CHEZ LES ANIMAUX PRIVÉS DE LA RATE
(Béponse à M. N. C. Paulesco)
Par M. A. PUGLIE8E
(Laboratoire de Physiologie de l'Université de Bologne.)
M. Paulesco, étudiant la sécrétion de la bile chez les animaux splénectomisés 'y est arrivé à des conclusions contraires aux nôtres. Nous avons trouvé que les chiens privés de la rate éliminent une bile beaucoup moins riche en pigments biliaires *. Cette conclusion fut confirmée par MM. Gharrin et Moussu ^. Paulesco, au contraire, nie qu'il y ait aucune relation manifeste entre le fonctionnement de la rate et la sécrétion de la bile par le foie. Gela tient, selon Paulesco, au fait que sa méthode diffère de celle que nous avons suivie. II critique surtout la méthode qui consiste à pratiquer une fistule au fond de la vésicule du fiel et à recueillir le liquide qui s'en écoule. Paulesco affirme < que la bile obtenue dans ces conditions n'est pas normale et n'a pas une composition constante, ce qui du reste, était à [prévoir. En effet, par suite de rétablissement d'une fistule de la vésicule et surtout par suite de la ligature (avec résection) du cholédoque, la bile ne pénétrant plus dans l'intestin et là résorption biliaire intra-intestinale n'ayant plus lieu, sa composition se modifie considérablement: la teneur en pigments et en sels organiques de la bile sécrétée dans ces conditions et recueillie par la fistule — est forcément moindre qu'à l'état normal 3».
La résorption de la bile dans l'intestin n'ayant plus lieu, la bile détournée
* Paulesco. La splénectomie ne modifie pas la sécrétion biliaire {/ourn. de Phyniol. et de Pathol, générale, 1906, t. VIII, p. 22).
■ PuGLiESE. Contribution à la physiologie de la r«e (Archiv f. Anat. und Physiol. [Physiol. Ahtheilung), 1899, p. 60; Policlinico, 1899, t. VI; Arch. ital. de BioL, 1900, t'XXXIIl, p. 359; Bolléitino per le Sciénze mediehe, Bologna/ 1901; Arch, ital de Biol., 1902, t. XXXVIII, p. 257.
* Charrin et Moussu. Fonction biligénique de la rate {Acad. dos Sciences , séance du 10 avnl 1905).
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à l'extérieur par FéUiblisseineat d'une fistule de la vésicule sera moindre que la quantité qui s'écoule dans l'intestin k l'état normal ; cependant nous ne pouvons pas affirmer que la sécrétion biliaire chez les animaux avec fistule biliaire ne soit pas normale. Nous aurons une production de bile anormale seulement lorsque rétablissement de la fistule sera suivi d'altérations du foie. Or donc, nos chiens étaient en très bonnes conditions, et au bout de nos recherches nous nous sommes assurés que le foie était normal d'après les caractères macroscopiques et microscopiques.
Paulesco aurait trouvé une bile anormale chez les animaux à fistule vésicu laire ; mais il aurait dû nous dire en quelles conditions ses chiens étaient placés, si les animaux étaient tenus à une alimentation constante» pour combien de temps et à quelle distance du repas il recueillit la bile. Nous savons que l'alimentation joue le rôle le plus grand sur la sécrétion biliaire. Il est indispensable que l'alimentation soit toujours égale en quantité et qualité, et que la bile soit recueillie pendant une longue période de temps, si nous ne voulons pas qu'elle présente de variations notables dans sa composition.
Paulesco fait remarquer d'autres inconvénients de la méthode de la fistule. Les chiens arrachent leurs canules — souvent il se produit une irritation et même une inflammation suppurative des parois de la vésicule qui se tuméfient et sécrètent un exsudât muco-séreux, parfois muco-punilent, qui se mélange à la bile ; — un animal porteur d'une fistule biliaire se trouve dans des conditions de digestion qui sont loin d'être normales.
Avant tout nous avons placé la canule seulement au moment de recueillir de la bile ; mais est-il possible, du reste, qu'il y ait des expérimentateurs qui fassent leurs recherches sur des animaux qui donnent une sécrétion mucoséreuse, ou, pis encore, muco-purulente??
Enfin nous pouvons admettre que les chiens porteurs de fistule biliaire ne présentent pas de troubles notables dans la digestion, si on leur donne une nourriture convenable. Désormais donc nous savons que ces chiens peuvent survivre longtemps à l'opération en très bonnes conditions.
Paulesco ayant rejeté la méthode des fistules vésiculaires fut obligé d'analyser la bile contenue dans la vésicule biliaire. Mais sa méthode est plus sujette à critique que celle des fistules. Il nous dit que la vésicule d'un même animal, maintenu dans des conditions identiques, renferme toujours à peu près la même quantité de bile et que la composition de cette bile, chez les chiens normaux, est remarquable par sa constance. La bile s'accumule dans la vésicule dans l'intervalle de la digestion . Puis au moment de la digestion, la vésicule se vide sous l'influence de causes différentes. Il est donc très difficile que la vésicule se vide toujours dans la même proportion. Nous savons en outre que la bile se concentre dans la vésicule, où, selon Stadelmann ^, a lieu même une résorption des pigments biliaires et peut-être des sels organiques.
La constance de composition n'existe donc pas dans la bile vésiculaire. Les
' Stadelmann. Der Jeterus, Stuttgart, 1891, p. 80^1 <
SÉCRÉTION BILIAIRE APRÈS SPLÉNECTOMIE iO»
chiffres mêmes de Paulesco ne s'accordent pas avec son aittrmation. Dans le tableau I nous voyons que la teinte de la bile oscille de 1 (n 1) jusqu'à 16 (ii20)» et le résidu alcoolique (mucine) de 0,04 (/2I6) jusqu'à 0,184 (n 5). Dans le tableau II la teinte de la bile oscille entre 1 {n 1) et 15 (n 14) et le résidu alcoolique entre 0,064 (ii 10) et 0,25 {n2). Néanmoins nous Usons paf^e 29 que « la composition de la bile de la vésicule est à peu près constante et que seule la teneur en matière pigmentaire et en mucine (résidu alcoolique) varie dans des proportions considérables avec les individus et même chez un individu donné. »
Est-il donc possible d'afflrmer que la composition de la bile vésiculaire est à peu près constante, lorsque le pigment biliaire, c'est-à-dire un principe spécifique de la bile, présente des variations aussi grandes? Ajoutons que, dans ses deux premières séries d'expériences, Paulesco n'a pas analysé la bile chez le même animal avant et après la splénectomie. Donc les résultats ne sont pas comparables.
Quoique les conditions des expériences de Paulesco fussent mauvaises, si nous faisons la moyenne des chiffres qui dans ces expériences donnent la teneur de la bile en pigments, nous trouvons que les chiens dératés possèdent une bile vésiculaire, en mpyenne, un peu moins riche en matières colorantes.
En réalité nous avons en moyenne S,68 chez les animaux normaux^ et seulement S^SS chez les chiens splénectomisés.
Dans une troisième série d'expériences Paulesco a analysé chez le même animal, à plusieurs reprises, la bile (recueillie par ponction de la vésicule après laparotomie) avant la splénectomie et après la splénectomie. Les trois chiens de cette série furent nourris exclusivement avec du pain de maïs. Nous ne croyons pas que le pain de maïs soit une nourriture convenable pour les chiens. Il faut aussi remarquer que les animaux durent être immobilisés, et on sait que l'animal réagit déjà à la simple contention mécanique. Et cela n'est pas encore tout! La bile fut obtenue après laparatomie. Donc les chiens durent être assujettis à une désinfection très soignée, et, peut-être, ils ont respiré du chloroforme ou reçu du chloral, de la morphine. Est-il possible que laparatomie, désinfection, anesthésie, narcose^ n'aient pas eu des effets considérables sur la sécrétion biliaire et sur la composition du sang? Paulesco ne nous renseigne pas sur ce point très important !
Eh bien ! malgré cela, cette troisième série d'expérience confirme plus encore mes conclusions que les siennes !
Nous ne pouvons donner aucune valeur à la première expérience parce que la teinte delà bile monta, après la splénectomie, de 6,5 (89* jour) à 15 (66* jour). Ici on eut peut-être une destruction globulaire intense par suite de la laparotomie, de la désinfection, de l'anesthésie, faites à plusieurs reprises. Nous regrettons que Paulesco n'ait pas fait l'examen hématologique dans des recherches qui ont un étroit rapport avec les modifications de la substance colorante du sang.
Dans la deuxième expérience, la teinte de la bile qui était 2,5 avant la
' lénectomie, remonta chez le chien dératé à 6,5 au 18* jour apfès l'extirpa-
S70 A, PUGLIBSE
tien de la raie» pour tomber à /,7 au SÔ'' jour. Le doute est bien permis que dans les premiers jours ou ait eu résorption de sang, qui s'écoula peut- ; être dans le péritoine pendant la splénectomie ou tout de suite après Textirr pation de la rate. On peut aussi songer à une action hémolytique, dépendante des causes déjà mentionnées.
Enfin, la troisième expérience s'accorde à merveille avec les nôtres. La ^ teinte de la bile était 6 chez le chien ayant sa rate, et 1,5-2 chez le même animal dératé.
ne ne
Les autres critiques que nous adresse Paulesco, quoique moins importantes que celle faite à la méthode de la fistule biliaire, ne sont pas pour cela plus fondées.
Paulesco fait remarquer que l'addition à la bile de quatre volumes d'alcool absolu ne précipite pas toute la mucine contenue dans cette bile. Il lui est souvent arrivé d'obtenir, même après l'addition de huit volumes d'alcool, un précipité lorsqu'il ajoutait au liquide filtré et limpide une nouvelle quantité d'alcool. Nous ferons remarquer, à notre tour; que la bile vésiculaire obtenue par notre contradicteur contenait beaucoup plus dé mucus que la nôtre. En réalité dans les expériences de Paulesco le résidu alcoolique (mucine) atteignit quelquefois 2,5 0/0. Nous nous étonnerons plutôt que Paulesco n'ait pas calculé le résidu sec sans le mucus. La mucine n'est pas un principe essentiel de la bile, et sa quantité varie grandement, comme le montrent les chiffres mêmes de Paulesco.
Puis nous ne repoussons pas l'idée que l'addition d'alcool absolu, l'agitation du mélange, sa filtration, le lavage du filtre avec de l'alcool bouillant, puissent transformer une petite quantité de bilirubine en biliverdine ; mais nous contestons absolument que nos liquides eussent une teinte verdâtre. En même temps nous avons cherché, comme contrôle, quelle dilution on devait donner à la bile, parce que l'opacité de l'extrémité droite du spectre disparût. Donc les deux déterminations se contrôlaient réciproquement. D'ailleurs la technique employée par Paulesco, de comparer la teinte de la bile avec celle d'un verre étalon n'est pas plus précise que la nôtre.
Enfin dans notre premier mémoire sur la sécrétion et sur la composition de la bile chez les animaux privés de la rate, nous avons déjà fait remarquer que la mucine précipitée par l'alcool entraînait une certaine quantité de pigment que Ton ne pouvait enlever même par un lavage très prolongé à l'alcool. Mais nous avons observé que cette quantité de pigment était trop petite pour pouvoir modifier les valeurs qui viennent d'une détermination surtout comparative, c'est-à-dire non strictement rigoureuse.
Paulesco fait encore remarquer, et avec raison, que Charrin et Moussa ne confirment que jusqu'à un certain point nos résultats, parce que ces expérimentateurs trouvèrent aussi après la splénectomie une diminution notable des principes minéraux et des substances organiques. Mais Charrin et Moussu
nous indiquent eux-mêmes la cause de cette différence, lorsqu'ils disent qu'ils ont analysé la bile surtout au bout de sept à dix jours après la splénectomie. Au contraire, j'ai recueilli la bile beaucoup plus tard, lorsque les chiens étaient guéris et la teneur du sang en matière colorante et en globules rouges normale.
Alors tous les troubles (consécutifs à la narcose, la laparatomie, la suppression d'une branche très importante de la veine porte) disparus, restent seulement les modifications que nous pouvons attribuer à la fonction de l'organe extirpé. Or les connaissances que nous avons sur la rate s'accordent à peu près toutes à démontrer sa fonction hémolytique.
Il en résulte que les animaux peuvent sécréter une bile moins riche en pigments, lorsqu'ils sont privés de la rate. Les autres principes de la bile n'ont pas de rapports avec la substance colorante du sang et en conséquence avec la fonction de la rate.
DE yORIGINE SENSORIELLE DES MOUVEMENTS DE ROTATION ET DE MANÈGE
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