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EXPÉRIENCE II

Pression artérielle 154»» 81»» 60»» 45»»

Proportion de chloroforme du sang. . . . 44»i^,2 66"», 2 54»«,2 60»»

Dans ces deux expériences la chloroformisation a duré 40 minutes à une heure ; la pression artérielle dont on a pris un graphique est mesurée chaque fois, exactement au moment où Ton fait une prise de sang artériel pour la détermination du chloroforme. On voit que, dans l'expérience II, il n'y a absolument aucun rapport entre les variations de la pression artérielle et celles de la proportion de chloroforme du sang; quand on observe un certain rapport entre ces variations» c'est lorsque, par un effet du hasard, la courbe de pénétration du chloroforme dans le sang artériel se trouve à peu près parallèle à la courbe de pénétration du chloroforme dans les centres nerveux, ce qui est exceptionnel; en effet, la vitesse de pénétration dans les centres ner^ veux estréglée, comme on le verra plus loin, non pas seulement par la valeur de la proportion de chloroforme dans le sang artériel, mais aussi par la vitesse de la -circulation sanguine» facteur essentiellement variable pendant Fanes-

théftie par le chloroforme ; c^esb le raleoiissement de la vitesee de la circulation qui explique Tabsence de rapport entre la valeur de la proportion de chloroforme et l'effet qu'elle produit sur les centres nerveux ou sur la pression artérielle.

Ainsi donc on peut oonclure que :

La valeur de la pression artérielle renseigne sur le degré d intoxication des centres nerveux intra-cardiaques ou du myocarde, mais ne renseigne pas sur la valeur de la dose de chloroforme dans le sang artériel;

2" Il ny a pas de rapport direct entre les proportions de chloroforme du sang artériel et les effets qu'elles produisent.

Cette proposition p^ut être mise en évidence à chaque moment pendant le cours d*une chloroformisation. Je ne citerai comme exemple, pour en donner la démonstration, que les trois faits suivants absolument probants :

A. — Dans une expérience, je trouve au moment exact où survient l'anesthésie et sans que le sommeil soit trop profond, la pression ne s'ëtant abaissée qu'à 11 cent, de mercure, une proportion de 70 milligr. de chloroforme dans le sang artériel, alors que 30 minutes plus tard, une dose de 60 milligr. a provoqué la syncope mortelle.

Ce fait ne signifie pas que la dose anesthésique dans le sang artériel était 70 milligr. et la dose mortelle 60 milligr., il signifie simplement qu'on a pu sans danger, au début de Tanesthésie et pendant une durée assez courte, dépasser la valeur de la dose mortelle sans provoquer la mort. On avait dans ce cas dépassé considérablement la valeur de la dose anesthésique.

B. — Dans une expérience on peut faire monter progressivement la propo^ tion de chloroforme dans le sang artériel jusqu'à 71 milligr., et en ne déterminant la syncope respiratoire qu'à cette limite avec un abaissement de la pression à 2^,5 de mercure, alors que quelques minutes plus tard, une proportion de 54'°r,7 détermine une nouvelle syncope avec un abaissement de la pression artérielle à 6 cent, de mercure.

Ainsi donc une proportion de 60 à 70 milligr. de chloroforme ne peut pas déte^ miner la syncope respiratoire à un moment donné et, quelques minutes plus tard, une proportion de 55 milligr. la détermine.

8** Au cours de ranesthésie^ la proportion de chloroforme peut^ pendant plusieurs minutes {même 10 minutes et plus), devenir supérieure à la dose qui sera plus tard mortelle, sans déterminer la mort et sans même déterminer de syncope respiratoire.

Cette durée dépend de la proportion de chloroforme que contiennent les centres nerveux et de la vitesse de la circulation. Si le sang circule lentement et si la proportion de chloroforme des centres nerveux est encore éloignée de la dose mortelle, la petite quantité de sang qui passe dans les centres n'y fait pénétrer qu'une faible quantité de chloroforme malgré le titre trop élevé de l'anesthésique dans ce sang.

Dans ces conditions, la proportion de chloroforme dans les centres nerveux ne se rapproche que très lentement de la dose mortelle et ne l'atteint qu*eo un temps variable qui peut atteindre 10, 15 minutes et même plus. Si, avant que cette proportion mortelle soit atteinte, on cesse d'administrer l'anesthésique ou si on en diminue simplement la dose, le sang se détitre rapidement dans les tissus autres que les centres nerveux et leè accidents sont évités.

Ces différents faits s'expliquent de la façon la plus simple si Ton considère que, le sang artériel n'étant que le véhicule du chloroforme, l'action deTanesthésique ne peut se manifester que par les proportions de chloroforme qui pénètrent dans les organes actifs, centres nerveux et cœur.

Nous pouvons tirer, comme conclusion de cette série de faits, la proposition suivante :

Il n'y a pas de rapport direct entre les proportions de chloroforme contenues dans le sang artériel et les effets qa^ elles déterminent ; ces effets dépendent non pas des proportions elles-mêmes^ mais de la valeur des quantités de cbloroiorme que les lois de la diffusion permettent au sang de céder aux centres nerveux.

La valeur des quantités qui diffusent dans les centres nerveux dépend du temps pendant lequel la difTusion s'opère et de la vitesse de la circulation du sang.

II est donc impossible d'assigner un effet déterminé à une proportion connue de chloroforme dans le sang, si, à l'indication de cette proportion, on ne joint pas une indication de durée et une indication sur la vitesse du cours du sang, c'est-à-dire sur le degré d'intoxication préalable, la vitesse de la circulation dinainuant à mesure que l'intoxication progresse.

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