RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR LES ENTÉRITES MUCO-MEMBRANEUSES
Par MM. H. ROGER et F. TRÈM0LIÈRE8
(Planche !II, B)
L'histoire de l'entérite miico-membraneuse est de date récente et cependant le nombre des travaux qu'a suscités l'étude de cette affection est véritablement colossal. Pour expliquer la nature du trouble morbide, bien des hypothèses ont été émises. Mais les hypothèses n'ont d'intérêt que lorsqu'elles s'appuient sur des bases solides et surtout lorsqu'elles sont étayées par des faits expérimentaux.
Peut-on, chez les animaux, provoquer des entérites muco-membraneuses ?
La réponse n'est pas douteuse et déjà plusieurs auteurs ont réussi à déterminer, chez le chien ou le lapin, l'apparition de selles glaireuses.
Dès 1895, MM. Courmont, Doyon et Paviot*, injectant à des chiens de 50 à 60 c. c- de toxine diphtérique, observaient, au bout de trois ou quatre heures, le rejet de matières jaunâtres muco-membraneuses, noyées dans un enduit gélatineux et teintées de sang. La mort survenait subitement vers la cinquième heure. L'autopsie montrait sur la muqueuse de l'intestin une pellicule nacrée très adhérente, recouverte d'un .enduit épais, ocreux, formant des lambeaux tremblotants.
Deux ans plus tard, M. Beaussenat', ayant fait ingérer à des lapins de la viande putréfiée, obtint, en même temps que des appendicites, des lésions diffuses de l'intestin; mais il ne rechercha pas l'hypersécrétion muco-membraneuse.
Avec le travail de M. Gouget^, on voit intervenir l'influence des poisons éliminés par l'orgahisme. Deux lapins qui avaient reçu de petites doses d'urine furent atteints d'une entérite muqueuse bien caractérisée.
* GouBMONT, I>OY(m et Paviot. Des lésions intestinales dans Tintoxicaiion diphtérique expérimentale aiguë (Arch, de pbysioL, juillet 1895, p. 486).
' Bbaussknat. Appendicites expérimentales (77ièse de Pariê^ 1897),
* GouoBT. «EsMii d'aecouiamanôe anx poisons urinaires (Soc. de Biol.y 25 tnars 1899, p. 240). — Entérite muqueuse expérimentale par élimination (Ibid.^ 8 mai 1903, p. 548;.
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Ces résultais passèrent inaperçus. Ils cadraient mal avec les théories régnantes. On tendait, de plus en plus, à rattacher Tentérile muco-membraneuse à des troubles nerveux. Aussi oe fll-on aucune objection au travail de MM. Soupault et JouaustS dont les expériences semblaient établir que Thypersécrétion muqueuse constitue un phénomène réflexe, provoqué et entretenu par l'état pathologique d'un organe abdominal. Les auteurs avaient injecté dans la vésicule biliaire, dans l'appendice, dans la trompe (plus probablement dans la corne utérine) de plusieurs lapins, du lait de bismuth stérilisé. A d'autres animaux, ils avaient décortiqué et mobilisé le rein, ou bien ils avaient ouvert l'abdomen et malaxé fortement l'intestin. Dans tous les cas, ils obtinrent des entérites glaireuses avec expulsion de productions membraniformes atteignant parfois plusieurs centimètres.
L'influence du système nerveux ressort encore des recherches poursuivies, sous la direction de M. Hallion, par M. F. Bernard*. La section ou la ligature de petits fllets nerveux, provenant des plexus mésentériques, provoqua chez le lapin, comme chez le chien, l'apparition de selles glaireuses.
Une objection pourrait être faite aux expériences poursuivies sur le lapin.
Tous ceux qui travaillent dans les laboratoires savent combien il est fréquent de voir les matières de cet animal enrobées d'un mucus épais, visqueux et parfois concrète. On pourrait croire qu'il s'agit d*un phénomène banal, dénué de tout intérêt ou du moins de toute signiflcation. Tel n'est pas notre avis. Le lapin, pas plus que l'homme, ne rejette de mucus quand il est en bonne santé. Seulement, de même que celui de l'homme, son intestin est extrêmement sensible et réagit aux influences les plus diverses. L'expérimentateur a le droit de mettre à profit cette prédisposition pour déterminer les causes et le mécanisme de Tentérite glaireuse.
Tel est le motif pourquoi nous avons choisi le lapin comme sujet d'expériences.
De nos recherches, nous pouvons conclure qu'il est possible de provoquer l'entérite muco-membraneuse par quatre procédés : irritations mécaniques de l'intestin; excitations nerveuses; infections intestinales ou générales; intoxications et modifications dyscrasiques.
I^a clinique nous avait appris, depuis longtemps, que l'entérite glaireuse coïncidait fréquemment avec la constipation. Cette remarque conduit à supposer que les scybales durcies, en irritant la muqueuse, provoquent une hypersécrétion de mucus. U était facile de vérifier expérimentalement cette conception.
A trois lapins nous avons fait ingérer des noyaux de cerise et à un quatrième des perles de verre. Ces corps étrangers étant portés avec une pince
' Soupault et Jouaust. Hypersécrétion glandulaire intestinale, provoquée expérimentalement, chez trois lapins [Soû, de Biol.^ 25 avril 1903, p. &24). — Essai sar la pathogéDio de la colosucchorrée (entérite muco-membraneuse) et en particulier de son origine réflexe (Soc. méd. des hôp., 10 mars 1904, p. fSX-tHl),
' P. IlKRNARD. Goitre exophtalmique et entéro-colite muco-membraneuse. — ContribuUoo à Tétude de la pathogénie de l'entéro-colite muco-membraneuse {Lu PresMê méd., 17 juin 1908» p. 447).
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dans le fond du pharynx, Fanimal les avalait sans trop de difficulté. Au bout de 24 à 48 heures, les crottes expulsées étaient entourées de mucus. On obser* vait en même temps une forte constipation, probablement de nature spasmedique. Chez un de nos lapins, les premières crottes rendues après Tingestion de six noyaux de cerise étaient normales. Celles qui suivirent étaient de plus en plus petites, comme étirées et enrobées de mucus. L'irritation de l'intestin avait abouti à une contracture musculaire et à une hypersécrétion glaireuse.
On peut se demander si le corps étranger agit en irritant directement la muqueuse ou s'il ne met pas en action l'influence du système nerveux. La même question se pose pour chacune des conditions pathogéniques invoquées par les auteurs. Il serait donc fort important d'étudier l'influence des diflérentes parties du système nerveux, central ou périphérique, de. rechercher les effets produits par les excitations centripètes des nerfs périphériques, par les lésions des centres, par les excitations et les sections des filets nerveux se rendant à l'intestin. Nous nous proposons de poursuivre cette étude. Actuellement nous ne pouvons rapporter que des expériences faites sur le pneumogastrique. Nous avons choisi ce nerf parce qu'il se rend, au moins celui du côté droit, au plexus solaire et qu'il joue un grand rôle dans le fonctionnement du tube digestif.
Chez cinq lapins, nous avons faradisé le pneumogastrique droit a la région cervicale. Le courant, d'une énergie de 2 volts, passait par l'appareil à chariot de du Bois-Reymond. La bobine induite était écartée de l'inductrice de 15 à 19 centimètres. Le nerf reposait dans la boucle d'un excitateur à crochet recouvert. La durée de l'électrisation a varié de 10 à 22 minutes.
Pendant le passage du courant, la paroi abdominale de tous nos lapins ondula, soulevée par des contractions intestinales énergiques. Quatre de nos animaux expulsèrent, le lendemain même de l'opération, des crottes enduites de mucus et mêlées de glaires et de muco-membranes, plus ou moins nombreuses ; le cinquième en eut seulement au bout de quatre jours. Le mucus fut dans tous les cas extrêmement abondant, au point de former parfois, sur le plateau où s'accumulaient les matières, de véritables flaques. Bien qu'on n'eût fait pour chaque animal qu'une seule faradisation, l'hypersécrétion muqueuse s'est prolongée pendant plusieurs semaines; dans un cas, elle dura un mois.
La section du pneumogastrique droit, sans doute par suite de l'excitation passagère qu'elle détermine, provoque également le rejet de glaires et de membranes, mais la quantité en est minime et l'expulsion ne se prolonge pas.
Nous avons électrisé le pneumogastrique gauche de sept lapins. Six fois l'hypersécrétion muqueuse fut minime ; une fois elle fut considérable. Il est probable que, dans ce dernier cas, en raison d'une anomalie qui n'est pas rare, le pneumogastrique gauche participait à la formation du plexus solaire.
Il est assez fréquent de voir l'entérite muco-membraneuse s'installer à la suite d'une infection générale ou d'une maladie microbienne à prédominance intestinale^ la dysenterie et surtout la fièvre typhoïde.
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L'observation clinique nous conduit donc à rechercher l'action des mîcrobeB pathogènes, injectés dans le sang ou déposés dans le tube digestif.
Un lapin reçut, par une veine périphérique, 4 c. c. d'une culture de colibacille dans du bouillon. Au bout de 48 heures, Tanimal rendait des matières diarrhéiques, brunâtres, mélangées k du mucus. Au milieu de cet amas liquide, on voyait des crottes molles, engainées par un tube muco-membraneux et réunies en une sorte de chapelet. Deux jours plus tard, l'animai était mort. La dose était trop forte. Aussi à un deuxième lapin avons-nous injecté seulement 1/2 c. c. Dès le lendemain, les selles diarrhéiques contenaient du mucus et de petites glaires. Au bout de neuf jours, les matièi^es avaient repris l'aspect normal et l'animal ne tarda pas à se rétablir complètement.
Cinq lapins ont reçu dans les veines de 0,2 Â 4 c. c. d'une culture de staphylocoque doré. Cette culture étant très virulente, les animaux ont succombé en moins de 24 heures. Tous rendirent des selles mottes ou diarrhéiques, mélangées de mucus épais et parfois de petites glaires.
Nous avons encore introduit, dans les veines d'un lapin, 0 •«, 6 d'une culture de streptocoques, âgée de deux jours. Quarante-huit heures plus tard, les croltes, plus molles qu'à l'ordinaire, étaient entourées de mucus épais ou garnies de petites fausses membranes. Au bout de dix jours l'animal était guéri.
Les troubles intestinaux que nous venons de décrire ne représentent pas une réaction banale que pourrait déterminer tout microbe. Nous avons inoculé à des lapins des cultures d'un létragène un peu spécial, le Teirstgenus ruber, isolé par nous du sang d'un septicémique *. Ce microbe ne se montrait pas pathogène pour les animaux. Les cultures inoculées à la dose de 4 c. c. ne produisirent pas d'entérite muqueuse. Pour tâcher de rendre le microbe virulent, nous avons injecté simultanément 4 c. c. de notre culture et 1 c. c. d'une culture stérilisée de B.prodigiosus. Le résultat fut complètement négatif. L'animal ne présenta aucun trouble et ses matières restèrent normales.
Ces derniers faits nous semblent intéressants, ils démontrent que la réaction intestinale ne se produit que sous l'influence de microbes possédant une certaine action pathogène.
L'intestin renfermant des microbes anaérobies qui pénètrent facilement dans l'organisme et se retrouvent dans le sang beaucoup plus souvent qu'on ne croit, il nous a semblé intéressant de voir si ces bactéries provoqueraient des troubles intestinaux.
Un premier lapin reçut dans les veines 1 c. c. d'un bouillon ensemencé avec le liquide peritoneal d'un lapin mort de péritonite par perforation et maintenu pendant quatre jours à l'abri de l'air. Dans cette culture, d'ailleurs impure, prédominaient le B,perfringens et le M,tenitormis, Au bout de 24 heures, l'animal expulsa du mucus sous forme de glaires ou de concrétions membraniformes entourant les crottes. La guérison survint en une semaine.
La culture étant impure, l'expérience n'est pas concluante. Nous l'avons
< H. Roger et F. Treholières. Septicémie à tétragène (Soe. mèd. des hôpitaux, t^ janvier 1906, p. 89).
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reprise avec la culture pure d*un bacille anaérobie recueilli dans le san^ d'un ehîen sur lequel ou avait pratiqué une occlusion intestinale. Le résultat fut négatif, on .n'observa pas d'entérite muqueuse, pas le moindre trouble intestinal à la suite d'une injection intra-veineuse de 1 cent. cube.
Si' les infections générales retentissent si iacilement sur l'intestin, il est rationnel de supposer que les infections localisées sur le tube digestii doivent provoquer des troubles au moins aussi fréquents et aussi graves. Nous avons donc été conduits à entreprendre deux séries d'expériences parallèles. A un premier groupe d'animaux nous avons introduit des cultures microbiennes dans l'estomac, à un second groupe dans le rectum. Pour éviter Taction nocive de la sonde sur la muqueuse gastrique, nous avons eu recours au procédé suivant : un petit agitateur, enfoncé dans le fond de la bouche, permet aux liquides d'arriver directement sur la paroi postérieure du pharynx et, aussitôt, se produisent des mouvements réflexes qui assurent une déglutition normale. Quand il s'est agi d'introduire les microbes dans le rectum, la muqueuse du gros intestin étant beaucoup moins sensible que celle de Pestomac, nous avons utilisé une simple sonde uréthrale.
Les expériences suivantes, qui ont toujours été faites comparativement, .démontrent que les résultats diffèrent suivant la voie d'injection.
On injecte dans le rectum d*un lapin 2 c. c. d'une culture de colibacille âgée de trois jours. Dès le lendemain, l'animal expulsait des glaires abondantes teintées de rouge ou de brun. Le mucus diminua ensuite progressivement et disparut en une semaine.
L'ingestion de la même quantité de la même culture n'ayant rien produit, l'animal reçut une deuxième dose ; le lendemain des glaires parsemèrent les matières fécales : les crottes, d'abord ramollies, se fondirent en diarrhée et l'animal mourut le septième jour de l'expérience.
Nous avons opéré ensuite avec une culture de staphylocoque doré âgée de S6 heures.
L'animal qui reçut 2 c. c. dans le rectum expulsa dès le lendemain et pendant une semaine, des crottes ramollies, enrobées de mucus et mélangées à de grosses glaires opaques et verdàtres ; le neuvième jour de l'expérience, il était guéri. Celui qui ingéra la même quantité de culture, rejeta du mucus et des glaires, mais en moins grande abondance ; le cinquième jour de l'expérience, les crottes reprenaient leur aspect normal.
Le streptocoque, qui était moins virulent que le staphylocoque, provoqua moins d'accidents.
Le lapin, dont le rectum fut directement infecté par 2 c. c. d*une culture âgée de trois jours, rejeta pendant douze jours des glaires et des matières molles vernissées. L^animal qui avala la même quantité de culture, n'expulsa qii'une seule glaire, après trois ingestions successives.
En utilisant le bacille d'Eberth nous avons obtenu des manifestations plus sérieuses et plus tenaces.
. Un lapin reçut dans le rectum 2 c. c. d'une culture datant de deux jours. La plus grande quantité du liquide injecté fut expulsée ^lussitAt, pendant
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TopératioD. Malgré la dose minime qui fut introduite, dès le lendemain, les selles contenaient une grande quantité de glaires ; l'excrétion muqueuse, mêlée à des matières plus ou moins diarrhéiques, persista jusqu'à la mort qui survint au bout de dix-huit jours.
Chez ranimai qui ingéra la culture typhique, ce fut seulement le huitième jour, après quatre ingestions, que les selles continrent de grosses glaires, analogues aux crachats pneumoniques. Au quinzième jour, une diarrhée intense s^étabht mélangée à du mucus. La mort survint au vingtième jour.
Il n'est pas nécessaire que les agents virulents soient portés sur la muqueuse intestinale pour qu'ils provoquent Tentéro-colite : ils peuvent l'atteindre indirectement, par l'intermédiaire d'une inflammation de voisinage. C'est ainsi qu'on voit parfois l'excrétion muco-membraneuse accompagner une cholécystite. Aussi avons-nous infecté la vésicule biliaire de quatre lapins en y injectant trois à cinq gouttes d'une culture en bouillon de coli-bacille. Le premier lapin rejeta des glaires dès le surlendemain de l'inoculation et jusqu'à sa mort qui survint le septième jour ; sa vésicule présentait des lésions catarrhales. Quelques glaires et des muco-membranes apparurent dans les selles du second au bout de vingt-quatre heures et persistèrent jusqu'à la mort qui survint le cinquième jour; on constata à l'autopsie une cholécystite purulente et hémorragique. Le troisième lapin, atteint d'entéro-colite quarante-huit heures après l'inoculation intra-vésiculaire, mourut le huitième jour de l'expérience ; les parois de sa vésicule avaient un aspect velvétique. Le quatrième, enfin, infecté par un coli-bacille peu virulent, ne rejeta que de petits grumeaux de mucus et cette expulsion ne dura que quatre jours. Contrairement aux animaux précédents, ce lapin resta en excellente santé. On le sacrifia au bout de quinze jours et l'on trouva simplement un épaiasissement assez marqué de la vésicule et quelques amas de mucus dans la bile.
Les microbes n'agissant que par les poisons qu'ils sécrètent, l'infection se résout, comme on sait, en une intoxication. Nous sommes donc tout naturellement conduits à rechercher si des poisons peuvent provoquer des entérites muco-membraneuses. Le champ des expériences est vaste. On peut étudier l'influence de toutes les substances toxiques et médicamenteuses. Notre choix s'est d'abord porté sur les sels de mercure qui, chez les animaux comme chez l'homme, provoquent facilement des lésions intestinales. Leur action est beaucoup plus marquée et plus certaine quand on les injecte sous la peau ou dans les veines que lorsqu'on les fait ingérer ^ Cette remarque trouve une conflrmation dans nos recherches actuelles.
Un lapin reçut, en douze jours» six injections sous-cutanées de 1 c. c. d'une solution de sublimé à 1 0/00 ; le lendemain de la première injection, il fut atteint d'une constipation absolue ; le surlendemain, des glaires un peu teintées de sang apparaissaient dans ses selles ; l'excrétion muqueuse dura tant que l'on pratiqua les injections etnepersistapasplus de deux jours après la dernière.
* Charrin et Roger. Des altérations intestinales dues à Taction du sublimé (Soc. dt BioL. 10 juillet 1886).
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Un autre lapin qui ingéra tous les deux jours, pendant douze jours, 2 c. c. delà même solution, fut légèrement constipé pendant les cinq premiers jours et rejeta du mucus, mais bien moins que le précédent; troisjours après la sixième et dernière injection, les selles redevenaient normales.
Plus intéressante est Taction des substances qui se trouvent normalement dans rorganisme et dont les variations quantitatives surviennent dans certains états morbides et sont parfois considérées comme tenant sous leur dépendance un certain nombre d'accidents. Tel est, par exemple, le chlorure de sodium. Une accumulation de ce sel aurait-elle une influence sur Tinleslin ?
Nous injectons dans les veines d'un lapin 10 c. c. d'une solution hypertonique de NaCl à 10 p. 100. Le lendemain de cette injection unique l'animal évacue d'abondantes glaires ; cette excrétion dure huit jours, s'atténue rapidement et, le dixième jour, l'animal est guéri.
Par comparaison, nous injectons à un autre lapin 30 c. c. d'une solution isotonique de NaGi. Ce fut seulement après quatre injections de 30 c. c. et une cinquième de 60 c. c. que l'animal expulsa quelques glaires.
Nous avons enfin étudié des substances qui se trouvent fréquemment en excès dans l'organisme des arthritiques, c'est à-dire dans l'organisme d'individus nettement prédisposés à l'entérite muco-membraneuse. Ce sont l'oxalate et Turate de soude.
L'oxalate de soude est peu soluble. Nous avons préparé une solution à 2 p. 100 dont nous avons injecté, tous les deux jours, 5 c. c. dans la veine marginale de l'oreille de onze lapins : cinq de nos animaux commencèrent à expulser dans leurs selles un excès de mucus au bout de vingt-quatre heures, quatre au bout de deux jours ; chez les deux autres, l'excrétion muqueuse se fit attendre trois et quatre jours. En général, des glaires transparentes, plus ou moins volumineuses, étaient mêlées aux crottes, que surmontaient parfois, comme de petits panaches, des fausses-membranes blanchâtres. Sept de nos lapins moururent du septième au onzième jour de l'expérience. Trois succombèrent brusquement pendant qu'on leur injectait la solution toxique. Un seul, qui avait reçu en quinze jours cinq injections, guérit vingt jours après le début de l'expérience.
Un douzième lapin reçut des doses plus faibles ; on lui fit, à deux jours d'intervalle chacune, huit injections de 2''°,5 ; il mourut au bout de seize jours, après avoir, dès le second jour, expulsé d'abondantes glaires.
Tous nos lapins furent constipés; leurs selles, rares et peu abondantes, étaient formées de crottes dures, noirâtres, petites, étirées; nous avons même noté chez certains, pendant plusieurs jours, une rétention fécale absolue.
A l'autopsie, le rectum de nos animaux était bourré de crottes dures, recouvertes d'une couche muqueuse plus ou moins épaisse ou de fragments de mucus concrète ; le côlon était rempli de mucus le plus souvent spumeux et l'appendice renfermait des matières fécales délayées dans du mucus ; une bouillie verdâtre, gluante, emplissait le ca3cum ; l'intestin gréle contenait un liquide miiqueux, assez dense dans l'iléon, fluide dans le jéjunum.
Nous avons injecté de l'urate de soude dans la circulation veineuse de trois lapins. Ce sel étant à peu près insoluble, nous avons dû le préparer extempornnément en versant, jusqu'à la limite de saturation, un lait épais d'acide
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urique dans une dilution à 10 p. 100 de lessive de soude. La solution ainsi préparée renfermait, pour 100 grammes, environ l'%30 d*urate de soude»
Le premier lapin reçut un jour 45 c. c. et le surlendemain 35 c. u. de la solution, soit environ 0,60 et 0«',45 d'urate de soude; le 4^» jour de l'expérienoei le mucus apparut dans les selles ; Tanimal mourut le lendemain, au oours de la b^ injection.
Le second lapin, auquel on injecta 45 c. c. de la solution, soit 0*^,60 d'urate, émit au bout de vingt-quatre heures de nombreuses glaires transparentes; Texcrétion muqueuse persista, abondante, jusqu'au 10*" jour, puis s* atténua ; l'animal mourut le 14^ jour.
Le troisième lapin, enfin, qui reçut 85 c. c. de la solution, soit 0*^,40 d'urate, évacua, dès le lendemain de l'injection, des crottes enduites de mucus et mêlées de glaires, et continua d'en rejeter jusqu'à sa mort, qui survint le 5^* jour de l'expérience.
Dans l'intestin de ces trois animaux, le mucus était réparti de la même façon que dans celui des lapins inoculés avec Toxalate de soude.
Les effets produits sont dus à l'action de l'acide urique. Car des injections comparatives de lessive de soude pratiquées sur deux lapins ont bien provoqué l'apparition de mucus ; mais l'excrétion fut moins abondante et beaucoup plus tardive : l'un de nos lapins n'expulsa des glaires que le 1" jour de l'expérience, après 4 injections de 30 à 40 c. c. d'une solution au dixième de lessive de soude normale ; le 10* jour, les glaires et les membranes étaient nombreuses; l'animal mourut le 15'' jour. L'autre lapin reçut une seule injection de 85 c. c; les glaires, très minimes, apparurent au bout de cinq jours ; la mort survint le là* jour. Comme dans les cas précédents, le mucus, concrète ou gélatiniforine dans le gros intestin, était liquide dans l'intestin grêle.
Les conclusions qui découlent de nos recherches expérimentales, semblent évidentes. L'expulsion de mucus, liquide ou concret, ne peut servir à caractériser une affection particulière. C'est un phénomène réactionnel banal, se produisant dans les conditions les plus diverses, et, en tous points, comparable aux sécrétions analogues de l'appareil respiratoire. Pas plus que le crachat muqueux, la selle muqueuse ne représente un élément spécifique.
Si nous voulions discuter les faits cliniques, il nous serait facile de montrer que l'expulsion du mucus est aussi fréquente chez l'homme que chez les animaux et survient également dans les conditions les plus diverses. Tantôt elle accompagne une entérite aiguë; tantôt elle est sous la dépendance de la constipation; tantôt elle survient au cours ou à la suite d'une infection ou d'une intoxication. D'autres fois, elle relève d'un trouble nerveux. Dans certains cas, elle semble en rapport avec une modification dyscrasique. C'est peut^tre dans ce dernier groupe qu'il faut faire rentrer la plupart des observations relatives aux entérites muco-membraneuses rebelles et tenaces. A ce point de vue, nos expériences paraissent assez démonstratives : ce sont les animaux dont le pneumogastrique droit fut électrisé qui ont rejeté les plus belles concrétions muqueuses. En seconde ligne, nous plaçons les lapins soumis à l'action de l'oxalate de soude. Les photographies que nous rapportons
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représentent les matières expulsées par ces deux catégories d'animaux (planche III, B). Dans la figure 1, on voit du mucus concrète, déposé sous forme d'aigrettes à la surface de crottes particulièrement dures. Ces productions fort remarquables proviennent d*un lapin intoxiqué par Toxaiate de soude.
Il est encore intéressant de remarquer que, par nos injections d'oxalate, nous avons réalisé en même temps une constipation expérimentale. Nous avons donc réussi à reproduire l'entérite muqueuse avec constipation, telle qu'on Tobservô chez l'homme.
Il est bien certain que, dans un grand nombre de cas, plusieurs conditions pathogéniques doivent intervenir. L'expérimentation apporte encore un appui à cette remarque.
Chez un de nos lapins, la faradisation du pneumogastrique droit avait provoqué une entérite muco-membraneuse typique; l'animal, dès le lendemain de l'opération, rejetait, par l'anus, d'énormes glaires gélatiniformes et des lambeaux pseudo-membraneux. L'excrétion muqueuse était considérable quand, le 15* jour de l'expérience, nous substituâmes à l'alimentation ordinaire, formée de chou et de son, le régime lacté absohi; le mucus devint moins abondant et, quatre jours plus tard, les crottes d'aspect normal étaient à peine vernissées. Le lapin reçut alors le chou et le son habituels : au bout de 24 heures, des glaires nombreuses et volumineuses reparurent dans les
Un autre lapin, également soumis à la faradisation du pneumogastrique droit et dont nous avions ravivé l'entéro-colite par le massage abdominal, rejetait, le 20^ jour de l'expérience, des crottes ramollies, agglomérées par un épais mucus blanchâtre. Mis au régime lacté, il n'expulsa plus, au bout de deux jours, que des crottes bien moulées et sèches. Le retour au régime ordinaire ramena l'hypersécrétion muqueuse.
En résumé, nous ne croyons pas qu'une formule unique puisse englober la pathogénie complexe de l'entérite ou plutôt des entérites muco-membraneuses. Les théories gastrique, hépatique, infectieuse, nerveusOt la théorie de la ptôse ou de la constipation s'appliquent toutes à des cas particuliers. Le rejet du mucus se produit, nos expériences le démontrent, dans les conditions les plus diverses. Tantôt c'est une manifestation passagère, un épiphénomène peu important; tantôt c'est un trouble tenace, durable ou récidivant, dominant, par son intensité et sa résistance, le tableau clinique et représentant alors le trait le plus frappant du processus morbide.