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III

Dans le but de vérifier expérimentalement Tapplication de la théorie précédente à l'explication des mouvements de rotation et de manège observés 4ans les lésions expérimentales unilatérales des centres nerveux, j'ai étudié Teffet exercé sur les cobayes par les mouvements passifs auxquels ils peuvent être soumis sur une plaque tournante. L'expérience est facile à réaliser, les résultats- en sont des plus nets et toujours concordants.

Un cobaye sain, placé sur la plaque tournante, montre une sensibilité très ^ette aux mouvements de la plaque autour de son axe vertical de suspension, et cette sensibilité est égale pour les deux directions de rotation. Pour la constater, on place l'animal au centre de la plaque et on choisit le moment où il se tient tranquille et immobile. On communique à l'appareil un mouvement de rotation modérée et aussitôt l'animal tourne sa tôte du côté opposé au sens de la rotation ; par exemple la rotation ayant lieu dans le sens des aiguilles d'une montre, et entraînant la télé du cobaye de sa gauche à sa droite autour de son arrière-train, l'animal tourne la tête à sa gauche. Au moment où l'appareil s'arrête, la tête se redresse, franchit la ligne médiane, se tourne du côté opposé, puis revient presque aussitôt à la rectitude. Ce mouvement paradoxal est en rapport avec rillusion de rotation contraire, que l'on sent très nettement, à l'état physiologique, au moment de l'arrêt du mouvement, illusion due assurément au retour à la. normale de la pression intérieure du liquide labyrinlhique.

En communiquant à l'appareil des mouvements alternatifs de sens contraire, le cobaye scande exactement, par le mouvement de sa tête, chaque changement. L'expérience réussit toujours, pourvu que le cobaye soit tranquille et indifférent, c'est-à-dire pourvu que les réflexe^ automatiques na

MOUVEMENTS DE ROTATION ET DE MANÈGE %n

soient pas contrariés par l'action de la volonté. Les cobayes jeunes se montrent particulièrement sensibles à cette recherche. Les résultats sont identiques que le cobaye ait les yeux libres ou que la vision soit supprimée par l'application de plaques de diachylum devant les yeux.

Tout autres sont les phénomènes observés, sur les cobayes chez lesquels, par une lésion expérimentale unilatérale des centres encéphaliquesi on a provoqué au préalable des mouvements de rotation et de manège.

La préparation expérimentale consistait simplement à introduire dans la masse encéphalique, par roriflce d'une petite trépanation faite au voisinage de la ligne médiane, une aiguille de seringue de Pravaz, trempée dans l'encre de Chine, pour retrouver ultérieurement le trajet suivi. Les résultats de cette petite opération, faite à l'aveugle, diflèrent suivant les cas : quelquefois l'animal est pris de convulsions assez violentes ou de coma et succombe ^ssez rapidement ; rarement il parait ne rien éprouver ; le plus souvent, après quelques instants de stupeur, il se met à courir en présentant des mou* vements de manège ou de rotation en rayon de roue, qui s'atténuent peu à peu, persistent quelques jours et finissent par disparaître.

Dans la grande majorité des cas le mouvement de manège a lieu du côté opposé à la lésion, par exemple : trépanation droite, manège vers la gauche de l'animal, soit en sens inverse des aiguilles d'une montre; parfois au oonti*aire, assez rarement, le manège a lieu du côté de la lésion, suivant les régions atteintes, ou suivant que l'aiguille a franchi ou non U ligne médiane. Peu importe, d'ailleurs, au point de vue qui nous occupe; le seul point e9senti0l est d'observer, le manège et de noter sa direction.

Le cobaye ainai préparé, porté sur une plaque tournante, est soumis à des mouvements de rotation dirigées alternativement dans les deux sens. L'eSet edt dés plus nets, des plus constants, toujours identique à lui-même, chez tous les animaux observés je puis être très affirmatif, ayant répété cette facile, expérience sur un grand nombre de sujets différents, un très gi*and nombre de fois ; il se résume en une seule règle, l'animal est sensible aux mouvements de rotation dirigés dans le sens contraire à celui de son manège, il est insensible à ceux dirigés dans le même sens que lui.

Sans doute cette différence de sensibilité des deux directions a ses degrés, suivant l'intensité des troubles de la progression spontanée, et suivant le temps écoulé depuis l'ppération, mais elle est toujours des plus nettes; elle persiste plusieurs semaines, parfois plusieurs mois, après la disparition de tout mouvement de manège, de tout trouble apparent dans la marche spontanée.

A une époque rapprochée de l'opération, si le cobaye placé sur la plaque présente au repos de celle-ci un mouvement de manège, sa mise en mouvement dans le sens contraire exagère aussitôt ce mouvement et le transforme en mouvement de roue ; la rotation inverse atténue souvent le manège, quel* quefois elle ne le modifie pas, mais elle ne l'exagère jamais.

Quand le cobaye est immobile, ou qu'il marche en ligne droite sur la plaque, la rotation dé ceUeL-isi provoque aussitôt le manège, ou ne trouble en rien la progression, suivant le sens adopté. La rotation dans le sens où doit se faire le manège ne provoque plus, comme à l'état normal, quand le eobaye est immobile, la déviation de la. tête caractéristique.

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Si l'animal a été très peu atteint, au bout de quelque temps, la rotation faible du sens voulu ne provoque plus de manège, mais elle provoque la déviation de la tête et du train antérieur, poussée jusqu'à Tangle droit avec le train postérieur, la rotation forte continuant à provoquer le manège.

Ces expériences ont été commencées en avril 1905 et poursuivies au cours des mois suivants ; actuellement, janvier 1906, deux des animaux qui y ont été soumis dès le début survivent encore; il y a longtemps que tous les deux ne présentent plus de troubles apparents, mais un seul a retrouvé l'état normal de ses réflexes, l'autre accuse toujours sur la plaque tournante une inégale sensibilité aux deux sens de rotation ; trépané à droite, il présentait à l'origine un manège vers la gauche, une sensibilité à la rotation directe, c'est-à-dire dans le sens des aiguilles d'une montre ; actuellement il réagit nettement à cette rotation par la déviation forte de la tête, ou par ua commencement de manège, suivant la vitesse du mouvement ; il ne réagit que faiblement à la rotation inverse, fléchissant à peine la tète i droite pendant sa durée, et par contre la fléchissant à gauche au moment de l'arrêt, par l'entrée en action de l'impression illusoire qui accompagne cet arrêt.

Les phénomènes qui précèdent sont faciles à expliquer avec la manière de Comprendre le fonctionnement du sens labyrinthique et de ses centres encéphaliques telle qu'elle est exposée plus haut. Le cobaye porteur d'une lésion unilatérale, qui présente des mouvements de rotation ou de manège, 6st en réalité sous l'influence de la paralysie de l'un des centres sensorio-moteurs latéraux de l'équilibre et de la prédominance d'action de celui qui est resté sain. Il a perdu, sinon toujours la perception consciente des mouvements d'une direction, du moins les réflexes régulateurs automatiques que ces mouvements provoquent.

Lorsque le centre paralysé est, par exemple, celui qui est préposé à la réception des impressions des rotations vers la droite (sens direct, sens de rotation des aiguilles d'une montre) il existe du manège vers la droite, parce que ce sont les mouvements automatiques vers la gauche qui sont perdus. . Si l'appareil est mis en rotation directe, le cobaye ne perçoit pas le déplacement, ou du moins celui-ci ne provoque chez lui aucun réflexe; par suite les choses se passent comme si la plaque était immobile, le pianège n'est ni exagéré s'il existe, ni provoqué s'il n'existe pas.

Si l'appareil est mis en rotation inverse, le cobaye perçoit le déplacement auquel il est soumis vers sa gauche, et celui-ci provoque par réflexe un mouvement compensateur vers sa droite ; aussitôt le manège vers la droite est déclanché. En effet ce mouvement n'étant pas lui-même perçu, ou ne provoquant pas de réflexe vers la gauche, dépasse d'emblée la mesure ; de plus, il va se répéter à chaque pas fait par l'animal : en effet, les mouvements des membres qui déterminent vers la gauche, un léger déplacement sont aussitôt compensés parle réflexe qu'ils provoquent vers la droite, alors que les mouvements des membres opposés ne provoquent aucun réflexe compensateur.

Les mouvements spontanés du manège diminuent d'intensité et finissent par disparaître à mesure que l'on s'éloigne du moment de la lésion, d'une part, par le retour du centre lésé à un fonctionnement normal, d'autre part, par la rééducation progressive et l'aideapporté par les autres sens,.ûotammaai

celui de la vue, suivant une loi physiologique générale. Mais tout d*abord, et pendant longtemps, cet aide ou ce retour à l'état normal sont suffisants pour assurer la certitude de la progression sur un sol fixe, mais restent incapables de résister aux difficultés supplémentaires créées par la rotation du sol dans le sens défavorable. Cette réparation et ce retour de la fonction sont d'ailleurs naturellement très variables, suivant le siège et Tintensité des lésions, suivant qu'il s'agissait de troubles inhibitoires passagers ou de phénomènes de déficit persistants.

Le fait que les lésions de régions très multiples du système nerveux sont susceptibles, au même titre, de provoquer le phénomène s'explique facilement, puisqu'il ne s'agit ni de la paralysie, ni de l'excitation d'un centre moteur spécialisé, mais simplement d'une prédominence unilatérale d'actes sensorio-moteurs, faciles à troubler, grâce à l'étendue et à la solidarité des centres et des voies d'association qui participent aux fonctions de l'équilibre. Il est probable en efTet qu'il existe pour ces fonctions des centres cérébelleux dans lesquels s'édifient un premier ordre de réflexes, automatiques et inconscients, et des centres cérébraux, où siègent la perception consciente et où s'élaborent des réflexes supérieurs également importants. La lésion des uns retentit sur les autres, celle de leurs voies d'association retentit sur les uns et sur les autres; l'inhibition temporaire à distance par des lésions de voisijuigenidant, on comprend qu'il y ait bien peu de lésions unilatérales brusques qui ne soient pas capables de troubler leur fonctionnement.

Les mouvements de rotation et de manège, de même que la déviation conjuguée de la tête et des yeux, ne sont, ni les uns ni les autres, des troubles moteurs proprement dits, mais bien des phénomènes moteurs trahissant l'existence de troubles sensoriels unilatéraux. Us sont d'autant plus accusés que les troubles des fonctions supérieures sont eux-mêmes plus accusés, parce qu'ils sont créés par la prédominance unilatérale de réflexes automatiques, que l'exercice de l'attention et de la volonté peuvent masquer complètement. De là leur présence aussitôt après les ictus, leur parallélisme avec les états d'obnubilation et de torpeur post-apoplectiques, leur disparition plus ou moins rapide avec le retour de l'intelligence et de la conscience, malgré la persistance des paralysies purement motrices .

L'observation des paralysies motrices et des anesthésies sensitives chez les hémiplégiques a jusqu'ici accaparé l'attention des cliniciens, au point d'absorber à leur profit les elTets moteurs des anesthésies sensorielles; il est temps d'étudier ces dernières et de faire la part qui doit leur revenir. La déviation conjuguée de la tète et des yeux n'appartient pasàl'hémianesthésie d*un seul de nos sens supérieurs ; à des degrés divers, elle relève des anesthésies unilatérales de la vue, de l'audition et de l'équiUbre ; elle ressortit à l'hémianopsie, à Thémisurdité et à l'hémidésorientation de cause centrale.

Le sens de l'équilibre chez les animaux à vision panoramatique, celui de la vue chez l'homme paraissent jouer le rôle principal; mais celui-ci n'est pas le seul en cause chez l'homme, il peut être suppléé par les autres sens à rétat pathologique comme à l'état normal, et, suivant les cas, c'est l'un o

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l'autre dee trois sens qui est appelé à exercer TinQuence prédominautç. Dans la grande majorité des cas les hémianesthésies sensorielles, qui créent le syndrome de Prévost, sont transitoires et le phénomène disparaît avec elles. Au début, le plus souvent Thémianesthésie porte à la fois sur les. réflexes et sur les perceptions elles-mêmes ; mais les perceptions se rétablissent plus ou moins longtemps avant que les réflexes aient retrouvé leur intégrité; les moyens à employer pour mettre en évidence Tétat des unset des autres difîèrent suivant l'état des malades et suivant le sens considéré. L'examen et l'appréciation de la vision et des réflexes visuels étant plus simples que ceux des phénomènes qui relèvent de l'audition et de Féquilibre, ils prennent tout naturellement le premier rang dans les Qxamens cliniques, mais il importe de ne jamais oublier qu'ils ne sont pas seuls en cause et qu'ils doivent ce rang, moins à leur importance qu'à la facilité de leur constatation.

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