DU POULS VEINEUX DES JUGULAIRES CHEZ L'HOMME
(i«r mémoire.)
Par M. L. BARD
Profeneur de clinique médicale k rUoiversité de Genève.
Les veines rapprochées du cœur présentent des mouvements placés sous la dépendance des pulsations du cœur droit; on sait depuis le milieu du siècle dernier que ces mouvements peuvent être constatés sur les veines jugulaires chez Thomme dans certaines conditions pathologiques. Dès le début, Tinsuflisance tricuspide a été signalée comme TafTection la plus susceptible de produire le pouls veineux, mais on n'a pas tardé à reconnaître qu'il se rencontrait en dehors de l'insuffisance tricuspide, voire en l'absence de toute lésion cardiaque ou vasculaire, sous Tinfluence de troubles circula* toires purement fonctionnels.
Bamberger, en 1856, ainsi que les premiers observateurs qui Tout suivi, n'avaient signalé qu'un pouls systolique, synchrone à celui des artères, lié à l'insuffisance tricuspide. Friedreich, en 1865, montra son existence en dehors de cette afTection, sous la forme d'une ascension dicrote, dont la première partie était présystolique et due à la systole de l'oreillette ; il attribuait la seconde partie, systolique, à l'ébranlement communiqué par l'aorte à la veine cave. Potain, en 1868, admet que le soulèvement est dû à la systole de l'oreillette et il ajoute qu'il est suivi de deux dépressions successives, la première due à la diastole de l'oreillette, la seconde à celle du ventricule. Riegel, en 1881, revient à la description de Friedreich, d'un pouls dicrote, mais en admettant que la saillie principale esl due à l'oreillette.
Depuis ce moment et jusqu'à ces dernières années, toutes les descriptions cliniques indiquent : 1^ un pouls veineux dit physiologique, ou encore qualifié de faux pouls veineux, constitué par un soulèvement présystolique, considéré comme lié à l'arrêt ou même au simple ralentissement de l'écoulement du sang, sous l'influence de la contraction de l'oreillette, soulèvement aussitôt suivi d'un affaissement synchrone au pouls artériel, caractère qui vaut à cette forme la dénomination de pouls systolique négatif ; 2'' un pouls veineux patho-
loj^que, dit pouls veineux vrai, constitué par Texistence d'un soulèvement systolique, attribué à la régurgitation du sang du ventricule dans l'oreillette et plus ou moins loin dans la veine, au moins sous la forme d*une onde rétrograde, caractéristique de rinsufUsance tricuspide, organique ou fonctionnelle.
Entre temps cependant, les physiologistes qui se sont occupés de la question, spécialement François-Franck en 1885, et surtout Fredericq \ montrèrent que sur les veines jugulaires des animaux il existait, sans insuffisance tricuspide, un léger soulèvement systolique, que Franck attribue à l'ébranlement provoqué par la fermeture des valvules auriculo-ventriculaires, et Fredericq à la projection brusque de ces valvules du côté de Toreillette au début de la systole venlriculaire. Tousles deux sont d'ailleurs d'accord pour donner l'importance prédominante au soulèvement présystolique et pour attribuer celui-ci à la systole de Toreillette. L'un et l'autre signalent un troisième soulèvement, moins important que les deux premiers, à la fin de la systole ventriculaire ; François-Franck l'attribue à l'abaissement brusque de la base du cœur à ce moment, et Fredericq à la diminution brusque de volume de l'oreillette au moment du retour de la cloison à sa position de repos.
Ce soulèvement delà fin de la systole n'avait pas été constaté chez l'homme, ou du moins n'avait pas attiré l'attention des cliniciens, jusqu'aux études de Mackenzie *. Pour ma part, je l'avais constaté sur mes tracés, je l'avais fait reproduire sur des planches murales destinées à mon enseignement, avant la publication du livre de Mackenzie, mais sans en avoir jamais fait l'objet d'aucune publication. Je le considérais comme tout à fait indépendant de l'insuffisance tricuspide, car je l'avais trouvé spécialement accusé dans des cas d'insuffisance aortique et dans des cas de pouls lent permanent. Je l'attribuais k ce moment au ralentissement éprouvé par le courant veineux à la fin de la systole, par le fait de sa pénétration dans une oreillette déjà pleine et arrivée près de sa limite de distension.
Mackenzie a fait une étude spéciale de ce soulèvement, qu'il oppose, sous le nom d'onde ventriculaire, au soulèvement présystolique désigné sous le nom d'onde auriculaire; il l'attribue, commeje l'avais faitde mon côté, à Tencombrement de Toreillette, mais il en fait remonter l'accentuation à la régurgitation du sang venu du ventricule et à la perte d'élasticité de Toreillette consécutive ; par suite, il y voit la caractéristique de l'insuffisance tricuspide, d'autant plus qu'il nie absolument 1 existence d'une onde systolique due à celle affection ; il attribue, en eflet, uniformément le soulèvement systolique du tracé veineuxàun ébranlementcommuniqué par l'artèrevoisine, et il le désigne pour ce motif sous le nom de crochet carotidien. Mackenzie accei^te ainsi le pouls présytolique physiologique, mais il substitue la notion d'un pouls télésyslolique à celle d'un pouls systolique, comme caractéristique du pouls pathologique tricuspidien. Cette conception, encore récente, n'a pas inspiré, que je sache, de travaux^ français, mais elle paraît avoir été acceptée d'emblée en
* Fredericq. Sur le pouîs veineux physiologique (Travaux du laboratoire, 1889-90, t. III,
Mackenzie. Tnd. allemande. Die Lebre vom Puls^ ir04.
Journal de phtsiol. et de pathol. obnbr., 1006. SO
Allemagne, h en juger par la lecture des publications pjostérieureB dans lesquelles les auteurs ont eu à interpréter des tracés de pouls veineux.
On voit parles détails qui précèdent que la signification clinique du pouls veineux pathologique s'est réduite jusqu'ici au diagnostic de Tinsufflsance tricuspide. Encore n*est-on plus d'accord sur les caractères qu'il revêt en pareil cas, puisque Mackenzie a cherché à renverser sur ce point l'opinion admise depuis Bamberger.
Toutefois, l'utilisation du pouls veineux jugulaire chez l'homme ne s'est pas bornée à celle du pouls pathologique ; quelques auteurs, et Potain en première ligne, ont utilisé le pouls physiologique, c'est-à-dire le soulèvement présystolique, en tant que repère révélateur de la systole auriculaire, pour l'étude de quelques points contestés de la physiologie ou de la pathologie cardiaques. Potain lui a demandé des arguments en faveur de ses théories sur le rôle de Toreillette dans le choc extérieur du cœur, ou sur le mécanisme de production du bruit de galop dans les hypertrophies d'origine rénale. Dans ces dernières années, on s'est adressé à ce pouls présystolique pour préciser le synchronisme de l'oreillette dans les arythmies : autrefois, surtout pour l'étude du ralentissement permanent du pouls ; aujourd'hui, surtout pour rétude des extra-systoles, mises à la mode par les théories ^myogènes d'Engelmann.
Mes propres observations me permettent de penser que le pouls veineux est susceptible d'apporter à la pathologie cardiaque des contributions plus importantes et plus étendues que celles qui lui ont été demandées jusqu'à ce jour ; mais, pour qu'il puisse rendre les services qu'on est en droit d'en attendre, il faut qu'il soit mieux connu, que le mécanisme et la signification de ses divers accidents soient plus exactement précisés et que les cliniciens soient plus familiarisés avec les détails de technique qu'exige son étude.
Bien qu'il n'existe pas chez tous les sujets, le pouls veineux est d'une très grande fréquence lorsqu'on le cherche avec soin ; il se révèle à l'inspection de la base du cou, de préférence à droite comme on le sait, mais il est très rare que sa tension soit assez élevée pourqu'il devienne perceptible à la palpation. L'inspection elle-même est insuffisante pour permettre d'en observer tous les détails, et son enregistrement graphique s'impose dès qu'on veut en préciser les caractères. 11 estcependantpermisd'espérer que les constatations de la simple inspection augmenteront de valeur par la suite, lorsque les recherches graphiques auront permis d'en fixer plus clairement les modalités diverses. Son enregistrement graphique exige des appareils plus sensibles que celui du pouls artériel, radial ou carotidien, voire même que celui du choc extérieur du cœur ; mais lorsqu'on est convenablement outillé il ne présente pas plus de difitcultés que celui de ces derniers.
La respiration tranquille n'entraîne pas d'ordinaire de modifications notables du pouls veineux, mais il n'en est plus de même des respirations difficiles qui accompagnent la dyspnée, ainsi que des respirations volontaires forcées. D'une manière générale, l'inspiration affaiblit les ondes positives, toujours centrifuges, et exagère les ondes négatives, les dépressions, qui sont centripètes ; l'expiration exerce des effets contraires ; toutefois, l'action que les actes respiratoires exercent suf les cavités cardiaques elles-mêmes peut compenser en quelque mesure celles qu'ils exercent directement sur le
courant veineux, comme Ta montré Beccari ^ ; aussi, à moins que Ton ne se propose d'étudier spécialement l'influence respiratoire pour elle-même, il est toujours préférable, quand on constate qu'elle atteint un degré accusé, d'éliminer cette cause d'erreur, en faisant suspendre au malade sa respiration pendant quelques secondes. Toutefois, je le répète, cette précaution est généralement inutile quand il n'y a pas de dyspnée.
Le pouls veineux peutêtre recueilli soit par renregistrement des variations de pression du courant sanguin, soit par celui des variations do volume de la veine elle-même.
Les variations de pression sont trop faibles pour être sensibles aux divers tambours récepteurs, munis de ressorts et de pièces métalliques, tels que ceux
Fig. 1. — A, entonnoir poui* l'onpogistrcment des variations de pression ; B, capsule pour renregistrement des variations de volume.
qui sont employés pour le cœur et les artères ; par contre, on y parvient assez aisément, avec quelque habitude et quelque légèreté de main, en utilisant un petit entonnoir de verre, coiffé par une membrane de caoutchouc mince, sur le centre de laquelle on flxe avec de la gomme un petit bouchon de liège (A, /!(/. 1). Le tracé de la figure 2 a été recueilli parce procédé.
Les variations do volume sont infiniment plus faciles à enregistrer ; les U'acés réussissent chez un bien plus grand nombre de sujets, et ils présentent des détails plus délicats et plus nombreux. J*ai tenu néanmoins à faire également mention du procédé de pression, parce que j'estime que la comparaison des tracés obtenus par les deux méthodes opposées pourra dans Tavenir, dans les cas favorables, contribuer à trancher certains points litigieux. L'appareil le plus favorable pour recueillir les variations de volume de la jugulaire est la petite capsule en aluminium de forme aplatie, proposée par Mackenzie {B, /Iff. i). Cette capsule mesure 0,03 de diamètre sur 0,01 de hauteur ; elle est rectiligne sur un de ses bords, disposition souvent très utile pour prendre un point d'appui sur la face supérieure de la clavicule. On se trouvera bien d'employer quelquefois une capsule plus petite, ou de forme un peu différente, il deux bords rectilignes opposés, dans quelques cas particuliers, chez des sujets maigres, à dépressions cervicales trop profondes.
La capsule doit être appliquée sur la peau de façon à fermer hermétiquement ses bords, mais aussi avec une légèreté suffisante pour ne pas gêner
• Beccari. Modiflcationi rospiralorio del polso venoso flsiologico [Archivio- di tisiologiay 1905, t. II, p. 549).
le libre accès du sang dans la veine; la moindre traction de la peau sufdl à affaiblir ou même à empêcher le tracé. On se trouve bien quelquefois de ramener légèrement les tissus en avant, avec les doigts placés en arrière du cou. La tête doit être légèrement déviée du côté opposé ; on cherchera d'ailleurs au préalable, par tâtonnements, la position de la tête qui rend le pouls le plus apparent, et celle de la capsule, immédiatement au-dessus de la clavicule ou sur les parties latérales du cou, qui donne la meilleure excursion du stylet enregistreur, et le plus de divergences avec Texcursion du stylet relié simultanément à la carotide.
La capsule doit être reliée à un polygraphe par un tambour très sensible: tous les tracés que je reproduis ont été recueillis à l'aide detaraboui's fournis
Fig. 2. — J, pouls de la jugulaire (recueilli avec l'cntonnoii') ; C, carolide; V, venlricule, choc de la pointe; T, ligne des temps, 50 vibrations doubles à la seconde, chaque dent supérieure marque 1/50» de seconde. Ro, remplissage de l'oreilieUe, dépressioQ systolique ; Rk, remplissage du ventricule, dépression diastoliquc ; p, onde positive présystolique; s, onde positive systoliquo ; i, soulèvement télosystolique.
par Verdin et reliés à un polygraphe de Marey. Les appareils du modèle de Dudgeon, même celui de Jaquet, qui en est, je crois, le perfectionnement le meilleur, ne fournissent que des tracés de valeur très inférieure, comme j'ai pu m'en convaincre par des essais comparatifs, l'amplification que permettent les longs leviers du polygraphe de Marey étant indispensable pour des variations aussi délicates, il est utile de joindre aux tracés, une ligne des temps tracée électriquement par un diapason qui donne 50 vibrations doubles
à la seconde; dans les tracés recueillis avec le mouvement lent du polygraphe, la ligne des temps peut être fournie par un chronomètre de Jaquet, qui donne le cinquième de seconde.
Tous les repères doivent être établis, comme il est nécessaire pour qu'ils soient exacts, aussitôt après la prise du tracé, les aiguilles ayant conservé la situation exacte qu'elles occupaient pendant le tracé lui-même.
La lecture des tracés du pouls veineux exige la prise simultanée d'un pouls artériel, le pouls carotidien de préférence, pour permettre d'établir le synchronisme exact des divers accidents. Toutes les (ois que le choc du cœur présente des conditions favorables à son enregistrement il est utile de le recueillir simultanément. Toutefois, la prise du pouls carotidien, voire même celle du choc de la pointe, sont quelquefois de nature à nuire à celle du pouls veineux lui-même, la première par la traction que la pression du tambour récepteur exerce à distance sur la peau, la seconde par la nécessité où Ton se trouve souvent de placer le malade dans un léger décubitus latéral ; quand il en est ainsi, il faut se contenter de recueillir, avec le pouls veineux, celui des tracés artériel ou cardiaque qui ne l'altère pas, fût-ce le pouls radial ouïe pouls fémoral, quitte à prendre ensuite le tracé carotidien concurremment avec ce dernier, pour pouvoir déterminer les rapports du pouls veineux avec le pouls carotidien par les rapports de chacun d*6ux avec le tracé auxiliaire; par exemple, le pouls veineux peut être recueilli avec le choc du cœur seul, et le pouls carotidien ensuite avec ce même choc. A défaut, on peut d'ailleurs utiliser aussi la comparaison du pouls veineux avec un autre tracé quelconque, en tenant compte des différences connues de synchronisme qui séparent entre eux les cardiogrammes et les divers sphygmogrammes.
Les tracés ainsi obtenus présentent une variété et une richesse de détails dont on peut prévoir quelle sera Timportance clinique, dès que Ton aura pu se mettre d'accord sur la signification qu'il convient d'accorder à chacun d'eux. J'ai pu recueillir un certain nombre de tracés, nettement caractérisés, qui me paraissent de nature à mettre en lumière des détails nouveaux et à éclairer les points contestés; leur étude fait l'objet d'un autre mémoire.
DU ROLE DES MODIFICATIONS DE LA PRESSION SANGUINE DANS LA PRODUCTION DE L'ATHÉROME EXPÉRIMENTA
(1**^ mémoire)
l'ai- MM.
A. PIC ET s. BONNAMOUR
Agrégé, médei'ia de rilôlol-Dicii de Lyon. Kx-ioternç des hôpitaii.x de Lyon
Historique. — Depuis longtemps déjà, |>lusieiirs auleurs, étudiant palhogénie de l'alliéroine,ont cherché à reproduire celte lésion chez raniini Us y sont arrivés par des procédés variés, semblant n'avoir rien de comm les uns avec les autres. Frappés de cette diversité, nous nous sommes d mandé s'il n'y avait pas à l'origine de cette altération de la paroi vasculai un mécanisme unique qui pourrait être en même temps considéré comme véritable pathogénie de Tathérome.
Nous relaierons tout d'abord les expériences de nos devanciers, puis no indiquerons les résultats de nos recherches personnelles. Nous laisserons côté tout ce qui a trait aux arlérites infectieuses, que l'on a pu aussi repr duire expérimentalement, mais qui, par leur processus aigu, ne se rapporte nullement à ce qui fait l'objet de notre étude.
De Giovanni* en 1877 est, croyons-nous, le premier auteur qui ait prodi l'alhérome expérimental. Pensant que les troubles nutritifs des parois art rielles qui aboutissent à la dégénérescence athéromaleuse étaient le résull de troubles dans la fonction des nerfs vaso-moteurs, il pratiqua sur d chiens l'expérience suivante : il introduisit à travers deux espaces intercc taux, au voisinage des corps vertébraux, un scalpel spécial, à lame élroil et sectionna le cordon du grand sympathique en deux endroits ; deux jou plus tard la même opération fut répétée sur des points diflérenls. Queiij temps après il tua l'animal; à l'autopsie il constata, sur la portion thoraciqi do l'aorte descendante, des taches jaunâtres disséminées sur la face inter du vaisseau; les plus grosses renfermaient un détritus graisseux. Sun autre chien, la même expérience donna des résultats identiques : à rautopsi il trouva des incrustations athéromateuses au niveau des valvules sigmoid de l'aorte et dans Taorte descendante.
' De Giovanni. Contribuzione alla palogenesia délia cndoarterile [Ana, univ. di Mti di Cir,, février 1877).
ATHÉROME EXPÉRIMENTAL 461
Schnell ^ en 1886 a repris les expériences de de Giovanni, mais n'a pu avoir des résultats aussi marqués.
En 1889 Gilbert et Lion^ ont constaté, après injection de différentes cultures et toxines microbiennes chez le lapin, que la surface interne de Taorte apparaissait hérissée de saillies mamelonnées discrètes ou continentes. A l'examen histologiquo c'étaient des plaquer et des granulations noirâtres, disposées au sein d'un (issu coojonctif scléreux, creusé de vacuoles et contenant des éléments cellulaires; ils en avaient conclu à une transformation scléro-calcaire des parois artérielles.
Boinet et Romary' (1897) ont reproduit expérimentalement des aortites aiguës par des injections de toxines ou de microbes divers, et des aortites chroniques par des intoxications expérimentales. Sur Taorte de lapins et de cobayes soumis à une intoxication par la céruse, ils ont vu apparaître des plaques jaunâtres, résistantes, bien limitées. Les résultats étaient incertains et moins probants avec Tacide urique, Turate de soude et la phlorydzine.
La même année, MoUard et Regaud*, au cours d'expériences sur la myocardite diphtérique, signalent deux de leurs animaux atteints d'uthéronie extrêmement net. Un lapin, ayant reçu plusieurs injections intra-veineuses de toxine diphtérique diluée, présentait toute la surface interne de son aorte rugueuse, opaline, craquelée à la vue et au toucher « comme la surface de certains gâteaux ». Un cobaye, n'ayant reçu qu'une injection sous-cutanée do 0 gr. 05 de toxine diphtérique diluée, avait également son aorte athéromateuse depuis son origine jusqu'à sa bifurcation : Tathérome prédominait à la partie supérieure de Taorte thoracique et à la partie inférieure de l'aorte abdominale ; les artères rénales étaient aussi très athéromateuses.
Rosenblatt, von Eiselberg^ ont constaté de Tathérome après ablation du corps thyroïde.
En 190S Josué^ a montré, le premier, que, par des injections de 3 gouttes de la solution d'adrénaline à 1/1000*, répétées tous les deux jours, dans les veines de l'oreille de lapins de plus de 2 kilogr., on arrivait au bout d'un certain nombre d'injections (8) à produire d'une façon certaine des lésions aortiques plus ou moins étendues rappelant en tout point, macroscopiquement et histologiquement, Tathérome de l'aorte de l'homme. Ces efTets de l'adrénaline ont du reste été confirmés par un grand nombre d'auteurs : Josserand'', Loeper®, Gouget*, Baylac et Albarède*^ Pearce et Stauton*^ Fischer*»,
'SciiNBXX. Lésions cardio-vasculaires d'origine nerveuse (Thèse PariSj
'Gilbert et Lion. Arterites infectieuses et expérimentales [Soc. do Biol., 1888 et 13 octobre 1889).
'BoiNET et KoMARY. Recherches expérimentales sur les aortites {Arch, de Méd, exp., 1897).
*MoLLARn et Rbgauo. Athérome de l'aorte chez les animaux soumis à l'intoxication diphtérique {Soc. de DioL, 17 juillet 1897).
'Cités par Doton, Trêité do Phys. — Morat et Doyon, 1904, art. Corps Uiyroiae.
*Jo8UÉ. Soc. de BioL, 14 novembre 1908; Presse méd, y 4 mai 1904; Journ. de Phys. cl de Path, géa., juillet 1905.
'JossBRAND. Contribution à l'étude physiologique de l'adrénaline {Thèse Paris, 1904).
*LoBPBR. Soc. de Biol.f 21 novembre 1903.
•GouoET. Soo. de Biol,, 16 décembre 1903.
'* Baylac et Albar^de. Soc. de BioL^ 24 décembre 1903.
"Pbarcb et Stauton. Ass. des méd. américains, 1905, in Presse méd.y 2! juin 1905.
**Pibchbr. XXll* congrès de méd. int., Wiesl>aden, avril 1905, in Arch. gôa. de Méd. 13 juin 1905.
Braun*, Loeb et Githens*, nous^mêmes^, etc. Admettant que l'adrénaline agit ici comme le produit de sécrétion spécifique de la capsule surrénale. Josué a pensé que cet organe devait jouer un rôle, par suite de son hyperfonctionnement, dans la production de Tathérome. Celte théorie, admise par quelques-uns, amplifiée même par d*autres qui, comme Vaquez*, admettent Torigine surrénale de l'hypertension artérielle, n*est pas cependant exempte de critiques, et nous exposerons dans un autre mémoire les raisons qui nous la font rejeter.
Récemment, Pietro Boveri"^ (de Favie) a pu également produire chez des lapins des lésions athéromateuses, par Tinjection quotidienne d^une infusion de tabac à 10 0/0. De même, Kolisch® par des injections de phloridzine.
Recherches personnelles. — Cherchant surtout à varier le plus possible les conditions expérimentales, nous avons lout d'abord pratiqué des injections répétées et à petites doses dans la veine marginale deToreillede lapins, toujours de plus de 2 kilogr., de solutions de léci thine, de trinitrine, d'alcool à 60**, de même que d'extraits aqueux de rein, de corps thyroïde, de testicule, de rate. Dans tous les cas, disons-le de suite, les résultats ont été négatifs. Les détails de toutes ces expériences et des suivantes sont rapportés dans la thèse de notre élève Feuillié'^.
Nous avons fait ingérer à un lapin et à un cobaye des doses quotidiennes, variant de 0^'',50 à 1 gramme de carbonate de plomb pendant 3 mois, sans obtenir non plus de lésions aorliques; pas plus qu'avec des injections intrapéritonéales de petites doses d'une solution d'acétate de plomb à tin cobaye.
Par contre, avec l'adrénaline, selon la méthode indiquée par Josué, sur 4 lapins, 4 fois nous avons produit des lésions plus ou moins étendues de la paroi aortique. Nous ne voulons pas entrer ici dans le détail de ces altérations, elles sont absolument semblables à celles obtenues et décrites par tous les auteurs qui les ont reproduites. Il en a été de même avec Tinjection intraveineuse d'un demi-centimètre cube d'une solution d'extrait aqueux de capsule surrénale, seulement après 7 injections consécutives.
Une injection intra-veineuse de 1 centigramme d'acétate de plomb en solution aqueuse, répétée tous les 2 jours pendant 3 mois, nous a donné chez un lapin un commencement d*athérome sous la forme de petites plaques arrondies, dures, gaufrées, de la grosseur d*une lentille, situées soit au niveau même des valvules sigmoïdes, soit à 2 centimètres au-dessous, soit au niveau de la crosse aortique.
Nous avons enfin pratiqué des sections du sympathique cervical. Sur 2 lapins chez lesquels la section avait été unilatérale, la paroi aortique a été
'Braun. Soc. de méd. de Vienne, 1905, in Sew. méd.^ 15 février 1905.
'LoBB et GiTHENS. The effect of experimental conditions on tlie vascular lesions produced by adrenalin {The Amencaa Journal of tbe mod. Sciences^ oct. 1905).
*Pic et BoNNAMOUR. Soc. de BioL, 4 février 1905; Soc. mod. des hop, de Lyon^l février
* Vaquez. Influence de l'hypertension artérielle sur certains accidents. Origine surrénale de cette hypertension (Soc. méd. des hop. do Paris, 5 février 1904).
'PiETRO BovERi. Ateroma aortico sperimentale de tabaco (CUaica medic9t n* 6, 1905).
'KoLiscH. Soc. méd. de Vienne, in Sem. méd. y 15 novembre 1905.
!Fkdix.ué. Contribution à l'étude de l'athérome expérimental (Thhsa de Lyon, novembre
ATHEROME EXPERIMENTAL 4[6S
trouvée absolument normale, à Tautopsie faite trois mois après l'opération. Sur 2 autres lapins nous avons sectionné le sympathique cervical des deux cô<és en une seule séance : chez Tun, qui a survécu 1 mois, le résultat, au point de vue de Taorle, a été négatif; chez l'autre, au contraire, mort 18 jours après l'opération, on constatait sur la surface interne de l'aorte descendante, un peu au-dessous des valvules sigmoïdes, l'existence de 3 petites plaques de la grosseur d'un grain de millet, dures, à bords surélevés et plissés, donnant absolument l'impression de l'athérome au début, et tout à fait comparables à celles que l'on constate en sacrifiant les lapins après 7 ou 8 injections d'adrénaline.
La plupart des procédés qui ont amené tathérome produisent une modification do la pression sanguine.
11 y a donc d'autres procédés que l'injection intra-veineuse d'adrénaline pour obtenir l'athérome expérimental.
Quel est le mécanisme de leur action? Pourquoi parmi ceux que nous avons employés, les uns donnent-ils des résultats positifs, pourquoi lesautres
Pig. 1. — Lapin. Pression artérielle. Carotide. Manomclre Hg. Injection intra-veineuse de 3 gouttes d'une solution d*adrénaline à 1 p. 1000.
n'agissent-ils pas? Ce n'est certainement pas en raison des difTérences dans leur toxicité, car on ne s'expliquerait pas ainsi le résultat de la section du sympathique.
Nous avons recherché quelle était l'action que pouvait avoir d'une part chacune des différentes substances injectées^, d'autre part la section nerveuse sur la pression sanguine. Nous avons donc étudié les modifications de pression de la carotide, au moyen d'un manomètre à mercure, en ayant soin d'employer sur un lapin normal et suffisamment gros, des solutions identiques, au même titre et à la même dose que celles que nous injections d'une façon répétée à nos animaux en expérience.
Orparmi toutes les solutions employées etdont l'action a été négative, à part la trinitrine (sur laquelle nous allons revenir), aucune n'amenait de modifications dans la pression vasculaire. Les autres, au contraire, adrénaline (%. 1), extrait aqueux de surrénale {ûff, 2), acétate de plomb (/iff. 3), de même que la section du sympathique (âff. 4), ont produit des changements plus ou moins considérables dans le tracé de la pression sanguine. Ces changements s
traduisent tous par une élévation de la pression. Leur nécessité est également démontrée par les résultats négatifs obtenus par remploi de ces différentes substances, aussi bien adrénaline qu*acétate de plomb, en injections sous-cutanées ou intra-péritonéales.
La trinitrine, de même que le nitrite d'amyle, employé également par Josué avec des résultats négatifs, amènent cependant un abaissement de la pression.
Fig. 2. -— Lapiu. Pression arlérieUe. Caroiide. Manomètre Hg. Injection inlra-veineuse d*l c. c. d'extrait aqueux de capsule surrénale.
Mais nous nous sommes servis de la solution alcoolique de trinitine au 1/100'' ; or ces injections abîment les oreilles des animaux en expérience, et il devient très rapidement difficile d'en pratiquer de nouvelles. De même le nitrite d'amyle en solution s*altère très vile, et perd toute action sur la pression. Nous ne pouvons donc pas affirmer qu'une substance vaso-dilatatrice, en injections intra-veineuses répétées, n'amène pas la production d'athérome expérimental, au même titre que les substances vaso-constrictices.
Fig. 3. — Lapin. Pression artérielle. Carotide. Manomètre Hg. Injection intra-veineuse de i/2 c. c. d'une solution d'acétate de plomb.
Quoi qu*il en soit, les figures ci-jointes montrent bien les modifications de pression que nous avons produites tous les deux jours chez nos lapins. L'adrénaline, l'extrait aqueux de capsule surrénale sont certainement les substances qui amènent les changements les plus considérables ; ce sont aussi celles dont les résultats sont les plus constants. La longue conservation de leurs solutions, leur pouvoir vaso-constricteur toiyours identique, comme nous avons pu souvent le constater, enfin l'inaccoutumance des animaux doivent aussi entrer en ligne de compte pour expliquer la constance de ces résultats. La solution aqueuse d'acétate de plomb amène aussi
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une vaso-constriclion ; celle-ci est peu marquée ; Tathérorae dans ce cas demande un certain temps pour se produire, et est beaucoup moins étendu qu'avec Tadrénaline.
Il en est de même des effets de la section du sympathique cervical. Chez le lapin, l'action de cette section sur la circulation est très variable ; on observe à sa suite tantôt aucun changement, tantôt une élévation très marquée de la pression. Ceci explique bien les résultats variables que nous avons obtenus, n'ayant réussi à produire de Tathérome que chez un lapin sur quatre ainsi opérés. C'est donc toujours par des modifications mécaniques de la pression qu'agira la seclion nerveuse dans ce cas, de même qu'elle avait agi dans ceux de de Giovanni.
Fig. 4. — Lapin. Pression arlérielie. Carotide. Manomètre Hg. Seclion dos deux sympathiques cervicaux.
Il faut tenir compte également ici des résultats obtenus par Mollard et Regaud avec la toxine diphtérique, de même de ceux de Gilbert et Lion avec diverses toxines microbiennes. Or on sait que la plupart de celles-ci possèdent des propriétés vaso-motrices très nettes. Rodet et J. Courmont l'ont montré pour celles du staphylocoque et du streptocoque pyogenes; Roux et Yersin pour la toxique diphtérique ; on connaît aussi les travaux de Bouchardy Charrin et Gley, Arloing, MoratetDoyon, etc., sur l'action de certaines toxines sur les centres vaso-moteurs. Parmi ces substances, nous n'avons essayé que la tuberculine, mais on sait que lo lapin est un animal peu sensible à cet agent, surtout à la dose, même répétée, de 1/2 à 1 centimètre cube. Du reste, les effets de cette solution sur la pression vasculaire, chez un lapin normal, ont été absolument nuls.
Conclusions. — Comme on le voit, il semble donc bien que rathérome expérimental peut être produit par la plupart des procédés agissant sur la pression ; sa production sera certaine avec des substances comme l'adrénaline, dont Taction vaso-motrice est énergique et constante ; elle sera moins régulière et moins étendue, quoique nette, avec d'autres substances : acétate de plomb, toxines microbiennes, dont l'action vasonîotrice est moins énergique ; elle sera inconstante après la sympathectomie dont l'action sur la pression est très variable.
DKS DIVERS DETAILS