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V. — Immunisation des lapins contre le venin de vive

L'action du venin de vive sur le lapin n'est pas toujours mortelle. Par inoculation sous la peau, même en quantité considérable, il se produit d'importantes escharres, qui se guérissent parfaitement à la longue. Lorsque Tinjection est faite à très faible dose dans \ù veine, l'animal n'est que passagèrement incommodé. Arriverait-on à immuniser ces animaux contre des doses plus fortes et sûremQut mortelles? Ce qui avait pleinement rénssi pour les venins de serpent et pour nombre de toxines bactériennes et végétales, se réaliserait-il aussi pour le venin de vive? La mithridatisation est^lle possible aussi dans ce cas?

Les résultats de mes recherches sur ce point ont été nettement positifs, et j'ai pu obtenir, par quelques injections progressivement ménagées, des lapins absolument insensibles au venin de vive. L'histoire détaillée de quelques-uns de mes animaux d'expérience présentera, de la façon la plus claire, les faits que j'ai observés.

Lapin n^ 1. — Ce lapin de 1700 gr. a reçu le 5 juin ^«''jS de venin sous la peau du ventre et 5 ce. sous la peau de la jambe d'arrière. Les accidents consécutifs ont été décrits dnas un chapitre précédent.

Le 30 juin, la plaie de la patte est en bonne voie de guérison, celle du ventre est guérie. On injecte à nouveau 3 ce. de venin sous le ventre. Il s'ensuit une grosseur qui disparaît en 4 jours sans sphacèle.

Le 14 juillet, ce lapin reçoit l'^^S de venin dans la veine marginale de Toreille, sans ressentir le moindre malaise, tandis qu'un témoin meurt en 2 minutes de l'injection intraveineuse de 0<'<*,5 de venin.

Ce lapin n° 1 avait donc acquis une immunité assez accusée à la suite de deux injections sous-cutanées, puisqu'il reçoit impunément une dose trois fois supérieure à la dose mortelle pour le témoin.

Ce lapin est mort accidentellement le 17 juillet d'une septicémie hémorrhagiquo.

Lapin n<» 2. — Le 5 juin, un lapin de 1915 gr. reçoit une première inoculation de 5 ce. de venin sous la peau du ventre. Il y a de l'œdème et du sphacèle guéris le 15 juin.

Le 24 juin, le poids est devenu 2050 gr. Une deuxième inoculation de 5 ce. est faite sous la peau du ventre. Encore un peu de sphacèle vite guéri.

Le 30 juin, poids 1975 gr. Une première inoculation intraveineuse de 1 ce de venin. Aucun malaise. 0'^*',5 de venin avait tué un témoin en 2 minutes.

Le 14 juillet, poids2200 gr. Nouvelle injection intraveineuse de 2cc.de venin.

Le 23 juillet, je saigne l'animal à la carotide.

Cet animal, comme le précédent, a pu supporter des doses plus que mortelles dans la veine, à la suite de deux injections sous-cutanées. L'immuniàation contre le venin de vive est donc assez facile et relativement très rapid««

Lapin n° 3. — Un lapin de 1805 gr. a reçu le 25 septembre 1 ce. de venin à la patte d'arrière gauche* Il y a eu de la paralysie, de rœdème, puis un peu de sphacèle nécrosant de la patte.

Le 4 octobre, l'animal reçoit impunément O^^^tb de venin dans la veine.

Le 20 octobre, nouvelle inoculation intraveineuse de 0^,1 dans la veine.

Le 6 novembre, injection intraveineuse de 0«%25 de venin.

Le 14 novembre, injection de 1 ce. de venin sans aucun malaise- Ce jour-là, (y^^lb de venin introduit dans la veine de l'oreille d'un lapin de 1100 gr. le tue en. 2 minutes.

Dès une première inoculation sous-cutanée, Tanimal se montre moins sensible au venin introduit par la voie veineuse et la résistance est devenue très forte après 4 inoculations, dont 3 dans la veine.

Lapin n° 4. — Ce lapin de 2145 gr. reçoit d'abord le 4 octobre impunément dans la veine de l'oreille 0^^,25 d*un venin qui avait perdu son activité. Le mémo jour, on inocule 2 ce. de ce même venin à la patte. Il n'y a aucune suite fâcheuse au traitement.

l-.e 8 octobre, j'inocule à la patte 1 ce. d'un nouveau venin très actif.

La série classique des accidents se produit.

Le 6 novembre, l'escharre est à peu près guérie. Ce jour-là j'introduis à l'autre patte 1 ce. du venin. Cette injection est très bien supportée sauf une paralysie très passagère, mais il ne se produit ni œdème ni escharre comme à la suite de l'injection du 8 octobre.

Dans ce cas, nous sommes arrivé rapidement à l'immunisation contre les effets locaux du venin.

Le 14 novembre, le lapin reçoit impunément 0''%5 de venin dans la veine de l'oreille. Donc l'immunisation contre les effets foudroyants du venin est acquise aussi.

Jusqu'ici l'immunisation n'a été obtenue qu'en commençant le traitement par des injections sous-cutanées; or, ces injections ont toujours provoqué de graves accidents locaux, longs à guérir. Je n'ai cité que les cas des lapins qui ont résisté. Mais nombre d'autres ont péri dans le traitement, car il était difficile de les mettre à l'abri d'infections secondaires. Les plaies étendues, non suppurantes, qui résultaient de l'injection du venin étaient une porte grande ouverte aux agents microbiens. J'ai cherché à immuniser en partant comme injections de début, d'injections intraveineuses. Mais la limitation des doses est extrêmement délicate, l'immunisation est très lente, on ne peut augmenter que très lentement la dose, et il m'est toujours arrivé, à un moment donné, de la dépasser et de voir mon animal en cours d'immunisation périr en deux minutes.

J'ai également essayé de débuter par des injections de venin détruit par la chaleur, mais, après une ou deux injections, je n'ai constaté encore aucune augmentation de la résistance de l'animal.

Mais il est un moyen qui m'a parfaitement réussi, c'est celui qui consiste à employer comme liquide d'immunisation un mélange de venin et d'un sérum préventif. Le lapin n« 2 m'avait procuré, par la saignée, un sérum doué de propriétés préventives contre le venin très actives. Et la première injection intraveineuse du venin était précédée d'une injection de sérum. De la sorte on pouvait tout de suite forcer la dose de venin et on évitait tous les accidents consécutifs d'une injection sous-cutanée*

Je citerai quelques cas en détail, pour montrer la facilité avec laquelle l'immunisation s'obtenait de cette manière.

Lapin n® 5. — Cet animal reçoit le 24 juillet 2 ce. de sérum du lapin n«2 dans la veine de l'oreille, puis une demi-heure après, 0««,5 de venin. L'animal n'est nullement incommodé. *

Le 22 août, c'est-à-dire presque un mois après ce premier traitement, une 2» injection intraveineuse de 0*^,5 de venin est très bien supportée. Une dose de 0<^,25 tuait un témoin en 4 minutes.

A partir de ce jour les injections intraveineuses de venin se succèdent sans accident.

Le 29 août, 0°S5; le 10 septembre, 0«S25 ; le 18 septembre, 0^%^] le 25 septembre, 1 ce, et le 6 octobre le lapin est saigné.

Lapin n® 6. — Le 24 juillet, injection préventive dans la veine de 2 ce. de sérum du lapin n° 2 suivie une demi-heure après d'une injection intraveineuse de V,2 de venin. Il y a un fort abatterï«ent accompagné de dyspnée. Cet état dure une heure environ. L'immunisation se maintient et le lapin reçoit des injections intraveineuses successives de venin.

Le 22 août, 0'^s25; le 29 août, 0«<^,25 ; le 10 septembre, 0«^,25 ; le 18 septembre, 0««,5.

Le 25 septembre, au lieu d'inoculer dans la veine, j'essaie une inoculation de 1 ce. de venin dans la patte.

Il ne s'ensuit aucune paralysie, aucun œdème ni sphacèle à la suite.

Le 6 octobre, nouvelle inoculation de 2 ce. de venin à lapatte, sansaccidcnts consécutifs.

Le 10 octobre, injection à la patte de 1 ce. d'un venin nouvellement préparé, plus actif que le précédent, encore pas d'accident.

Le 20 octobre, injection intraveineuse de (y^,2b do venin.

Le 5 novembre, ce lapin est saigné.

Ces deux lapins, 5 et 6, ont donc acquis une forte immunité contre les deux effets du venin, l'effet foudroyant de l'injection dans la veine, et les effets locaux se produisant à longue échéance après les injections sous-cutanées. Et ce résultat a été atteint sans que ces animaux aient le moins du monde souffert, grâce au sérum injecté préventivement.

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