JULES COURMONT ET ANDRÉ
Rohnstein (1900), les cas russes relatés dans la thèse de M^^^ FedoroiT^ sont peu étudiés au point de vue leucocytaire. Strauss et Rohnstein disent même que les polynucléaires sont moins diminués que les mononucléaires; cependant, comme le fait remarquer Bard, deux de leurs observations dénotent de la mononucléose (60 0/0 et 86,5 0/0).
. Grawitz * admet, en quelques mots, que l'anémie pernicieuse à bothriocéphale ne se distingue nullement, quant à sa formule hématologique, des autres anémies pernicieuses.
L'observation la plus intéressante est due à Reckzeh^ bien que se rapportant à une anémie due au Tsenia saginata et qui fut mortelle (obs. III de son mémoire). L'auteur fait remarquer que la mononucléose apparente est en réalité une hypopolynucléose.
En somme, l'intérêt de notre observation réside dans l'examen de noire tableau IL II serait capital d'étudier à ce point de vue spécial d'autres cas d'anémies pernicieuses, sans bothriocéphales.
m. — RÉFLEXIONS SUR l'aNÉMIE PERNICIEUSE PAR BOTHRIOCÉPHALE.
L'origine bothriocéphalique de notre cas d'anémie pernicieuse est certaine. L'expulsion du ver a entraîné la guérison immédiate, alors que le repos et la suralimentation n'avaient causé qu'une améhoration très relative, appréciable seulement par l'examen du sang. L'anémie pernicieuse bothriocéphalique est d'ailleurs connue depuis Botkin, Riineberg, Hoffmann, Schauman, etc.
Cette anémie eût été sûrement mortelle, si le malade n'avait pas attiré notre attention sur le ver qu'il avait expulsé en partie, et si nous n'avions pas ainsi été conduits à faire l'examen microscopique des selles. Il faudra donc pratiquer ce dernier dans les cas d'anémie pernicieuse de cause inconnue, même dans des pays où le bothriocéphale est très rare comme à Lyon ♦ et chez des sujets n'ayant jamais voyagé, comme le nôtre.
L'expulsion est habituellement suivie de guérison (Riineberg, Rosenqvist, Schapiro, etc.) ; il y a cependant des cas où le malade succombe malgré elle. Pour Rùneberg, cette guérison habituelle par l'expulsion (18 cas sur 19) est un signe de l'anémie pernicieuse à bothriocéphale. Rosenqvist, sur 18 cas, note 18 guérisons après expulsion.
Pourquoi le bothriocéphale, si commun dans certains pays, cause-t-il si rarement l'anémie pernicieuse? A Genève, on le trouve, dans l'intestin, avec une fréquence de 10 0/0 (Zschokkes) ; à Saint-Pétersbourg, 15 0/0 (Cruse), 25 0/0 (Zander) , 32 0/0 (Kessler) ; les anémies pernicieuses, bien que plus fréquentes qu'en France, sont cependant relativement rares dans ces régions. Il est probable qu'il faut une fragilité spéciale de la moelle osseuse; chez notre malade, les antécédents absinthiques avaient peut-
• M"" Pbdoropf. Thhse de Paris, 1902, inspirée par R. Blanchard.
• Gha"witz. KtÎDische Patlmlogio des Blutes^ 2" édit., 11K)2.
* Hegkzeh. Ueber pernicioso Anœmien {Bsrlincr klin. Woch., 21 et 28 juillet 1902).
* Drivon {Lyon médical^ 4 mai 1902), qui a étudié avec le plus grand soin les vers intestinaux de la région lyonnaise, n'a trouvé, en 29 ans, sur 145 tsnias découverts à Tautopsie* que 7 bothriocéphales dont 3 d'origine genevoise»