.
On aurait pu supposer que la glycérine de la solution du venin de vive était un agent sufîisant à lui seul, ou bien pour provoquer, ou bien pour supprimer ou raleutir l'hémolyse. Les expériences que j'ai faites pour répondre à cette objection ne laissent aucun doute.
L'hémolyse par le venin de cobra n'est ni empêchée ni retardée par l'adjonction de glycérine en quantités variables ; et une série de tubes témoins renfermant les globules lavés, le sérum normal chauffé et de la glycérine, restent intacts.
Ce pouvoir hémolytique du venin de vive n'est pas facilement détruit par
la chaleur. Gar avec du venin chauffé une heure à 75**, ou 20 minutes à lOfr. l'hémolyse n'est que ralentie, mais elle a encore lieu.
Nous avons vu que le sérum antivenimeux de Calmetté n'ag'issait pas sur le venin de vive et que ce n'était pas une des moindres raisons de croire à la non-identité des deux sortes de venin. Ce sérum empêche très vigoureusement Taction hémoly tique des venins de serpent. Mais -si on l'ajoute, même en grande quantité, à de nos tubes renfermant la suspension de globules, le sérum normal chauffé et le venin de vive, l'hémolyse n'est ni empêchée ni relardée. C'est là aussi une grande raison pour établir une distinction entre les hémolysines des venins de serpent et du venin de vive.